‹ Conférences de Notre-Dame de Paris (volume 5)Chapitre 30 sur 40 · Sainte Catherine de Gênes, op. cit · texte numérisé non relu

Sainte Catherine de Gênes, op. cit

suivaient l'idéal d'une perfection que l'homme ne peut atteindre sans sacrifier, ici-bas, une partie de lui-même.

L'idéal de la perfection humaine, c'est la domination incontestée du plus noble élément de notre nature sur le moins noble, de l'esprit sur la chair, et, dans cette domination, l'équilibre stable et à jamais fixé de toutes nos puissances. Que l'esprit soit libre de graviter vers son éternel principe, d'y chercher la lumière et le rassasiement des désirs infinis qui le tourmentent ; que la chair tranquille et soumise s'abandonne sans réserve à la direction de l'esprit, reçoive de sa plénitude, participe à ses prérogatives et en répande autour d'elle le glorieux rayonnement : voilà la perfection.

Vous savez aussi bien que moi, Messieurs, que cette perfection n'est pas de ce monde, où les deux éléments de notre nature se font la guerre: « La chair, dit l'Apôtre en son énergique langage, convoitant contre l'esprit, et l'esprit contre la chair : Caro concupiscit adversus spiritum, et spiritus adversus car lem l. »

\, Gralat., cap. v, 17.

Dès sa naissance, la chair est armée contre l'esprit, et l'on dirait que ses sens ne se perfectionnent que pour aviver les convoitises dont elle est le foyer et disputer à l'esprit l'empire qui lui appartient. Que l'esprit cède à ses appels, elle les multiplie ; et, plus elle est satisfaite par le péché, plus ses exigences deviennent importunes et tyranniques. L'habitude renforce les appétits ; et, même après nos repentirs et nos absolutions, ces misérables restes du péché nous sollicitent avec tant de force que nous ne savons pas leur résister. De là ces vies flottantes, où la pureté de l'âme n'est qu'intermittente, ces continuels renversements d'équilibre, où les esclavages de l'esprit succèdent si facilement à ses affranchissements. Nous ne pouvons jamais chanter victoire. — Pourquoi cela, Messieurs ? — Parce que jamais nous ne prenons résolument et par une vraie pénitence le parti de l'esprit contre la chair. Que clis-je ? Nous flattons la chair aux dépens de l'esprit. Comme si nous n'avions rien à craindre de ses hostilités, nous voulons qu'elle soit une demeure commode et confortable, où' l'âme puisse jouir, sans préjudice, de sa dignité, de

ses nobles aspirations et de son droit de commandement. Prétention ridicule et insensée. « Tant que nous nous tenons dans la chair, dit l'Apôtre, nous voyageons loin de Dieu ; Dura sumus in corpore peregrinamur a Deo1. » Nos complaisances, si habilement que nous les déguisions, dégénèrent en faiblesses chroniques, et nos faiblesses aboutissent à une honteuse abdication de l'esprit.

Éclairés par la sagesse divine, les pénitents ont vu cela, Messieurs ; et, soit pour prévenir les exigences de la chair, soit pour la corriger de ses révoltes et de ses empiétements, ils ont pris résolument contre elle le parti de l'esprit. « Malheureux homme que je suis, s'écriait le grand Paul, qui me délivrera de mon corps de mort? Infelix homo, quis me libembit de corpore mortis hujus*? » Personne, hélas! n'a le pouvoir d'intervenir dans la lutte intestine que se livrent entre eux les éléments de notre nature. Il faut que nous décidions nous-mêmes la victoire par nos mâles résolutions, et que, après avoir poussé les gémissements de l'Apô-

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