‹ Conférences de Notre-Dame de QuébecChapitre 9 sur 9 · IO · texte numérisé non relu

IO

Page 191. — C'est bien ici le lieu de citer l'admirable discours de M. le comte de Montalembert, prononcé, sept mois après cette conférence, à la tribune de l'Assemblée Nationale. Il insista principalement sur ce point, (pie la France ne devait pas entreprendre de dicter à Pie IX une ligne de conduite politique, surtout depuis le Motuproprio du 12 septembre, où Sa Sainteté annonçait les dispositions les plus libérales. L'illustre orateur rappelle alors aux membres de l'opposition que tous les oppresseurs «les papes, y compris même le grand empereur, avaient échoué lorsqu'ils ont eu recours à la violence. Il continue ainsi : —

C'est ce qu'il y a de plus grave dans cette

lutte, ce qui doit frapper tous les esprits, même les plus prévenus, même les moins sensibles aux préoccupations que l'on suppose peut-être dominer chez moi en ce moment ; ce n'est pas seulement le discrédit ou la déconsidération qui tôt ou tard s'attachent à ceux qui luttent contre le Saint-Siège, mais c'est encore la défaite ! c'est l'i n succès qui est certain ; certain, notez-le bien !

Et pourquoi l'insuccès est-il certain ? Ah ! notez bien ceci : parce qu'il y a entre le Saint-Siège et vous, ou tout autre qui voudrait combattre contre lui, il y a inégalité de force. Et sachez bien que cette inégalité n'est pas pour vous, mais contre vous. Vous avez 500,000 hommes, des flottes, des canons, toutes les ressources que peut fournir la force matérielle. C'est vrai. Et le pape n'a rien de tout cela : mais il a ce que vous n'avez pas, il a une force morale, un empire sur les consciences et sur les âmes auquel vous ne pouvez avoir aucune prétention, et cet empire est immortel. (Dénégation à gauche. — Vive approbation à droite.)

Vous le niez; vous niez la force morale, vous niez la foi, vous niez l'empire de l'autorité pontificale sur les aines, cet empire qui a eu raison des plus fiers empereurs! Eh bien, soit; mais il y a une chose que vous

ne pouvez pas nier. Or, c'est la faiblesse du Saint- Siège, sachez-le, c'est cette faiblesse même qui fait sa force insurmontable contre vous. Ah ! oui, il n'y a pas dans l'histoire du monde un plus grand spectacle et uu plus consolant que les embarras de la force aux prises avec la faiblesse.

Permettez-moi une comparaison familière. Quand un homme est condamné à combattre une femme, si cette femme n'est pas la dernière des créatures, elle peut le braver impunément ; elle lui dit : Frappez, mais vous vous déshonorerez et vous ne me vaincrez pas. Eh bien l'Eglise n'est pas une femme, elle est bien plus qu'une femme ; c'est une mère ! (Une triple salve d'applaudissements accueille cette phrase de l'orateur.)

C'est une mère, c'est la mère de l'Europe, c'est la mère de la société moderne, c'est la mère de l'humanité moderne ! On a beau être un fils dénaturé, un fils révolté, un fils ingrat, on reste toujours fils ; et il vient un moment, dans cette lutte parricide contre l'Eglise, où cette lutte devient insupportable au genre humain, et où celui qui Fa engagée tombe accablé, anéanti, soit par la défaite, soit par la réprobation unanime de l'humanité.

Figurez-vous, messieurs, Pie IX en appelant à l'Europe, en appelant à la postérité, en appelant à Dieu contre les violences et contre la contrainte de la France, de la France qui l'a sauvé, et qui viendrait aiusi ajouter la plus ridicule des inconséquences à un crime qui n'a jamais porté bonheur à personne depuis que l'histoire existe.

En outre, messieurs, sachez bien que vous n'eu viendrez pas à bout, parce que l'Eglise a des ressources infinies pour la résistance.

m. ciiauras. Nous le savons bien, demandez plutôt à Ravaillac !

M. de moxtalembkkt. S'il rous arrivait jamais, qu'à Dieu lïe plaise, d'être engagés dans une lutt* lieuse avec elle, vous ne liriez pas longtemps, je vous le promets.

Voix à gauche : Nous le savons bien !

m. de moxtalemiîekt. Je dis qu'elle a des ressoi infinies pour la défense! Oh ! pour l'attaque, quand cela lui arrivé, et >i cela lui est arrivé quelquefoi conçois son infériorité: elle n'a rien de ce qu'il faut pour l'attaque, pour le rôle agressif ; mais, pour la ..de1

. je vous assure qu'élit est incomparable. C'< contraire des places assiégées dont je vous parlais la dernière ibis que j'ai paru à cette tribune. Je vous disais que les places assiégées, et c'est un axiome ieiice

stratégique dis modernes, sont toujours prises tut ou laid. Lh bien, pour la citadelle de FEg pré-

cisément le contraire ; elle est imprenable.

l'a nuinbre à 'gauche: Elle n'existe plus. (lîircs ironiques.)

Voix à droite : Le nom de l'auteur!

M. de MONTALEMBEÛT*. Vous devez le savoir, messieurs ; eiie a. un vieux texte, non possumué, dans un vieux livre appelé les Actes des apôtres, vieux texte <jui a été inventé par un vieux pape appelé saint Pierre (Rire général et approbation), et avec ce mot-là, je vous jura qu'elle vous conduira jusqu'à la fin des siècles sans céder. (Humeurs à gauche.;

thèque The Library

i'Ottawa University of Ottawa

nce Date Due

a 3^00 3 00J6 39 7jMb BX 1756 . H 6 3

HELfESi JOHN.

CE SX 1 756

CoO HELMES, JOHN CONFERENCE

ACC£ 13645 84

Page 1