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Le sentiment du danger réunit tous les cœurs catholiques : Saurez-nous, Sezgneur, nous périssons, est le cri de la chrétienté entière ; rendez-nous l'unité, non de croyance, nous la tenons, mais de chef, mais d'Eglise | L'‘“‘équipage” se remue, comme il le doit au jour du danger: concile sur concile se rassemble à Constance, à Bâle, à Florence ; un pape unique, Martin V est élu, et jamais cérémonie religieuse ne fut plus belle et plus touchante que celle de son installation : l’empereur et l'électeur Palatin tenaient la brid: de la ‘’haquenée blanche ;” derrière eux marchaient une foule de princes, un concile général en masse, une multitude innombrable de Rome, de l'Italie, du inonde chrétien. La liberté du pouvoir spirituel se proclame ; les doctrines nerverses sont condamnées ; une vaste r ‘orme réjouit les âmes pieuses, et ferme la bouche aux novateurs; Ja papauté se relève, s'affermit dans son indépendance et se place même à la tête du progrès intellectuel. Il lui restera quelques nuages à traverser; quelques hommes pro fanes obscurciront un instant sa w.oire ; mais les scandales seront de courte durée, et depuis Léon X, le patron des sciences et des beaux arts, Léon X, l'Ante-Christ du moine apos
tat d'Erfurt, jusqu’à Pie IX, l'amour et l’admiration de l'univers civilisé, la vertu, les lumières, la sagesse, la grandeur d'âme, l’enegie ont brillé, presque sans interruption, sur le trône apostolique. Il ne fallait rien moins pour soutenir trois siècles et demi d'épreuves aussi difhciles, et plus d'une fois aussi sanglantes que sous l'ère des Césars.
Je vous ai promis, mes frères, de faire parler à ma place quelques auteurs contemporains ; leurs magnifiques homriages termineront et complèteront le tableau qui a fait le sujet de ces deux conférences. Ne pouvant vous les présenter tous, je vais m'attacher à deux publicistes bien connus en Europe, qui n'avaient ai l'un ni l’autre, au moment d'écrire les belles pages que vous allez entendre, le bonheur d'être catholiques.
Voici ce qu'écrivait en Belgique, il y a douze ans, M. Eugène Robin :
‘“ Un homme d'esprit et de cœur dit un jour devant moi (j'étais encore enfant alors) : Aujourd'hui il n’y a rien au monde de fixe et de stable à quoi l’on puisse rattacher sa vie. Les idées et les rois passent ; tout se déplace,
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tout s’use avec une dévorante rapidité, La | société change dix fois de face entre le ber- fl ceau et la tombe d’un mortel. En vérité, au (l milieu de cette versalité des choses, il n'y a qu'une ville et qu'un homme qui, par leur immobilité dans l'océan du temps, présentent à notre esprit, une image de suite et de perpétuité, Rome et le pape. Trouvez-moi, pour ceux qui sont las d’errer à la merci de tous
de l'éternité, un refuge assuré où chercher un art, un port toujours ouvert où amarrer leur barque, si ce n'est ce rocher plus haut que les tempêtes, Rome et la papauté.”
* Cette parole, jetée sans prétention au milieu d’une causerie tour à tou: frivole et
sérieuse, est tombée en moi, et y est demeurée
depuis, tant elle avait frappé mon imagination. En effet, pour les cœurs indifférents
ou distraits, pour les esprits irrésolus ou ceux que retient la honte d'avouer leur erreur, pour l’incrédulité systématique, pour les convictions les plus rebelles, pour tous tant que nous sommes enfin, âmes égarées dans les ténèbres du doute, n'est-ce pas ra spectacle capable de réveiller le sentiment croyant endormi ou étouffé en nous, que cette formida-
ble immutabilité où le temps, la guerre, le | mépris, se sont brisé le front : que cette fixité
d'un seul point au milieu de tout ce qui passe,
que cette lumière traversée par le souffle de toutes les tempêtes, et qu'aucun souffle LE n'éteint : que cette foi toute mystique, toute
immatérielle qui éclate aux regards de l'hu-
nil manité par l'évidence d'un fait matériel uni-
que dans l’histoire du monde ? ?
‘“ Un fait comme celui-ci : l’apostolat con-
fié par le Christ, il y a dix-huit cents ans, à
l’un de ses disciples, s'est perpétué de pape Ë per] Pap
en pape jusqu'à nos jours : pouvoir dire cela I Jusq ] |
aujourd'hui et être sûr qu'on le dira demain,
cela doit bien signifier quelque chose. KEt 9 | |
si l'on songe que depuis le jour où cette
parole (fx es Prerre) a été prononcée en
Judée, ir barbarie, le schisme, la réforme, la
philosophie se sont ruées tour à tour, la
torche et le fer en main, sur le siége occupé
par le même anôtre continué dans mille vies ;
que Rome, la ville éternelle des temps mo-
dernes, comme elle l'était des temps an-
tiques, a été prise, reprise, occupée, sacca-
gée par tous les fléaux venus de l'Orient et
de l'Occident ; qu'il n’y à pas plus de trois
Là siècles, des soldats ivres, conduits par un re-
e, le Axité asse, e de Duffle toute l'hu-
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con-" ins, à pape 2 cela main, Et cette ée en 1e, la ir, la cupÉ vies ; 5 MmOs anacca- ‘nt'er
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négat (le connétable de Bourbon) y sont entrés au nom de Luther; qu'il n'y a pas trente ans qu'un empereur, son souverain par la conquête, lui envoyait un préfet, comme faisaient ceux de Constantinople, dans les premiers temps de ses pontifes : oh! alors le fait grandit à la taille de l’idée, devient immense comme le dogme ; et, quoi qu'il y ait, il faut bien, je le répète, que ce fait sans pareil signifie quelque chose.”
Après de courtes réflexions dans le même sens, il ajoute :
‘“ Le rêve de la philosophie était d’abattre la papauté parce qu'elle comprenait que là est la tête, là est le cœur du catholicisme, et que s'il pouvait mourir, c'était à ce cœur et à cette tête qu'il fallait viser ; car la papauté et le christianisme même sont inséparables….. La durée de la papauté était donc pour nos pères (du dix-huitième siècle) toute la question d'avenir. Dix-huit cents ans sont d’une belle haleine, sans doute, dans le cours des choses ; mais la papauté détruite, la nhilosophie gagnait son procès, qui était de nrouver qu'elle n'avait jamais existé qu'à l’aide de l'ignorance et de la barbarie. La révolution est venue ; elle avait le mot d'ordre ; elle a
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visé au cœur ; elle a traîné le pape dans l'exil ; il y est mort ! Un autre pape lui a succédé, la chaîne de perpétuité ne s'est pas plus rompue qu'elle ne s'était brisée au jours les plus mauvais de la vie du catholicisme !
Maintenant, la philosophie a fait son temps.
Les destructeurs dorment dans le passé, à côté de Luther, l'Encyclopédie, la République, et l'Empire. Rome est toujours debout ;: et à ce centre de la chrétienté déchirée par les ravages de l’incrédulité et de l'indifférence, il y a un pape comme il y en avait un sous Néron, alors que le christianisme naissant était déchiré dans le Cirque par les bêtes féroces.”
‘ Autour de cette miraculeuse continuité, l'Europe a changé trois fois de face ; l'antiquité s'est éteinte, le moyen-âge est mort. Trois empires, celui de Charlemagne, celui de Charles-Quint, celui de Napoléon se sont élevés et ont disparu. Un monde découvert (l'Amérique) est échu en partage à la puissance temporelle et à la puissance spirituelle ; celle-ci seule a gardé sa part. Tout a fait son temps ; idées, peuples et empires. Rome seule est restée debout : le pape seul est resté. Il y a dans
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ce fait, je ne saurais trop le répéter, quelque chose qui vaut bien la peine qu’on y réfiléchisse un peu.”
Repliant de nouveau sa pensée sur les événements qui terminèrent le XVIIIe siècle, il s'écrie :
‘“ La papauté, de son inexpugnable hauteur, aurait contemplé avec un regard plein d'une tendre commisération et d’une certirude entière dans les promesses divines, nos terribles révoltes, nos puissants enfantements, nos incendies allumés à tous les coins du monde, le sang versé à faire bondir le cœur, ce fracas d'empires et de rois tombés à confondre l'esprit...tout cela comme un vieux marin regarde de [a plage la lutte des éléments, assuré qu'il est par les signes qu'il a vus dans le ciel, que demain tout ce grand bruit aura cessé, et que l’océan débordé rentrera dans ses abîmes !”
Il passait pour incrédule ; il est catholique.
Écoutons maintenant l'un des premiers écrivains de la Grande-Bretagne ; c’est. M.
Macauley, naguëre membre du parlement et ministre de Sa Majesté. Vous remarquerez le singulier rapprochement d'idées entre des hommes si différents d’origine, de caractère
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et de préjugés : c’est qu'apparemment la vérité n’a qu'une langue et qu'un pays.
‘“ L'histoire de l'Eglise catholique romaine relie ensemble les deux grandes époques de la civilisation. Aucune autre institution encore debout ne reporte la pensée à ces temps où la fumée des sacrifices s'échappait du Panthéon, tandis que les léopards et les tigres bondissaient dans l’Amphithéâtre-Flavien.
Les plus fières maisons royales ne datent que d'hier comparées à cette succession des souverains pontifes, qui, par une série non interrompue remonte du pape qui a sacré Napoléon, dans le dix-neuvième siècle, au pape qui sacra Pepin, daus le huitième. Mais bien au-delà de Pepin l’auguste dynastie apostolique va se perdre dans la nuit des ères fabuleuses. La république de Vénise, qui venait après la papauté, en fait d’origine antique, était moderne comparativement à elle. La république de Vénise n'est plus, et la papauté subsiste. La papauté subsiste, non et état de décadence, non comme une ruine, mais pleine de vie et d’une jeunesse toujours nouvelle. L'Église catholique envoie encore jusqu'aux extrémités du monde des missionnaires aussi zélés que ceux qui débarquèrent dans le comté de Kent avec
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Augustin, des missionnaires osant encore parler aux rois ennemis avec la même assurance qui inspirait le pape Léon en présence d'Attila. Le nombre de ses enfants est plus considérable que dans aucun des siècles antérieurs. Ses acquisitions dans le nouveaumonde ont plus que compensé ce qu’elle a perdu dans l’ancien. Sa suprématie spirituelle s'étend sur les vastes contrées qui sont situées entre les plaines du Missouri et le cap Horn, contrées qui, avant un siècle, contiendront probablement une population égale à celle de l'Europe. Les membres de sa communion peuvent facilement s'évaluer à cent cinquante millions (c’est plutôt deux cent millions), et il est faci'e de montrer que toutes les autres sectes réunies (y compris l'église grecque) ne s'élèvent pas à centvingt millions. Aucun signe n’annonce que le terme de cette longue souveraineté soit proche. Elle à vu le commencement de tous les gouvernements et de tous les établissements ecclésiastiques qui existent aujourd'hui ; et nous n'osons pas dire qu'elle n’est pas destinée à EN VOIR LA FIN. Elle était grande et respectée avant que les Saxons eussent mis le pied sur le sol de la Grande-Bretagne ; avant que les Francs
eussent passé le Rhin ; quand l'éloquence grecque était florissante à Antioche ; quand les idoles étaient adorées dans le temple de la Mecque : elle peut donc être encore grande et respectée, alors qu'un futur voyageur de la Nouvelle-Zélande s'arrêtera, au milieu d’une vaste solitude, devant une arche brisée du
pont de Londres, pour dessiner les ruines de Saint-Paul ! ”
Il croit, lui, que la papauté et l'Eglise pourront bien fleurir quand Londres ne sera plus. Messieurs qui parlez de ‘ funérailles,” prenez patience,
L'illustre écrivain entre alors dans une exposition rapide des combats de l'Eglise depuis le XIe siècle. Après avoir parlé des Albigeois, de Philippe-le-Bel, du Grand- Schisme et de Wiclef, il passe aux conquêtes de Luther, commencées cent ans plus tard, en 1517. Une multitude de circonstances, dit-il (je ne puis qu'analyser brièvement cette partie de son travail), les favorisaient et semblaient devoir les éterniser ; néanmoins cinquante ans s'étaient à peine écoulés depuis le jour où Luther brûla la bulle du pape devant les portes de Wittemberg, que son œuvre allait en déclinant. Le zèle catholi-
que se réveille ; un esprit de réforme s'empare de l'Église de Rome, et une seule génération la renouvelle ; les ordres religieux sont refondus, épurés, et produisent des fruits de sainteté dignes des anciens fondateurs ; les pontifes romains surtout offrent dans leur personne toute l'austérité des anachorètes..…. Paul IV porte sous la tiare la même tendre piété qui l'avait conduit au noviciat des Théatins. Pie V (canonisé), sous ses vêtements splendides, cachait le cilice d'un simple moine, marchait nu-pieds à la tête des processions, édifiant son troupeau par des exemples sans nombre d’humilité, de charité, de pardon des injures, en même temps qu'il soutenait l'autorité de son siége et les doctrines catholiques avec toute l’obstination et la véhémence d’'Hildebrand. Grégoire XIII s'efforce, non-seulement d’imiter, mais de surpasser Pie V dans les vertus sévères de son état. Telle était la tête, tels étaient les membres. L'histoire des- deux générations qui suivent, est celle de la lutte entre l'Eglise et le protestantisme pour la possession de l'Europe centrale, c’est-à-dire, principalement de la France, de la Belgique, du Midi de l'Allemagne, de la Hongrie et de la Pologne ; l'Église eut l'avantage sur tous
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