QUATRIÈME CONFÉRENCE
Noël, 1848.
Jesus Christus heri, et hodiè, et in secula, (6 Jésus-Christ était hier, il est aujourd’hui, ‘6etil sera dans tous les siècles.”’—Heb.
MOoNSEIGNEUR, Mes FRÈRES :
Voilà l'homme : il vient d’être créé, instruit de sa nature, de ses destinées et de ses devoirs ; mis en rapport d'union intime avec son créateur ; entouré de plaisirs, couronné de fleurs, heureux du bonheur que donne la parfaite innocence.
Voilà l'homme : Quatre mille ans s'écouleront,
et cette même parole désignera l'innocence même, conronnée d’épines, entourée de bourreaux, achevant d’expier dans la douleur, dans le sang, les crimes du premier homme et de nous tous, ses coupables enfants : Ecce homo !
Adam est seul, résumant en lui tous les élus, toute l'Eglise, tout le genre humain. Un nouvel et grand mystère va terminer l'ouvrage du sivième jour. Il faut pour l’homme, dit le Seigneur, une aide, une compagne, semblable à lui. Et cette aide, d’où lui viendra-t-elle ? du sein de la terre ?— non; du sein des eaux?—non, mais du sein d'Adam. Dieu lui envoie ce sommeil surnaturel où les interprètes croient que toutes les générations futures et tous les événements de l’histoire se déroulèrent devant ses yeux —“ posant alors, la main sur son cœur, il lui arrache une partie du bouclier na- “ turel qui le couvre; ilen forme un être semblable ‘ à lui, il l’éveille, le lui présente,” et ces paroles d'amour saint, de prophétie se font entendre : Os de mes os, chair de ma chair; elle s'appellera homme-mère, tirée de l'homme ; mes fils à jamais quitteront père et mère pour s'attacher à elle, et les deux ne feront qu'un: et erunt duo in carne und.
J'ai dit que c’était un grand mystère : quatre mille ans plus tard, le NOUVEL ADAM, plongé dans un sommeil encore plus profond, ayant pour lit, non des roses, mais un tronc d’arbre dépouillé, nouvel arbre de vie, verra sortir de son côté ouvert une épouse, de laquelle lui naîtra une postérité plus nombreuse que les éloiles. Cette épouse, c’est
L'ÉGLISE, emhellie de la chair et du sang de Jésus son époux, cha: de sa chair, os de sesos! Pour s'unir à elle, il aura quitté son père, l’Ancien de Jours, et sa mère, la synagogue ; les deux ne feront à jamais qu'un : nulle puissance humaine» nul effort de l'enfer ne pourra les séparer.
—Le MARIAGE est établi, #n, saint, indissoluble. Cette fois, Dieu lui-même sert de témoin et de prêtre, lui-même il prononce la première bénédiction nuptiale: Benedixit eis. Croissez, leur dit-il, ec multipliez-vous ; remplissez la terre, soumettezla ; domptez tou:es les races d'animaux et jusqu'aux monstres de la ner: le globe et tous ses habitants seront votre dotet votre héritage. Comme vous voyez, mes frères, nos titres de propriété datent d’assez loin et d'assez bonne source : nous verrons
“bientôt les partages et les successions.
Tel fut 44 commencement le mariage, institution divine, si longtemps oubliée, si cruellementoutragée depuis. Et tel est encore le modèle des mariages chrétiens : choix de la Providence, choix que la vertu prépare, que la vertu seule a droit de connaître ; amour noble et pur; capacité pour le travail, dévouement au travail de part et d'autre. L'homme savait déjà gagner sa vie et pourvoir à sa descendance ; la femme lui est donnée instruite de ses devoirs, attachée à ses devoirs ; elle lui est donnée, non pas pour fardeau à soutenir, mais pour compagne, pour aide, semblable à lui: in adjutorium simile sibi.
La société domestique, la FAMILLE est fondée,
base et modèle de toutes les sociétés civiles ou politiques, qui n'existent que par elle et pour elle. Leur stabilité dépend des garanties qu’elles fournissent aux droits et aux intérêts de la famille, mettant au premier rang la sûreté de la vie, ensuite celle de la propriété. Travailler à construire un édifice social sur les ruines, soit de a propriété, soit de quelque autre élément naturel de la famille, c'est imiter la folie d’un architecte qui pour orner une façade arracherait les retombées des voûtes: c’est bâtir en l'air. L’esclavage transforme la famille en un vil troupeau; la tyrannie, sous divers noms, quelquefois sonores et imposants, a de tout temps entamé les droits du père, de la mère, ou de l’enfant. Mais l'esclavage se brise, la tyrannie s’use, etla famille survit à toutes les révolutions humaines: comment pourrait-elle périr? Dieu ne le veut pas.
O que de choses à dire ici ! qu’il me tarde de pouvoir parler le langage de la foi, du zèle, de l’amitié, en m’adressant spécialement à chacun des membres de la famille chrétienne !
Jeunes gens, qui vous presses sur le seuil de la vie, pleins d'espoir et de courage ; impatients dans vos rêves de bonheur; trahis, trompés à tout moment par cet implacable ennemi qui ne dort jamais : j'ai des conseils à vous offrir, des vérités à graver, s’il se peut, au fond de vos âmes ; conseils et vérités qui vous regardent, et comme enfants de l'Eglise et comme enfants de cette patrie qui vous est si chère, de cette patrie dont le sort religieux est peut-être entre vos mains.
et ses deux interprètes entonnent un concert de
o- Jeunes personnes du sèxe, élevées dans la crainte le. de Dieu et l'amour de vos devoirs ; dignes du plus r- heureux avenir, mais exposées à de terribles mée, comptes dans le choix des moyens de vous l’assuite rer, cet avenir: j'ai à vous parler aussi; quand le un moment en sera venu, puissent la prudence et la soit persuasion régner à la fois sur mes lèvres ! est Et vous pères et mères, vous ne serez point ne î oubliés, Je veux encourager votre sollicitude, tout est en vous demandant si vous gardez et exercez en fidèlement l'autorité dont Dieu vous a revêtus; si la ms, tendresse paternelle ou maternelle en serait point mps trop aveugle, trop confiante; si vous ne vous pré. en- pareriez point pour vos vieux jours des reproches, se, des remords, de sombres et cruels chagrins? Mais nes : ce n’est point en passant qu’on doit traiter ces pas. graves matières ; il faut leur donner un temps et de une place convenables : nov: le ferons, sil plaît à a- Dieu. Revenons au berceau de l'humanité.
des Après avoir béni et doté les deux époux, Dieu leur renouvelle la loi du TRAvAIL : leur désigne e la pour nourriture les plantes et les fruits, ce qui | lans semble supposer que l'usage des viandes n'était l tout point permis jusqu’au déluge ; une main céleste 1 dort fixe encore une fois leurs regards sur l'arbre mys- | és à térieux; encore une fois se répètent ces paroles A con- fatidiques : Vous n'en mangerez point—puis le | en- Seigneur s'éloigne, les laissant pleins de joie, | trie d’admiration, d’amour, de reconnaissance. ï ! sort L'univers est achevé, approuvé, béni ; la nature
louanges: Benedicite omnia opera Domini Domino. L'Eternel rentre dans son éternel repos, et le septième jour commence.
Ce fut sans doute de Dieu même et en mémoire de la création, que nos premiers parents apprirent à sanctifier par le repos et la prière la septième partie de leur vie : loi fondée sur ce que l'homme ne saurait se passer d'intervalles réguliers de repos corporel ; moins encore son âme peut-elle remplir ses destinées, si elle n'interrompt fréquemment son travail pour se reposer en Dieu. Plus tard,
cette loi fut promulguée solennellement sur le mont Sinaï: c’est la troisième du décalogue.
Certes, mes frères, c’est quelque chose de bien ancien et de bien saint que ce jour du sa/üat, qui est notre dimanche. Fêté d’abord par Dieu luimême, fêté par l’homme innocent, il a reçu partout depuis sur la terre une consécration spéciale. Je vais vous citer à ce sujet deux témoignages frap. pants. Le premier est d’un ennemi furieux de la révélation ; c’est le trop célèbre Didérot, auteur d’une foule d'ouvrages impies, qu’heureusement on n’a guères lus, parcequ’ils sont inintelligibles :
‘ De tout temps et en tous lieux, chez les peuples anciens comme chez les peuples modernes, dans les pays civilisés comme chez les barbares, partout en un mot, a régné l'usage de la semaine, et celui d'en employer le septième’ jour au repos de l’homme et au culte de la Divinité. ”
L'autre témoignage est de M. Laplace, un des plus grands géomètres qui aicnt jomais éxisté :
“ La semaine, depuis la plus haute antiquité, dans laquelle se perd son origine, circule sans ‘ interrruption à travers les siècles, en se mêlant ‘“ aux calendriers successifs des différents peuples. “ Il est très-remarquable qu’elle se trouve la mème “ par toute la terre. C’est peut-être le monument “ le plus ancien et le plus incontestable des conpaissances humaines. Il paraît indiquer une source commune d’où elles se sont répandues. ” Laplace en écrivant cet aveu, était incrédule. On assure qu’en mourant il eut, comme tant d’autres, le bonheur d'ouvrir les yeux à la vérité. L’émule de Newton pouvait-il ne pas mourir chrétien ?
Arrivons à la fatale catastrophe. Vous en ronnaissez l’histoire, si naïve dans sa forme, «1 offrayante dans sa profondeur, telle que l'écrivain sacré nous l’a transmise ; histoire qui, de bouche en bouche, de colonne en colonne, est parvenue à toutes les nations anciennes et modernes; histoire, hélas, que nous n’avons nul besoin d’aller lire dans les collections de l’antiquaire, sur les pyramides de l'Egypte, les pagodes de l’Inde ou les tombeaux du Mexique: elle est au-dedans de nous ; elle se répète à chaque cri de nc're conscience, à chaque pulsation de notre cœui ralheureux et coupable ! Je ne fera’ qu’en rappeler les circonstances essentielles.
Disons d’abord qu’araut l’homme, c’est le té-
moignage unanime de toute l'écriture et de toutes les traditions, Dieu avait créé un monde de PURES INTELLIGENCES : il les avait créées libres aussi ; illes avait soumises à une épreuve, dont tout ce que nous savons est que les unes se perdirent par l’orgueil et furent à jamais privées de sa présence, tandis que les autres furent confirmées à jamais dans son amour et-dans un état de parfait bonheur. Nous savons qu'aux premières, devenues éternellement malheureuses, a été laissé le pouvoir de nuire à l’homme par suggestion, mais non pas jusqu’à lui ravir sa liberté.—Bien entendu qu’ici les géologues ue sont plus à consulter ; il n’y a point d’esprits à l’état fossile, pour une foule de raisons excellentes. Mais la parole de Moïse et des prophètes. ainsi l’a décidé celui que l’erreur ou le mensonge ne saurait surprendre, vaut bien la dépouille d'un mort qu'on retirerait du sein de la terre ou même du fond des enfers. La raison seule, sans le secours de la révélation, démontre la possibilité des anges ; elle présume d’après ce que nous voyons des plans du créateur qu'il doit exister des êtres supérieurs à nous, d’une nature plus rapprochée de celle de Dieu, un monde d’ESPRITS enfin : elle croit le reste sur une autorité infaillible.
Je le sais, les peuples de la terre sont tombés à cet égard dans un abîme de superstitions et d’impiétés. Plusieurs d’entre eux, ne pouvant expliquer le grand fait de la dépravation de l’homme, ont imaginé un double Dieu, l'un bon, l'autre mauvais, tous deux éternellement cn gucrre. Cette
idée, preuve si saillante du péché originel, régnait surtout en Orient et chez nos aborigènes d’Amérique. Elle s’est introduite jusque sous le christianisme : c’est d’elle qu'est née la secte des Manichéens.
Mais la plupart des nations infidèles ont imaginé une hiérarchie, une gradation de génies ou d’esprits, de plus en plus puissants, soit pour le bien, soit pour le mal ; ils leur ont érigé des temples, et les ont adorés, surtout les mauvais génies, par un culte accompagné de sacrifices. Toutes ces affreuses erreurs supposent la vérité—nous y reviendrons plus d’une fois.
—Adam et Eve étaient justes et saints; ils avaient le cœur droit ; toutes les grâces, tous les motifs d’obéir les entouraient—mais enfin, ils étaient LIBRES—autant qu’il nous est possible de concevoir leur heureux état, la TENTATION devait leur venir du dehors.
Il n’y a tien de plus touchant dans Milton que cètte visite de l'ange Raphaël à nos premiers parents. Îl engage avec eux un long entretien, leur raconte ce qui s'était passé avant leur naissance, écoute le récit de leurs impressions, et les affermit dans le dessein de demeurer fidèles. Quand il les quitte, se retournant vers Adam, il prononce cet écho de la fatale défense :
Le ciel t’a créé libre, et ta postérité Te devra son malheur, ou sa félicité.
—Plaçons nous à la porte de ce mémorable jardin, nous les exclus, nous les exilés.
L’ennemi le plus rusé qui fut jamais s'approche —que nous importe la forme ou la manière—un serpent visible fut l’instrument de la tentation—il s'adresse à la partie la plus faible—Eve est SEULE, péril déjà, leçon épouvantable à tout l'avenir.
— Pourquoi Dieu vous a-t-il défendu de manger du fruit de tous les arbres (MENSONGE) de tous les arbre: de ce jardin ?
Vo là le premier PourRQUuoI, le pourquoi du doute, de l’iicrédulité, le pourquoi du Démon! Ce fatal pour quoi n’a cessé depuis de retentir dans le monde. Qui ne l’a pas entendu ? qui ne l’a pas répété? A qui cette parole n'est-elle pas cent et cent fois échappée, soit du cœur, soit des lèvres !-—Pourquoi cette défense? Pourquoi résister à mes penchants ? Quel mal peut-il m’en arriver? Quelle crainte dois- ‘je avoir des suites de mon crime ?
La femme ÉcOUTE, au lieu de fuir ; l’abîime se prépare—elle RÉPoND ; elle y tombera !
— Nous mangeons du fruit de ces arbres, mais pour celui de l'arbre qui est au milieu du Paradis, Dieu nous a commandé de n'en point manger, et de n'y point toucher, de peur que nous ne fussions exposés à un grand malheur qu'il appelle la mort !
Dieu affirme, la femme doute, le diable N1E ” : c'est le mot de St. Bernard.
—Assurément vous ne mourrez pas. Mais Dieu sait qu'aussitôt que vous aurez mangé de ce fruit, vos yeux seront ouverts (ah ! oui, ils seront ouverts !)...vous serez comme des Dieux ; vous con: naîtrez le BIEN et le MAL (oui, vous les connaîtrez !).
—Les yeux, les YEux, éternelle occasion de péché, se fixent sur le fatal objet de la défense ; la curiosité, l’amour-propre, la vanité, l'ORGUEIL pénétrent tour-à-tour jusqu’au cœur de notre mère infortunée ; l'appétit sensuel s’enflamme....….C’en est fait..…...la main obéit…...elle cueille.….….ÆEve À MANGÉ !…….Adam devient complice PAR AMOUR 8 …Adieu l’innocence....adieu la paix....adieu le bonheur d’ici-bas !
C'était hier ; nous y étions tous, mes frères, et cette route du cœur, croyez-vous que l'enfer l'ait oubliée ?
—Æt voilà la Pomme d'or, voilà la boîte de Pandore ouverte par une femme, et d’où tous les maux étaient sortis ne laissant au fond que l’EsPÉRANCE. Voilà la déesse Atis, chassée de l’'Olympe ; la femme trompée par la couleuvre des Perses ; le Typhon ou Dragon des Egyptiens, qui remplit de malheurs la mer et les terres ; le serpent Kaly des Indous, qui fait tant de ruines que le Dieu Vishnou S'INCARNE pour les réparer. Voilà le serpent, ou la femme-serpent des Japonais, des Chinois, des Scythes, des Gaulois, des Mexicains et des Péruviens !
‘ La croyance que l’homme est déchu et dégénéré “ se trouve chez tous les anciens peuples, ” avouait le chef des impies modernes.
Il ne s’agit point de dire: je ne comprends pas ; il s'agit d’un FaIT, et vous savez le proverbe : Rien n’est si entêté qu'un fait.
“ Lenœud de notre condition, disait Pascal, prend
“ ses replis dans cet abîme (du péché originel) : “ de sorte que l’homme est plus incompréhensible “ sans ce mystère, que ce mystère n’est inconce- “ vable à l’homme.”
Rappelez-vous notre dernière conférence. “ La “ chute et la réhabilitation, le péché originel et la “ rédemptüon, sont les deux pôles autour desquels “ roulent to:1s les mystères de la nature humaine. ” Nous au:ons beaucoup à dire sur ce grand sujet.
Écoutons le PouRQuotr de Dieu, du remords, de la CONSCIENCE ; il retentira, lui aussi, dans le monde, jusqu’au dernier soupir du dernier des vivants ! Ce pourquoi est terrible, il est assourdissant ; étouffezle, il renaît, il revient ; sil s’affaiblit un instant, c’est pour redoubler de force : il ne meurt jamais. Je n'ai point ici besoin de chercher des témoignages.
—Adam, où êtes-vous ?—J'ai eu peur de votre voix, à mon souverain maître! Je n’ose me présenter devant vous. Un feu honteux s'est glissé dans mes veines !— Vous avez donc mangé du fruit de cet arbre, qui vous couvre sans vous cacher, ef pourquoi ?— La femme que vous m'avez donnée pour compagne, me l'a offert, et j'en ai mangé.—Et vous, 6 femme ! pourquoi ?—Le SERPENT m'a trompée !.….
Plaie profonde du PÊCHÉ ORIGINEL, preuve de son indicible énormité ! Ils n’implorent point la pitié de leur juge ; ils S’'ExCUSENT, l’homme sur la femme, la femme sur le serpent infernal ! Cependant l’infinie miséricorde prévient même leur repentir; le ciel s'ouvre pour leur annoncer les des-
seins de l'éternel conseil de Dieu: et quel moment, mes frères, plus propice pour vous les rappeler, que l’aimable, la sainte, la toute consolante fête de Noez! Écoutons :
Une voix terrible se dirige vers le tentateur ; pour lui, point de grâce. —MauDiT 80IT LE sER- PENT ! qu’il traîne sur la terre ses replis tcrtueux ; qu’il se nourrisse de boue (ah ! oui !); qu'une haine éternelle règne entre lui et la femme. Il tendra des piéges à la femme et AU FILS DE LA FEMME ; mais la femme (ou le fils de la femme) LUI ÉCRASERA LA TÈTE: {psa conteret caput tuum !.…….
Jour de Noël, vous vites l’accomplissement de cette adorable promesse ! Mais écoutons encore :
La mère de tous les vivants est là, tremblante, accablée de honte et de remords. Que lui dira cette voix qui vient de maudire l’auteur de sa ruine ?— Deux paroles où nous verrons son histoire, et l’histoire de ses filles pendant cette longue suite de siècles qui doivent s’écouler jusqu’à la naissance de son divin libérateur, que dis-je, jusqu’à présent, chez une foule de nations’ encore assises dans les ténèbres et dans l'ombre de la mort. Quelles sont donc ces paroles fatidiques ?—SourFRANCE ! Dé- GRADATION !
O vous, qui composez une portion si respectable de mon auditoire, vous que ces paroles effraient, vous à qui le christianisme rendit en ce jour même, vos droits et votre dignité première : permettez que, pour vous montrer quelle reconnaissance et quel amour vous devez à J'Esus et à Maire, je dé-
roule un instant ici les annaies lugubres de celle qui, dès l'origine, était la compagne, l'appui, légale d'affection, le bonheur de l’homme.
Ailleurs que chez les Hébreux, qu'on ne put même entièrement ramener àla loi primitive, tant ils demeuraient frappés de ce souvenir qu: par la Jenvrre tous les maux étaient entrés duns le monde ; ailleurs que chez les Hébreux, que trouvons-nous ? La femme généralement descendue à {état de pur esclavage ; regardée eoinme une chose, une prepriété qu'on acquérait par vente et achat, par droit de guerre, de vol ou de brigandage; tantôt prisonnière au fond d’un appartement, tantôt parte, ant les travaux d’un animal domestique ; traitée ccwame un ètre à part, qui ne devait pas même tou- “her aux aliments de l’homme ; n’osant s'asseoir à la table d’un mari, ni lui donner d'autre nom que celui de maître, de Seigneur ; sans aucune culture intellectuelle.—Incertaine de son sort, pouvant être répudiée, renvoyée, chassée, quand l’âge et les infirmités commenceraient à peser sur elle; privée de tous droits sur ses enfants, même du droit de leur conserver la vie.—Presque partout victime de l’exécrable polygamie et de ses suites révoltantes ; offerte en sacrifice aux dieux, brûlée ou égorgée sur la tombe d’un époux....et combien d’autres traits du tableau, trop affreux pour être dévoilés dans un lieu ei saint ! tableau, je le répète, du monde actuel, presque partout où le rédempteur n’a point étendu son règne visible. Voyez l’Asic toute entière ; voyez le sort de cinquante millions de fem-
> de eur 'ex- Les ; sur raits sun ACoint
enfem-
mes dans les pays musulmans ; de cent millions à la Chine. Voyez l'Afrique, l'Océanie, nos sauvages infidèles de l'Amérique : lisez les annales de la Propagation de la Foi.
Il ne s’agit pas d’une princesse ici, d’une beauté là; d'individus épars, de peuplades se rapprochant des mœurs patriarcales ; il s’agit de la FEMME, de la moitié du genre humain.
O femme chrétienne, que vous avez coûté cher à Jésus-Christ, à son Église! Qu'il a fallu de sang et de sacrifices pour vous régénérer ! Votre divin libérateur, avant même de naître, posa la pierre fondamentale de votre réhabilitation, en choisissant pour sa mère Marie, la nouvelle Eve, Marie, la plus noble, la plus parfaite de toutes les créatures ; Marie qu’il aima et respecta comme jamais fils n’aima et respecta une mère.. Son premier miracle avait pour but de consacrer votre union avec’ l’homme, de l’élever, cette union, au rang des mystères de son Église. Il défendit partout vos droits, fulmina l’anathème contre l’époux qui vous abandonne; vous prodigua les marques de sa compassion, de sa bonté toute-puissante ; vous adressa ses dernières paroles, vous rendit les premiers témoins mortels de sa résurrection. Ses apôtres, en publiant l’évangile, proclameront votre liberté ; ils diront que l'époux doit vous aimer comme Jésus aima son Église, jusqu’à donner son sang pour elle. L'Église naissante bravera pour vous le glaive de la tyrannie ; combattra pour abolir toutes ces clauses
d’esclavage, de vente, de répudiation, toutes ces K
chaines humiliantes qu'avait forgées contre vous la législation païenne ; ses veuves, ses vierges sacrées seront protégées et nourries avec une constante sollic.‘ude ; elle entourera leurs asiles de barrières inviol:bles ; elle assemblera ses conciles pour flétrir des sec. 1 qui voudraient vous replonger dans l'infamie ; elle donnera au mariage toutes les garanties possibles de liberté, de sainteté, et partant de bonheur....et plutôt que de vous sacrifier aux passions des princes, elle verra des royaumes entiers se séparer de sa communion.
Il est temps de le dire, la femme chrétienne a été reconnaissante. En mettant le pied sur la tête du serpent, elle s’est relevée grande, sublime, digne d'elle-même et de sa nouvelle mère. Elle a aimé son libérateur, elle l'aime encore; elle s’empressa
tant qu'il a conversé parmi les hommes, de l'écouter et de le servir ; elle lui demeura fidèle, quand tous, jusqu'à ses disciples, l’abandonnèrent ; elle le pleura sur le calvaire, veilla 1près de sa tombe, courut annoncer sa victoire sur l’enfer, recueillit ses dernières bénédictions à la terre, attendit dans le jeûne et la prière la venue de l'Esprit Consolateur. Au sein de l’église apostolique, elle se distingua par tous les genres d’héroïsme ; elle peupla le ciel de martyres; ses vertus étonnèrent le monde romain ; le monde barbare se prosterna devant elle.
Rentréechezelle, rétablie dans ses droits, la femme chrétienne a compris sa belle et glorieuse position ; depuis lors, elle exerce ce doux et paisible, mais
immense pouvoir de civilisation qu’on attribue, sans ÿ penser, à une toute autre cause: car c’est à sa présence que nous devons ce respect, ces égards pleins de délicatesse, cet ensemble de rapports qui font le charme de nos sociétés, Que le soi-disant philosophe ne reclame point pour lui l'honneur d’un tel progrès ; le but de ses flatteries immorales a été d’abaisser, de dégrader le sexe dont il a osé se dire le “ vengeur,” d’en faire de nouveau le jouet et la victime des caprices et des passions de l’homme. Voulez-vous, mes frères, en trois mots une preuve? —L’incrédule a honte et horreur de son ouvrage ; trouvez-moi, jé ne dis pas un chrétien, trouvez-moi un impie qui voudrait unir son sort à celui d’une femme sans religion ! Il y a là tout un procès, avec jugement péremptoire.
La MÈRE CHRÉTIENNE, élle-même instruite, s’est souvenue qu’à elle appartient Péducation domes- tique. $on enfant, à demi chrétien avant de naître, a pu reposer entre ses bras, sans craindre d’être étouffé par elle, ou dévoré par la dent d’une bête sauvagé ; d'elle il apprend à nommer, à chérir Marie, son autre mère, et le petit Jésus son sauveur et son frère. “ Dieu se découvrit à l’intelligence d'Adam “ sous une forme angéliqué ; c’est un ange qui le “ révèle au chrétien naissant, et cét ange, c’est sa “ mère.” Laisséz-le croître ; s'appuyant sur les genoux de sa mère, il fera la première offrande de son cœur ; il priera avec elle et pour elle: comment pourrait-il n'être pas exaucé ! Sa mère le bénira