TROISIÈME CONFERENCE
17 décembre, 1848.
Jesus Christus heri, et hodiè, et in secula.
Jesus-Christ était hier, il est aujourd'hui, ‘et il sera dans tous les siècles,”—Heb, ce, 13, v. 8, -
MONSEIGNEUR, MEs FRÈRES :
Nous nous sommes séparés, dimanche dernier, en méditant sur le nombre, les masses
et les distances des corps célestes, ouvrage du quatrième jour ou de la quatrième époque de la création. Aujourd’hui la scène change ;
vous allez contempler des mondes aussi incompréhensibles, par leur petitesse et leur rapprochement, que ceux-là, par leur éloignement et leur grandeur. A côté d’une foule de monstres énormes, vont surgir, à la voix de Dieu, cinquième jour, des êtres parfaits dans leur organisation, ayant de plus que les
plantes la faculté de sentir et celle de se mouvoir, et dont un MILLION se logeraient sans gêne sur la pointe d’une aiguille; qu'on voit éclore, se nourrir, jouer, se reproduire, se combattre et mourir dans l’espace d’un quart d'heure, et dont pourtant l'existence, proportionnellement, est peut-être aussi longue que celle de Mathusalem — il s'agit d'êtres qui en marchant toute leur vie ne traverseraient pas une goutte de rosée; d'êtres enfin (je ne crois pas exagérer) qui pour parcourir l'enceinte de cette église, mettraient autant de siècles que nous à visiter la dernière étoile de la Voie Lactée! D'où vous conclurez que l’homme, après tout, est peut-être moins éloigné qu'il ne pense du milieu de la chaîne des créatures matérielles ; vous conclurez aussi que votre esprit, votre âme fait autant preuve de puissance et de sagesse en découvrant et en décrivant ces mondes invisibles par leur petitesse, qu’en pesant les astres ou en calculant leur marche à travers le firmament; et cela parce que dans l’un comme dans l’autre travail, votre âme suit la trace des doigts de Dieu, se rapproche de Dieu, qui n'est pas moins admirable, dit St. Augustin, lorsqu'il crée un insecte, que lorsqu'il s'entoure de Chérubins.
Où donc a commencé le règne animal ?
Moïse et les géologues vont vous répondre que ce fut aw-sein des mers : Producant aquac. Et par quelles espèces ? Par ces petits vermisseaux qu'on distingue à peine des plantes, tels que l'éponge, les polypes et les autres zoophytes ; puis, vinrent des millions sans fin de coquilles, de ces animaux renfermés chacun dans une enveloppe solide, qui lui sert de maison, de vêtement, d'os et de tombeau ; puis, les poissons; puis, pendant une très-longue période, une étonnante variété de reptiles d’eau, tortues, lézards, crocodiles, et le reste; puis les mammifères marins, tels que le dauphin, le cheval de mer, le loup de mer et autres, ayant à leur tête là BALEINE, la baleine, le plus grand, le plus puissant des animaux, et celui qui vit le plus longtemps : car on croit qu'il irait à mille ans, s’il pouvait échapper à tous ses ennemis. Enfin à côté de ces innombrables habitants des eaux, les oiseaux. Moïse le dit ; l'incrédule aurait voulu ne pas le croire ; les géologues le démontrent, ainsi que l’existence à l’état fossile de beaucoup de reptiles volants.
C'est dans les profondeurs des montagnes et des couches rocheuses dites de transition
et secondaires, mieux conservés, mieux attestés que toutes les monies d'Egypte, qu'on a trouvé les restes de cette cinquième époque de la création. 11 y en a une foule d'espèces gigantesques : des poissons-lézards de trente pieds avec une tête de six pieds et cent quatre-vinçt-quatre dents : des crocodiles de cinquante pieds ; des requins de cent pieds.
Nos savants du XVIIIe siècle n'avaient pas visité ces bibliothèques, ces musées-là.
M. Cuvier n'y avait pas vu d'oiseaux ; cette lacune a été suppléée depuis sa mort :
‘“ Tous les jous,” dit M. de Blainville (en 1837), ‘ de nouvelles découvertes nous ‘“ viennent apprendre que les oiseaux sont ‘ les plus anciens habitants du globe.”
Qui l’a dit à Moïse ?—Celui qui les avait créés.
Ne vous figurez pas, mes frères, que ces restes fossiles, ces médailles mosaïques soient si rares. Le rocher où vous êtes assis en renferme plusieurs, entre autres, un genre de coquilles à trois chambres, qui n’est plus connu ; les carrières de Beauport, moins an-
ciennes, renferment beaucoup d'autres espèces. Vous connaissez la craie, le blanc d'Espagne : ce n'est qu’une masse de tom-
eff
beaux de coquilles parfaitement conservés quant à leurs formes ; ces coquilles composent des terrains qui occupent plusieurs centaines de lieues de tous côtés en Europe, sur une profondeur qui va jusqu'à plus de mille pieds. Vous connaissez la pierre à polir, le tripoli : ce sont des envelopes d'insectes si petites qu'un pouce solide en contient, assure-t-on, plus de quarante mille millions ! À chaque coup que donne le fourbisseur qui nettoie une épée, un candelabre, un bijou, il brise des milliers de tombeaux déposés, depuis autant de siècles peut-être, dans un caveau de famille que la main de la Nature avait creusé.
Souvent ce n'est pas l'animal lui-même qu'on découvre ; c'est son empreinte, son image, la trace de ses pas, gravées sur le roc en traits ineffaçables. Ceci me rappelle une réflexion que j'analyse d’après le savant et pieux géologue Buckland :
En vain l'historien et l’antiquaire ont-ils visité les champs de batailles anciens et modernes: en vain ont-ils suivi la marche de ces conquérants qui écrasèrent les plus puissants empires. Les vents et les tempêtes ont effacé les empreintes de leurs pas: de tant de
millions d'hommes et de chevaux on ne saurait rencontrer le vestige d’un seul pied. Un oiseau, une tortue, il y a des milliers de siècles, se promenaient sur le sable. N'ille histoire n'a enregistré leur naissance, ni leur vie, nileur mort; et leur traces sont encore là, aussi distinctes que celles de l’animal qui vient de passer sur la neige humide ! C'était bien pour nous apprendre que les années ne sont rien quand on les compare à l'éternité, et pour tourner d'avance en dérision la course périssable des plus fameux potentats.
Cependant le s2xzème et pour nous si mémorable 7o#7 arrive. Une vaste chaîne de créations successives s'est épuisée sur le sol et au sein des eaux. Poursiivant toujours un dessein unique, le Tout-Pvissant amenait sur la scène des êtres de plus en nlus variés, de plus en plus compliqués dans leur structure, et ‘es ensevelissait, par générations entières, sous les débris des révolutions physiques. Z'out cela, ainsi semblait parler la sagesse éternelle, /ox£ cela est bon, parfait, tel que d‘:mande l'etat progressif du globe et des éléments; mais tout cela ne fait que préparer et annoncer de plus grandes merveilles,
Et Dieu dit: Que la terre produise des animaux vivants de toutes espères ct de toutes formes : les bêtes de service, et les bêtes rampantes, et les béles sauvages.
Il dit : et le bœuf, compagnon futur des travaux de l’homme, naquit en mugissant ; l'agneau revêtit sa blanche toison, et déjà pencha la tête en signe de sacrifice ; le cheval frappa du pied le sol et s'élança avec orgueil, comme pour dire: qui pourra me domp‘er ? le ch'en ne sut à qui prodiguer ses fidèles caresses ; l'éléphant brandit dans l'air sa trompe redoutable ; le lion rugit en secouant sa crinière ; le tigre bondit et disparut dans l'ombre ; le cerf, la gazelle commencèrent leurs courses timides...le singe, car il faut bien le nommer :
Qu'à bon droit, libertins, vous êtes meprisables,
Lorsque, dans les forêts vous chersnrez vos semblables !
—Le singe, type #wmain de certains philosophes du dernier siècle, souche primitive d'où ils se croyaient descendus.—Eh bien !
—Le singe alors comme à présent, sautilla, circula, imita les gestes des animaux, et n'en fût ni craint, ni obéi ; c'est qu'apparemment son type humain était fort peu développé...
Le SERPENT gagna le pied des arbres, fit
briller ses écailles, ses yeux, sa LANGUE traitresse.—Mais assez, direz-vous, de ces descriptions, ce n’en est ni le temps, ni le lieu ; et pourtant, encore deux mots :
Les forêts balançaient leurs cîmes inaperçues, ou se courbaient sous le poids de leurs fruits ; les prairies étalaient des beautés que ne goûtait nul œil contemplateur ; les oiseaux demandaient un interprête à leur gazouillement ; les animaux grands et petits, doux et sauvages, attendaient un maître ; les montagnes, les fleuves, les mers, la nature visible, un pontife, un ROI.
Que sera-t-1? D'où viendra-t-il ?
Mes frères, vous trouverez hardi, téméraire, peut-être, le langage dont je me serviral. Mais il y va de tout pour nous: il faut bien dévoiler le secret intime, la clef-de-
voûte, le grand balancier, le dernier pivot
€ de nos destinées. Quelque nouvelle que vous paraisse ma manière de vous expliquer ces grandes choses, elle est conforme à l'écriture. La raison même, si elle y voit du mystère, sera contrainte d'avouer que ce doit être un mystère-vérité, puisqu'il éclaircit tous les autres mystères.
L'homme n'existe pas encore ; il s'agit de
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est