Cf. Concil. Trident. Sess. xiv, cap. i
3. Origène, dans sa seconde homélie sur le Lévitique, entre les diverses manières dont les péchés sont remis, signale la Pénitence et l'Extrême-Onction. « Est adhuc et septima licet dura et laboriosa per pœnitentiam remissio peccatorum, eum lavât peccator in lacrymis stratum suum, et fiunt ei lacrymse suae panes die ac nocte, et eum non erubescit sacerdoti Domini indicare peccatum suum et quœrere medicinam, secundum eum qui ait . « Dixi pronunciabo adversum meinjustitiam rneam Domino et tu remisisti impietatem cordis mei. » In quo impletur et illud quod Jacobus apostolus dicit : « Si quis autem infirmatur, etc..» [Origen, Homil. 2, in Levitic.) Migne, Patrol. grseca XXII. n° 4, col.: 418.
Saint Jean Chrysostôme, parlant de la puissance des
LEXTIŒME-ONCTION
Depuis quinze siècles, les chrétiens, per-
prêtres, indique l'Extrême-Onction comme un des moyens dont ils se servent pour remettre les péchés :
« Neque enim tantum cum nos régénérant, sed etiam post regenerationem admissa peccata condonare possunt : Nam infirmatur, inquit, quis in vobis, etc.... Ou yàp ot' àv ^aa; àvayevvoûGri [/ovov, àXXà xai Ta [xetoc toutcc xuyywpsTv s/ouav !i[ouffiav àutapr/i^aTa. 'AgÔsvs? vap tiç, cpvjalv, iv ô[uv; x. t. X.... (Lib. III, De Sacerdotio.)
Le Pape Innocent I (Epist. ad Descentium), après avoir cité les paroles de saint Jacques, ajoute : « Quodnonest dubium, de fidelibus aegrotantibus accipi vel intelligi debere, qui sancto oleo chrismatis perungi possunt, quo ab Ep'iscopo confecto, non solum sacerdotibus, sed omnibus uti christianis licet in sua aut suorum necessitate inungendo. »
Dans le sermon 215 des œuvres de saint Augustin, attribué à saint Césaire, on lit : « Quoties aliqua infirmitas supervenerit, corpus et sanguinem Christi ille qui cegrotat, accipiat; et inde corpusculum suum ungat, ut illud quod scriptum est impleaturin eo : Infirmatur aliquis, etc.. »
Saint Grégoire le Grand décrit la manière de consacrer l'huile sainte et de l'administrer aux infirmes, (in lib* Sacrament.) La foi de l'Église d'Orient et de l'Église d'Occident sur ce sacrement est constante. Les Grecs appellent lExtrême-Onction : huile sainte, ayiov eXatov, huile priante, gù^sXatov. Les Latins l'ont appelée : oleum infirmorum, sacramentum exeuntium. Ce n'est qu'au XIIe siècle que le nom d'Extrême-Onction a prévalu.
Cf. Perpétuité de la foi, tom. V, lib. IV, chap. i et suiv.— Marten., De antiquis.Eccles. ritibus — Chardon, Hist. de VExtrême-Onction.
272 L'EXTRÊME-ONCÎION
suadés que la miséricorde de Dieu leur avait préparé un secours pour le redoutable passage du temps à l'éternité, livraient avec confiance leur corps endolori aux onctions de l'huile sainte, lorsque le protestantisme crut qu'il était à propos de supprimer la ridicule coutume de graisser les cadavres, (c'est ainsi qu'il s'exprime en son noble langage) et de donner à la mort du chrétien un caractère plus digne. Il écarta donc le prêtre, et fit venir à sa place un simple monsieur chargé de lire froidement quelques versets choisis de la Bible.
Certes, Messieurs, je ne nie pas la religieuse efficacité des paroles de l'Écriture pour consoler et fortifier l'âme chrétienne. Les saints, sur leur lit de mort, aimaient à les entendre, et souvent leur cœur angoissé se soulageait par des cris de confiance et d'amour empruntés aux Saintes Lettres. Mais je ne vois pas la nécessité d'introduire, auprès d'un malade, un étranger qui n'a pas d'autre chose à faire qu'une lecture ; une bouche amie saura bien mieux remplir cet office, et ses accents paraîtront plus doux aux oreilles fatiguées qui l' écouteront. Ce que le chrétien attend d'un
l'extrême-onction 273
ministre de la religion lorsqu'il le voit près du lit où la mort lui dispute ses dernières heures, c'est plus qu'une parole, si onctueuse et si éloquente qu'elle soit; c'est la certitude que la grâce le visite une dernière fois, pour consommer, dans sa vie pécheresse, les miséricordes de son Dieu; c'est un signe sensible et palpable des intimes et suprêmes opérations de la toute-puissante vertu dont il a tant de fois éprouvé l'efficacité, depuis l'heure bénie de sa naissance spirituelle. L'Église, croyez-le bien, a l'intuition de ce désir, si conforme aux desseins miséricordieux dont le Christ, son maître, lui a fait la confidence. Sachant mieux que qui que ce soit ce que Dieu veut et ce dont l'homme a besoin, elle a écarté du lit de ses enfants le profane qui ne s'en approchait que sous le couvert d'une raillerie, et maintenu son prêtre sous la protection des anathèmes qui vengent, avec son pouvoir, la vérité, l'efficacité et la sainteté du sacrement, clés mépris et des injures de l'hérésie f.
1. Conc. Trid., De sacramentoExtremae-Unctionis. Can I. Si quis dixerit extremam unctionem non esse vere et proprie sacramentum a Christo Domino nostro
274 l'extrême- onction
L'Église a eu raison, Messieurs; et telle est la force de la vérité qu'au sein même du protestantisme, plus d'un personnage marquant, revenu de la fureur de détruire qui aveuglait les Pères de la réforme, a confessé, sur le point qui nous occupe, la doctrine du saint concile de Trente. Le grand Leibnitz, entre autres, a écrit dans son Système théologique ces remarquables paroles : « L'onction des infirmes a pour elle l'autorité de l'Écriture et l'interprétation de l'Église... Je ne vois rien
institutum, et a beato Jacobo apostolo promulgatum, sed ritura tantum acceptum a Patribus aut figmentum humanum; anathema sit.
Can. II. Si quis dixerit, sacram infirmorum unctionem non conferre gratiam, nec remittere peccata, nec alleviare infirmos : sed jam cessasse, quasi olim tanturr fuerit gratia curationum; anathema sit.
Can. III. Si quis dixerit Extremse-Unctiopis rituro et usum, quem observât sancta Romana Ecclesia, repugnare sententiae beati Jacobi apostoli, ideoque mutandum, posseque a Christianis absque peccato contemni; anathema sit.
Can. IV. Si quis dixerit presbyteros Ecclesiœ, quos beatus Jacobus adducendos esse ad infirmum inungendum hortatur, non esse sacerdotes ab Episcopo ordinatos, sed œtate seniores in quavis communitate ; ob idque proprium Extremae-Unctionis ministrumron esse fiolum sacerdotem; anathema sit.
qu'on puisse reprendre dans ce que fait l'Église catholique . . S'il est vrai que le don de guérir les corps soit aujourd'hui moins fréquent qu'autrefois, ne reste-t-il pas cette perpétuelle efficacité de guérison intérieure, qui ne trompe jamais une âme bien disposée?. . La rémission des péchés, l'affermissement des vertus chrétiennes, n'est-ce pas ce dont l'homme a plus que jamais besoin, lorsque sa vie va sombrer, lorsque les fureurs de Satan et les terreurs cle la mort l'assiègent1? »
La mort, il faudra s'aboucher avec elle,
1. De unctione infirmorum non est cur multa disputemus : Verba habet Scripturse sacrœ, interpretationem Ecclesiœ cui pii et catholici homines tuto f dunt : Nec video quid in eo more, quem recipit Ecclesia, reprehendi a quoquam possit. Videmus olim et donum curationis Fsepe affuisse; cujus usus nuno cum aliis extraordinariis benefîciis, stabilita Ecclesia, infrequentior factus est, semper tamen nec tune quidem sanatos fuisse credendum est, qui ungebantur. Superest igitur saltem hodieque efficacia illa sanitatis perpétua, et nunquam fallens quse ad animam ipsam bene dispositam pertinet, atque a Jacobo apostolo additur, quando hujus sacramenti usum describit, et in peccatorum remissione ac fidei virtutisque munimento collocatur, quo nunquam magis opus est, quam in vitse periculo atque terroribus mortis ad igneat tela satanse, tum maxime ingruentia, repellenda. (Leibn., System, theolog., page 280, seq.)
27ô l'extrême-onction
Messieurs. Présentement, sa lointaine image ne nous apparaît qu'à travers les vapeurs de nos rêves terrestres où se croisent nos amours, nos intérêts et nos plaisirs ; cette vague apparition n'a point de prise sur nos âmes, trop bien entourées et trop violemment distraites. Mais, quand les rêves s'évanouiront, quand nous sentirons la froide main de l'ennemie qui nous guettait peser sur notre poitrine oppressée, nous chercherons instinctivement du secours autour de nous. — Quoi donc? — Les douces paroles et les regards attristés de ceux qui nous aiment ? Hélas ! c'est tout ce que l'homme peut offrir aux chères âmes qui le quittent, tout ce qu'il faut aussi pour rendre plus amère et plus déchirante l'heure de la séparation.
Les anciens, désolés de n'avoir pu secourir leurs parents et leurs amis dans le tragique passage de la vie à la mort, croyaient suppléer à leur impuissance en remplissant les sarcophages de leurs offrandes. Celui qui descendait vers la région des ombres pouvait avoir une longue route à fournir : ils lui donnaient de l'argent pour séduire les gardiens des pas-
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sages difficiles, des aliments pour réparer ses forces pendant le voyage, des haches, des lances, des javelots, des flèches pour se défendre contre ses ennemis. Naïve superstition qui, ne pouvant servir les morts, prouvait au moins la foi des vivants à l'immortalité. Le Christianisme n'est pas dépourvu clô secours posthumes, mais il a reçu aussi le miséricordieux pouvoir d'assister, jusqu'à leur dernier instant, ceux qu'il a consacrés au culte du vrai Dieu.
Approchez-vous, je vous prie, du chrétien qui va mourir, Vous avez peine à reconnaître dans ce corps exténué, dans cette vie presque éteinte le royal chef-d'oeuvre dont nous admirions ensemble la beauté et la grandeur1. Et pourtant, c'est bien lui. Le roi de la création subit le sort commun des êtres dont il fut le maître : il finit. Laissons à la philosophie l'âpre plaisir de développer un contraste. Oublions cette nature à la fois si opulente et si misérable, si puissante et si fragile, et ne considérons que le chrétien.
1. Cf. Dix-septième conférence : La beauté et la grandeur de Vhomme. Carême 1875.
LEXTREME-OXCTIOX
Le chrétien est malade, et ce malade est le fils tendrement aimé d'une mère qui l'a spirituellement engendré à la vraie vie. Il n'était, en entrant dans ce monde, qu'un pauvre petit être couvert de lèpre, esclave d'une puissance maudite, odieux au ciel et condamné à l'éternelle privation de Dieu. L'Église l'a pris entre ses bras maternels. Elle a répandu sur son front l'eau du baptême, toute pénétrée de la vertu du sang de Jésus-Christ, elle a fait sur son corps des onctions symboliques, elle l'a purifié de ses souillures, guéri de ses plaies, arraché à l'empire de Satan, réconcilié avec Dieu, rempli de grâce, orné d'une surhumaine beauté, incorporé à la société des saints, et, lui montrant le ciel, elle lui a dit : «Enfant, voilà ta patrie ! Viens avec moi : nous traverserons ensemble l'aride désert de cette vie ; nous combattrons ensemble, nous souffrirons ensemble, nous aimerons ensemble, et je ne te quitterai que pour te confier aux mains des anges qui t'emporteront au lieu de ton éternel repos. »
Il faut qu'il en soit ainsi, Messieurs, autrement il y aurait une regrettable et douloureuse
l'extrême-onction "270
lacune dans la mission et les offices de l'Église. Il ne se peut pas que cette admirable mère, si .puissante et si bonne en la misère de notre naissance, soit dépourvue du moyen de nous secourir en la misère clc notre agonie, qu'elle puisse tout pour nous introduire dans le monde de la grâce, et qu'elle n'ait plus rien à faire quand il nous faut entrer clans le monde de la gloire. Le chrétien mourant a besoin de ses derniers soins et cle ses dernières caresses, et ces derniers soins et ces dernières caresses c'est l'onction sainte qu'elle nous donne pour consommer en nous les opérations de la grâce et nous préparer prochainement à la gloire des cieux.
Le chrétien est malade, et ce malade est un soldat que le Christ a enrôlé sous sa bannière, dont il a consolidé l'armure et trempé les armes. Son divin capitaine était auprès de lui clans les combats de la vie, mais plus acharné et plus terrible est le combat de la mort. Presque anéanti par la souffrance, cerné de tous côtés et par les créatures, qui talonnent et veulent retenir son âme fugitive, et par le Dieu vengeur, qui vient au-devant de
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lui, le milicien clu Christ est engagé dans une suprême action dont la gravité s'accroît de toute sa faiblesse, on pourrait dire de toute son impuissance. Il appelle au secours ! Roi des rois, chef invincible, qui avez reçu sa foi et ses serments, l'abanclonnerez-vous en ce dernier combat? — Non. — Vous êtes à la tête de votre grande armée et près de chacun de ceux qui guerroient. Plus critique est la lutte, plus forte est votre divine assistance. Il suffit au soldat valide d'entendre votre cri de ralliement, le soldat infirme a besoin que vous oigniez ses membres, que vous apaisiez la fièvre qui les tourmente et que, à travers ces instruments déshonorés du péché, vous arriviez jusqu'à l'âme angoissée qui se désespérerait, si elle ne se sentait soutenue par votre victorieuse assistance.
Le chrétien est malade, et ce malade est un prodigue mainte fois pardonné ! Père miséricordieux, qui l'avez tant aimé, ne viendrezvous pas lui dire, par un baiser plus tendre, que ses ingratitudes n'ont pas rebuté votre amour? Ce n'est pas une fois, mais cent fois qu'il a quitté le toit paternel; ce n'est pas une fois,
i/extrême-onction 281
mais cent fois que vous êtes allé à sa rencontre et que vous avez fêté son retour. Le souvenir de vos bontés l'assiège, au moment où il va quitter la vie pour entrer dans la demeure d'où l'on ne sort plus. Il voudrait savoir s'il est bien vrai que vous lui avez tout pardonné. Ne lui parlez plus, il aurait peur de n'avoir pas bien entendu. Son âme craintive sera plus rassurée, si vous écrivez votre pardon sur ses membres endoloris, en chacune des onctions d'un dernier sacrement. .
Vous entrevoyez sans doute la destination de ce sacrement, Messieurs ; mais peut-être n'en comprenez-vous pas toute l'importance. Car, enfin, vous savez que la tendresse maternelle de l'Église ne fait pas défaut à ses enfants dans la dernière crise où se dénoue le drame de la vie humaine; vous savez qu'elle a plus que des prières à leur offrir pour les assister ; vous savez que le Christ, fidèle à ses promesses, ne dédaigne pas de venir en personne réconforter ses soldats agonisants; et vous vous demandez si la Pénitence et l'Eucharistie ne suffisent pas au chrétien
infirme, dont je viens d'invoquer tous les
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titres à la miséricordieuse assistance de Dieu?
Il parait que non, Messieurs, puisque Jésus-Christ a institué tout exprès pour lui un sacrement. Il pourrait se sauver sans ce sacrement, mais le grand et admirable ouvrage de la grâce ne serait pas consommé clans sa vie spirituelle. Considérez, je vous prie, que la pénitence est un sacrement de résurrection, T Eucharistie un sacrement de nutrition, qui n'ont point pour effet propre et direct de détruire en nos âmes les restes du péché. Quand notre nature, encore vigoureuse et florissante, se sent revivifiée par le pardon que Dieu accorde au pécheur repentant, nous osons entreprendre d'expulser nous-mêmes ce qui reste clu péché dans l'âme infortunée qu'il a blessée à mort et honteusement souillée. Le temps vient en aide à nos généreux efforl pour les rendre plus efficaces, nous mangeons le pain vivant dont la divine vertu affermit le cœur du chrétien. Grâce aux résistances, aux renoncements, aux expiations qui se succèdent et se multiplient dans notre vie spirituelle, nous pouvons espérer de faire disparaître,
l'extrême-onction 283
à la longue, toute trace de la lamentable catastrophe dont nous fûmes les auteurs et les victimes. — Mais, lorsqu'une vie pécheresse s'est prolongée, soit par l'impénitence, soit par de fréquentes rechutes, jusqu'aux portes de la mort, lorsque le temps touche à son terme, lorsque les jours et les années ne sont plus que des instants, lorsque le misérable infirme n'a plus la force d'entreprendre par résistances, renoncements et expiations l'œuvre de purification qui doit le débarrasser des restes du péché, faut-il donc qu'il en, demeure infecté et qu'il en subisse les tristes conséquences? — Non, Messieurs. — La miséricorde de Dieu vient lui offrir un sacrement qui peut faire, en un instant et par sa propre vertu, l'oeuvre du temps et des forces humaines.
Voilà l'Extrême-Onction : — Un sacrement consommateur ordonné à la destruction des restes du péché dans l'âme chrétienne. Vous me demandez ce que cela signifie ? Je vais vous le dire.
Les restes du péché, c'est l'effroyable puissance que nous avons donnée au démon en ce-
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dant à ses suggestions et en prenant part à sa révolte contre Dieu. Il rôdait et travaillait sourdement autour de notre âme, comme l'ennemi autour d'une place assiégée. Nous n'avons pas attendu qu'il la prît d'assaut, nous l'y avons introduit lâchement et, pendant de longues années, peut-être, il en a gardé le commandement. Son exécrable empire s'est écroulé le jour où Dieu, notre maître légitime, est rentré dans son bien par la porte du repentir ; mais sa haine et ses ambitions persistent, et, bien loin de renoncer à la possession de l'âme dont il fut le tyran, il est d'autant plus décidé à la reprendre qu'il connaît mieux les faiblesses et les passions dont la complicité doit le servir. Jour et nuit il nous tente, et c'est pour nous une bonne fortune lorsque, armés de toute notre vigueur, nous pouvons trouver, dans l'activité d'une vie occupée, une prompte et facile diversion à ses tentations. Mais, hélas ! que peut faire un pauvre infirme dont l'âme allanguie par la souffrance retombe lourdement sur elle-même ? Et pourtant, c'est contre lui que Satan met en œuvre toutes les ressources de son infernale puissance, d'autant plus
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pressé de triompher que l'heure suprême approche où il ne pourra plus rien. Si le malade est facile aux illusions, il l'abuse sur la gravité de son état et lui fait entrevoir, dans un avenir chimérique, le retour du bien-être et des jouissances dont il lui inspire le regret. Si le malade a conscience de sa fin prochaine, il avive, en sa mémoire inquiète, les douloureux souvenirs qui le peuvent troubler jusqu'à l'effroi. Ne peut-il enfanter la présomption ou le désespoir, il est heureux de tourmenter les dernières heures de grâce dont le chrétien mourant pourrait profiter pour mieux se disposer à comparaître devant le divin juge.
Et ce n'est pas tout, Messieurs. Un autre reste du péché renforce le pouvoir de Satan sur notre âme affaiblie : c'est la sourde attache de notre volonté aux créatures de ce monde. Nous les avons trop longtemps et trop passionnément aimées pour qu'il n'en reste plus riem même après que nous avons adjuré, en nous retournant vers Dieu, cette sorte d'idolâtrie dont elles nous ont rendus coupables. Leurs séduisantes images reviennent en foule assiéger l'autel croulant où nous les avons adorées,
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et, loin que l'inflexible nécessité de les quitter pour toujours nous en détache, notre pauvre .cœur s'y cramponne, comme pour échapper au prochain naufrage dont il est menacé. Si elles n'ont pas le fatal pouvoir de le déchirer par des regrets presque sacrilèges, elles l'occupent encore, détournent son attention, lui dérobant la vue clés choses de l'éternité, et l'empêchant d'entendre les pas de Dieu qui s'approche et sa voix plaintive qui crie : — « Au moins, avant de mourir, donne-moi clone tout ton amour ! » Ajoutez à cela que le péché a creusé, tout le long de notre vie, un lugubre sillon sur lequel on lit : Ingratitude ! C'est lorsque nous ne pouvons plus faire usage des grâces de Dieu que leur souvenir vient fondre sur notre mémoire, et que le perpétuel outrage fait à la bonté divine par notre persévérance dans le péché nous apparaît dans toute sa laideur. Au lieu du père débonnaire dont il escomptait la patience quand il se portait bien, l'homme n'a plus devant les yeux qu'un juge sévère auquel il va rendre compte cle tout le mal qu'il a fait et de tous les biens dont il a abusé. Ce juge voudra-t-il accepter son tardif repentir, ou se
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contenter de ses pénitences imparfaites ? — Mystère! — ■ A supposer qu'il pardonne, a'aura-t-il pas à faire valoir les revendications de sa justice? — Et la pauvre vie qui va s'éteindre est vide d'expiations, ou ne peut offrira Dieu que des satisfactions inachevées. Il faudra donc payer une dette effroyable de
peines. Mais quand ? Mais comment ?
dans les rapides heures que l'éternité va clore bientôt , et dans un corps à bout de forces....
Pouvoir de Satan, sourde attache aux créatures, tristes souvenirs d'une vie pécheresse, expiations manquées : sources d'illusions, de regrets, d'inquiétude, de trouble, de crainte, de tremblement, peut-être de désespoir.... les voilà, Messieurs, ces restes du péché qu'il faut détruire, pour consommer l'oeuvre de la grâce !
Dieu soit béni ! Je vois entre les mains du prêtre l'huile que les bénédictions de l'Église a sanctifiée, Douce, pénétrante, facile et prompte à se répandre, par nature, c'est l'élément qui convient aux intimes et profondes opérations d'un sacrement dont la vertu
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doit achever l'assainissement de l'âme humaine l.
Mais, en cherchant cette âme à travers les membres qu'il marque de l'onction sainte, ne pourrait-il pas guérir le corps de ses infirmités? — Assurément, Messieurs. L'Extrême- Onction n'a pas été appelée en vain le sacrement des infirmes. Elle possède une vertu divine qui peut tout, là où la science humaine et les forces de la nature ne peuvent plus rien, et qui arrachera certainement à la mort une vie désespérée, si Dieu le juge utile à sa gloire et à notre salut, ce L'Église sanctifiée et consommée par la passion du Sauveur, dit saint Thomas, ne peut pas être moins puissante que lorsqu'elle n'était encore qu'à l'état de formation, et, dans cet état, ses onctions guérissaient les infirmités humaines : Ungentes oleo multos
1. Spiritalis sanatio quee in fine adhibetur débet esse perfecta, quia post eam alia non relinquitur, et lenis, ut spes, quœ exeuntibus est maxime necessaria, non frangatur, sed foveatur. Oleum autem lenitivum est et penetrativum usque ad intima, et etiam diffusivum. Et ideo quantum ad utrumque pra?dictorum est conveniens materia hujus sacramenti : (Sumra. Theol., Supp. queest. 29, art. 4.)
œgros et sanabant*. » Elle n'a rien perdu de son pouvoir, que je sache, et la vertu du sacrement dont elle dispose ne s'est pas affaiblie par l'usage. Mais, hélas! ceux qui l'administrent aussi bien que ceux qui le reçoivent n'ont plus la foi qu'il faudrait pour qu'il obtînt son ef ftcacité plénière. Il faut bien le dire aussi, l'Église établie n'a plus autant besoin de miracles que l'Église naissante ; et, d'autre part, nos tristes vies ne méritent guère qu'on les prolonge, car il est difficile de voir ce que la gloire de Dieu et la sanctification des âmes gagneraient à ce prolongement1. Laissons-les donc s'éteindre, et appliquons toute notre attention aux effets spirituels que ne suspend aucune condition d'opportunité.
1. Operatio Ecclesise habet majorem effîcaciam post Christi passionem quam ante. Sed ante oleo inuncti per apostolos sanabantur, ut patet. (Marc, cap. vi). Ergo et nunc habet effectum in corporali sanatione. (Summ. Theol., Suppl. qusest. 30, a. 2.)
2. Que- si aegroti hoc -tempore eam (corporis sanitatem) minus consequuntur, id quidem non sacramenti vitio, sed ob eam potius causam evenire credendum est, quod eorum magna pars, qui S£*3ro oleo perunguntur, vel a quibus administratur, fides infirmior est : testatur enim Evangelista Dominum apud suos multar virtutea
290 l'extrême-onction
Le prêtre, muni de l'huile sainte, se penche sur le moribond qu'il doit administrer. — Fils de l'Église, soldat du Christ, enfant prodigue, ferme les yeux, étends les bras, présente tous tes sens aux attouchements sacrés du ministre de Dieu. N'est-ce pas par les sens que le péché est entré dans ton âme? — Tes yeux, fenêtres indiscrètes, se sont ouverts pour laisser passer l'image des fragiles beautés qui ont séduit ton cœur, des représentations honteuses qui l'ont corrompu, des vains honneurs qui ont allumé son ambition, des biens passagers et trompeurs qu'il a convoités sans retenue et auxquels il s'est attaché avec une fureur insensée. — Tes oreilles ont écouté avec une lascive complaisance la musique qui te charmait et te donnait la fièvre ; elles ont recueilli avec avidité les aveux, les confidences, les révélations dont sont nés des amours criminels, des mépris, des
non fecisse propter incredulitatem illorum. Quanquam etiam rccte dici potest, Christianam religionem, ex quo altius tanquam' radiées egit in animis kominum, minus jam hujusmodi, miraculorum adminiculis indigere, quam olim nascentis Ecclesiœ initie- necessaria esse viderentur (catechism. rom: LeExtremœ Unctionis sacramento, N° XXIX.)
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rancunes, des haines, des désirs de vengeance indignes d'un homme qui se respecte, plus indignes encore d'un chrétien. — Ton c dorât s'est enivré des parfums qui énervent et surexcitent les mondains. — Ta bouche s'est prêtée à toutes les sensualités du goût et a lancé, comme des flèches meurtrières, les blasphèmes qui attentaient à la gloire de Dieu, les injures, les médisances, les calomnies qui blessaient l'honneur du prochain, les mensonges qui insultaient à la sainte vérité. — Tes mains ont été les instruments trop dociles de tes violences, de tes injustices et de tes impuretés. — Tes pieds ont couru à la rencontre ou à la poursuite des occasions qui devaient t'être funestes; — et tes reins, où fermentent les viles illusions, ont tressailli sous le choc d'innommables délectations. Que de péchés, grand Dieu, sont entrés par ces portes profanées !
ce II faut, dit notre grand docteur, appliquer aux sources du péché le remède qui doit le guérir *. j — ■ Le voici . — - En oignant les sens le
1. Omnis nostra cognitio a sensu ortum habet. Et quia ubi est in nobis prima origo peccati, ibi débet medicina adhiberi; ideo inunguntur loca quinque sensuum :
292 l'extrême • ONCTION
prêtre dit : ce Par cette sainte onction et par sa très pieuse miséricorde, que le Seigneur te pardonne tout le mal que tu as commis, par la vue, l'ouïe, l'odorat, le goût, la parole, le toucher, le mouvement et les délectations du sens réprouvé : Per istam sanctam unctionem, et suam piissimam misericordiam , indulgeat tibi Dominus quidquid... deliquisti. »
Sous la toute-puissante action de cette prière, la goutte d'huile devient un fleuve de grâce et de miséricorde qui se précipite de la porte des sens aux intimes profondeurs où l'âme réside. S'il rencontre sur son passage quelque faute échappée à l'efficacité des autres sacrements, il l'emporte et la noie avec tous les restes du péché l, et, au rendez-vous .de ses courants,
scilicet oculi propter visum, aures propter auditum, nares propter odoratum, os propter gustum, manu s propter tactum, qui in pulpis digitorum prœeipue viget, et propter appetitivam inunguntur aliquibus renés; pedes autem inunguntur propter motivam, qui sunt principalius ejus instrnmentum. I]t quia primum principium operationis humanae est cognoscitiva, ideo illa unctio observatur quœ fit ad quinque sensus quasi de necessitate sacramenti. (Summ. Theol., Supp., quaîst. 32, art. 6.) 1. Principalis effectus hujus sacramenti est remissio
l'extrême -ONCTION 293
l'âme, imprégnée d'une seule onction, se sent plus forte qu'aux jours de la santé et s'écrie comme le Christ au sortir de l'agonie : « Debout, marchons : Surgite, eamus. » Satan ne peut plus rien sur elle ; elle est investie pour le suprême combat de la force ide l'Esprit-Saint. Les créatures de ce monde ne la retiennent plus ; ses liens sont rompus, et ses regards sont fixés vers le ciel. Si elle s'attriste encore de ses ingratitudes, elle n'en est plus accablée, tant le dernier baiser de Dieu l'a remplie de confiance en son infinie bonté. Enfin, pour combler le vide de ses satisfactions, elle s'abandonne à la volonté divine, elle fait de l'agonie et de la mort une expiation, et elle y met tant d'amour que Dieu ne peut pas lui refuser une part dans les mérites du Christ et de ses saints. — Plus d'ombres, plus d'illusions, plus de regrets, plus de troubles, plus de terreurs, plus d'angoisses ; mais la lumière, la claire vue de l'éternité, l'abandon, la sécurité, la paix, la joie clans le Seigneur. Entièrement guérie,
peccatorum quoad reliquias peccati, et ex consequenti eliam quoad culpam, si eam inveniat. (Summ. Theol., qutcst. 30, a. 1.)
294 LEXTRÊME-ONCTION
pendant que le corps succombe, l'âme chante la pieuse miséricorde qui l'a poursuivie jusqu'au dernier jour de sa vie terrestre : « Misericordia tua subsequetur me omnibus diebus vitse mex l. »
J'aurais pu vous quitter, Messieurs, après les dernières paroles que vous venez d'entendre. Il me semble que j'ai parlé assez clairement pour que vous voyiez la place qu'occupe le sacrement des infirmes dans l'économie de la grâce de Jésus-Christ et que vous en compreniez toute l'importance. Mais, j'ai un compte à régler avec la foi défaillante et les vaines terreurs de la plupart des familles chrétiennes de notre temps. Je ne m'en irai pas avant de leur avoir dit tout ce que j'ai sur le coeur.
« Quand vous verrez que ma dernière heure approche, disait saint Martin à ses fils spirituels, prenez-moi entre vos bras, si je ne puis
J Psalm. XXII.
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plus marcher, et portez-moi jusqu'à l'église. Là, vous me coucherez sur un lit de cendres : c'est ainsi qu'un chrétien doit partir pour le ciel. » L'exemple de ce grand saint n'est point isolé dans les annales de l'Église. C'est sur un lit de cendres, et sous le toit qui abritait leur Dieu, que des évêques, des prêtres, de nobles chrétiens, des rois, même, ont voulu recevoir les derniers sacrements et s'endormir clans le Seigneur. Ils n'attendaient pas qu'on fît le siège de leur lit funèbre par des circonlocutions timides et des demi-mots transis; mais, l'oreille attentive au pas de la mort, ils mesuraient ses approches et, justes ou pécheurs, rassurés ou tremblants, ils savaient dire à ceux qui les entouraient : « II est temps. » Parents, amis, serviteurs, étaient convoqués à la touchante scène des derniers sacrements, car il fallait que rien ne manquât à la solennité de leur départ pour l'éternité. S'il y avait des larmes versées, on se consolait en voyant le sourire presque céleste du moribond, en entendant ses lèvres murmurer Vin manus, ou bien : « Je vais entrer, Seigneur, clans ta maison, et t'adorer dans ton saint temple : Introibo in
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domum tuam, adorabo ad templum sanctwn tuum l. »
La race de ces fiers chrétiens n'est pas complètement éteinte. On voit encore, ça et là, des malades pressentir les approches de la mort et demander eux-mêmes à l'huile sainte de consommer en leur vie spirituelle les grâces de leur rédemption. Mais, hélas ! ce qui était la règle, dans les âges de religion, est aujourd'hui l'exception. Généralement, ce n'est plus la foi qui préside à la mort du chrétien, c'est la peur.
Pourquoi cela, Messieurs ? Parce que nous vivons dans l'oubli habituel de notre fin dernière, et que nos attaches à ce monde sont si fortes que nous ne pouvons pas nous faire à l'idée qu'elles doivent être rompues. En faisant converger la plus grande somme des forces humaines vers la multiplication et l'extension du bien-être et de la jouissance, on a créé des générations d'hommes véritablement terrestres, qui ne voient rien au delà du champ de cette vie de passage, et pour qui c'est le plus