PREMIÈRE CONFÉRENCE
8 décembre, 1848.
Jesus Christus heri, et hodiè, et in secuia. ‘4 Jésus-Christ était hier, il est aujourd’hui, ‘“et il sera dans tous les siècles.”’—Heb, ce. 13, v. 8,
MoNsEIGNEUR, Mes FRÈRES :
Dre EST ÉTERNEL; en Dieu, rien ne finit, rien ne commence; en Dieu, point de passé, point d'avenir : J est, voilà son attribut suprême, son adorable nom, Ægo sum qui sum. Nulle de ses œuvres extérieures ne possède cette immuable existerice, la créature serait égale au
créateur ; et cependant tous les êtres, visibles ou invisibles, que sa toute-puissante volonté a fait éclore, ont pour caractère une durée à laquelle nous n’entrevoyons ni terme ni limites. Les astres continuent de suivre la route assignée à chacun d'eux au moment de sa formation. La terre, affermie sur ses bases, comme parle l'écriture, offre une même constante succession de jours et de nuits, de saisons et d'années. A sa surface, il est vrai, tout change, tout se renouvelle : animaux et plantes, races humaines avec leurs individus, leurs familles, leurs peuples, leurs générations, disparaissent et s’en vont avec une effrayante rapidité ; mais au milieu de ces vicissitudes, rien de matériel ne se perd, rien, pas un brin d'herbe, pas un cheveu de notre tête, pas un seul atome: vérité qui a déjà donné de profonds soucis à plus d’un incrédule, “ L’impie, ” dit Bossuet, ‘aspire au néant, etce misérable partage (il ‘ le voit) ne lui est pas assuré. ”
Combien plus dans le monde des intelligences, ne sont-elles pas lumineuses ces traces d’une main qui travaille pour l'éternité ! Créées à l'image de Dieu, nos âmes portent gravés en elles le sentiment, le désir, le besoin, et par conséquent la certitude de leur immortalité: sentiment, désir, besoin, démontrés invinciblement par le témoignage du genre humain; par notre penchant inné vers tout ce qui est grand, sublime, parfait; par cet amour de la gloire et de la renommée; par ces lumières prophétiques des mourants de tous les pays, ce chant du cygne qui leux échappe des lèvres; Je:pars, je vais
rejoindre mes pères, je vous attendrai, je ne mourrai pas tout entier, Non omnis morior—Je verrai mon Dieu et mon sauveur, Fidebo Deum salvatorem meum ; par cette conscience, qui n’est que la voix de Dieu évoquant, ajournant toutes les causes au tribuval d’une rétxibution complète et dernière ; par cette faim et cette soif immense de la vérité, viande des esprits, comme l'appelle Mallebranche, fruit de l'arbre de vie, nourriture éternelle, que s'assimilent tous ceux qui la mangent; par ce vide infini que ressent nôtre cœur à la vue des biens d'ici-bas. Et d'ailleurs, qui pourrait la détruire, cette âme, ce moi tout spirituel, cette substance incorruptible? Serait-ce elle-même? Sa destruction par elle-même serait un double acte de vie. Serait-ce Dieu? Il nous aurait trompés.
Le métaphysicien dit, et c’est d’une évidence péremptoire : Je nomme l’immortalité ; je conçois l'immortalité ; je suis fait pour l'immortalité: je suis donc: immortel.
Si le moindre grain de poussière se retrouve, après toutes les combinaisons matérielles ; si la plus faible intelligence porte en soi le germe et la preuve d’une vie sans bornes: faudra-t-il s'étonner que l'œuvre de Dieu par excellence, cause finale de toutes ses autres œuvres ; que la grande chaîne des rapports qui lient au créateur toutes les créatures, tout l'univers ; que l’œuvre de la religion, le christianisme, L'ÉGLISE soit éternelle ? qu'on puisse dire de l'Église : Elle était hier, elle est aujourd'hui, elle sera dans tous les siècles? Faudra-t-il s'étonner
que cette Cité de Dieu, dont l'architecte naquit avant l'étoile du matin, dont les premières pierres furent posées il y a six mille ans, dont les murailles s'étendent pour embrasser les quatre coins du monde, se polissent sous le marteau des persécutions, se couvrent d’emblêmes victorieuses, s'élèvent pour atteindre les voûtes immortelles—faudra-t-il s'étonner, je le répète encore, que cette Cité de Dieu n'ait à craindre de périr ni par les ravages de la vétusté, ni par les assauts de ses ennemis, ni par les luttes séditieuses de ses enfants ?
Je viens, mes frères, poser et résoudre cette grande question: je viens étudier, admirer, adorer avec vous cette œuvre de Dieu, cette religion, cette Église, depositaire du secret de notre existence passée, présente et future; me soumettre avec
vous à ses oracles, chercher avec vous les moyens de réaliser ses brillantes promesses; suivre avec vous sa marche triomphante à travers les siècles; reconnaître avec vous que ses destinées sont les destinées du monde,
Voulez-vous savoir quel motif a pu m’engager dans une entreprise tellement au-dessus de mes forces? Je vais vous le dire en peu de mots.
Au moment où la civilisation européenne s’agite, se trouble, s’élance dans la terrible carrière des révolutions civiles; où tant de peuples atteints de ce frémissement dont parle le roi-prophète, Quare fremuerunt gentes, s'efforcent de briser tous les liens du passé— s'irritant contre les
obstacles—mélant quelquefois aux cris d’une fiévreuse liberté des menaces contre cette religion seule capable de reconstruire leurs sociétés en ruines—ordonnant à Dieu, à son Christ de se taire : tandis que lui, asssis au haut du ciel, se moque de leurs vains complots, Qui habitat in Cælis irridebit eos, fait gronder autour d'eux la foudre, Tunc loquetur ud eos in irâ sud, et les menace, lui, du silence de la mort; au moment où l'enfer, profitant de la confusion universelle, redouble ses attaques
contre l'Eglise, le christianisme, toutes les vérités, tous les devoirs ; au moment où, dans notre pays,
dans notre Canada, l’un des plus anciens séjours en Amérique de cette heureuse civilisation que donne et qu’entretient la foi, tous les esprits sages s’inquiètent et se demandent quelles seront pour nous
et pour notre avenir les suites de tant de phèno-
mènes lugubres—il m'a paru non seulement utile,
-opportun, mpis nécessaire, d'essayer à raminer votre
foi, à l'éclairer, à à vous rappeler ce qu’elle fut dans tous les temps, ce qu’elle a été, et ce qu’elle est pour
vous en particulier et pour votre commune patrie— sans vous cacher, Dieu m'en garde, l'abime qui .g'auvrirait devant yous, si cette foi venait à s’é- Joigner de vous, pour aller faire le bonheur d’un peuple plus docile àses inspirations.
Maintenant, mes frères, si vous me demandez quel sera le plan de ces conférences, je vous répondrai -qu1 il se trouve tout entier dans le texte dont j'ai fait choix, Jesus Christus herè, et hodiè, et
in secula, et dans le rapide commentaire que vous B.
venez d'entendre. Le grand fait de la création sera notre point de départ. Des milliers de siècles ne suffiraient pas pour contempler en détail ce qu’un Verbe, une parole toute puissante y fit éclore de merveilles, Nous nous y arrêterons seulement pour reconnaître la place que nous occupons, nous, dans l'immense échelle des êtres visibles et invisibles: nous, si petits, si voisins du néant ; nous, si grands toutefois, si voisins de la divinité.
Nous entrerons dans ce mémorable jardin, b:rceau de l'humanité : nous n’en sortirons qu’après avoir lu d'avance des volumes sans nombre connus sous le nom d'histoire ; nous n’en sortirons qu'après avoir entrevu la porte d’un autre Jardin, théâtre d’une autre création, où l’homme renaitra du sang, du sang d’un Dieu! Instruits déjà de bien des mystères, nous errerons assez longtemps autour de ces lieux ou retentit, hélas! la sentence d’un irrévocable exil. Puis nous nous embarquerons sur le fleuve des temps; nous parcourrons les six âges du monde, guidés dans notre course par la révélation, éclairés de distance en distance par des phares de plus en plus brillants, jusqu’à celui qui s’élèvera devant nous avec cette auréole : Je suis la lumière du monde. Nous voguerons alors au grand jour du christianisme, non sans écueils, non sans ternpêtes, non sans pertes désastreuses, mais toujours sans crainte de naufrage. Parvenus enfin aux rives contémporaines, nous jetterons l'ancre, pour fixer nos regards sur l’avenir : bien endurcis, bien aveugles serons-nous, si un pareil voyage et de pa-
tion sera ècles ne e qu'un clore de eulement ns, NOUS, et invisinous, si
din, b2rns qu’as nombre sortirons re jardin, > renaîtra jà de bien ps autour e d’un irerons sur s six âges la révélades phares i s’élèvera a lumière rand jour sans tems toujours enfin aux ncre, pour rcis, bien et de pa-
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