‹ Conférences de Notre-Dame de Paris (volume 5)Chapitre 2 sur 40 · Son Eminence le Cardinal Guibert, archevêque de Paris · texte numérisé non relu

Son Eminence le Cardinal Guibert, archevêque de Paris

sa créature clans des conditions telles qu'elle puisse aspirer légitimement à la réparation de ses fautes. Alors, la pénitence devient une nécessité de l'ordre troublé, Tunique moyen cle rétablir la paix entre Dieu et sa créature, et, selon la comparaison de saint Thomas, l'indispensable remède qui fait dans notre vie spirituelle ce que fait la médecine corporelle dans l'organisme d'un malade dont les jours sont en danger \

Tel est l'état de l'humanité. — Le baptême nous engendre à la vie de la grâce; la confirmation nous accroît et nous perfectionne; l'Eucharistie nous alimente. Voilà qui serait parfaitement suffisant, si nous n'étions exposés à de funestes accidents qui tarissent ou diminuent dans nos âmes la sève divine et compromettent notre salut éternel. Sans ces accidents, la pénitence n'aurait aucune raison d'être, son propre est de les réparer 2. « La nature rai-

1. Patct quod sacramentum pœnitentice est necessarium ad salutem post peccatum, sicut medicatio corporalis postquam homo in morbum periculosum incident. Summ. Theol, III P., qurcst. 84, a. 5.)

2. Sacramenta quaïdam per se ordinantur ad salutem hominis; sicut baptismus, qui est spiritualis generatio;

sonnable nous y incline, » dit notre grand docteur; mais, pour suppléer à ses impuissances dans l'ordre éminent où elle a été placée, et aussi pour donner suite à l'admirable parallélisme qui harmonise nos deux vies, Dieu a élevé la pénitence à la dignité d'un sacrement1. C'est de ce sacrement, Messieurs, que je vais vous entretenir.

et confirmatio, quœ est spirituale augmentum; et Eucharistia, quœ est spirituale nutrimentum; pœnitentia autem ordinatur ad salutem hominis quasi per accidens, supposito quodam, scilicet ex suppositione peccati ; nisi enim homo peccaret actualiter, pœnitentia non indigeret; indigeret tamen baptismo, et confirmatione, et Eucharistia; sicut et in vita corporali non indigeret homo medicatione, nisi infirmaretur ; indigeret autem homo per se ad vitam generatione, augmento, et nutrimento.

Et ideo pœnitentia tenet secundum locum respecta status integritatis, qui confertur, et conservatur per sacramentaprsedicta: undeet metaphoricedicitur secur.da tabula post naufragium. Nam sicut primum remedium mare transeuntibus est ut conserventur in navi intégra; secundum autem remedium est post navem fractam, ut quis tabulée adhœreat : ita etiam primum remedium in mari hujus vitœ est quod homo integritatem servet : secundum autem remedium est, si per peccatum integritatem perdiderit, quod per pœnitentiam redeat. [Summ. TheoL, III P., qœst. 8-i, a. 6.)

1. Ex naturali ratione homo movetur ad pœnitendum de malis quœ fecit; sed quod hoc, vel illo modo homo

Le Protestantisme a nié son existence, non sans exploiter, selon son habitude, les fausses interprétations de l'Écriture. Je ne m'attarderai point ici à le réfuter1. Le sens des paroles par lesquelles le Christ a donné à ses apôtres le pouvoir de remettre les péchés est trop clair, pour qu'on n'y voie pas l'institution d'un rite sacré destiné à prendre place au milieu du divin septénaire qui règle, clans la communauté chrétienne, l'effusion des grâces de la rédemption. La tradition ne s'est point méprise sur les intentions du Sauveur. Elle compare la pénitence au sacrement de notre génération spirituelle9, et l'appelle le secon$ bap-

pœnitentiam agat est ex institutione divina. (Sumrn, TheoL, III P., quœst. 84, a. 7.)

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