‹ Conférences de Notre-Dame de Paris (volume 4)Chapitre 40 sur 50 · Matth., cap. XIV · texte numérisé non relu

Matth., cap. XIV

civilisation, d'être des enfants dont la volonté ne compte pas, que vous participiez, par vos vœux et vos suffrages, à la gestion de la chose publique, cela se peut. Mais, vouloir que, dans la promiscuité électorale, où la ruse remporte si souvent sur la droiture, l'ignorance sur la science, l'audace sur la sagesse, la passion sur l'honnêteté, le nombre puisse devenir, par sa seule force, la justification de toutes les sottises, la consécration de toutes les injustices, cela n'est pas permis : Non licet!

Hommes d'État, vous faites bien de tenir à vos droits, d'en user largement pour le bien public, de les défendre contre toute usurpation, même contre les empiétements des hommes d'Église, s'il en est d'assez osés pour envahir votre légitime domaine; mais, vous enfler au point de croire et d'affirmer que l'État est l'origine et la source de tous les droits, que sa puissance n'est circonscrite par aucune limite, qu'il est le maître absolu des biens, des services, des vies, des consciences, de la religion, de FÉglise, que toutes ses entreprises peuvent être légitimées par ce qu'on appelle la raison d'État, cela n'est pas permis : N071 licet!

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Soyez indulgents pour l'erreur, si facilement excusée par la bonne foi, dans un siècle où tant de vérités sont obscurcies; pratiquez à l'égard des divers cultes une sage et miséricordieuse tolérance qui prévienne les désordres et les troubles sociaux; vous savez bien que l'Église y consent; mais, poser en principe que l'erreur a les mêmes droits que la vérité ; que l'homme est libre de se faire à lui-même sa religion, comme si Dieu n'avait jamais parlé à l'humanité; qu'il n'y a que des nuances dans la vérité religieuse, que toutes les religions sont également bonnes ; que le droit absolu de l'État est de n'en reconnaître aucune; que l'athéisme est le caractère indispensable du droit public et des lois, cela n'est pas permis : Kon llcetï

Il est bon que l'homme puisse exprimer librement sa pensée, afin d'enrichir des productions de son intelligence le domaine des sciences, des lettres et des arts; mais, donner l'essor et assurer l'impunité aux blasphèmes, qui insultent tout ce qu'il y a de plus sacré, aux impiétés scientifiques et littéraires, qui minent les fondements de tout ordre social, à l'injure oppressive, qui écrase dans l'estime publique les auto-

rites et les corporations les plus respectables, aux immoralités de plume et de crayon, qui dépravent le cœur du peuple et l'excitent à la débauche : voilà une liberté de perdition ; cela n'est pas permis : Non licet!

Que les écoles se multiplient et se remplissent, qu'il n'y ait plus d'ignorants, c'est le désir de tous les vrais amis du progrès ; il y a longtemps que l'Église travaille à faire de ce désir une réalité. — Mais, fermer aux ministres de Dieu la porte des classes où commence à s'ouvrir l'intelligence de l'enfant; défendre de lui parler de son âme, de son éternité, de ses devoirs religieux, de son Dieu; écraser sa pauvre petite âme sous le poids exorbitant et ridicule des mille détails de ce qu'on appelle une instruction positive et concrète, sans lui laisser le temps d'apprendre les vérités saintes qui doivent présider à la formation de toute vie morale et religieuse; fabriquer pour l'avenir une génération que son impiété précoce précipitera dans tous les vices, cela n'est pas permis : Non licet i

Nations, allumez dans vos cœurs la sainte flamme du patriotisme, défendez par les armes.

si cela est nécessaire, votre honneur, vos droits, votre existence. — Mais, proclamer que le succès peut absoudre l'injustice et que la force prime le droit, cela n'est pas permis : Non licetî

Ainsi parle l'Eglise, convaincue de son droit et fidèle à son devoir de haute direction ; ainsi parlera-t-elle sous tous les régimes et à toutes les sociétés, jusqu'à ce que la persécution ait étouffé sa voix, jusqu'à ce que Dieu lui dise : « Ma fille, nous n'avons plus rien à faire ici. Les peuples que j'aimais ont lassé ma miséricorde, il n'y a plus qu'à les laisser pourrir. Allons-nousen ailleurs, j'emporte ma lumière : Moveo candelabrum. »

Encore une fois, Messieurs, pas d'applications délicates et blessantes. Concentrez toute votre attention sur les principes de droit public que je viens d'exposer. C'est d'après ces principes qu'il faut juger les divers systèmes que les hommes d'État et les publicistes imaginent pour déterminer les droits et régler les rapports des deux puissances : systèmes de suprématie et d'omnipotence civile, de nationalisation religieuse et ecclésiastique, de sécularisation abso-

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lue, de séparation totale de l'Église et de l'État, d'indépendance réciproque exprimée par cette maxime : « L'Église libre dans l'État libre. » C'est dans le rayonnement de ces principes qu'il faut voir les sociétés humaines telles que les a voulues le Christ, mort pour les régénérer : sociétés où le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel, toujours distincts par leurs attributions, sont, cependant, unis par une harmonieuse subordination, se prêtent un mutuel secours et sont entourés d'un égal respect ; sociétés où la vérité descendue des cieux pénètre les institutions et les lois, où la religion préside à l'éducation des peuples et au perfectionnement de l'intelligence et des mœurs publiques, où toutes les forces conspirent à maintenir l'intégrité de la foi et l'unité religieuse, où l'on compte autant de solides chrétiens qu'il y a de citoyens, où l'amour d& l'Église s'allie aux élans du plus pur et du plus ardent patriotisme, où la félicité de la terre est ordonnée à l'éternel bonheur des cieux, où tous se réjouissent des progrès de la science, des lettres, des arts, de l'industrie, du commerce, de la civilisation, sans oublier de chanter avec le Psalmiste : « Ce

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qui nous réjouit le plus, c'est q e nous irons dans la maison du Seigneur : Lxtatus sum in his quœ dicta sunt mihi, in domum Domuu ibimus '. »

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