Gènes., cap. m
S. lhid.,5.
compris que dans une créature parfaite, c'est le sommet de l'esprit qu'il faut attaquer. Son dernier assaut est donné, il attend. Hélas! cette fallacieuse promesse : — Vous serez comme des dieux, — a promptement porté coup ; l'orgueil s éveille dans l'âme innocente de notre mère'- Eprise des beautés intérieures qu'elle n'avait jusque-là regardées que d'un œil reconnaissant, elle oublie que l'on accuse son Dieu de basse jalousie et d'indigne mensonge; et bien qu'elle ne se berce pas de l'absurde espoir d'égaler sa nature % elle croit qu'elle va trouver en ellemême la source de toute vérité, la loi de la vie, les secrets de l'avenir et le pouvoir d'atteindre la suprême félicité à laquelle elle aspire *.
1. Cf. Svmm. Theol, II* II* p., quœst. 163, a. 1. Utrum primi hominis pecculum fuerit superbia?
2. Similitudinem œquiparantiœ ad Deiun primi parentes non appetierunt, quia talis simililudo ad Deuin non cadit in apprehensione,prœcipue sapienlis. {Summ, Theol. ,11* II* p., quœst. 163, a. 2.)
3. Primus homo peccavit principaliter, appetendo similitudinem Dei quantum ad scientiam boni et mali, sicut serpens ei suggessit : ut scilicet pcr virlutem propriae nalurae determinaret sibi quid esset bonum, et quid malum ad agendum; vel etiam ut per seipsum praecognosceret quid sibi boni, vel mali esset futurum. Et secundario peccavit,
Vous me direz peut-être, Messieurs, qu'il y a là une incroyable extravagance, et pourtant c'est la vôtre, ô fils d'Eve. La parole de l'ange déchu a traversé les siècles, soulevant partout des tempêtes de superbe, toutes les générations en out été troublées, et la nôtre ne le cède à aucune en agitations insensées. Philosophes, savants, politiques, grands et petits sont mordus de cette tarentule diabolique: — Vous serez comme des dieux. — Celui-ci confond systématiquement tous les êtres dans une substance unique afin de pouvoir prendre sa part de l'infini. Celui-là veut que la raison répudie l'inspiration et l'assistance d'un esprit supérieur, et tire indéfiniment de son propre fonds toutes les connaissances à l'aide desquelles elle doit construire un jour la synthèse du vrai. Le savant s'imagine qu'il va surprendre les secrets de l'univers, s'emparer des forces de la nature, et les soumettre à sa volonté après les avoir assujetties à ses calculs. Les
appetendo similitudinem Dei, quantum ad propriam potestatem operandi : ut scilicet virtute propriae naturse operaretur, ad beatudinem consequendam. Unde August. dicit (II Super Gen. ad littcram), quod menti mulieris incrat amor propriœ poslestatts. (Sunim. Theol., II' II" p., qua?st. 163, a. 2.)
hommes de pouvoir ne croient qu'à leur droit, et prétendent gouverner les consciences comme ils administrent les affaires publiques. Et les peuples eux-mêmes, lassés de l'honnête obscurite d'une vie laborieuse, flattés par les pontifes ^ de la révolution, espèrent devenir bientôt les maîtres absolus de leurs destinées. Bref, Messieurs, ne vouloir trouver qu'en soi et par soi ce qu'il faut croire et ce qu'il faut faire pour être heureux et parfaits, n'est-ce pas la folie de notre orgueil ? — Eritis sicut dii scientes bonum et malum. — Le châtiment est près du crime. Nous voulons nous grandir; mais notre raison affaiblie par ses excès ne sait plus commander aux appétits grossiers, nous tombons honteusement dans la fange du matérialisme.
La femme pécheresse est le type de cette décadence. Avant qu'elle eût consenti aux suggestions de l'orgueil, les chastes plaisirs de l'esprit lui faisaient oublier les voluptés des sens. Semblables à ces animaux sauvages que le jour effarouche, les passions basses fuyaient la lumière d'une intelligence parfaite et restaient endormies dans une mystérieuse obscurité. Sitôt que le* fumées de la superbe ont entouré d'om-
bre la raison, elles se réveillent et courent à leur pâture. — «La femme regarda le fruit, vit qu'il était bon à manger, beau à voir, et qu'il lui promettait des délectations : Vidit igitur millier quod bonum esset lignum ad vescendum, et pulchrum oculis aspectuque delectabile. Elle en prit et en mangea : Tulit de fructu illius et comedit1.» — Tout est fini pour elle, sa chute est consommée. Malheureuse femme!
Malheureuse femme ! mais pas encore malheureuse humanité. La victoire du serpent n'est qu'un accident sans importance tant que le chef du genre humain n'a pas succombé, car c'est lui qui porte en ses flancs le germe actif d'où doivent naître les générations . Ce n'est pas l'ange déchu qui le doit aborder ; si habiles que soient ses métamorphoses, elles ne tromperaient peut-êtrepaslaclairvoyance de l'homme-