‹ Conférences, discours, allocutions et essais de Monsieur Henri BourassaChapitre 59 sur 89 · C'EST A NOUS DE NOUS DEFEN- DEE · texte numérisé non relu

C'EST A NOUS DE NOUS DEFEN- DEE

Non, messieurs, si nous voulons que le pacte fédéral soit respecté, c'est à nous, les pionniers du sol, c'est à nous, les représentants de la> minorité, de faire la lutte, toujours, quand même, partout, pour le maintien de nos droits, pour le maintien des droits de la minorité. ( Applaudissements ) Et cette lutte, ce n'est pas en invoquant l'autorité de l'Eglise, ni en faisant appel à la voix du sang, que nous devons la poursTaivre, mais au nom et avec la force de nos droits de citoyens britanniques, de contribuables de notre pays. Nous versons nos impôts dans le trésor fédéral. L'argent n'a ni langue ni religion aux yeux des percepteurs du revenu fédéral. Nous avons donc le droit de demander jusiice égale pour tous, pour les minorités futures et pour les minorités présentes, aussd bien que pour les associés de la compagnie de la Baie d'Hudson ou les

actionnaires du Pacifique Canadien.

( Applaudissements. ) . La confédération est une belle œuvre; je ne la maudis ni dans sa conception ni dans son fonctionnement. Mais j 'ajoute ce soir, en pesant bien mes paroles et en les adressant aux représentants de toutes les provinces et de toutes les races : Si la constitution canadienne doit durer, si la confédération canadienne doit être maintenue, il faut que ia mentalité étroite qui se manifeste de plus en plus dans les provinces anglaises à l'endroit des minorités, disparaisse et qu'on revienne à l'esprit initial de l'alliance. (Vifs applaudissements ) .

Dé;'à, dans l'Ouest, non pas à cause de questions de langue ou de liberté morale, mais parce que le blé ne peut trouver assez rapidement la route de la mer, des voix s'élèvent dans la législature du Manitoba, dans les associations d'agriculteurs de l'Alberta et de la Saskatchewan pour dire : Eompons la confédération !

LE ROLE DES CANADIEÎv'S- FRANCAIS

Jusqu'aujourd'hui, — et je demande aux reporters des journaux des provinces anglaises de prendre ces paroles en notes — jusqu'aujourd'hui la province de Québec a été le pivot de la confédération. Jusqu'aujourd'hui les Canadiens-français ont été le rempart infranchissable contre toute idée d'annexion aux Etats-Unis, contre tout projet de séparation de ,1a Grande-Bretagne. Ne pensez vous pas que 150 ans de loyauté leur méritent un droit d'égalité dans toute l'étendue de cette confédération ? Ne pensez-vous pas que les colons que nous pourrions envoyer sur les bords de la Saskatchewan ou de la Rivière-Eouge, pour continuer l'œuvre des ancêtres, mériteraient d'être aussi bien traités que vos co-religionnaires e^; vos concitoyens dans la Province de Québec sont traites ?

Ne pensez-vous pas que des colonies françaises tories et prospères, essaimant dans l'ouest, préserveraient l'ouest canadien de la pénétration des idées américaines, comme la Province

POUK LA JUSTICE

de Québec a sauvé le Canada, à trois ou quatre reprises, de l'annexloa aux Etats-Unis.

Un jour. Lord Elgin, causant avec un riche Anglais de Montréal de la situation respective des deux races, lui disait : "L'averûr du Canada dépend de la bonne entente entre les deux races. Ne croyez- vous pas que voua devez faire des concessions aux Canadiens-français pour le maintien de leur langue et de leurs institutions nationales et religieuses ? " Et

l'autre de répondre ? "My Lord, Canada must be English ai the risk et not hémg Briitish ", c'est-à-dire, plutôt mettre en danger la paix et l'unité nationale, plutôt mettre en péril les droits de la Couronne d"* Angleterre, que de re*Jonnaître à nos alliési le droit de parler leur langue et de marcher sur un pied d'égalicé avec nous devant les lois ei sous l'administration de leur pays !

Cette parole est le résumé toujours exact de ce conflit sans cesse renaissant.

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