DEUXIÈME CONFÉRENCE
10 décembre, 1848,
Jesus Christus heri, et hodiè, et in secula.
‘ Jesus-Christ était hier, il est aujourd'hui, ‘et il sera daus tous les siècles.” —Heb, c. 13. v. 8,
MONSEIGNEUR, Mes FRÈRES :
Le voyageur qui entre dans un pays peu fréquenté, rempli de sentiers obscurs, dont plusieurs peut-être vont aboutir à des précipices, doit avoir pour premier soin de chercher un guide, un conducteur fidèle : nous aussi, voyageurs à tant de titres, au moment du départ pour cette région lointaine qu'on appelle l'HISTOIRE PRIMITIVE, demandons, qui marchera devant nous ? qui nous expliquera les mystères et les merveilles que nous allons
de
rencontrer ? qui préviendra nos écarts ? qui nous conduira heureusement au terme ?
Que ce monde visible ait commencé ; que cette terre ait été sans vie, sans forme, sans consistance, 2#ants el vacua ; qu'une foule d'êtres organisés, plantes, coquilles, poissons, reptiles, oisc «+ et quadrupèdes, y soient venus les uns après les autres, et tous avant NOUS ; que nous ayons été réduits à une seule nation, à une seule peuplade, à un seul voisinage, à une seule famille, à un seul couple, à UN SEUL HOMME, d'où tout le genre humain soit descendu dans le cours de six ou sept mille ans : voilà des vérités qui n'ap-
partiennent plus aujourd’hui à la foi seule ; ce sont desf” : acceptés et prouvés par la science, des . ; qui ne peuvent plus être contestés, même par un incrédule.
Mais cette origine du globe et de ses habitants, qui a pu la décrire ? Où étiez-vous, historiens, guand Dieu posait les fondements de la terre ? Qui, si ce n’est les anges, fut témoin de ces yeux de la sagesse élernells, lorsqu'elle formait à son gré les mondes, et les lançait dans l’espace ? Qui fut le contemporain d'Adam au jour de sa naissance, pour recueillir de sa bouche le secret de sa nature
et de ses destinées, c'est-à-dire, des nôtres ? Les premiers hommes ont-ils écrit ? Existe-il un LIVRE qui nous ait transmis l’histoire des premières révolutions de la grande famille ?
__ À l’aide des bibliothèques savantes et des monuments encore debout, nous remontons facilement à la découverte de notre Amérique, au moyen-âge, aux croisades, à Charlemagne, aux conquêtes de Mahomet, à la chute de l'empire romain sous les coups des Barbares, à Constantin; au règne d'Auguste, couvrant de son sceptre l'univers, et dans cet univers une étroite mais fameuse contrée qu'on appe lait la JupÉE, et dans un coin obscur de cette contrée un village, et dans ce village un BER- CEAU, et dans ce berceau un ENFANT qui renversera le trône des Césars, et étendra son sceptre à lui sur des climats que les Césars n’ont jamais connus ! Nous remontons à Alexandre, à Cyrus, à Romulus ; Grecs, Perses et Mèdes, Assyriens, Egyptiens, nous les connaissons à partir de sept à huit cents ans avant l'ère chrétienne : au-delà dans lhistoire profane, c’est l'incertitude, la fable, / nuit des temps, à travers laquelle on découvre chez tous les peuples, sauvages comme civilisés, des lambeaux confus d’une histoire
beaucoup plus ancienne. Il y est parlé du chaos, de la création, d'un homme et d’une femme, souche commune des nations de la terre ; d’un âge d'or, d’un serpent, d'une désobéissance, d’un exil, de la promesse d’un rédempteur, d’un déluge après dix générations : autant de souvenirs d'une tradition unique et nécessairement véritable, mais point d'ensemble, ni de suite, ni de chronologie—ce sont, si l’on veut, des tronçons d’une colonnade, brisés, dispersés et couverts de poussière.
Hâtons-nous de dire que cette histoire tant désirée se déroule à nos yeux; que nos titres de famille au grand complet sont entre nos mains; qu mille ans avant les plus anciens historiens profanes, au sein des ténèbres et du silence où vont se perdre les commencements des sociétés—comme un phare superbe, recevant ses clartés des wontagnes éternelles, et les projetant au loin sur les ondes, les ondes du temps, s'élève, solitaire, Moïse, Moïse, historien, non d’un peuple, mais de tous les peuples, biographe du genre humain, annaliste de la création.
‘ Nulle raison, dit le grand Cuvier, de ne
Leæ
‘pas attribuer à Moïse lui même la rédac-
pire nos itre anpres ensuones les aire, iple, nre
e ne dac-
“ tion de la Genèse, ce qui la ferait remonter ‘ À trente-trois siècles. ”
‘“ La vie de trois ou quatre hommes, ” dit Bossuet, ‘’remontait de Moïse à Noé, qui ‘ avait vu les enfants d'Adam. ”
Voilà pour l'antiquité de Moïse; venons au caractère de ses écrits. On leur trouve, d'abord, ce cachet inimitable de sincérité et de vérité qui distingue les saintes écritures. Point de préface, point de précautions pour plaire ou pour être cru. Le fait, rien que le fait, raconté avec une telle impartialité que jamais en lisant on ne songe à l'historien ;
dates précises, indication des monuments que
les faits rappellent; noms des personnes et des pays ; point de vanité nationale: les fautes les plus déshonorantes de ses pères racontées comme leurs vertus, et celles-ci sans éloge. Origine des arts et des sciences, mœurs, progrès et distribution des peuples, tout est clair, tout est à sa place : on sent que l'écrivain est sous la dictée d’une voix infaillible, et que ses inspirations viennent d'en haut, Aussi, dans sa sublime siaplicité quelles connaissances de Dieu et de ses grandeurs, de ; iomme et de ses devoirs !
Toute la philosophie païenne n’a fait que