‹ Conférences de Notre-Dame de Québec [microforme]Chapitre 13 sur 26 · MM · texte numérisé non relu

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NOUS, et de notre éternité À ce moment suprême, le créateur semble hésiter, délibérer : couronnera-t-il son immense travail, et par quel 7eu de son éternelle sagesse ?

Prenons le vol de l'aigle, dépassons les nues, pénétrons jusq'au sein du conseil de la

Divinité,

Père, Fils, et Saint-Esprit ; Puissance, Sagesse, Amour infinis, éternels, personnels: tous trois souverainement LIBRES, souverainement bons, souveraine”ient justes... Pour Dieu, rappelons-le, les temps ne sont rien :

il vorr comme déjà presents, déjà passés, tous les événements, tous les siècles... Au sein de l’adorable Trinité, j'entends cet oracle ; Nous voulons dans ces mondes qui vieanent d'écloreun ÊTRE qui soit le lien entre l'ouvrage et l'ouvrier: espritet matière; semôlable à nous, semblable à ces races vivantes qui l’appellent et l’attendent ; intelligence servie par des organes ; interprète de la création, chargé d'en recueillir et de nous en présenter les hommages. S'il est semblable à nous, s'il est digne de nos complaisances, il sera LIBRE, IMMORTEL : Sa liberté veut une ÉPREUV:: ; son immortalité, c'est le règne de la justice ou de l'amour.—"* Je le vois,” dit le Père tout-puis

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sant, ‘ je le vois qui résiste à une loi facile : entouré de nos grâces, éclairé sur ses destinées, LIBREMENT et à JAMAIS, il se sépare de nous. Etre collectif, il renferme en lui toutes ses générations : toutes s'inclinent, toutes tombent avec lui... Notre travail restera-t-il dans le néant ? Notre liberté échouera-t-elle

devant la liberté de la créature ?

Ecoutez, 6 cieux, mes paroles : terre, prélez l'oreille à ma voix /

Le vERBE éternel s'écrie : ‘‘ ÂZe vorcr, Ecce vento, me voici prêt à racheter le monde!

Comme nos anges rebelles, c'est en voulant s'egaler à nous, que ce dernier chef-d'œuvre de nos mains précipitera sa ruine: je descendrai jusqu'à lui, jusqu'au-dessous de lui; je prendrai sa nature ; il pourra, 1l devra me ressembler.—Par la douleur et par l'amour, je triompherai de sa volonté pervertie.—Dès l'instant de sa chute, je me présenterai en espérance à son cœur désolé; et quand ses enfants coupables auront compris la pro fondeur de l’abime où il les aura plongés, j'entrerat dans le monde : vous, Ô mon Père, vous me donnerez un corps ; Vous, à mon Esprit, vous achèverez ce grand renouvellement. L'arbre de la liberté créée se relèvera plus

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voisin des cieux ; une gloire immense aura suivi un immense malheur.”

—La rançon est acceptée, le monde est

réparé, les anges ont adoré le Messi futur.

L'HISTOIRE va commencer... MARIE, MARIE,

la crèche, la croix, l'évangile, l'ÉGLISE, ap-

paraissent déjà... le conseil de la Divinité

se résume en ces mots: /'assons l’homme ;

lez faisons l'homme à notre image et à notre ressemblance !

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Jant Vous avez vu le travail du peintre. Il s'entoure de fragments de terres colorées: il les broie avec soin, il les pétrit dans l'huile ; il saisit des pinceaux ; il étend sur une toile

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cette poussière ainsi préparée. Bientôt des proportions s'y découvrent, des traits d'ombre et de lumière, des formes gracieuses. Il s’anime, il s’inspire.—Ma réputation, ma for-

tune, mon avenir sont là, dit-il. Et qu’aura-

t-il donc produit ?—Un phantôme, une image

sans corps, sans vie, une ressemblance — de

quoi? De l'HommE, rien de plus; et il se

sera immortalisé! C'est le divin Raphaël,

c'est le Corrége, le Titien.….. ce sont les Car-

raches, le Dominicain, et tant d’autres de la

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patrie des beaux arts; c’est le Poussin, le Sueur, gloires de la peinture française ; c’est Rubens, chef de l’école flamande.

Avez-vous vu lé statuaire? Il prend un bloc de marbre, blanc et brillant comme la neige ; il s'arme d'un ciseau et d’un maillet ; il commence : ici des cavités, là des contours arrondis ; peu-à-peu se détachent des bras, des jambes, une tête ; l'artiste redouble d’ardeur, à mesure que les détails se perfectionnent. Les spectateurs sont frappés d’admiration—Quel front majestueux, s'écrient-ils ! — et ce front est une pierre glacée. — Quel regard pénétrant | — et ce sont des yeux qui ne verront jamais. — Quelle attitude, quelle pose | — et ces membres sont immobiles, ces pieds ne peuvent marcher. N'importe; pour faire un tel ouvrage, dit-on, il faut être parent des dieux. C'est le sublime Michel-Ange, dont oise est un des chefs-d'œuvre; c’est le gracieux Canova. Qu'ont-ils donc fait ?— Un autre phantôme : au-dedans, rien; audehors de même, point de vie. Mais c’est une ressemblance de YHOMME.

Ah ! c'est que la ressemblance de l’homme, pour peu qu'elle soit parfaite, laisse entrevoir des traits de celui dont l’homme est l'image/

Mais venez ; il est temps de vous montrer le travail résolu dans le conseil de la Divinité,

De Timo terre, un peu de boue, de poussière Rumide.….combien ?—allez voir au fond du tombeau de vos ancêtres ; un peu de boue, voilà la matière que l'artiste suprême veut façonner, qu'il se plaît à embellir. Les coups de pinceau se succèdent rapidement, le ciseau n'éprouve aucune résistance....Quelles proportions ! quelle grandeur ! quelle harmonie au-dehors comme au-dedans ! Sages de tous les pays, poètes et médecins, suivez ces traces des doigts de Dieu. Racontez, et respectez

les merveilles du corps de l’homme; puis, en terminant vos faibles descriptions, dites comme Galien : ‘“ Non, ce n’est point un ‘ livre que je viens de faire, c'est un hymne ‘que je viens de chanter à la gloire de la ‘ Divinité.”

Est-ce fait, mes frères ? Non, non, retenez-le à jamais. En deux fois formellement indiquées par Moïse, en deux fois s'accomplit ce dernier travail d’un Dieu. Le corps est achevé ; il vient de la terre, De limo terre. YŸ retournera-t-il? Hélas, oui, dironsnous, du moins pour dormir ! Mais /e souffle de vie, spiraculum vite, substance impéris-

sable, étincelle qui brillera quand les étoiles seront rentrées dans le néant ; /e souffle de vie part de la bouche de Dieu, et c'est le visage de l’homme qui le rendra sensible :

ÆT anspiravit in factem ejus spiraculum vicleæe.

—Et les traits de l’incomparable statue s'allument : sur ce front, objet d’admiration pour les anges, brillent une clarté et une majesté dont l’homme déchu, l'homme d’aujourd’hui ne se fait aucune idée ; ces yeux où se peint une parfaite intelligence, se portent en s'ouvrant, tantôt de la terre au ciel, tantôt du ciel à la terre ; ces pieds se redressent, déjà ils foulent un empire ; ces bras s'étendent pour prier et commander... La nature a son pontife ; l'animal sent la présence d'un maître. Le bœuf se retourne comme pour obéir ; l'agneau baisse encore la tête ; le cheval regarde étonné ; le chien s'approche ; le lion frémit—il est détrôné !

Alors, nous pouvons le conclure du récit de Moïse, alors Dieu, sous une forme créée, se présente à son 2ma£c ; il parle, et la langue

d'Adam se délie.—"* Qui suis-je ? Où vais-je ?

‘© toi qui m'approches, dis-le moi?” Les trésors de la scierice sont devant lui ; en un

instant Adam sait tout ce que l'innocence heureuse peut savoir. Quels doux entretiens avec son créateur ! quels purs et saints hommages échappent de son cœur et de ses lèvres !

Cependant, il est conduit vers un séjour digne de sa grandeur et de sa sainteté ; vers ce jardin de délices, Paradium voluptatis, planté pour lui, par la main même de Dieu.

Il y entre..…..en sortira-t-il? pour quelle cause, et en quel état ?—Arrivé au centre de ses riches domaines, il entend d’une bouche divine la première loi de l'existence de l'homme ici-bas. Quelle est-elle, cette loi ? TRAVAIL- LEZ ; loi de la nature, loi de bonheur encore: ce n'est pas le /savail-peine, le 1ugum grave, qui pèse sur ses enfants ; c'estie travail de l'être essentieliement actif, entouré des trésors de l'abondance. 7 ravaillez / à quoi ?

—CULTIVEZ cette TERRE d'où je vous ai tiré ; cultivez ces plantes si variées et si magnifiques, qui captivent vos regards. Cultivez surtout ces humbles Épis, qui s'élèvent à la hauteur de votre main, comme pour vous dire qu’ils demandent vos soins et les paieront au centuple ; ces épis seront la base de votre nourriture, Cultivez ces FRUITS

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toutes sortes : je vous en abandonne la jouissance, UN SEUL EXCEPTÉ, un seul... celui de l'arbre mystérieux qui couronne ces bosquets.…./e fruit de l'arbre de la science du bien el du mal! Moi, votre maître et votre créateur, 7e vous défends d'en manger ; le jour où vous enfreindriez cette loi facile verrait la fin de votre félicité; banni de ces lieux et de ma présence, vous iriez habiter un monde de misère et de douleur ; dès cet instant, l'arrêt de votre mort deviendrait inévitable.

Voilà la redoutable ÉPREUVE ouverte. Nous y sommes tous, mes frères ; il s'agit de nous et de nos immortelles destinées.

Bientôt après, par un acte formel, une prise de possession que tant de conquérants ont vainement ambitionnée depuis, Adam est établi “propriétaire” du globe entier et de tous ses occupants naturels. Pour signifier cette souveraineté, ce droit primordial, Dieu lui fait passer en revue, connaître et zommer doutes les races d'animaux; au lieu que ce fut Dieu lui-méme qui nomma les astres et les éléments, pour attester que seul il en demeure le maître : et certes, l'expérience nous le fait bien voir.

Arrêtons ici, et réservant pour le grand

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jour de Noël la suite de ces tableaux, où nous aurons retrouvé tout l’homme, toute l’histoire, disons, si vous voulez, qu'ici se termine cette conférence. Je ne puis toutefois me défendre d'ajouter une réflexion, que la circonstance du temps où nous sommes rend singulièrement opportune.

Avez-vous jamais médité, mes frères, sur cette pensée, que la première loi positive donnée à laterre (je dis loi positive, celle du travail était une loi de nature aussi), que la première loi positive fut une loi de JEUNE ou d’abstinence? Il ne nous appartient pas de scruter les desseins de Dieu ; mais vous comprendrez que cette loi était dictée par la plus intime connaissance de notre nature physique et morale.

Ÿ avait-il rien qui renfermât uue plus haute leçon, un plus solennel avis à toutes les générations futures, que d’avoir placé cette épreuve de la liberté dans l'usage des ôzens du corps, biens toujours nécessaires, et où par conséquent l'abus était le plus naturellement à craindre ? Vous n'en mangerez point :

vous commanderez à vos inclinations, même innocenies ; vous soumettrez vos appétits à votre raison et à #02 Vous êtes tellement

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composé d'esprit et de matière, votre intelligence est tellement liée à des organes, à des sens, qu'elle ne pourra s'élever vers moi, jouir de ses nobles facultés, it, cultiver et perfectionner, si ces organes ne sont réglés, si votre corps n'obéit et n'éprouve ce que votre instinct appellera des privations : non comedes EX 0.

Devons-nous donc être étonnés d’apprendre que toujours depuis la CHUTE, dans tous les pays, le souvenir de cette chute ait porté ll les enfants d'Adam à chercher dans le jeûne et l’abstinence le pardon de leurs excès ? que fl n'ayant pas voulu jeûner innocent, l’homme | ait consenti à jeûner coupable? Que sous la hi loi de Moïse, le jeûne et l’abstinence aient k reçu la sanction divine ; que les prophètes fl aient constamment exhorté le peuple juif et | même les nations païennes, à prévenir par le | jeûne les coups de la colère de Dieu ? Que

fl Jésus-Christ ait enseigné le jeûne, de paroles 4: et d'exemple? que ses apôtres et la primitive église lui aient obéi? Que dans tous les temps, les plus sublimes communications du ciel, les secours les plus miraculeux aient été accordés au jeûne et à l’abstinence ?

‘“ Le jeûne est bien puissant,” disait à pa:

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reil jour, il y a quatorze cents ans, le grand pape saint Léon, en annonçant aux fidèles de Rome les Quatre-Temps de cette semaine.

‘IT nous approche de Dieu ; dompte nos ‘ passions et nos ennemis invisibles ; nour- ‘ rit les vertus chrétiennes, surtout la chas- ‘ teté ; éclaire, élève l'intelligence.”

Les athlètes, géants de force et de souplesse, se préparaient autrefois par le jeûne le plus austère à ces fameux combats, que Rome et la Grèce étaient si avides de voir et de couronner : réponse à bien des querelles que suscite la gourmandise.

—Et puisque j'en suis à des exemples, terminons par un des plus beaux traits de l’histoire sainte.

L'an 608, avant la naissance du Sauveur, Nabuchodonosor-le-Grand envahit la Judée, prit Jérusalem, dépouilla le temple, chargea de chaînes le roi Joakim et l’'envoya prisonnier à Babylone, avec les princes de sa maison et les enfants des plus nobles familles du royaume du Juda. Au nombre des captifs étaient quatre jeunes gens, que le grand roi voulut élever dans son propre palais et faire instruire dans lalangue et les sciences de la Chaldée, alors le plus savant pays de la terre (°):

(1) L'auditoire comprenait plusieurs centaines de jeunes étudiants,

noms étaient Daniel, Ananias, Azarias, et Micaël. Vous leur servirez, dit le monarque absolu, es viandes de ma table ct le vin que je bois moi-même ; vous leur donnerez des maîtres habiles, et dans trois ans vous me les présenterez. Fermement attachés à leur foi, nos jeunes captifs, tout d'abord, prirent la résolution de s'abstenir de ces mets, la plupart défenaus, et de ce vin qu'on leur accordait si libéralement. Daniel s’insinua dans l'amitié de l’intendant du palais, et lui dit que sa conscience ne lui permettait pas d'obéir.— %e crains le roi, dit cet officier : s’2/ voit que vos visages soient plus maigres que ceux dé vos émules, vous serez cause que le roi fl me fera trancher la téte. Nullement découragé de cette réponse, Daniel s'adresse secrètement au subalterne qui avait soin de lui et de ses trois compagnons : Æ#rouvez, lui dit-il, vos serviteurs pendant dix jours ; qu'on ne nous donne que des légumes à manger, ct de l'eau à boire. Au bout de ce temps, on leur trouva plus d'embonpoint et de fraîcheur qu’à tous les autres jeunes convives de la table royale. L’abstinence, le ‘ carême ” fut donc prolongé ; /e subalterne prenait pour lui les viandes et le vin et leur donnait des légumes. Cependant Dieu bénit leurs études ; ils de-

vinrent des prodiges de science et de sagesse :

Daniel surtout parut éuiairé de lumières toutà-fait surnaturelles. Les trois ans écoulés,

on les présente à Nabuchodonosor.—Quels sont, s’écrie-t-il en les voyant, ces quatre jeunes princes ? Quelle dignité, quelie grâce, quels traits de force et de santé !—Seigneur, ce sont les quatre enfants de la captivité juive. Approchez, dit le roi, il faut voir si votre esprit, autant que votre corps, aura profité de mes bienfaits. Savant lui-même, il les interroge sur toutes sortes de sujets ; 27 éronve en eux dix fois plus de lumières que chez tous les devins et les mages de son empire.

Jeûnons donc, chrétiens ; le cœur nous dit que nous en avons besoin, et la pratique de

cette loi, vous le savez, est aussi facile que consolante.

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