‹ Conférences de Notre-Dame de Paris (volume 4)Chapitre 42 sur 50 · Cf. Cinquante-unième conférence, La société des rachetés · texte numérisé non relu

Cf. Cinquante-unième conférence, La société des rachetés

tion , laquelle assemblée comprend encore l'Église triomphante et l'Église souffrante. Ces trois Églises appartenant au même chef, qui les anime et les vivifie, ne peuvent pas être étrangères l'une à l'autre. Une admirable et discrète circulation de biens spirituels les unit, comme sont unies les diverses parties du corps humain par la circulation des fluides et du sang qui répandent partout les chaudes effluves de la vie. Ce mystère, Messieurs, s'appelle la communion des saints. — Exposer les lois de cette communion, dire quels biens y sont mis en circulation, c'est l'objet de notre présente conférence.

La communication des biens, dans un composé, dépend de son unité. Plus l'unité est parfaite, plus la communication des biens est facile, prompte et abondante. Voilà, Messieurs, notre première loi. Elle doit être vraie dans tous les ordres, dans l'ordre surnaturel comme dans l'ordre de la nature.

Or, que voyons-nous dans l'ordre de la nature?

Nous voyons l'unité peuple : c'est-à-dire tous les citoyens soumis au même régime d'ordre public, reliés entre eux par la réciprocité des fonctions et des services; échangeant, de l'un à l'autre, la richesse, la force, le talent, le travail; concourant, chacun dans la mesure de ses capacités, à la prospérité et au bien-être général, dont tous profitent. selon leur droit et leur mérite ; solidaires des mêmes gloires, recevant le contre-coup des mêmes infortunes, conspirant, tous ensemble, pour y apporter remède : en deux mots, vaste communion de besoins et de bienfaits.

Dans l'ordre de la nature, nous voyons encore l'unité famille, où la vitalité, la bonne renommée, la fortune, la puissance, l'amour, la vertu, le mérite, vont du père à la mère, de la mère aux enfants, de la souche aux consanguins, des consanguins aux alliés, et remontent à leur source première par le chemin qu'ils ont descendu ; la famille, où la souffrance excite la compassion et provoque d'héroïques dévouements , où la faiblesse et le malheur

mettent en mouvement le crédit, la protection, les secours, les services; la famille, où la joie et la gloire d'un seul deviennent la joie et la gloire du petit monde que vivifient les ondes fertiles d'un même sang, qu'unifie le rapprochement de deux chairs en une seule chair; la famille, communion moins vaste, mais plus intime et plus profonde de tous les biens qui peuvent s'aliéner et se répandre.

Sans sortir de nous-mêmes, Messieurs, nous voyons , nous sentons , nous pouvons admirer l'unité humaine : unité où l'esprit et la matière s'affirment l'un de l'autre dans un seul et même moi; où l'âme pénètre le corps, le fait subsister, lui communique sa grandeur, et lui donne l'empreinte de ses nobles puissances et de ses merveilleuses opérations; où le corps sert de tabernacle et d'instrument à l'âme, lui fournissant les sensations et les images qui excitent ses facultés et aident à leur développement : unité de l'âme, où l'intelligence, la mémoire, la volonté, se prêtent, par de mutuels échanges, une continuelle assistance : unité du corps, où tous les membres se tiennent, contribuent à l'harmonie de l'en-

semble, participent au même fonds de santé, de vigueur et de vie, sont solidaires dans la force et l'infirmité, les qualités et les défauts, se soutiennent, se secourent mutuellement, se complètent l'un par l'autre, « l'œil ne pouvant dire à la main : Je n'ai pas besoin de tes services, ni la tête aux pieds : Vous ne m'êtes pas nécessaires; mais, les membres les plus vils et les plus faibles, en apparence, ayant, à un moment donné, la plus grande importance4. »

Messieurs, cette dernière réflexion est de saintPaul, expliquant aux Corinthiens le mystère de l'unité et de la communion des biens dans l'Église.

L'Église, en effet, est plus qu'un peuple, plus qu'une famille : c'est un corps mystique, si merveilleusement constitué et ordonné qu'aucune unité sociale ne peut donner une idée de sa parfaite unité. L'apôtre saint Pierre l'a appelée « une nation sainte, un peuple acquis à

4. Non potest autem oculus dicere manui : Opéra tua non indigeo; aut iierum caput pedibus : Non estis mihi neceasarii. Sed multo mngïs quœ videntur membra corporis infiroiiora esse, necessariora sunt. (I Cor., cap. XII, 21, 22.)

Dieu par son Fils Jésus-Christ : Gens sancta, populus acquisitionis l. » Le Psalmiste l'a représentée sous la figure de l'antique Jérusalem, « bâtie comme une ville où tous les citoyens participent au même bien : Jérusalem qu% œdificatur ut civitas cujas participatio ejus in idipsum2. » L'Évangile, comme une familie dont tous les enfants reçoivent les tendres soins et les caresses d'un même père. Mais le grand apôtre, s'emparant de la profonde et sublime doctrine du Sauveur, qui, après avoir dit à ses disciples : « Je suis la vigne, vous êtes les rameaux, » demandait à son Père « que tous fussent consommés dans l'unité, ut sint consummati in unum % » le grand apôtre développe et achève cette doctrine, et nous fait entrer, en plein, dans le mystère de parfaite unité dont dépend l'universelle et abondante communication des biens spirituels, du plus glorieux au plus obscur, du plus opulent au plus dénué, du plus vivant au plus infirme des membres de l'Église.

i. I Ep., cap. II, 9.

Page 1