Plutarque, Apophtegmes
3. Lettre do Monseigneur Laverlochère. (Annales de la Propagation de la Foi, mars 1861, n° 136.)
fesser1, mais, sans ouvrir la bouche, il pouvait accuser toutes ses fautes. Les victimes qu'il offrait à Dieu avaient une signification mysté-
1. Il est dit au Livre des Nombres : « Vir, sive mulier, cum fecerint ex omnibus peccatis quse soient hominibus accidere, et per negligentiam transgressi fuerint mandatum Domini, atque deliquerint, confitebuntur peccatum suum. (Cap. v, 6, 7.)
Dans le Lévitique (cap. v, 5), où notre Vulgate porte : agat pœnitentiam de peccato, l'hébreu dit : « Il confessera ouvertement le péché qu'il a péché : Confîtebitur peccatum quodpeccavit. » De savants auteurs : Bellarmin, le P. Tirin, dom Calmet, Cornélius a Lapide, Estius, prétendent qu'il s'agissait ici d'une véritable confession. Le P. Morin, dans son Commentaire historique de la Pénitence, accumule les témoignages de la tradition de la synagogue sur ce point de discipline pénitentiaire. {Commentarius historicus de disciplina in administratione sacramenti pœnitentiœ. Antuerpise, 1682.)
Le P. Galatinus (livre IX, chap. ni) prouve par un bon nombre de témoignages rabbiniques qu'il fallait exprimer, dans cette confession, Fespèce et les circonstances du péché. Saint Thomas est d'un avis contraire. Ce qui différencie, selon lui, la loi ancienne de la loi nouvelle, c'est que celle-ci exige l'accusation de chaque péché et de ses circonstances, tandis que celle-là ne demandait qu'une accusation générale : « In lege Moysi oportebat a aliquemsigno exteriori peccatum protestari sicut per « oblationem pro peccato ex quo et homini innotescere « poterat eum peccasse; non autem oportebat ut spe- « ciale peccatum a se commissum manifestaret , aut » peccati circumstantias sicut in nova lege. » (Summ. Theol., supp , quœst. 6, a. 2, ad. 2.)
rieuse qui dirigeait les intentions dus sacrificateurs. C'était un langage par signes, une sorte de type sacré auquel se rapportaient, suivant sa nature, aussi bien les dérèglements de sa pensée et les prévarications du cœur que les flétrissures du corps. Il y eut davantage. A l'approche des temps évaiigéliques, l'homme parait plus que jamais pressé de se débarrasser de son péché par de libres aveux. Jérusalem, la Judée, tout le pays des environs du Jourdain, se mirent en marche pour aller trouver un homme qui baptisait. Cet homme c'était Jean, le précurseur : « tous lui confessaient leurs péchés, dit le récit évangélique, tous recevaient de ses mains le baptême de pénitence1. » On conçoit donc que Jésus-Christ, en donnant à ses Apôtres le pouvoir de remettre lés péchés, ne se soit pas exprimé aussi catégoriquement à l'endroit de la confession que l'exigeraient certains esprits pointilleux. Les mœurs publiques servaient d'interprétation à sa parole. Il ne créai' pas une nou-
4. Tune exibatad cum Jerosolyma, et omnis Judœa, et omnis régie- circa Jordanem. Et baptiza1 antur ab eo in Jordane, conlitentes peccata sua. (Ma itii., eap. m, 5, 6.)
veauté, mais il sanctifiait une pratique ancienne comme le monde. Il ne violentait pas la nature, mais il la prenait sur le fait, il élevait un de ses besoins à la dignité d'un rite sacramentel, et faisait d'une chose libre un devoir. Qu'il n'y ait aucune contrainte à subir les humiliations d'une accusation, même secrète, ce n'est pas ce que je prétends ; mais il est évident que l'homme, par cette accusation, quoique coûteuse qu'elle soit, aboutit finalement à la satisfaction d'une des inclinations de sa nature. Il sent que le cœur coupable commence à sortir cle son abjection clés qu'il la révèle lui-même ; que toute confidence volontaire d'une grande douleur ou d'un grand crime fait éclore quelque part la pitié ; que la pitié est proche parente de la miséricorde, et que, de toutes les filles cle l'amour, la miséricorde est la plus aimable et la plus sainte. Toutes vérités exprimées par ces paroles de saint Augustin : « Quoniam verecundia magna est pmm>, qui eviibescit pro Chrïsto, fît clignus miser icordia : Parce que la honte est une grande peine, celui qui, pour l'amour du Christ, consent à rougir devient digne de miséri-
corde »; et par ce dicton devenu proverbial : « Péché avoué est à moitié pardonné. »
L'homme se contente donc, disent les esprits superbes, mais ne s'avilit-il pas ? La nature est satisfaite, mais la dignité humaine n'est-elle pas compromise? L'homme doit avoir un tel soin de sa dignité, que rien ne la puisse abaisser. Qu'il s'humilie devant Dieu, c'est bien; mais qu'il s'agenouille aux pieds d'un homme, cela ne se conçoit pas, Eh bien ! Messieurs, moi, je dis que cela se conçoit ; je dis que la dignité humaine qui n'a pas su se respecter, qui s'est dégradée jusqu'au péché ne mérite pas davantage. Ah! l'on ne veut pas que l'homme reçoive les révélations de notre vie coupable, mais qui donc viendra les entendre? Est-ce Dieu? — Oui, Messieurs, il y en a qui se confessent à Dieu. Ils le disent, du moins; mais je ne suis ^pas obligé de les croire. Je suis même fort enclin à soupçonner que ces fiers pénitents veulent ne se confesser qu'à Dieu, pour ne pas se confesser du tout. S'ils étaient sincères, Dieu ne tarderait pas à les renvoyer auprès de ses représentants; car un Dieu qu'on ne voit pas ne
peut donner, à l'âme pénitente, les mêmes assurances de pardon que l'homme sacré dont on cannait le pouvoir et dont on entend la miséricordieuse sentence. Il faudrait que Dieu se manifestât; mais si, docile à nos vœux, il venait présider visiblement au jugement de notre conscience, ne pouvant soutenir le poids de sa majesté infinie, nous nous retournerions bien vite vers le prêtre et lui dirions comme autrefois les Israélites à Moïse : Parle-nous, et nous t'écouterons; mais que ce ne soit pas Dieu qui nous parle, car il nous ferait mourir : Loquere iu nobis, et audiemus, non loquatur nobis Deus, ne forte moriamur1. » Bien vite, épouvantés de nos misères, nous crierions avec le roi David : « Non, non, Seigneur, n'entrez pas en jugement avec votre serviteur : Non intres in judicium cum servo tuo* ». Seigneur, ayez pitié de notre faiblesse. Envoyez - nous plutôt un homme. Oui, un homme, car un ange même serait de trop dans nos épanchements. Sa pure essence ne comprendrait rien au mélange grossier qui se fait de la matière