‹ Conférences de Notre-Dame de Paris (volume 4)Chapitre 34 sur 50 · Card. Manning · texte numérisé non relu

Card. Manning

Je vous ferai remarquer d'abord que l'Eglise est une et catholique, et que, dans son universelle unité, elle possède toute la terre qui lui a été donnée par le Christ. « Il faudrait sortir du monde, pour trouver quelque chose qui ne soit pas confiée à votre sollicitude *, » écrivait saint Bernard à son disciple Eugène III. D'où il suit que l'Église déborde tous les états et ne peut être matériellement contenue dans aucun d'eux. De droit et de fait, l'État est plutôt dans l'Église que l'Église n'est dans l'État. Mais, dans tous les états, me direz-vous, l'Église peut exercer son pouvoir : d'où des révoltes, des démêlés et des troubles. Pourquoi cela, Messieurs? Je ne vois pas du tout la nécessité fatale de ce que vous redoutez. Si l'Église et l'État étaient deux sociétés homogènes, visant au même but par des moyens différents, ou poursuivant des buts contraires, je comprendrais cette appréhension de voir un état dans l'État; mais les deux sociétés sont hétérogènes. La fin de l'État est le bien public ici-bas, s'exprimant par la félicité temporelle; la fin de

1 . Orbe exeundum est ei qui forte volet explorare quae non ad tuam pertinent curam. (De considérât., lib. III, cap. I.)

l'église et les sociétés humaines 263

l'Église est le bien public là-haut, s'exprimant par la béatitude éternelle : fins parfaitement distinctes entre elles et qui, bien loin de se contrarier, peuvent être ordonnées l'une à l'autre, l'inférieure à la supérieure. Du reste, je m'expliquerai tout à l'heure plus longuement sur ce point. Pour le moment, je ne vois aucune cause fatale de discorde dans la coexistence de l'Église et de l'État, gouvernant, à des titres différents et pour des fins distinctes, les mêmes sujets. Les révoltes, les démêlés et les troubles ne peuvent naître que de la mauvaise volonté des hommes, et non de la nature des deux institutions. Se rencontrent-elles sur des frontières douteuses ou sur des objets mixtes, où chacune est mise en demeure d'exercer son pouvoir, elles ont la ressource de s'entendre par des conventions ou des concordats, dans lesquels l'Église apportera certainement l'esprit de mansuétude et de condescendance qui lui a fait, dans maintes occasions, réduire ses plus légitimes exigences, quand bien même la puissance civile oublierait le religieux respect et la parfaite soumission qu'elle doit à une autorité divine. Et soyez sûrs, Messieurs, que les astucieuses et

déloyales interprétations, les violations flagrantes et les abolitions des concordats, ne viendront pas de l'Église, qui y a mis toute sa loyauté et sa conscience, mais des pouvoirs, dont les réserves hypocrites se trahiront par quelque scandaleuse iniquité.

Qu on soit fidèle à la parole donnée, à la lettre et à l'esprit des actes publics qui déterminent sur tous les points litigieux les relations des deux pouvoirs, l'Église ne demande que cela. Les protections caressantes, les titres, les honneurs, les préséances, les privilèges, les immunités surabondantes, les richesses excessives, elle n'en a que faire. Ceux qui croient l'avoir blessée et amoindrie, en lui retranchant toutes ces choses, qu'elle tenait jadis de la piété reconnaissante des rois et des peuples, seraient, bien étonnés s'ils descendaient au fond de son cœur, car ils entendraient ce cri triomphant du Psalmiste : « Dirupsisti vincula mea, tibi sacrificabo hostiam laudîs 1 : Tu as rompu mes chaînes, merci, mon Dieu! » Pouvoirs du monde, vos faveurs sont lourdes à porter , l'Église

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