L* ESPRIT DELA CONFEDERATION— CONCLUSION
Sortons, je vous prie, du fouillis des textes de loi que je vous ai déroulés pendant une heure, remontons à la «ource du droit, évoquons l'esprit du pacte fédéral — car, aujourd'hui comme du temps des hébreux, ceux qui •'attachent à la lettre et qui oublient l'esprit font la besogne des scribes et des pharisiens ; — évoquons l'esprit de la confédération !
Ecoutez les paroles d'un homme qui fut l'un des auteurs de la confédération, qui en fut l'un des pionnie^-g, qui la guida à travers les voies tortueuses du début, et qui, à vingt-quatre ans de distance, la définissait ainsi:
Que le pays ait été conquis ou cédé, nous avons maintenant une constitution par laquelle tous les sujets britanniques jouissent d'une égalité absolue et possèdent desi droits absolument égaux en toutes matières: langue, religion, propriété ou personne. H n'y a pas le race dominante ici; il n'y a pas de race conquise en ce pays. Nous sommes tous sujets britanniques, et ceux d'entre nous qui ne sont pas Anglais n'en sont pas moins des sujets britanniques.
(Longs applaudissements).
Ces paroles ont été prononcées dans le parlement du Canada, vers 1890, par Sir John-A. Macdonald.
Qu'en pensent les conservateurs sincères qui m 'écoutent? Est-ce la voix de Macdonald, est-ce l'esprit de Macdonald, est-ce la pensée de Macdonald qui guide aujourd'hui le parti conservateur? ou n'est-ce pas plutôt la tradition de Dalton McCarthy? Car cette noble définition de la nation canadienne, Sir John la donnait en réponse aux arguments de Dalton McCarthy, qui voulait précisément faire voter par 'e parlement, ce que Eodolphe Lemieux a trouvé si bon, quinze ans plus tard: l'abolition de la langue française dans le Nord-Ouest.
La base de la confédération, c'est la dualité des races, la dualité des langues, garanties par l'égalité des droits.
LES DEUX LANGLES
Comment a-t-il été reconnu, ce principe? Je ne referai pas l'histoire lamentable de tous les abus de force, de toutes les défections, mais à l'heure où je par]e, un journal comme le "Globe" de Toronto, le principal organe du parti libéral, en est rendu à trouver abominable que dans 175 écoles de la province d'Ontario, des enfants canadiens-français osent parler français dans les cours de récréation 1. . . Songez donc!
Messieurs, lorsque, le samedi aprèsmidi, ceux d'entre vous qui, comme moi, habitent au nord de Montréal, traversent l'esplanade qui s'étend au pied de la montagne, vous sentez-vous lésés dans vos droits parce que de beaux et fiers jeunes gens, anglais ou écossais, jouant au "foot bail" et au "base bail", et échangeant leurs plaisanteries ou leurs provocations amicales, se servent de la langue de leurs pères? Vous sentez- vous humiliés, atteints dans vos droits de majorité dans la province de Québec, parce que des enfants anglais osent parler anglais dans les cours de récréation de»
écoles anglaises ?
En vérité, il se passe dans certains cerveaux, en dehors de notre province, des phénomènes que nous ne pouvons pas comprendre. S'il était possible qu'une pensée comme celle-là triomphât, le régrime que l'on offrirait à la minorité française et catholique dans Ontario et dans certaines autres provinces, serait exactement le régime que la Prusse a appliqué dans la Silésie polonaise : l'introduction forcée de la langue du vainqueur dans la gorge de l'enfant du vaincu.
Je m'empresse d'ajouter ce que je
POUR LA JUSTICE
n'ai jamais manqué de dire en toute occasion. En dépit de cris ignables comimie ceux là, en dépit de campagnes idiotes comme celles que le "Globe" et le "Star", de Toronto, font contre les écoles bilingues, je vous répète, pour la vingi/ième fois : la grande majorité des Anglo-Canadiens ne sont pas des fanatiques ; mais ils nous connaissent peu, ils nous jugent par nos politiciens. Nous ne pouvons pas nous attendre à ce qu'ils défendent nos droits mieux que nous ne les défendons nous-mêmes ; nous ne pouvons pas exiger qu'un premier ministre anglais s'expose au danger, si ses collègnes catholiques et Canadiens-français sont les pi-emiers à donner l'exemple de la retraite ; nous ne pouvons pas espérer que les libéraux anglais reviennent à leurs traditions de tolérance et de fair play, si un Laurier réussit à leur faire croire que du moment qu Augus'te a bu l'a Pologne est ivre — en d'autres termes c(u'il suffit de prendre un Canadienfrançais et de le mettre à la tête du gouvernement pour que les Canadiensfrançais se résignent à toutes les ignominies.