Gen., cap. n
un paradis; non plus une terre fertile dont il prendrait possession après avoir été créé, mais une demeure vivante où se formerait sa chair adorable, un sanctuaire plein de mystère et de grâce où se célébreraient les noces inénarrables de la nature humaine et de la nature divine. Et parce que le Verbe, Dieu éternel, précède son paradis, parce qu'il l'a choisi avec son père, dès l'origine des siècles, parce qu'il le préfère à toutes les créatures et concentre en cet unique objet les plus tendres complaisances de son amour, il lui appartient, avant que d'y entrer, de le protéger contre toute invasion du péché, et d'y accumuler toutes les beautés et toutes les richesses de la nature et de la grâce. Vous avez devancé l'explication de ma pensée, Messieurs, et vous avez dit dans vos cœurs : Le paradis de l'incarnation, c'est Marie1. Oui,
1. Proclus de Cotislanlinople (3U) appelle Marie : c L'inaccessible sanctuaire de l'innocence... le paradis virginal fermé au péché, où doit se former le second Adam. » Aùrij tô ao\>y»7,v tf,ç àrj9ftttfi-!r,fsixç tifov... Ix toû TzapOi-w.^xt t.ôI-j TT'àTTETCci 7rapxo£(çou 6 $sÙt£|50; ASàa. (In oral. VI in Dcipara.)
L Église dans son office salue Marie en ces termes : c Ave amœnissimus et ralionalis Dei paradisus. » (2 noct. off. de VImmac. Concept.)
c'est Marie dont je suis heureux et fier de publier les grandeurs, devant la plus belle assemblée de chrétiens qui soit au monde. Je serais un fils ingrat si je ne vous rendais, en ce jour, louanges pour bienfaits, ô ma mère! Il est mille fois doux à mon cœur de vous payer solennellement celte dette d'amour reconnaissant, et de faire servir à votre gloire les bénédictions que vous avez données à ma parole.
On nous reproche parfois, Messieurs, d'exagérer notre admiration, notre amour, notre culte à l'égard de la sainte Vierge et de méconnaître, sur ce point, l'austère tradition des premiers siècles de l'Église. Ce reproche suppose l'ignorance compliquée d'une méprise : ignorance de la tradition et de notre véritable enseignement, méprise qui nous attribue les extravagances d'une piété mal éclairée. Nous ne sommes point responsables de ces extravagances, mais seulement de nos principes et des conséquences que nous en tirons. Or, il est un principe fécond que la théologie exploite depuis plus de dix-huit siècles, et qu'elle exploitera jusqu'à la fin des temps pour stimuler la foi et l'amour du chrétien. Ce principe le voici :
Marie est mère de Dieu. À ce litre elle est si hautement placée dans le plan divin, si profondément engagée dans le mystère de l'incarnation réparatrice, si intimement liée à l'œuvre et aux destinées de son fils qu'on ne saurait ni assez l'admirer, ni assez l'aimer, ni assez l'honorer. Une fois pour toutes, remarquez bien, je vous prie, le sage procédé de la théologie et la haute raison de l'enseignement catholique. Nous n'allons point chercher la maternité divine à travers des grandeurs et des privilèges imaginaires; mais sur ce fait unique, prodigieux, inexpriinablemcnt noble et beau : Marie est mère de Dieu, nous construisons tout l'édifice de sa gloire.
Cctie gloire, il nous sera donne de la saluer encore au cours de notre exposition. Pour le moment, demeurons attachés à l'idée générale qui a réglé celle année le cours de nos conférences, et contemplons en Marie la plénitude des préparations divines. Marie est le paradis de l'incarnation. Demandons à l'éternel gardien et au parfait ouvrier qui doit venir l'habiter ce qu'il a fait pour préserver sa demeure de toute souillure, et comment il l'a embellie de ses dons.
Vous connaissez, Messieurs, la loi qui pèse sur notre nature déchue, loi de mort en vertu de laquelle tout rejeton de la race humaine naît privé de la sève surnaturelle qui animait originairement notre premier père, et devient un enfant de péché. Celte loi n'excepte personne, si ce n'est le Dieu qui, en prenant notre chair, écarta de sa conception la puissance active par laquelle toute chair est engendrée. Quiconque naît de cette puissance en reçoit la mort en môme temps que la vie. Marie n'était point exempte par nature de ce funeste héritage. Enveloppée, comme toute créature humaine, dans le courant de la génération, elle devait fatalement cire saisie par le courant du péché. Quand je lis sa généalogie, je crois entendre comme un bruit sinistre, semblable à celui d'un fleuve fangeux dont les flots se précipitent, après avoir mêle à l'onde puisqu'ils reçoivent des blanches neiges le limon des champs par eux dévastés. Je tremble pour le cher paradis de l'IIomme- Dieu. Gomment éviterez-vous, ô Vierge sainte,
l'envahissement de l'universelle corruption? Ce n'est pas qu'il n'y ait des saints parmi les criminels dans la liste de vos ancêtres, et que les vénérables vieillards dont vous serez le fruit tardif ne soient remplis de la grâce de Dieu. Mais les saints aussi bien que les criminels ont subi la loi commune. Depuis Adam jusqu'à Joachim, chaque nom de votre généalogie, comme une vague plaintive, murmure ces paroles des saints livres : « Ecce enim in iniquitatibus conceptus sum et in pcccatis concepit me mater mea \ Voici que j'ai été conçu dans 1 iniquité et ma mère m'a conçu dans le péché. — Par un seul homme le péché est entré dans le monde et par le péché, la mort. Per unum hominem peccatum in hune mundum intravit et per peccatum mors a. » 0 loi terrible du péché la nature veut que vous triomphiez!
Mais écoutez, Messieurs, j'entends venir du ciel le fleuve de la rédemption. Appelé par l'espérance et pénétré d'une vertu réparatrice qu'il doit aux mérites futurs du Verbe incarné, il est allé jusqu'au berceau du genre humain à la