AVERTISSEMENT
Afin de répondre à des demandes nombreuses et pressantes, je crois devoir reproduire en brochure le texte du discours que j 'ai prononcé, le 10 septembre, à la séance de clôture du Congrès Eucharistique.
J'y ajoute le discours prononcé, le même soir, par Mgr l'archevêque de "Westminster et les explications que Sa Grandeur a bien voulu nous donner, à M. Héroux et à moi, et dont le texte a paru dans le Devoir du 13 septembre. Ce document a été préparé sous la dictée de Sa Grandeur.
Afin de ne trahir en rien, même involontairement, la pensée de l'éminent prélat, je place en regard le texte anglais et la version française de son discours et de l'interview.
J 'ai cru bon de reproduire aussi un article paru dans le Devoir du 20 juillet. Il s'y trouve, il est vrai, plusieurs passages qui font répétition avec mon discours du 10 septembre ; mais il contient certains développements qui peuvent être de quelque utilité dans l'étude du grave problème posé, d'une façon si inattendue mais si opportune, par Mgr l'archevêque de "Westminster.
Ce problème, on pourrait le définir : Les rapports du catholicisme
avec les races diverses qui peuplent le Canada, et le rôle respectif de la
langue française et de la langue anglaise dans le gouvernement de
l'Eglise en Amérique.
D'aucuns ont cru voir dans le discours de Mgr Bourne et le mien un débat contradictoire, une sorte de dispute nationale. D'autres ont accepté l'interview de Sa Grandeur comme une explication complète et satisfaisante de son attitude.
Ce sont là des opinions de surface. L'importance de la question mérite une étude plus approfondie.
Il n'y a pas, entre la thèse de Mgr Bourne ot la mienne, la contradiction qu'on a cru y voir. Il ne me semble pas non plus que les explications de Sa Grandeur soient finales.
Sur la thèse générale de Mgr l'archevêque de Westminster, il ne saurait y avoir de dispute. Ramener à l'Eglise la Grande-Bretagne, l'Empire britannique et toutes les nations anglochtones, est un
idéal grandiose, dont les catholiques du monde entier, et plus particulièrement ceux qui habitent les pays de langue anglaise, doivent rechercher la réalisation avec une foi et une ardeur constantes.
Mais, ainsi que j'ai eu l'honneur de le faire observer à I\Igr Bourne, dans l'entrevue qu'il a bien voulu m 'accorder avec tant de bienveillance et de cordialité, toute thèse générale comporte des applications variées suivant les conditions de temps et de lieu où elle s 'applique.
Sa Grandeur a dit dans son discours et précisé davantage dans ses explications qu'Elle n'avait nullement voulu toucher aux problèmes locaux, d'ordre politique, de notre pays. Mais ces problèmes n'en existent pas moins; et il ne pouvait manquer d'arriver que la thèse de Mgr Bourne s'y adaptât, dans l'esprit de ceux qui ont entendu ou qui liront le discours de Sa Grandeur, — de ceux qui poursuivent l 'extinction de la langue française comme de ceux qui veulent son maintien.
L'instinct national de la grande majorité de l'auditoire, ses préjugés, si l'on veut, ou les miens, nous ont peut-être fait lire entre les lignes du discours plus qu 'il ne comportait en réalité. D 'autre part, il est indéniable qu'il offre aux partisans de l'assimilation anglochtone des points d'appui que Mgr Bourne n'avait sans doute pas l'intention de leur fournir.
Est-il bien certain, même après l'interview du 13 septembre, que les préoccupations anglicisantes, impérialistes même, soient totalement étrangères à la thèse de Mgr l'archevêque de Westminster?
Le premier mot qui m'a frappé comme détonnant quelque peu dans le milieu où il était prononcé, c'est celui de "Fédération impériale." Et ma surprise n'a pas diminué lorsque j'ai entendu l'orateur aborder le problème de la défense navale du Canada. Sa Grandeur n'a pas insisté; mais je me suis immédiatement demandé et je me pose encore la question : Quel rapport peut-il bien exister entre la propagation de la foi catholique et la fédération impériale, entre le culte eucharistique et la défense des côtes de la Colombie anglaise ?
Les catholiques d'Angleterre sont admirables de foi et de courage. En politique, un grand nombre d'entre eux sont torys et plusieurs sont impérialistes; c'est du reste un droit que nul ne leur conteste, i " "^'
Mgr Bourne a-t-il voulu se faire leur interprète et prouver que les sujets catholiques de Sa Majesté, désireux d'exprimer leur reconnaissance à la Couronne pour la m.odifieation du serment du roi, sont prêts à travailler à l'oeuvre de la fédération impériale?
— rî —
Je l'ignore; et Sa Grandeur ne s'est pas expliquée sur ce point.
Je me borne donc à dire que l'on peut être bon catholique et fidèle sujet du roi sans partager les opinions du duc de Norfolk contre le Home Rule en Irlande, on celles de tout autre catholique anglais sur la fédération impériale. '
J 'ai souligné ce passage afin d 'indiquer que dans ce discours, où ' ' chaque mot est choisi et pesé de manière à n 'offenser personne, ' ' Sa Grandeur a prononcé au moins une parole qui n'était pas ''acceptable à tous les catholiques du Canada,"
Abordons maintenant la partie principale du discours, celle qui traite de l'emploi de la langue anglaise dans la prédication de l'évangile et le gouvernement de l'Eglise.
Il est à noter que Mgr Bourne a surtout, — je pourrais dire exclusivement,— parlé de la conversion des hérétiques, du retour à l'Eglise de ceux qui en sont séparés depuis plusieurs siècles.
Il y aurait peut-être lieu de contester l'exactitude absolue de cette proposition que tous "les enfants des colons qui viennent de pays où l'anglais n'est pas parlé parleront aussi la langue anglaise à leur tour".
En maintes autres circonstances, et souvent en présence d'auditoires anglais et protestants, je me suis efforcé de démontrer tout l'avantage qu'il y aurait, pour l'unité du peuple canadien et le maintien des institutions britanniques au Canada, à propager davantage l'usage de la langue française dans les provinces de l'ouest. Je n'y reviens pas ici: cet aspect de la question touche au domaine politique, que je veux éviter tout autant que Mgr Bourne. Mais sans sortir de la sphère des intérêts religieux, n'est-il pas quelque peu téméraire de rechercher la principale source du salut de l'Eglise dans l'usage général de la langue anglaise ?
Le vénérable prélat semble oublier un point capital. C 'est que si la conversion des hérétiques est une oeuvre admirable que tout catholique doit seconder de toutes ses forces, la conservation des fidèles est une autre oeuvre apostolique également essentielle.
Nous appuyons de tout coeur le voeu héroïque que formule l'illustre prélat dans son âme d'apôtre et de patriote. Et le jour où le monde britannique fera retour à l'Eglise et à la Papauté, nul ne tressaiUira d'une allégresse plus profonde et plus vraie que les catholi-
ques canadiens. Mais, dans les courtes limites de la prévision humaine, ce jour ne paraît pas près de luire, ni en Angleterre ni aux Etats- Unis.
En attendant l'heure, si ardemment désirée par tous les catholiques, où la langue, la littérature et la mentalité anglaises seront acquises au catholicisme, ces forces morales n'en restent pas moins vouées, dans une large mesure, au service du protestantisme, de l'agnosticisme et, aux Etats-Unis surtout, au culte de l'or et de tous les appétits matériels. Tant qu'il en sera ainsi, ne serait-il pas imprudent de méconnaître la force de conservation religieuse et morale qu'offre le maintien de la langue française, non seulement chez les ■Canadiens-Français et les Acadiens, mais même chez les immigrants européens catholiques qui déjà parlent le français ou l'apprendraient de préférence à l'anglais?
Sans doute, Mgr Bourne n'a pas préconisé la suppression de la langue française. Il a même déclaré, dans son interview du 13 septembre, que sa disparition serait "une calamité." Mais il ajoute immédiatement: "Peut-être serait-ce encore un plus grand malheur qu'il se développât dans le Dominion un peuple immense de langue anglaise, si ce peuple devait être entièrement non-catholique. ' '
C'est précisément cette manière de poser le problème qui me semble inexacte.
Je ne puis accepter, ni comme catholique, ni comme Canadien et sujet britannique, que l'Eglise soit réduite à l'alternative de choisir entre l'abandon de la langue française et l'arrêt de son apostolat, — entre "une calamité" et "un plus grand malheur."
A la thèse que l'avenir du catholicisme au Canada dépend principalement de la diffusion de la langue anglaise, j 'oppose la thèse que dans l'avenir comme dans le passé, le catholicisme ne peut et ne doit être ni anglais ni français, mais essentiellement catholique.
A l'opinion que l'Eglise doit s'appuyer tantôt sur une race et tantôt sur une autre,propager aujourd'hui une langue et demain une autre, je réplique humblement qu'elle doit s 'appuyer sur toutes les races et les évangéliser toutes dans leur langue respective.
On me répondra peut-être que la conclusion du discours de Mgr Bourne est absolument identique, puisqu'il souhaite que l'évangile soit enseigné à ' ' chaque enfant de la nation canadienne dans sa langue maternelle. ' '
Oui, mais cette conchiaion fait suite à l'idée, qui ressort plutôt de l'ensemble du discours que des paroles mêmes de l'orateur, que l'avenir de la foi est en danger dans les provinces de l'ouest à cause d'une absence trop marquée de la langue et de la mentalité anglaises dans la prédication et le ministère apostoliques.
Le plaidoyer de Mgr Bourne en faveur de la langue anglaise aurait été très opportun et sa conclusion logique s'il existait quelque part au Canada le moindre obstacle à la diffusion de l 'anglais dans le gouvernement de l'Eglise.
Qu'il n'y ait pas un nombre suffisant de missionnaires de race et de-langue anglaises dans les régions de l'ouest, c'est possible et même probable. Mais ceci tient à deux causes : le défaut de croissance normale de la population catholique de langue anglaise dans les provinces de l'est, — conséquence de son émigration constante aux Etats- Unis ; — et le peu de vocations religieuses qui se manifestent dans cette population, surtout pour les missions lointaines.
Je ne crois pas qu'on puisse signaler, dans toute l'étendue du pays, un seul cas oïl un évêque français ou canadien-français ait refusé à une paroisse ou à une mission, en majorité anglochtone, un prêtre capable d'exercer le ministère dans la langue anglaise. Si le défaut de sujets a souvent empêché la nomination de prêtres de la nationalité des fidèles, on y a toujours désigné des pasteurs parlant la langue de la majorité et exerçant le ministère dans cette langue.
Par contre, dans plusieurs diocèses gouvernés par des évêques de langue anglaise, les Canadiens-français ou les Acadiens ont été privés systématiquement de prêtres de leur langue et de leur nationalité ; et l'enseignement du français a été proscrit ou restreint.
Ce qui m'a paru singulier, — et l'auditoire de Notre-Dame semble avoir spontanément partagé mon impression — c'est que Mgr Bourne ait cru devoir faire un plaidoyer si chaleureux en faveur de l'usage de la langue anglaise, que personne n'entrave dans l'Eglise canadienne, et qu'il n'ait trouvé aucun conseil à donner aux prélats américains et canadiens qui travaillent avec ardeur à la suppression de la langue française, c'est-à-dire à ce que Sa Grandeur appelle Ellemême "une calamité."
Si l'on veut bien saisir la pensée de ces assimilateurs, qu'on relise la relation qu'un journaliste de Paris, M. Louis Madelin, a publié dans la RépuUique Française, et que le Canada, de Montréal, a reproduit, le 1er août 1908, sous le titre: "Impressions d'outre-mer."
M. Madelin fait le récit d'une entrevue que lui avait accordée Mgr l'arolievêqne de S;iint-P;iul et il exprime sou opinion sur le clergé ainérieain :
C'est un cierge patriote. Je ne sais si j'ai trouve ailleurs plus d'orgueil américain. Et je ne sais si aucune force agit plus efficacement pour l'américanisation des immigrants. Jamais les prélats américains,
même ceux dont les parents sont venus d'Irlande ou d'Italie — n'ont
admis l'existence de groupes catholiciues nationaux. Pas d'Eglise canadienne pas d'Eglise italienne, pas d'Eglise irlandaise dans l'Eglise catholique américaine. "C'ETAIT UN GRAND DANGER POUR LA DISCIPLINE me disait Mgr Ireland. -'ON PRECHE EN ANGLAIS, ON CONFESSE EN ANGLAIS, SAUF AU DEBUT, ET ON ENSEI- GNE EN ANGLAIS." Qui n'aperçoit le service rendu dès lors par l'Eglise catholique à la nationalité américaine?"
M. Madelin, on le voit sans peine, semble fortement atteint de cette disposition singulière qui porte certains publicistes frani^ais à admirer tout ce qui tend à détruire l'influence française dans le monde. Mais cette note admirative est précieuse en l 'occurrence : elle nous enlève tout doute sur la bonne foi de l'écrivain et fortifie l'authenticité du récit.
Ceux qui ont vu et entendu Mgr l'archevêque de Westminster et Mgr l'archevêque de Saint-Paul auront peine à croire que ces deux éminents prélats puissent se rencontrer sur le même terrain,-- sauf, bien entendu, celui des principes fondamentaux du eatlioiicisme, où tous, pasteurs et fidèles, nous sommes d'accord. Mais même sur cette question de langue, qui est essentiellement libre et discutable, ils diffèrent plus par le ton, par le langage et par le geste que par le fond.
Tous deux voient le triomphe de l'Eglise dans la prédominance de la langue anglaise et de la mentalité anglo-saxonne, — américaine chez Mgr Ireland, britannique chez Mgr Bourne, — et dans l'assimilation anglochtone de tous les catholiques d'Amérique.
La nuance discrètement impérialiste de l'un est remplacée chez l'autre par une teinte assez forte de jingoïsme.
Mgr Bourne fait une réserve en faveur de la conservation de la langue française chez les Canadiens-Français, mais non pas, qu'on le remarque bien, de sa diffusion, pas même chez les inmiigrants de langue française ou étrangère. Mgr Ireland, lui, ne fait aucune réserve. Il veut tout assimiler, — les Canadiens-Français comme les autres.
Or la thèse de Mgr Ireland compte beaucoup d'adhérents aux Etats-Unis. Au Canada, elle a plus de partisans que celle de Mgr Bourne.
Dans l'esprit des tenants de ôette école, l'alternative à peine esquissée par Mgr Boiirne se pose d'une manière absolue. Entre la "ca-* lamité" de voir disparaître le français, — et aux yeux de plusieurs ce n'est guère une calamité — et le "malheur plus grand" de ne pas répandre suffisamment l'usage de l'anglais, leur choix est fait et leur décision prise. Invoquant le vieil axiome qu'entre deux maux il faut choisir le moindre, ils font des efforts considérables pour faire accepter leurs idées à Kome; et, pour ce qui regarde le Canad;i, ils ont trouvé jusqu'ici un appui dans la personne et l'influence de Mgr Sbarretti.
Ce que j 'ai craint, lorsque ;j 'ai entendu Mgr Bourne développer sa thèse, c'est que les disciples de Mgr Ireland ne prissent dans ce discours que les arguments favorables à leur cause.
Si j'avais gardé le silence, on n'aurait pas manqué d'affirmer que le Congrès, dont les neuf-dixièmes se composaient de Canadiens-français, avait ratifié tacitement les déclarations de l'éminent archevêque et même les déductions que les assimilateurs s'efforceront d'en tirer.
La manière significative dont l'auditoire a souligné les réserves que j 'ai cru devoir faire, les approbations nombreuses que j 'ai reçues de toutes parts, et des sources les plus autorisées, me permettent de croire que j'ai touché la note juste.
Je regretterais vivement qu'on dépassât ma pensée et qu'on exagérât la portée de mes paroles. En relisant le compte-rendu sténographié d'un discours improvisé dans des circonstances assez périlleuses et très émouvantes, je crois pouvoir me rendre le témoignage que je n'ai pas outrepassé les bornes du respect dû à un vénérable prélat.
Je suis heureux de répéter ici que les observations qu'il m'a semblé nécessaire de formuler à la suite du discours du primat d'Angleterre ne peuvent diminuer en rien l'admiration profonde qu'inspirent à tous, catholiques et protestants. Français et Anglais .le zèle, la vertu et la haute distinction du digne successeur des grands évoques qui ont illustré le siège de Westminster.
Montréal, 26 septembre, 1910.
Prononcé à la séance de clôture du XXIe Congrès
Euchari^ique, à Montréal, le 10 septembre, 1910,
par M. Henri Bourassa. d
Erainence, (2)
Messeigneurs, (3) Mesdames, Messieurs,
Depuis deux jours, dans ces séances mémorables, des apôtres de l'Eglise universelle vous ont énoncé les vérités de la foi et prêché le culte de l'Eucharistie: les chefs de l'Eglise canadienne ont rendu témoignage à la religion vivante de leur peuple ; des prélats étrangers ont glorifié les magnificences du congrès de Montréal; les hommes d'Etat canadiens ont assuré au représentant du chef de l'Eglise catholique qu'ici l'Etat s'incline devant le magistère suprême de l'Eglise.
Qu'on me permette de prendre ce soir une tâche plus humble, m;iis non moins nécessaire,- à moi qui ne suis rien, à moi qui sors de cette foule, à moi qui n'ai qu'une parcelle du coeur des miens à présenter au Pape — et d'accomplir au nom de tous ce que chacun d'entre nous fait lorsque, après être venu à la table sainte chercher un regain de grâce et de vitalité, il formule dans son âme les résolutions qu'il a prises pour devenir meilleur et plus fort.
Qu'on me pardonne donc d'énoncer quelques-unes des résolutions que nous devons prendre aujourd'hui comme peuple, après avoir communié tous ensemble à la face de Dieu et des hommes dans le
culte eucharistique.
Tout d'abord faisons vcen de confesser notre foi dans nos actes publics. Que cette foi, qui éclaire nos consciences et fait battre nos
(1) Texte sténographié par M. L.-A. Cusson, revu par l'auteur, et publié dans le DEVOIR du 15 septembre 1910.
(2) Son Eminence le Cardinal Vincenzo Vannutelli, légat du Pape.
( 3 ) Mgr Bruchési, archevêque de Montréal, Mgr Bourne, archevêque de Westminster, Mgr Rumeau, évêque d'Angers, et un grand nombre d'archevêques et dévêques des deux continents.
coeurs, ne soit pas seulement la base de notre religion individuelle, mais l'inspiratrice de notre vie publique.
Combattons le danger qui nous menace peut-être plus ici que dans la vieille Europe, attaquée par ailleurs dans sa foi; je veux dire le danger de la double conscience, qui fait que souvent des hommes qui adorent Dieu avec sincérité au foyer et à l'église, oublient qu'ils sont les fils de Dieu lorsqu'il faut proclamer leur foi dans la vie publique, dans les lois et dans le gouvernement de la nation.
Au culte de l'argent, au culte du confort, au culte des honneurs, opposons le culte du devoir, le culte du sacrifice, le culte du dévoueirent.
L'illustre archevêque de Saint-Paul nous disait hier que l'Amérique est appelée à résoudre plusieurs des problèmes des sociétés futures. C'est vrai; mais je crois également que l'Amérique peut encore apprendre quelques leçons des vieilles sociétés chrétiennes de l'Europe; et qu'il me soit permis, comme Canadien, dans les veines de qui coule le sang de six générations de Canadiens, de demander à l'Europe de nous donner encore un souffle de son apostolat et de son intellectualité.
Je crois que, dans la recherche de ce culte de l'honneur, du dévouement et du sacrifice, même nous, les Français de la Nouvelle- France, pouvons encore apprendre quelque chose à l'autel de la vieille patrie, dont l'évêque d'Orléans et l'évêque d'Angers nous ont parlé hier et ce soir en des termes qui n'indiquent pas qu'ils soient les chefs spirituels d'une nation morte.
Au culte de l'égoïsme, au culte du riche qui s'engraisse et qui dort, au culte du pauvre qui gronde et qui frémit, opposons le culte des oeuvres sociales ; car la foi sans les oeuvres est morte, et Pie X, le pape de l'Eucharistie, a été précédé dans les voies de la Providence divine par Léon XIII, le pape des ouvriers.
Eminence, vous avez admiré le spectacle de quinze mille ouvriers canadiens adorant Dieu dans cette église et attendant de vos lèvres la parole des commandements suprêmes qui vous a été déléguée par le père que nous vénérons tous. Nos ouvriers sont encore catholiques individuellement, mais nos unions ouvrières ne le sont pas ; et je croirais faillir à mon devoir et au rôle que j 'ai assumé ce soir, si je ne disais pas à mes compatriotes qu'il est urgent de veiller au salut des ouvriers, non seulement dans cette grande ville de Montréal, mais dans toutes les villes de la province de Québec,
Il ne suffit pas de dire à l/onvrior: "Sois chrétien, sobre et laborieux, bon père de famille et fidèle à ton patron ; redoute les sociétés sans religion." Nous devons encore obéir à la parole du Pape des ouvriers, lui donner des oeuvres pratiques et lui prouver que la foi catholique n'est pas arriérée ni stérile; que la foi catholique peut non seulement sauvegarder les droits de la conscience, mais encore s'allier fructueusement à toutes les organisations modernes qui permettent au travail de se protéger contre la tyrannie du capital.
Il faut prouver à l'ouvrier que la foi, greffée sur les organisations ouvrières, ne les affaiblit pas mais leur donne une âme, une âme qui les fera vivre, vivre plus longtemps et produire des fruits plus nombreux et plus substantiels que les groupements qui n'ont d'autre but que d'unir les ouvriers dans la revendication de leurs appétits et la recherche d'un salaire plus élevé.
Ici encore, l'Amérique — l'Amérique de l'illustre archevêque de Saint-Paul comme l'Amérique de l'éminent archevêque de Montréal — peut aller demander des leçons à l'Europe et en particulier à ce pays où la mentalité chrétienne, même dans le domaine politique, n 'est pas morte, à ce vaillant petit pays de Belgique qui, comprimé pendant cinq siècles par les nations étrangères, a su conserver le double trésor de sa foi et de sa pensée nationale. La Belgique prouve aujourd'hui au monde entier que la profession des principes catholiques dans le gouvernement, dans les lois, dans l'administration n'empêche pas un peuple d'être à la tête de la civilisation et d'offrir au monde la solution la I)lus pratique et la plus efficace des problèmes ouvriers et des questions sociales.
Mais s'il est un point sur lequel notre pensée doive s'arrêter particndièrement, s'il est un principe sur lequel, catholiques de toute origine, nous devons nous unir dans une commune résolution pratique, c'est celui de l'éducation chrétienne de nos enfants.
Ne laissons pas pénétrer chez nous — la brèche est déjà faite — cette notion fausse que la religion est bonne à l'école primaire, nécessaire au collège classique qui forme les prêtres, mais qu'elle n'a rien à faire dans l'école scientifique ou dans l'école des métiers. La religion fondée par le Fils du charpentier est peut-être plus nécessaire encore à l'ouvrier qui peine et qui sue, qu'à l'aristocrate de la pensée.
Oui, conservons intact, dans cette vieille province de Québec, — le seul état de l'Amérique du Nord qui possède ce trésor, comme l'a si bien dit l'éloquent juge O'SuUivan, — conservons intact ce trésor de
l'éducation chrétienne, qui ne consiste pas seulement dans l'enseignement concret et restreint des dogmes théoriques de la religion — si me permettent de m 'exprimer ainsi les érainents théologiens qui m 'écoutent— mais qui consiste surtout, au point de vue de la foi pratique ot vécue, dans la pénétration de toutes les sciences et de toutes les notions humaines par l'idée religieuse, par la foi au Christ, à ses enseignements, à sa morale.
Oui, nous nous glorifions à bon droit d'avoir conservé ce trésor dans la province de Québec; mais de même qu'il y a un instant, je vous prêchais l'évangile de la charité sociale contre le dur égoïsme de l'individu, je vous adjure maintenant de pratiquer la charité nationale et de vaincre votre égoïsme provincial.
La province de Québec ne mériterait pas son titre de fille aînée de l'Eglise au Canada et en Amérique si elle se désintéressait des causes catholiques des autres provinces de la confédération.
Nous avons — et permettez, Eminence, qu'au nom de mes compatriotes je revendique pour eux cet honneur — nous avons les premiers accordé à ceux qui ne partagent pas nos croyances religieuses la plénitude de leur liberté dans l'éducation de leurs enfants. Nous avons bien fait; mais nous avons acquis par là le droit et le devoir de ré^la mer la plénitude des droits des minorités catholiques dans toutes les provinces protestantes de la Confédération.
Et à ceux qui vous diront que là où l'on est faible, là où l'on est peu nombreux, là où l'on n'est pas riche, on ne doit pas réclamer son dû, mais le mendier à genoux, je réponds: Catholiques du Canada, traversez les mers, abordez le sol de la protestante Angleterre, faites revivre l'ombre majestueuse d'un Wiseman, d'un Manning et d'un Vaughan, si dignement représentés par un Bourne, et allez voir si là les minorités quémandent la charité du riche et du fort.
Les catholiques anglais, fiers de leur titre de catholiques et non moins fiers de leurs droits de citoyens britanniques, réclament, au nom du droit, de la justice et de la constitution, la liberté d'enseigner à leurs enfants ce qu'ils ont appris eux-mêmes . Et l'Angleterre a commencé à se convertir au catholicisme le jour où la minorité catholique anglaise, réveillée par le mouvement d'Oxford, a cessé d'être une minorité timide et cachée pour devenir une minorité combative.
Nous aussi, nous sommes citoyens britannniques, nous aussi, nous avons versé notre sang pour conserver à l'empire son unité et sa puissance, et nous avons acquis par les traités, que dis-je? nous avons acquis par l'éternel traité de la justice, scellé sur la montagne du Cal-
lo
vaire dans le sang du Christ, le droit d'élever des enfants catholiques sur cette terre qui n'est anglaise aujourd'hui que parce que les catholiques l 'ont défendue contre les armes en révolte des anglo-protestants des colonies américaines.
Ayant formulé quelques-unes des déterminations que, j'espère, nous avons déjà prises comme nation et que nous fortifierons demain en faisant cortège au Christ Jésus, je vous demande maintenant d'adopter avec moi une résolution d'un autre ordre.
Celle-ci n'a plus pour objet la revendication de nos droits et nos relations avec ceux qui ne partagent pas nos croyances^ mais l'union véritable de tous les catholiques dans la pensée d'une commune dévotion à l'Eucharistie, à la vierge Marie et au Pape, que l'on a si bien définis ce soir comme les trois principaux chaînons de la foi eath clique.
Je remercie du fond du coeur l'éminent archevêque de Westminster d'avoir bien voulu toucher du doigt le principal obstacle à cette union et d'avoir abordé le plus inquiétant peut-être des problèmes internes de l'Eglise catholique au Canada.
Sa Grandeur a parlé de la question de langue. Elle nous a peint l'Amérique tout entière comme vouée dans l'avenir à l'usage de la langue anglaise ; et au nom des intérêts catholiques elle nous a demandé de faire de cette langue l'idiome habituel dans lequel l'Evangile serait annoncé et prêché au peuple.
Ce problème épineux rend quelque peu difficiles, sur certains peints du territoire canadien, les relations entre catholiques de langue anglaise et catholiques de langue française. Pourquoi ne pas l'aborder franchement, ce soir, aux pieds du Christ, et en chercher la solution dans les hauteurs sublimes de la foi, de l'espérance et de la charité?
A ceux d'entre vous, mes frères par la langue, qui parlez parfois durement de vos compatriotes irlandais, permettez-moi de dire que, que^-s que puissent être les conflits locaux, l'Eglise catholique tout entière doit à l'Irlande et à la race irlandaise une dette que tout catholique a le devoir d'acquitter. L'Irlande a donné pendant trois siècles, sous la persécution violente et devant les tentatives plus insidieuses des époques de paix, un exemple de persévérance dans la foi et d'esprit de corps dans la revendication de ses droits que tout peuple catholique doit lui envier au lieu de lui en faire reproche.
A ceux d'entre vous qui disent: "L'Irlandais a abandonné sa langue, c'est un renégat national; et il veut s'en venger en nous enlevant la nôtre," je réponds: Non. Si nous avions passé par les épreuves que l'Irlandais a subies, il y a longtemps peut-être que nous aurions perdu notre langue.
Quoi qu'il en soit, la langue anglaise est devenue l'idiome de l'Irlandais comme celui de l'Ecossais. Laissons à l'un et à l'autre, comme à l'Allemand et au Ruthène, cuxiaue anx catholiques de toutes les nations qui abordent sur cette terre hospitalière du Canada, le droit de prier Dieu dans la langue qui est en même temps celle de leur race, de leur pays, la langue bénie du père et de la mère. N'arrachez à personne, ô prêtres du Christ! ce qui est le plus cher à l'homme après le Dieu qu'il adore.
Soyez sans crainte, vénérable archevêque de Westminster : sur cette terre canadienne, et particulièrement sur cette terre française de Québec, nos pasteurs, comme ils l'ont toujours fait, prodigueront aux fils exilés de votre noble patrie comme à ceux de l'héroïque Irlande, tous les secours de la religion dans la langue de leurs >ères, soyez-en certain.
Mais en même temps, permettez-moi — permettez-moi, Eminence — de revendiquer le même droit pour mes compatriotes, pour ceux qui parlent ma langue, non seulement dans cette province, mais partout où il y a des groupes français qui vivent à l'ombre du drapeau britannique, du glorieux étendard étoile, et surtout sous l'aile maternelle de l'Eglise catholique, — 'de l'Eglise du Christ, qui est mort pour tous les hommes et qui n'a imposé à pereonne l'obligation de renier sa race pour Lui rester fidèle.
Je ne veux pas, par un nationalisme étroit, dire ce qui serait le contraire de ma pensée — et ne dites pas, mes compatriotes — que l 'Eglise catholique doit être française au Canada. Non ; mais dites avec moi que, chez trois millions de catholiques, descendants des premiers apôtres de la chrétienté en Amérique, la meilleure sauvegarde de la foi, c'est la conservation de l'idiome dans lequel, pendant trois cents ans, ils ont adoré le Christ,
Oui, quand le Christ était attaqué par les Iroquois, quand le Christ était renié par les Anglais, quand le Christ était combattu par tout le monde, nous l'avons confessé et nous l'avons confessé dans notre langue.
Le sort de trois millions de catholiques, j 'en suis certain, ne peut être indifférent au coeur de Pie X pas pliTS qu'à celui de Téniinent cardinal qui le représente ici.
Mais il y a plus encore. La Providence a voulu que le groupe principal de cette colonisation française et catholique constituât en Amérique un coin de terre à part, où l'état social, religieux et politique se rapproche le plus de ce ino l'Eglise catholique, apostolique et romaine nous apprend être l'état le plus désirable des sociétés. Nous n'avons pas au Canada — qu'on me pardonne de rompre avec les formules de la diplomatie usitées même en des lieux comme celui-ci — nous n'avons pas au Canada l'union de l'Eglise et de l'Etat : ne nous payons pas de mots. Mais nous avons, dans la province de Québec, — je pourrais dire presque exclusivement dans la province de Québec — ^la concorde, la bonne entente entre les autorités civiles et religieuses. Il est résulté de cette concorde des lois qui nous permettent de donner à l'Eglise catholique un organisme social et civil qu'elle ne trouve dans aucune autre province du Canada ni dans aucune autre portion de l'Empire britannique.
Grâce à ces lois, nos diocèses s'organisent, nos paroisses se fondent. Oh ! la petite paroisse de Québec, échelonnée depuis le golfe de Gaspé jusqu'au lac Témiscamingue, cette petite paroisse dont l'église au clocher joyeux est le centre, et qui faisait dire à l'éloquent évêque de Nancy, Mgr de Forbin- Janson : *'0 Canadiens-français! peuple au coeur d'or et aux clochers d'argent!" cette petite paroisse canadienne, oii se concentre l 'effort du plus humble comme du plus riche des citoyens catholiques, dont l'organisation, le mode d'impôts et le fonctionnement sont garantis par les lois de notre province, c'est l'assise sociale la plus forte de l'Eglise catholique en Amérique.
Nos lois reconnaissent encore, dans la province de Québec seulement, autant que l'Eglise peut le désirer, la constitution et le libre foHo.'.snnement des com.munautés religieuses.
Quel a été le résultat de cet état social? C'est que, débarrassée des soucis matériels, n'étant pas obligée, comme dans le reste du Canada, aux Etats-Unis et dans la plupart des autres pays, de rechercher toutes sortes de moyens artificiels et incertains pour se constituer civilement et socialement, l'Eglise de Québec, en repos du côté légal et matériel, a pu donner la plénitude de son effort d'apostolat; et cet effort a dépassé bien loin le diocèse de l'archevêque de Saint- Paul.
De op.tte. petite province de Québec, de eette minuscule colonie française, dont la langue, dit-on, est appelée à disparaître, sont sortis les trois-quarts du clergé de l'Amérique du Nord, qui sont venus puiser au séminaire de Québec ou à Saint- Sulpiee la science et la vertu qui ornent aujourd'hui le clergé de la grande république américaine, et le dergé de langue anglaise aussi bien que le clergé de langue française du Canada.
Eminence. vous avez visité nos communautés religieuses, vous êtes allé chercher, dans les couvents, dans les hôpitaux et dans les collèges de Montréal la preuve de la foi et des oeuvres du peuple canadien-français. Il vous faudrait rester deux ans en Amérique, franchir cinq mille kilomètres de pays, depuis le Cap Breton jusqu'à la Colombie Anglaise, et visiter ];: moitié de la glorieuse république américaine — partout où la foi doit s'annoncer, pa:^out où la charité catholique peut s'exercer — pour retracer les fondations de toutes sortes — collèges, couvents, hôpitaux, asiles — filles do ces institutions mères que vous avez visitées ici. Faut-il en conclure que les Canadiens-français ont été plus zélés, plus apostoliques que les autres? Non, mais la Providence a voulu qu'ils soient les apôtres de l'Amérique du Nord.
Que l'on se garde, oui, que l'on se garde avec soin d'éteindre ce foyer intense de lumière qui éclaire tout un continent depuis trois siècles; que l'on se garde de tarir cette source de charité qui va partout consoler les pauvres, soigner les malades, soulager les infirmes, recueillir les malheureux et faire aimer l'Eglise de Dieu, le pape et les évêques de toutes langues et de toutes races.
"Mais, dira-t-on, vous n'êtes qu'une poignée; vous êtes fatalement destinés à disparaître ; pourquoi vous obstiner dans la lutte?" Nous ne sommes qu'une poignée, c'est vrai; mais ce n'est pas à l'école du Christ que j'ai appris à compter le droit et les forces morales d'après le nombre et par les richesses. Nous ne sommes qu''une poignée, c'est vrai; mais nous comptons pour ce que nous sommes, et nous avons le droit de vivre.
Douze apôtres, méprisés en leur temps par tout ce qu'il y avait de riche, d'influent et d'instruit, ont conquis le monde. Je ne dis pas: Laissez les Canadiens-français conquérir l'Amérique. Ils ne le demandent pas. Nous vous disons simplement: Laissez-nous notre place au foyer de l'Eglise et faire notre part de travail pour assurer son triomphe.
Après la mort du Christ, Saint Pierre voulut un jour marquer la supériorité des hébreux sur les gentils. Saint Paul, l'apôtre des nations, lui rappela qu'il devait être le père de toutes les races, de toutes
les langiieR. Le pape le coinprit; et depuis rlix-nenf <'ent8 ans, il n'y a pu;» eu de pape liébreux, de pape romain, de pape italien, de pape francais„.mais le Pape, père de tonte la grande famille catholique.
Montons plus hauT, montons .insqu'an Calvaire, et là, sur cette petite montagne de Judée, qui n'était pas bien haute dans le monde, apprenons la leçon de la tolérance et de la vraie charité chrétienne.
Les peuples de l'antiquité, dans l'attente du salut, montèrent jusqu'au Christ pour en recevoir le mot de la rédemption éternelle. Depuis le Christ, toutes les races et toutes les nations, lavant dans son sang leurs préjugés, doivent s'unir pour constituer son Eglise. Que dans le Christ et dans l'amour commun de l'Eucharistie, toutes les races du Canada, ayant appris à respecter le domaine particulier de chacune, à conserver à chacune les forces d'expansion nationales qui lui sont propres, sachent enfin s'unir étroitement pour la gloire de l'Eglise universelle, pour le triomphe du Christ et de la papauté; et, ajouterai-je en terminant, pour la sécurité de l'Empire britannique, car c 'est dans l 'unité de foi des catholiques canadiens, des Canadiens-français surtout, que l'Empire britannique trouvera, dans l'avenir comme dans le passé, la garantie la plus certaine de sa puissance au Canada.
Prononcé à la séance de clôture du XXIe Congrès
Euchari^ique, à Montréal, le 10 septembre, 1910,
par Mgr. Bourne. ,,,
My Lord Cardinal Legate, Your Eminences, My Lords,
Eevexend Fathers,
Ladies and Gentlemen.
It is hardly an exaggeration to say that at the présent time the eyes of the whole world are turned towards Canada. At least it is certainly true that at home in England men of every position are thinking of Canada as they never did before. To some it is the land wherein they trust to realise hopes of a prosperity which their owu country is unable to alïord them. Others are preoccupied with questions of Impérial Fédération or relations of commerce.
The thoughtful cannot forget the possibility that some day the long Pacific coast enclosing the fertile régions of British Columbia may call for defence agaiust invasion from the Asiatic East.
It is iudeed by a spécial disposition oi' Divine Providence that His Grâce the Archbishop of Montréal has invited the Eucharistie Congress to meet in this city, thereby coneontrating upou Canada the attention of the whole Catholie world at such a moment, when the Dominion is beginning to play a part in the world 'a history so great that it is impossible either to forecast its extent or unduly to magnify its future.
As members of this Congress, longing with our whole hearts to establish the kingdom of God upon earth, His
Eminentissime Cardinal Légat, Eminences,
Messeigneurs,
Eévérends Pères,
Mesdames et Messieurs.
"C'est à peine une exagération de dire qu'à l'heure actuelle, les regard.»» du monde entier sont tournés vers le Canada. Il est au moins absolument vrai que chez nous, en Angleterre, il y a des hommes de toute condition qui pensent au Canada comme ils n'y ont jamais pensé encore. Pour quelquesuns, c 'est le pays où ils espèrent voir se réaliser les espérances d'une prospérité que leur propre patrie est incapable de leur donner. D'autres se préoccupent des problèmes de la Fédération Impériale ou des relations de commerce. Ceux qui réfléchissent ne peuvent perdre de vue la possibilité qu'un jour ou l'autre, la longue étendue des côtes du Pacifique, qui terminent les fertiles régions de la Colombie Britannique, demandent à être protégées contre un a invasion venue de l'Extrême-Orient.
C'est vraiment jiar une disposition spéciale de la Divine Providence que Sa Grandeur Mgr l 'Archevêque de Montréal a convié le Congrès Eucharistique à s'assembler dans cette cité, concentrant ainsi sur le Canada l'attention du monde catholique tout entier, à l 'heure même oii le Dominion commence à jouer, dans l'histoire du monde, un rôle si grand qu'il est impossible de prédire son étendue ou d'exagérer la grandeur de son avenir.
En notre qualité de membres du Congrès, désirant de tout notre coeur l'établissement sur la terre du rovaume de
(1) Le texte anglais a été imprimé et distribu; oar ordre de Mgr l'archevêque de Westminster. La version française est en grande partie empruntée à 1" 'Action Sociale", de Q uébec et au DEVOIR. Les passages en caractères gras, dans la version française, sont ceux qui sont commeatés dans lAVERTISSeMENT.
ly —
Holy Catholic Church, we may well ask ourselves what part is the Church to hâve in this rapid growth of a great ppoplo. Thcre is in the answer to this question a iroblem and an opportunity so tremondous that the Church has rarely, if ever, in her long history had to face the fike. The solution of that problem and the grasping of this opportunity will aflfect not only the people of Canada but the Church throughout the world.
The early history of Canada is part of the liistory of the Catholic Church. The first settlers came speaking one language and haviug but one voice in matters of religions belief, and the growth of the comnionwealth was concurrent with that of the Christian Faith, enshrined in the Catholic Church. Canada owes a debt to the Catholic Church which even those who are most opposed to her teachings will hardly ■v'oiiturc to contcst. And on the other haud tlie power and influence of the Catholic Church througùout ail the earlier history of the Colony were due largely to tlie fact that the whole influence of the language and literature of the country was on the side of the Catholic Church. The French tongue, with which ail progress in every department of life was identified, gave forth but one note when it expounded to the people the mysteries of religion, whether they were preached to those who had conie from their aneestral home in France, or had in turn to be translated to the varions rnces to whom the laud once belonged.
New the circumstances hâve vastly altered. With slow increase at first, and now with an incalculable rapidity, another language is gaining for itself a paramount importance in the ordinary things of life. It would indeed be a matter of extrême regret were the i'rench language, so long the one exponent of religion, culture and progress in this land, ever to lose any portion of the considération and cultivation which it now enjoys in Canada. But no one can close hls eyes to the fact that in the many eities now steadily gïowing into importance throusr^otit the Western Provinces of the Domi-
Dieu qui est sa Sainte Eglise catholique, nous pouvons nous demander quel rôle l'Eglise jouera dans la croissanje rapide d'un grand peuple comme celuici Il y a, dans la réponse à cette question, un problème et une occasion fi considérables que l'Eglise, dans sa longue histoire, a eu rarement, sinon jamais, une semblable question à envisager. La solution de ce problème, en même temps que la manière dont on profitera de cette occasion, influeront non seulement sur les destinées du Canada, mais sur celles de l'Eglise dans le monde entier.
L'histoire primitive du Canada fait partie de l'histoire de l'Eglise catholique. Les premiers colons qui vinrent ici ne parlaient qu'une langue et n'avaient qu'une voix pour exprimer leur croyance religieuse; et le dévelopment du paj^s a marché parallèlement au progrès de la foi chrétienne, dont l'Eglise catholique est la dépositaire.
Le Canada a contracté envers l'Eglise catholique une dette que n'oseront guère contester ceux qui sont le plus opposés à ses enseignements. D'autre part, la puissance et l'influence de l'Eglise catholique, pendant toute l 'histoire primitive de la colonie, sont dues, en grande partie, à ce fait que la langue et la littérature du pays étaient tout entier'^;: du côté de l'Eglise catholique. La langue française, avec laquelle s 'identifiait le progrès de toute Ja vie de la nation, ne rendait qu'un seul et même son, lorsqu'elle exposait au peuple les mystères de la religion; soit que cette prédication fût faite à ceux qui étaient venus de France, patrie de leurs ancêtres, Boit qu'elle dût être ensuite traduite aux différentes races qui furent, autrefois, maîtresses du pays.
Aujourd'hui, les circonstances sont considérablement changées. Très lentement d'abord, et maintenant avec une rapidité incalculable, une autre langue est en voie de prendre une importance supérieure dans les choses ordinaires de la vie. Il servait, en vérité, extrêmement regrettable que la langue française, qui fut si longtemps l'expression unique de la religion, de la civilisation et du progrès de ce pays, perdît jamais une partie de la considération et de la culture dont elle jouit au Canada. Mais personne ne peut fermer les yeux sur ce fait que, dans les nombreuses villes dont l'importance augmente conetamnieut dans toutes les provinces de
nioD, the inhabitants for the most part speak Bnglish as their mother tongue, and that the children of the colonists who corne from countries whereEnglis^h is not spoken will none the less speak Bnglish in their turn.
And this reflection takes us to tlie very root of the problem and shows forth ail its complexity. For, alas, whereas the French tongue was in the old days synonimous with unity in religions belief, for more than three hiindred years the English language has been the organ of contention, disunion, aud dissension wherever the truths of Christianity are concerued.
And ail the while, if the mighty nation that Canada is destined to become in the future is to be won for and held to the Catholic Church, this can only be done by making known to a great part of the Canadian people in succeoiling générations, the mysteries of our faith through the médium of our English speech. In other words^ the future of the Church in this Country, aul its conséquent re-aetion upon the older countries in Europe, will dépend to an enormous degree upon the estent to which the power, influence, and prestige of the English language and literature can be definitely placed upon the side of the Catholic Church.
The varions non-Catholie religious organisations are fully alive to thèse new conditions. Not a new settler comes to this country from England but he is met at his place of landing, and every effort is made to keep him in touch with the religious influences that he has known at home. In every growing township places of worship are set up at once, as I hâve reeently seen with my own eyes, to perpetuate the divided teaching which is being uttered ail over the world wherever the English language is spoken. Large sums of money are being contributed and strenuous personal efforts are being made, ail with the same object.
Years to come will show if once again, to our shame and sorrow, our English speech is to be the organ of religions division; or if, by a great mercy of God in this nation of Canada, with its long and glorious Catholic traditions, the Church is able to give to the Canadian people, set forth in the English
l'Ouest du Dominion, la plupart des habitants emploient l'anglais comme leur langue maternelle, et que les enfants des colons qui viennent de pays où l'anglais n'est pas parlé, parleront aussi la langue anglaise, à leur tour.
Et cette réflexion nous amène à la racine même du problème et en démontre toute la comj)lexlté.- Car, hélas! tandis que la langue française était autrefois synonyme d'unité dans la croyance religieuse^ la langue anglaise a été, pendant plus de trois cents ans, l 'organe de la contention, de la désunion et de la dissension, chaque fois qu'il s'agissait des vuiités chrétiennes. Et cependant si la puissante nation que le Canada deviendra doit être gagnée et gardée à l'Eglise Catholique, cela ne s'accomplira qu'en faisant connaître aune grande partie du peuple canadien, dans les générations qui vont suivre, les mystères de notre foi par l'intermédiaire (le notre langue anglaise. En d'autres ternies, l'avenir de l'Eglise en ce pays, et la répercussion qui en résultera dans les vieux pays de l'Europe, dépendront, à un degré considérable, de l'étendue qu'auront définitivement la puissance, l'infuence et le prestige de la langue et de la littérature anglaises en faveur de l'Eglise Catholique.
i^es différentes organisations religieuses non-catholiques connaissent parfaitement ces nouvelles conditions.
Il ne vient pas un seul colon d 'Angleterre en ce pays sans qu'on n'aille le rencontrer là même où il débarque, et tout est mis en oeuvre pour le tenir en relation avec les influences religieuses qu'il a connues dans son pays. Dans toutes les régions qui sont des centres de progrès, on établit immédiatement, comme n'e l 'fii vu récemment de mes propres yeux, des temples, afin de perpétuer cet enseignement de division qui est donné dans le monde, partout où la langue anglaise est parlée. On dépense pour le même objet des sommes considérables, on fait un travail individuel intense. L'avenir nous montrera -si, une fois encore, à notre honte et à notre douleur, notre langue anglaise doit être l'organe des divisions religieuses ; ou si, par l'effet de la grande miséricorde de Dieu envers cette nation du Canada, avec ses anciennes et glorieuses traditions catholiques, l'Eglise est capable de donner au peuple Canadien, exprimée dans la langue anglaise, cette
tongue, that uuity of religioua belief which Bhe alone haa power to impart,
My venerated brethren, the Archbishops and Bishops of Canada, will forgive me for touching upon topica which theyknowbetter far than I can do, and for alluding to probleins to which tbey are keeuly alive. I do so only that those who, like myself, are privileged to be the guests of this great Dominion niay realise soraething of the importance of' thèse issues which, I firmly believe, will affect for weal or woe not only the Catholic dwellers in British North America but the whole Church of God throughout the world ; and that they may be the object of our sympathy aud" of oiir thoaghts and prayers.
And, if I may, I should like to make a suggestion whereby ail may be united in prayer that the influence of the English language may at last, in vspite of ail the harm that it has wrought in religions matters in days gone by, be bronght by God to be a mighty force for the support and spread of religions unitv and truth. Tn 1897 the late rfoly Father Léo XTH of happy memory, institnted the Archconfraternity of Our Lady of Compassion to prom nte nravers for thp return of England and Wales to the fold of the one true Church of .Tesns-Christ. He eommitted the direction of this Archconfraternitv to the Company of St. Sulpice, and T am now glad to bear public testimony of my gratitude to the Fathers of that vénérable Cnmnanv for the self-sacrificing zeal with which they hâve cnrried on this work. Later the scope of the Archconfraternitv was enlarored to inclnde Rcotland. But the United Kinodom. imiiortant thou!?h it be. ig onlv a part of the Englishspeakinsr world, and I would like to profit by this, the second great International Catholic Congrepp held beneath the British Flasr, to propose thîit the Holy See be petitioned to make the Archconfraternity of Our Lndv of Compassion still more universal in it« scope, so that froni the whole world prayer may go up before the Throne of God that ail the Ensrlish-speaking îiatlons wjthout exception may be
unité de croyance religieuse, que seule elle a le pouvoir d'accorder.
Mes vénérés frères, les Archevêques et Evêques du Canada, me pardonneront de traiter un sujet qu'ils connaissent beaucoup mieux que moi, et de faire allusion h des r)roblème3 dont ils voient parfaitement l 'existenc Mon seul objet est do permettre à ceux qui jouissent comme moi de l'hospitalité de ce grand pays, de saisir quelque peu l'importance de ces questions, qui, je le crois fermement, auront une influence pour le bien ou pour le mal, non seulement sur les habitants catholiques de l'Amérique Britannique du Nord, mais sur l'Eglise de Dieu tout entière, dans toutes les parties du monde; c'est encore afin que ces problèmes à résoudre soient l 'objet de notre sympathie, de nos pensées et de nos prières.
Et, s'il m'est permis, j'aimerais à proposer que tous s'unissent dans la prière pour que l'influence de la langue anglaise puisse enfin, malgré tout ^e mal qu'elle a fait dans le passé touchant les questions religieuses, être amenée par Dieu à devenir une force puissante pour le soutien et l'extension de l'unité et de la vérité religieuses. En 1807. le Saint-Père Léon XITT, d '1 eureuse înémoire. instituait l'Archiconfrérie de Notre-Dume-de-Pitié po'ir susciter des prières dans le but d'obtenir le retour de l'Angleterre et du pays do Galles au bercail de la seule véritable Eglise de .Jésus-Christ. Tl a confié la direction de cette Archiconfrérie à la Compagnie de Saint-Sulnice, et je pnis heureux, aujourd'hui, de pouvoir donner un témoignage public de ma reconnaissance aux prêtres de cette vénérable Compagnie, pour le zèle et l'esprit de sacrifice qu'ils ont manifestés dans l'accomplissement de leur tâche.
Plus tard, l'action de cette Archiconfrérie s'étendit sur l'Ecosse. Mais le Tîoyaume-TTni, tout important qu'il soit, n'est qu'une partie dir monde de langue anglaise; et j'aime lis à profiter de l'occasion que m'offre ce Congrès Catholique International, le second tenu à l'ombre du drapeau britannique, pour proposer qu'on demande au Saint-Siège de rendre le but de l 'Archiconfrérie de N'otre-Dame-de-Pitié plus universel encore, de telle sorte que de toutes les parties du monde, la prière monte vers le Trône de D-ou pour obtenir que touites les nations de langue anglaise, san^:
brought to the unity of the Cathoîic Faith and restored to allegiance to the Apostolic See. It is only by bringiug tlie Eng]ish tongue to render service to the cause of truth that Canada can be niade in the full sensé a Catholie nation; and the spectacle of a uuited Canada, eniinciating in French and English alike the same religions truths, would be for the whole Church of God a power of irrésistible force. I trust that my proposai Avili uot appear to you too bold, and that it will nieet with your generous and whole-hearted acceptance. I make it with the full concurrence of their Eminences the Cardinals of Baltimore and Armagh^ and of the Superior General of St. SÛlpice.
Let me sum up what I mean. God has allowed the English tongue to be widely spread over the civilised world, and it has acquired an influence whieh is ever growing. Until the English language, English habits of thought, English literature — in a word the entire English mentality is brought into the service of the Catholie Church, the saving work of the Church is impeded and hampered. Each English-speaking nation can help in this great work :
England, Ireland, Scotland, the miglity United States of America, Australia, New Zealand, South Africa and the British Possessions of India. But the Dominion of Canada can at the présent moment, owing to her long and deeply rooted Catholie traditions and to the magnifieent opportunities now pj-esented to her, render the greatest service of them ail. And in accomplishing her part of the work the Catholie Church in Canada will not only advance her own sacred cause, but at the same time she will bring renewed courage to English-speaking Catholics ail the world over, and become a source of ever increasing and unfailing strength to the Uuiversal Church. It is an opportunity now given which may never corne again. Humanly speaking, if it be lost, the loss will be immeasurable and irretrievable.
I may seem to hâve wandered from the purpose of a Eucharistie Congress, which is to glorify and to promote de-
exception, puissent être amenées à l'unité de la Foi Catholique et à l'obéissance au Siège Apostolique. Ce n'est qu'en faisant servir la langue anglaise à la cause de la vérité que le Canada peut devenir, dans le vrai sens du mot, lune nation catholicme ; et le spectacle I du Canada uni, exprimant également en j français et en anglais les mêmes vérités I religieuses, serait pour l'Eglise de Dieu I tout entière, une puissance d'une 'or- ] ce irré istible. J'ai confiance que m proposition ne vous paraîtra pas trop
I liardie et qu'elle trouvera, chez vous, une généreuse et sincère approbation.
j Je fais cette suggestion de plein ac- I ord avec Leurs Eminenr-es les Cardii naux de Baltimore et d'Armagh et le i Supérieur-Général de Saint-Sulpice.
I Qu'on me permette de résumer ma I pensée. Dieu a permis que la langue an- I laise se répandît dans tout le monde '■■ civilisé, et elle a acquis une influence I nui grandit toujours. Tant que la langue anglaise, les façons de penser anglaises, la littérature anglaise — en un mot la mentalité anglaise tout entière n'aura pas été amenée à servir l'Eglise Catholique, l'oeuvre rédemptrice de l'Efflise sera empêchée et retardée.
Toutes les nations de langue anglaise peuvent aider à cette grande tâche :
l'Angleterre, l'Irlande, l'Ecosse, les puissants Etats-Unis d 'Amérique, l'Australie, la Nouvelle-Zélande, l'Afrique du Sud et les Indes Britanniques. Mais le Dominion du Canada, à cause de ses traditions catholiques si anciennes et si profondément enracinées, à cause des perspectives magnifiques de progrès qui s'ouvrent devant lui, peut aujourd 'hui, plus que tous les autres, rendre un grand service en ce sens. Et, en accomplissant sa part de travail, l'Eglise catholique du Canada non seulement contribuera à faire avancer sa cause sacrée, mais, en même temps, elle donnera un courage pi as gran-i aux catholiques de langue anglaise dans le monde entier, et deviendra une source de force toujours croissante et inlassable pour l'Eglise universelle.
II y a là une occasion qui ne se présentera peut-être jamais plus. Au point de vue humain, si on laisse échapper cette occasion, la perte sera incommensurable et irréparrable.
j J'ai pu paraître m 'écarter du but
d 'un Congrès Eucharistique, qui est de
I glorifier ' de romouvoir la dévotion
votion to the Most Holy Eucharist.
Let nip ler'all to you liow ou the opeuing day ot the Eucharistie (Jougresa His Eminence the Cardiual Legate remindeil us that froni the begiuning the Blessed Sacrenieui took possesiou of this land of Canada. That empire of our Divine Master spread froni place to place as He designed to take possession of tlie humble tabernacles set up in every village that clustered upon its soil. But it will not be complète until close to every group of homesteads in the great West a tabernacle has been set up in which fervent worshippprs caii corne to adore in perfect unity of faith their Lord and Kiug.
And the day, to which we ail look forward with so mueh earnestness, cannot dawn until the doctrines of the Catholic Church hâve been made known to every cbild of the Canadian nation in his own mother tongue, and are accepted aud expressed by him in the language that he learnt from his mother 's lips
en la Très Sainte Eucharistie. Permettez-moi de vous rajipeler que, à l'ouverture du Congrès Eucharistique, Son Eminence le Cardinal Légat ukuh a fait nous ressouvenir que le Haint-Sacrement u pris ])OsHe.ssioM du Caua<la, dès J 'origine du ])ays. Cet empire de "votre Divin Maître s'est étendu graduellement, à mesure qu'il daignait j)rendre possession des humbles tabernacles établis dans chaque village fondé sur le sol canadien. Mais cet empire ne sera pas complet tant qu'un tabernacle n'aura pas été établi dans chaqae groupe de ces colonies du Grand Ouest et tant que, près de ce tabernacle, des fidèles fervents ne seront pas réuni'^ pour adorer, dans la parfaite unité de leur foi, leur Seigneur et levir Koi. Et ce jour, que nous espérons tous avec tant d'ardeur, ne peut pas se lever tant que les doctrines de l'Eglise catholique n'auront pas été portées a la connaissance de chaque enfant de la nation canadienne dans sa langue maternelle, et n'auront pas été acceptées et exp limées par lui dans la langue qu'il a apprise des lèvres de sa mère.
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