SPIRITUALITÉ & PSYCHISME
Mes Frères, mes Soeurs,
Peu de choses ont autant frappé ceux qui ont visité différentes contrées, que Je travail et le succès de la Société théosophique chez des peuples très séparés par la situation géographique, le langage, les mœurs et les habitudes. Le zèle des âmes pieuses qui de toutes les parties du monde se sont donné la main pour coopérer à son œuvre, l'écho sympathique que ces données fondamentales ont éveillé au cœur de peuples placés dans des milieux si divers, suffiraient presque à prouver son enseignement capital : l’origine commune de l'humanité. Car ces faits font penser que, sous les couches variées composant les formes extérieures dans lesquelles l'homme s’exprime, il coule une source profonde et durable, dont les eaux pénètrent tous les cœurs, et dans tous les temps.
Les vérités spirituelles, dont la Société théosophique est l’expression la plus récente, sont aussi
anciennes que l’humanité ; leurs racines sont au plus profond de l’être ; mais c’est dans l’atmosphère spirituelle spécialement propice de l’Orient qu’elles ont d’abord fleuri sous forme d’idées concrètes assimilables, — quoique souvent imparfaitement, — pour le cerveau humain. C’est pourquoi l’Orient a toujours été la source-mère d’où sont sortis tous les grands systèmes religieux du monde, et, de tous temps, les peuples ont tourné leurs regards vers cet Orient et ses mystères pour y chercher la solution des grands problèmes de la vie et de l’être. Il est donc naturel et juste que l’étude de la littérature et des religions orientales occupe une large part dans les travaux de la Société théosophique, car en elles sont cachées les sublimes vérités que la Théosophie moderne essaie de revivifier dans le monde, et je suis naturellement fier, comme Hindou, du succès d’un mouvement qui glorifie le magnifique héritage que nous ont laissé nos ancêtres, et que, par notre apathie, nous avions presque laissé tomber dans l’oubli.
Cette satisfaction personnelle mise à part, je regarde la Société théosophique comme un lien direct rattachant ce monde extérieur sans vie, livré à d’insignifiantes occupations que les hommes dans leur aveuglement prennent pour d’importantes entreprises, au monde merveilleux de l’Esprit, qui respire la vie et la joie éternelles.
C'est une véritable barque de sauvetage qui porte l'homme dévoué et résolu, à travers l’océan du matérialisme, au port du repos et de la paix, et je m’étonne souvent qu’un plus grand nombre de personnes n’entrent pas dans ce vaisseau qui est à leur portée. Combien d’entre nous, pourtant, connaissent, par expérience, la consolation d’avoir un refuge assuré au milieu des dogmes contradictoires des religions exotériques, des troublantes doctrines des systèmes de philosophies rivales, et des soucis harassants d’une vie matérielle sans âme et sans saveur!
Dans l’Occident, où le flot du matérialisme s’est élevé si haut que la vie des sens semble avoir étouffé celle de l’Ame, la Société théosophique est un bienfait, dont la nature et l’étendue seront mieux appréciées par les générations futures qui recueilleront les fruits du labeur des pionniers actuels. Mais dans l’Inde même, berceau des aspirations spirituelles, pays unique au monde, où depuis un temps immémorial brûle le feu spirituel que les vicissitudes extérieures ont obscurci sans réussir à l’éteindre, dans cette terre sacrée elle-même la Société théosophique a été le salut delà population. La différence que l’on constate dans le sentiment de respect national pour les choses spirituelles depuis une vingtaine d’années, tient du miracle. En dépit de la lumière des Écri-
lares et des saintes traditions, lumière qui eût dû être pour eux un phare étincelant, mes compatriotes voguaient vers le roc du matérialisme où se serait englouti le précieux trésor de leurs connaissances spirituelles, quand apparurent deux personnalités remarquables qui opérèrent un changement prodigieux dans le courant de la pensée indienne. L’une a déjà rejeté le vêtement de chair sous lequel le monde la connaissait, mais elle a laissé derrière elle une influence assez puissante pour animer encore le mouvement qui lui était plus cher que sa propre vie. L'autre est heureusement encore à la tête de l’œuvre, c’est notre Président, ce vétéran qui a tant fait pour le relèvement de l'Inde, et dont je suis heureux de voir le visage familier présider à cette assemblée. Tous les cœurs le bénissent pour son noble travail et prient qu’une longue vie lui soit accordée pour le continuer.
Si le bien fait à l'Inde' par la Société théosophique est immense, son œuvre en Occident sera plus étonnante encore et nous espérons qu’un jour viendra où les Occidentaux seront amenés à une perception plus claire de ce monde spirituel dont la lumière fait disparaître la pâle lueur du monde matériel. Ceci s'accomplira moins vite que dans l'Inde, où il ne s’agissait que de réveiller chez le peuple des souvenirs familiers, bien que presque
oubliés ; eu Occident, il faudra faire pénétrer des vérités ignorées dans des esprits que ni l’hérédité, ni l’étude n'ont préparés à accepter. Les nations occidentales se trouvant là sur un terrain nouveau et inconnu, il leur faut n'avancer qu'avec prudence et réflexion. Elles seraient donc sages et avisées de vouloir profiter de l'expérience longuement accumulée des nations orientales, qui, ayant cultivé ce terrrain les premières, sont familiarisées avec les précipices et les embûches qui s’y rencontrent, et dans lesquels il est aussi facile que dangereux de tomber.
J’ai été poussé à prendre la parole à ce Congrès, précisément par l’espoir de vous avertir d’un de ces dangers, qui pourrait être évité si l’on en comprenait bien la nature. Dans mes voyages en Europe et en Amérique, j’ai été frappé de l’intérêt profond et général qui, depuis peu, s’attache aux questions spirituelles. J'ai aussi vu surgir dans l’esprit humain, comme l’épine près de la rose, une forte inclination vers les phénomènes psychiques. On fait de grands efforts pour réunir toutes les conditions nécessaires à la production de faits saisissants ; c’est le fruit de la même faiblesse qui porte les humains à vouloir cueillir les fruits avant leur maturité ; et c’est là une caractéristique de la civilisation actuelle que cette hâte fiévreuse d’arriver coûte que coûte, par les
moyens les plus rapides, sans avoir la patience de» travailler et d’attendre sagement le meilleur moment pour recueillir le fruit des efforts. Il ne faut donc pas s’étonner si quelques chercheurs, en poursuivant un but divin, s’égarent dans les sentiers de traverse du psychisme inférieur.
Nous connaissons tous la grande différence qui sépare le plan spirituel du plan psychique : il est donc presque inutile de vous rappeler que le soi-disant « phénomène » relève du plan astral T et n’a que très peu d’affinité avec le plan spirituel. Il est vrai de dire que ce dernier est peu compréhensible, et que ses réalités sont très difficiles à saisir pour des esprits accoutumés à agir dans un milieu matériel. Il est vrai aussi que le plan astral étant en contact intime avec le plan physique, il est plus facile aux hommes d’en pénétrer consciemment les détails, et de pouvoir les traduire ensuite dans le langage de l’expérience terrestre. Mais ceux dont l’idéal est de servir Dieu et l'humanité, par la voie de la purification et du perfectionnement, ne doivent pas se laisser tenter par la vaine gloire de se grandir en acquérant quelques pouvoirs faciles, non possédés par leurs frères, car des dangers inconnus et sans nombre menacent l’être qui s’égare dans les régions illusoires, sans être muni du fanal de la vraie connaissance, — la connaissance spiri-
tuel le ; i 1 devient semblable à un frêle esquif lancé sur une mer orageuse, sans mât ni gouvernail. Je ne nie pas que ces pouvoirs, comme tous les autres, ne puissent être, et même ne soient employés pour aider les hommes ; mais, pour avoir une action effective, ils doivent être les corollaires des pouvoirs de l’âme, lesquels sont les fruits mûris de la sagesse, fruits acquis par de nombreuses existences de sacrifice et de pureté. C’est pourquoi, dans l’Inde, ce pays imprégné de l’expérience des siècles, on détourne fortement les aspirants de l’acquisition des Siddliis , ou pouvoirs psychiques, quoique l’on ait toujours reconnu la possibilité d’acquérir certains pouvoirs anormaux par des pratiques étranges. 11 y existe encore aujourd’hui des hommes fiers de posséder ces pouvoirs soi-disant miraculeux qui leur attirent l’admiration et la crainte des foules ignorantes. La nature humaine est partout la même, et, comme l’ombre suit le soleil, de même la soif ardente de ces pouvoirs suit souvent le désir sincère de la connaissance spirituelle ; il faut reconnaître pourtant que jamais, dansl’Inde r le pendule de l’erreur n'a oscillé au point de faire confondre les tours de passe-passe avec la \oga r comme cela eut lieu à Londres dans une circonstance mémorable. On a souvent mal interprété ce terme « Yoga » ; cependant on y a toujours
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attaché l'idée de purification intérieure et de contrôle des diverses activités mentales. Mettant à part cette classe d’ascètes errants qui se martyrisent dans l’espoir de passer pour des saints, on n’a regardé comme Yogui que l’homme qui, ayant étudié les lois intérieures de l’être, règle .sa vie suivant les conseils de son Dieu intérieur, et a acquis un contrôle parfait sur tous ses sens, y compris celui qu’on nomme le Rajd (le roi) des sens : le mental. C’est, en effet, le mental de l’homme qui vitalise tous les organes et préside à la construction de la personnalité, c’est-à-dire de l’être soi-conscient. Il est écrit, en vérité, dans les livres saints, que la vraie « Yoga « consiste dans le contrôle du mental, car le mental est le centre des pensées, et les pensées sont les forces qui établissent la structure intérieure de l’homme, et celui-ci est saint ou vicieux selon que ses pensées sont pures ou impures. Et non seulement le corps intérieur, mais le corps physique lui-même est influencé par les pensées habituelles qui règlent la vie individuelle. Oui n’a constaté la différence d’aspect physique entre le saint qui dévoue sa vie au service de Dieu et du prochain et le misérable qui ne vit que pour nuire à ses semblables ou par satisfaire ses passions ? Et cet effet de la pensée n'est pas limité à un seul plan, car les divers corps qui nous serviront dans nos futures incarna-
tions seront formés d’après les pensées qui auront dominé notre incarnation présente. Ceux d'entre nous qui connaissent l’enseignement théosophique sur les différents corps qui constituent l’être, et les différents plans de matière qui leur correspondent, comprendront facilement que, pendant la construction des corps, la pensée, qui est une force vivante, attire les molécules de matière qui sont en affinité avec elle, et attire aussi les élémentals, ou esprits de la nature, qui lui sont congénères, pour coopérer à ce grand travail de construction d’une entité aussi composite que l’homme. Il ne faut pas supposer que cette puissante influence de la pensée s’arrête aux quatre principes humains qui lui sont directement soumis ; elle s’étend encore au-dessus, et imprègne les principes élevés qui la dominent d’en haut. C’est le feu du sacrifice; sa fumée s’élève vers le ciel, en adorant le Dieu qui est en nous.
Veillons donc soigneusement à la façon dont nous employons cette toute-puissante énergie; tâchons de rendre nos pensées plus élevées et moins personnelles et d’arriver à soumettre notre nature au Dieu intérieur, car là est la racine de toute véritable Yoga, comme de toute vraie Religion. Il — le Divin dans l’homme — est toujours présent au plus profond de nos cœurs, et aux jour; les plus sombres et les plus malheureux il
ne nous abandonne point. Ce sont nos propres pensées qui, par leurs vibrations discordantes, nous empêchent de percevoir ses délicates mélodies. La flûte de Shrî Krishna n est jamais silencieuse, mais ses délicates harmonies ne trouvent pas nos cœurs accordés à l’unisson ; elles ne peuvent alors les faire vibrer et les éveiller à la musique divine. Quel plus grand devoir, quel culte plus sublime que l’effort énergique et persistant, de mettre toutes nos pensées à l’unisson de cette « voix », — si laible d’abord, plus forte ensuite — qui se lait entendre au fond de nous-mêmes? Pour y arriver, les efforts violents sont inutiles; il n est pas nécessaire d abandonner la vie ordinaire; il n est pas urgent, il est même nuisible de prendre contact avec les ombres du plan astral au moyen de miroirs magiques, de tables tournantes, ou autres puérilités semblables; car le plan astral fourmille d'entités bienfaisantes et malfaisantes, et si celui qui y pénètre n’a pas encore atteint une pureté absolue de pensée et de vie, il attirera probablement à lui des démons élémenlals. et, manquant de la connaissance que donne seul le développement intérieur, il tombera victime de ces puissantes forces naturelles, auxquelles il se sera lui-même inconsidérément exposé.
Il n est pas nécessaire non plus de fuir les occupations du milieu où nous a placés le Karma pour
rechercher la solitude des forêts, car la force s'acquiert en combattant, non en fuyant la lutte. Certainement, par intervalle, des existences même de paix et de repos aident à nous donner un avantgoût du calme et du bonheur qui remplissent l’âme des êtres très évolués ; mais il faut bien savoir que ces retraites sont faites comme des haltes en vue de luttes futures, et ne doivent pas être recherchées comme une jouissance définitive. Le héros qui veut remporter la plus grande victoire, — la conquête de soi-même, — ne doit pas penser à son propre bonheur; il doit être toujours prêt à lutter contre les épreuves et les tribulations qu’il rencontre à chaque pas dans la vie de ce monde, et qui se multiplient à mesure qu’il acquiert la force et l’énergie de leur résister et de les fouler aux pieds.
C’est une destinée pleine de souffrances et remplie de la plus intense douleur, mais c’est la seule qui vaille d’être désirée et vécue, car elle seule mène à la gloire et aux pieds du Divin Maître, — le Maître que ceux-là seuls sont dignes de servir, qui consentiraient à donner le bonheur à l’humanité au prix même de leur sang. Tel est le sentier escarpé et plein d’épines qui nous est ouvert. Que ceux qui possèdent la force et l’énergie nécessaires îe prennent, car 1 conduit à une paix ei une joie inexprimables, il mène à la vision de la toute splen-
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deur du Dieu qu’ils adorent. Ce sentier est assez rude pour éprouver les plus forts, et les plus faibles peuvent s’y fortifier, car les difficultés y sont proportionnées aux forces, et les puissances hostiles n’attaquent vivement que ceux qui se sont déjà aguerris aux combats. Que les plus faibles d’entre nous prennent donc courage ; par une miséricordieuse dispensation de la Providence, les épreuves sont rares au début, et de plus, aussitôt les premiers pas accomplis, on aperçoit déjà quelques éclairs de la Lumière divine, éclairs faibles et rares il est vrai, mais qui apportent tant de paix, une si grande joie que le néophyte monte pas à pas sans perdre un instant espoir, parce qu’il sent que l'aide est avec lui.
Peut-être devrais-je ici ajouter quelques paroles de consolation à l'adresse de ceux que séduit encore le rêve des pouvoirs anormaux. Tout ce que l'étudiant, doué de pouvoirs psychiques, peut voir et souhaiter — et même beaucoup plus encore — est révélé à l’intuition du voyant éclairé, non dans la lueur indécise du feu follet qui s'agite à la vue psychique, mais dans le soleil lumineux de la connaissance tranquille et sûre, qui empêche toute chute et donne le moyen de contrôler les forces terribles en action sur le plan astral. Mais ces pouvoirs ne nous sont pas donnés pour salisaire une vaine curiosité, ni pour notre développe-
ment personnel, mais uniquement pour venir en aide à nos semblables. Heureux celui à qui ils ont été donnés sans qu'il les ait passionnément désirés,, car alors il peut les offrir en sacrifice sur l’autel de son Dieu intérieur, tandis qu’il se tient aux pieds du Seigneur, sans autre désir au cœur que celui de le servir. Pour celui-là la chute est impossible; car c’est avec raison que nos Écritures disent : « Ceux qui escaladent les hauts sommets au moyen de mortifications austères se croient libéré^, mais ils sont en réalité aveuglés, parce qu’ils manquent de dévotion envers Toi, ô « l'Un aux «yeux de lotus » ! et ils tombent au fond du gouffre pour n’avoir pas révéré Tes pieds. Mais Tes vrais disciples, ô Mâdhava, ne perdent pas le sentier, car ils Te sont attachés par les liens de l’amour; et protégés par Toi, ils marchent sans crainte r foulant aux pieds les têtes de leurs ennemis (1) ! »
( 1 ) Conférence donnée par M. Gijanendrcinath Chakravarti à la Société Théosophique, 52, avenue Bosquet le 24 juin 1900 .
La Science antique e! la Science moderne
La Science antique et la Science moderne
Mesdames, Messieurs,
Je viens, une lois encore, me confier à l’indulgence que vous m’avez toujours témoignée, et vous exposer la nature de la Sagesse antique, ou plutôt d'une partie seulement de cette sagesse, base de toute science, de la science antique aussi bien que de la science moderne.
Gomme je me heurte aux difficultés d’une langue qui n est pas la mienne, mes pensées roulent et se développent beaucoup plus vite que mes paroles. Vous vous rappelez, n’est-ce pas, cette histoire du jeune David, qui, voulant se battre avec un géant, essayait de porter l'armure du grand roi d Israël, et qui, tout jeune encore, trouvait cette armure de fer beaucoup trop lourde pour lui et la rejetait. J’ai, moi aussi, à porter une armure trop lourde pour mes forces ; mais, moins fortuné que lui, je ne puis la
rejeter; il faut absolument que je la porte; et je vous demande votre secours pour m’aider à la supporter.
Je dois vous parler, ce soir, de la science antique et de la science moderne ; les placer en face l’une de l’autre ; vous montrer, si je le puis, les relations qui les unissent, les différences qui les séparent, et aussi, je l’espère, vous montrer comment la sagesse antique peut aider la science moderne dans son développement.
Cette science antique nous vient de l’Orient ; mais je crois que nous devons la considérer comme plus ancienne meme que cette Inde où nous la puisons aujourd’hui. Je crois qu'il y avait une science antique de l’Occident, analogue à cette science antique de l’Orient, mais que cette science de l'Occident a disparu depuis longtemps. Elle a existé autrefois sur ce grand continent de l’Atlantide dont la science moderne commence à constater l’existence ; sur ce continent disparu sous les flots du grand Océan, et où fleurissait une science magnifique et profonde
De là cette science est passée en Égypte et dans ces contrées dont le nom ancien de Chcim a fourni à l’Angleterre le terme dont elle se sert pour désigner la chimie. Ce terme anglais est, en effet, dérivé de l’égyptien ancien. Nous trouvons aussi les traces de cette science parmi les Américains,
ou plutôt parmi ces tribus qui vivent encore sur le continent américain et qui descendent de cette race peuplant autrefois les continents de l'Atlantide. En Chine, encore, on trouve les restes de cette civilisation et de cette race antiques, et la littérature chinoise renferme des traces de cette science de l’antiquité qui nous vient de ce grand continent.
Mais, pour nous, comme je le disais, nous puisons la science antique dans l’Inde. Quand notre race, appelée parmi les théosophes la cinquième race de l’humanité, est née dans les Indes, elle forma la première famille aryenne. Nous provenons nous-mêmes de ce tronc. C’est parmi les Hindous que Ton retrouve, aujourd'hui encore, cette science antique qui a fleuri pendant des milliers d’années ; c’est là que nous puisons ces vérités sublimes qui se trouvent dans la littérature philosophique, religieuse et scientifique de cette contrée. Dans les Indes, comme partout dans l’antiquité, nous ne rencontrons jamais d’opposition entre la science et la religion. Dans l'antiquité, en effet, elles étaient des sœurs et non pas des ennemies ; partout où se trouvait un temple de la religion se trouvait aussi une école de science ; le prêtre était toujours un homme de science ; il ne pouvait être donné à personne, dans ces temps reculés, d’être un homme de
science, sans être aussi un prêtre. Et aujourd'hui, aux Indes, nous trouvons la classe des brahmanes. Ceux-ci, étant prêtres, sont, en même temps, les précepteurs du peuple, et ont toujours enseigné la science aussi bien que la religion. Nous trouvons, dans cette littérature de l’antiquité, que les sciences qu'ils enseignaient étaient au nombre de soixante-quatre, et que ces sciences, sciences physiques, comprenant la chimie, l'électricité même, se nommaient Aparavidya, c’est-à-dire les sciences inférieures; en outre, nous trouvons qu'ils enseignaient une science suprême qu'ils appelaient Parcividya , c’est-à-dire la science supérieure, laquelle science était toujours la science de l'âme. Car aux Indes toutes les sciences étaient couronnées par la science de l'âme, la plus complexe de toutes les sciences, et comportant une méthode tout à fait précise et directe.
Cette science de l’âme ne procédait pas d’un mysticisme vague ; c’était une science précise, nette, permettant d'apprendre la vérité d'une façon tout à fait scientifique ; mais c’était surtout la science de l'âme, c’est-à-dire la science de la vie et non pas la science des formes ; la connaissance de Dieu plutôt que celle du plan terrestre ; l'intelligence du soi , le Soi suprême de l'Univers ou le Soi intérieur de l'homme ; c’était là la seule
et vraie connaissance. Connais-toi toi-même : tel était en un mot le couronnement de toute science.
En Grèce, la science de l’Orient se retrouve dans les enseignements de Pythagore et de Platon plutôt que dans ceux d’Alexandre. Ainsi que les premiers, en effet, elle s’appliquait d abord à observer les phénomènes de l'intelligence pour étudier ensuite ceux du plan terrestre.
Nous constaterons que les deux méthodes, la méthode antique et la méthode moderne, sont tout à fait différentes l'une de l’autre. La science de l’Orient suivait une roule qui commençait vraiment au ciel et qui, pas à pas, descendait sur la terre ; la science moderne, au contraire, commence sur la terre, et monte pas à pas. La même méthode se retrouve dans les écoles arabes ; dans ces écoles de l’Espagne où les Maures venus de l’Arabie étaient les précepteurs; la science qu’ils avaient apportée observait les phénomènes de la nature, et, d’après ces observations, édifiait quelques théories, quelques hypothèses. La science de l’Orient, au contraire, commençait par des observations, — il faut toujours observer, — mais ces observations portaient sur l'intelligence, et non pas sur les phénomènes, sur les faits. Ce n’était pas le plan terrestre qu’elle étudiait, c’étaient les vérités de la conscience, de l’intelligence humaine, même de l'intelligence
surhumaine, de l’intelligence divine. On partait de cet axiome que l’homme est une intelligence qui possède un corps,lequel est plutôt un accident ;
homme lui-même. Cette science étudiait donc l’homme comme une intelligence; comme une intelligence se servant du corps, et non pas comme un corps produisant une intelligence. Telle est la différence fondamentale entre la science antique et la science moderne.
Étudiant toujours la vie plutôt que les formes ; regardant les formes comme les expressions de la vie, on commençait toujours par étudier l’esprit. Cet esprit était un germe divin ; sa nature était la même que la nature du Soi universel ; l’esprit humain, disait-on, est une étincelle de l'Esprit divin; de même que les étincelles viennent du feu, selon un texte sacré de l’Inde, de même l’esprit humain sort de l'esprit divin ; il est le même dans sa nature ; le même dans ses pouvoirs; la seule différence entre eux, c’est que, dans l’Esprit divin, se trouve la perfection de tous les pouvoirs manifestés, tandis que, dans l’esprit humain, les capacités de ces pouvoirs seules se rencontrent ; elles doivent grandir pour devenir les pouvoirs manifestés divins.
Ainsi, la différence n’était pas une différence de nature, mais une différence d'évolution. L’homme
disait-on, c’est Dieu en évolution. Dieu est parfait, complet, il est le Tout, le Suprême, l'Universel ; 1 homme est lui-même Dieu, mais Dieu non développé, non encore évolué, germe de Dieu comme le grain que l’on sème dans la terre ; si ce grain divin est semé dans la terre de la vie, dans la terre des expériences, il germera, il croîtra “n Dieu, et ainsi l'homme deviendra Dieu ; étant le même dans sa vie, il peut devenir le même dans sa manifestation.
Telle est la base de toute religion; non pas seulement de la religion et de la science de l'Orient, mais aussi de la religion chrétienne. Qu’a dit, en effet, le Seigneur Jésus-Christ? II a dit : « Soyez parfaits comme votre Père qui est aux Cieux est parfait » ; c’est-à-dire : devenez Dieu ; voilà la perfection que doit chercher à atteindre l’humanité.
Ainsi, la science ancienne, en étudiant l'homme, commençait, comme je l'ai dit, par étudier son intelligence. Mais la science moderne, en étudiant la psychologie, commence par étudier la physiologie ; et les hommes de science moderne nous disent qu’il faut se baser sur la physiologie pour édifier une psychologie certaine : Il faut comprendre lé corps, disent-ils, le cœur, le système nerveux, le cerveau; sans cela, on ne peut comprendre la pensée, l’intelligence ; il faut donc baser la psychologie sur la physiologie.
En étudiant de cette façon, on regarde donc l’homme comme s'il était tout d'abord un corps qu'il faut connaître et duquel une fleur, la fleur de l'intelligence, la Heur de l’esprit s’épanouirait ; pour l'étudier, on recommande de commencer par en bas et<de monter ensuite jusqu'à l’âme.
On commence, donc, par scruter, au moyen de la chimie, les éléments des corps; on étudie les solides, les liquides, les gaz ; maintenant même on commence à étudier l’éther. La science moderne, s'élevant toujours, observe donc cette matière que l'on ne peut percevoir avec les sens, cette matière invisible nécessaire même à l'intelligence, pour comprendre les phénomènes qui se présentent dans le monde visible.
De plus, la science fait en ce moment un grand pas en avant : au lieu d’étudier les forces comme résultats directs de la matière, elle commence à regarder la matière comme une preuve de l’existence des forces; c’est-à-dire qu'elle envisage ces forces comme pouvant seules expliquer les phénomènes de la matière: et alors elle cherche à découvrir une matière si ténue, si subtile, qu’elle puisse expliquer même la force de l'électricité; car il y a des faits se rattachant à l'électricité; il faut donc qu’il existe une matière au moyen de laquelle cette électricité se manifeste.
La science de l’antiquité au contraire étudiait
d'abord les matières les plus subtiles, les plus fines, les plus rares; elle descendait pas à pas de la matière du mental, dans la matière astrale,, dans cette matière par laquelle les émotions trouvent leur expression; puis, descendant toujours, elle arrivait, elle aussi, à l’éther.
Ainsi, la science moderne montant toujours arrive à l’éther; la science ancienne, descendant toujours, se trouve dans l’éther; surceterrain commun les deux sciences se rencontrent enfin, et peuvent s’entendre. C’est sur ce terrain où la science moderne commence à pénétrer que la science antique aura beaucoup de grandes choses à lui dire. Peut-être faidera-t-elle à franchir les obstacles qui se. dressent devant elle, et à mieux comprendre ces phénomènes difficiles; car, on ne peut encore faire les expériences qui expliqueraient les faits; on est encore aveugle, parce qu’on n'a pas développé les sens qui permettent de comprendre ce qui se passe dans les terrains de l’éther.
Comment peut-on étudier l'intelligence suivant la science antique ? Il est facile, dira-t-on, d’étudier, par exemple, les solides, les liquides; ce sont là des choses que l'on a sous les yeux ; on peut les voir, les toucher; mais l’intelligence l comment peut-on l’étudier d'une façon scientifique?
La science antique répond à cette question.
Pour avoir une vraie connaissance des faits, pour avoir une vraie connaissance des causes, il faut se développer soi-même avant de faire ses observations , car, puisque l’on ne peut pénétrer les choses si l’on ne répond pas aux vibrations qui viennent de ces choses extérieures, il faut absolument développer en soi-même le pouvoir de répondre aux vibrations les plus fines de la matière du monde invisible.
Le corps physique correspond au monde physique ; on peut voir avec les yeux, parce que les yeux peuvent vibrer synchroniquement avec ees vibrations de l’éther que nous appelons les vibrations lumineuses ; si nous n’avions pas cet organe de la vision capable de vibrer en réponse aux vibrations de l’éther, nous ne pourrions pas voir. Si un autre organe de notre corps était capable de vibrer à l’unisson des autres vibrations de l’éther, des vibrations électriques, par exemple, notre monde changerait tout à fait. Le monde n'existe pour nous que lorsque nous pouvons répondre à ses vibrations ; il est borné, pour nous, par notre incapacité à y répondre. Mais, si nous parvenons à développer en nous de nouvelles facultés de réponse aux multiples vibrations de cet univers extérieur, cet univers deviendra de plus en plus grand pour
nous, et il sera d’autant plus grand, plus complet que nous répondrons mieux aux vibrations de plus en plus subtiles de la vie mentale, de la vie émotionnelle, de l’intelligence.
Dans la science de l’antiquité, on procédait ainsi : il faut devenir saint, disait-on, avant de pouvoir devenir savant; ce qui voulait dire que si l’on veut connaître toutes choses, il faut développer en soi l’Esprit divin qui est la base de tous les mondes visibles et invisibles; et, puisqu’il existe^ en nous ce germe divin, nous pouvons développer les capacités de répondre à toutes choses. Il n’y a qu'une vie, et c’est la vie de Dieu, la vie universelle ; chaque phénomène de la vie est un phénomène qui renferme en lui la vie de Dieu.
La religion est le seul vrai point de départ de la connaissance ; et les mystères anciens renfermaient les bases de cette connaissance; on y enseignait à développer les diverses facultés de l'âme, à pratiquer les vertus prechées par toutes jes religions : la pureté, la chasteté, la bonté, la charité, l’amour de l’humanité. Puis on apprenait à développer les facultés surhumaines : lescapacités de l’esprit lui-même.
Comment y parvenait-on? Onenseignait que l’intelligence humaine construit pour elle-même plusieurs corps : Fun de ces corps, le corps supérieur,.
•est un corps qui n’est pas né, et qui ne peut mourir ; un corps nommé corps causal , dans lequel se trouvent toutes les causes de la vie. Ce corps composé de la matière la plus fine, la plus subtile, persiste de vie en vie; c’est un corps imijiortel, le véritable corps de Tâme. Ce corps s’enveloppe d’une matière un peu plus grossière, la matière mentale, constituant ainsi un corps mental dans lequel les pensées se forment, et par lequel on pense. Ce corps mental est enveloppé lui-même par un autre corps, le corps astral , qui peut éprouver le plaisir ou la douleur, et par lequel on peut sentir toutes choses. Enfin, le dernier corps est le corps physique, que nous connaissons sur le plan terrestre.
Tous ces corps se développent l’un après l’autre. Le corps physique est le premier corps qui s’organise parfaitement. Le corps astral et le corps mental sont longtemps imparfaits et mal organisés; le corps physique est le premier qui soit parfaitement organisé; et c’est par ce corps physique que l’âme commence à recevoir toutes les impressions du dehors.
Dans notre race, le corps physique est assez parfait; cependant il ne l’est pas encore complète, ment, car il lui manque deux sens qui vont se développer à côté des cinq sens que nous possédons déjà.L un de ces deux sens supplémentaires,
le sixième sens, commence à se montrer dans notre race.
Pardonnez-moi, si je reviens un instant à la science moderne. Elle vient de découvrir des vagues de l’éther, des vibrations électriques que l’on nomme les rayons X. Qu’est-ce que c’est que ces rayons X? Ce sont des rayons électriques, des vagues, des vibrations électriques qui peuvent passer à travers la matière que l’on avait cru jusqu’ici imperméable ; à travers un morceau de bois, par exemple.
Si tout, se bornait là, cela ne nous intéresserait peut-être pas outre mesure, peut-être même cela ne nous avancerait-il pas beaucoup; mais il se trouve que, parmi les hommes et les femmes, on rencontre quelques personnes qui peuvent voir naturellement ce que Y on voit au moyen de ces rayons. Alors que l’homme de science se sert de ces rayons X pour démontrer, par exemple, la présence d’une balle dans un corps et la faire voir à travers la chair physique, certaines personnes peuvent apercevoir cette balle sans l'aide des rayons artificiels.
L'année dernière, on a examiné aux Etats-Unis un jeune homme jouissant de cette faculté de vision à travers les corps opaques. Un jour qu’il regardait la main de son père, il fut surpris de ce qu’il y voyait. « Que vois-tu donc ? » lui dit le père.
Et l’enfant dessina sur la main de son père le tracé des os de cette main, et lui dit : « Je vois r dans votre main, à travers la chair, des lignes et des os. » Le père s’étonna de ce que lui disait son fils et le conduisit auprès d’un médecin, pour le faire examiner. Celui-ci, ayant questionné 1 en tant, reconnut son cas, et, pendant quelques mois, cet enfant allait deux fois par semaine à l’hôpital, où les médecins faisaient sur lui des expériences. La raison pour laquelle ils se déterminèrent à ne reproduire ces dernières que deux fois par semaine fut la fatigue considérable qui en résultait pour le patient. Néanmoins, on constata qu’il pouvait, sans le secours d’aucun appareil, distinguer à travers la chair le squelette des sujets que I on présentait à son examen.
D’où vient donc la faculté de cet enfant? De ce qu il a dans les yeux — dans les cellules nerveuses de l’œil — plus d’éther que l’on n'en trouve ordinairement dans ces cellules; de cet éther spécial qui vibre en réponse aux vibrations électriques.
Car, ce que la science ne sait pas encore, c'est qu’il n’y a pas qu’un seul éther, mais plusieurs; et que l’éther ordinaire n’est pas le même que 1 éther au sein duquel se propagent les rayons X.
La science ancienne appelait cette lumière la
lumière noire ou lumière invisible, c’est-à-dire lumière qui n’est pas perceptible aux yeux. Cette lumière dont on se sert pour voir à travers les murs, à travers les pierres, à travers la chair humaine, c’est ce que Ton appelle la clairvoyance.
La clairvoyance, dans ce cas, n’est qu’une faculté de l’intelligence dans le corps physique; elle n’est pas tout d'abord astrale, puis physique ; il y a en effet une clairvoyance physique aussi bien qu’une clairvoyance astrale; c’est-à-dire qu'il existe une clairvoyance s’appliquant à l’éther physique ; et certaines personnes, comme je le disais, sont douées de cette faculté; mais la plupart de ces personnes la possèdent seulement dans des conditions spéciales. En se servant, par exemple, de l’hypnotisme, de la transe hypnotique, on crée des clairvoyants ; car, lorsque le système nerveux est dans cet état particulier, alors que le cerveau ne peut plus agir de la façon accoutumée, que le mental est calme, que l’on ne peut plus voir ou entendre de la façon ordinaire, beaucoup de personnes peuvent devenir clairvoyantes, c’està-dire qu’elles peuvent voir ce qu’elles ne voyaient pas dans leur état normal.
Si donc vous trouvez des personnes clairvoyantes de nature, et d’autres qui ne sont clairvoyantes que dans l’état d’hypnose, cela indique, n’est-ce pas, qu’il y a là une faculté humaine
rudimentaire que Ton pourrait développer si l'on savait comment le faire. Dans la science antique on développait cette faculté encore rudimentaire du corps physique, faculté qui va se développer, qui se développe même en ce moment dans notre race. En Amérique, où les races se mêlent beaucoup par les mariages, on rencontre un grand nombre de personnes qui possèdent cette clairvoyance physique, existant aussi en Europe chez quelques individus ; dans cette race à peu près nouvelle qui s’implante sur le sol américain, on rencontre cette capacité de la clairvoyance physique beaucoup plus développée qu’elle ne l’est ici.
Il y a encore un autre sens que doit développer notre corps : le septième sens, celui par lequel on transmettra la pensée d’un cerveau à un autre.
La science moderne, dans cet ordre d'idées, commence aussi à étudier la transmission des pensées; on admet déjà la transmission de pensée d’un cerveau à un autre cerveau.
Mais comment s’opère cette transmission ? Il y a deux espèces de transmission de pensée. On peut transmettre la pensée d’un cerveau à un autre cerveau si l'on a développé l’organe qui, dans le cerveau, concourt à la transmission, car il y a, là encore, un organe rudimentaire qui servira, dans l’avenir, à transmettre la pensée d’une personne à
une autre. Sir William Crookes et le professeur Lodge ont fait des expériences dans cette voie; et ils se déclarent convaincus qu’une pensée peut se transmettre d’une personne à une autre sans les aides matériels normaux.
Quand on étudie l’électricité, on observe que l’on peut produire des vagues électriques, des vibrations d’un genre analogue. M. Marconi la démontré ; et un homme de science de Calcutta, Jagadish Chandra Bliose, a découvert ces ondes électriques, et le moyen de les enregistrer, dans le meme temps où Marconi faisait ses expériences en Italie. Çes vagues de Marconi peuvent se transmettre par l’éther, sans le secours des fils de la télégraphie ordinaire.
De même que l’on peut transmettre ces vibrations électriques sans l’appareil ordinaire, on peut transmettre les vibrations de la pensée sans un appareil matériel,- c’est-à-dire sans la parole ou l’écriture. Il se produit là une transmission vraiment matérielle, puisque l’éther est une espèce de matière ; mais on peut transmettre aussi les pensées de l’intelligence à l’intelligence directement sans conducteur matériel; c'est-à-dire au moyen d’une matière beaucoup plus fine que l’éther : la matière mentale; et cette capacité de transmission peut être développée dans le corps mental de même que dans le corps physique oh
peut développer la capacité correspondante au plan physique. Cette transmission peut s'opérer avec plus de force et moins de résistance sur le plan mental que lorsque Ton se sert de l’éther du plan physique^ on pourrait arriver, ainsi, à transmettre des pensées de France en Russie, par exemple, et même plus loin. Mais, transmise par la matière mentale, cette pensée pourrait être envoyée de la terre à Tune des planètes en raison du peu de résistance de cet éther mental qui sert à la transmission.
Comment peut-on prouver que ce que je dis soit possible ! En faisant encore des expériences. Ces expériences-là se font au moyen de la méditation, de la concentration, du développement intérieur ; de même que la science moderne fabrique ses appareils pour voir l'invisible physique, de même la science antique fabrique des organes intérieurs par lesquels elle peut arriver à la perception du monde invisible. Par la concentration, par la domination du mental, on peut séparer l’intelligence du corps physique. Cette intelligence peut, alors, agir dans le corps astral ; elle peut percevoir les choses astrales, voir les habitants du plan astral, ressentir les vibrations astrales aussi bien que le corps physique perçoit les vibrations physiques. On existe alors comme intelligence, et non pas comme corps.
Toutes les nuits, vous le savez, votre intelligence se sépare de votre corps physique ; l’âme, pendant le sommeil, s’échappe du corps ; et, dans son corps astral, elle passe sur le plan astral. Lorsque l’on a des rêves absolument logiques, cohérents, on rapporte du plan astral les expériences de ce plan. Mais il est bien préférable d’arriver à ce résultat par la méditation, sans que la conscience cesse un seul instant d’être présente comme elle le fait dans le sommeil du corps ; il est bien préférable de passer du corps physique dans le corps astral sans perdre connaissance et d’apprendre à connaître cet état. Puis, une fois maître du corps astral, on peut encore le quitter momentanément et vivre dans le corps mental ; puis ensuite aller sur un plan plus élevé encore, plus subtil, plus inaccessible et sur lequel la pensée peut se développer avec une énergie dont le cerveau est complètement incapable.
La science antique apprenait à faire ces expériences; la science moderne commence à répéter des expériences semblables ; plus elle se développera, plus elle progressera dans cet ordre d’idées, et plus elle trouvera de moyens pour développer, dans le corps physique, ces organes dont je parlais, ces organes qui percevront les vibrations électriques dont nous sommes encore incapables de nous rendre compte dans le corps physique.
Alors, je le crois, la science antique et la science moderne se rencontreront sur ce terrain commun ; et nos gavants modernes arriveront ainsi jusqu’au plan astral, puis jusqu’au plan mental. Ils ’ comprendront alors les faits du monde invisible, et tout ce dont a parlé la religion deviendra des certitudes scientifiques en même temps que des certitudes religieuses.
C’est pour cela que la théosophie est venue de l’Orient en Occident. C’est pour aider la religion d’une manière scientifique que les grands Maîtres de l’Orient ont envoyé leurs disciples, avec mission de faire connaître à l’Occident qu’il existe encore une science occulte, une science de l’intelligence, une science de l’âme, une Connaissance à l'aide de laquelle on peut prouver l’existence et la conscience de l’âme. Cette science n’a jamais été perdue en Orient ; c’est dans l’Occident qu’elle a disparu. On en peut cependant retrouver des traces dans les religions; mais dans les religions modernes on ne trouve pas la connaissance, on trouve seulement la foi.
Mais la foi par elle-même n’est pas assez forte, pour lutter contre la science matérialiste, avec ses expériences, avec ses faits, avec ses vérités du plan physique; il faut donc apporter à l’aide de la religion une science du monde invisible, une connaissance de ce monde qui puisse la redresser, la
soutenir, afin qu’elle ne soit plus seulement une foi aveugle qui croit tout — mais qui ne sait rien.
On . doit donc chercher aujourd’hui à avoir la connaissance de ces mondes invisibles : les fondateurs des grandes religions ne parlaient pas de la foi, mais bien de la Connaissance; ils connaissaient les choses dont ils ont parlé ; de même il faut aujourd'hui des hommes qui connaissent ces choses, qui connaissent ces mondes. Je crois, comme je l'ai dit, que ces deux sciences se rencontreront ; mais, pour cela, il faut que les hommes de science reconnaissent la possibilité des faits des mondes invisibles.
Je viens de lire un ouvrage de l’un de vos compatriotes, M. Camille Flammarion, qui a pour titre /’ Inconnu. Dans ce livre, l'auteur présente au monde une foule de faits, d’expériences, d’observations ; ce ne sont pas là des spéculations, des dissertations, ce sont des observations précises, des faits. Les hommes de science moderne doivent faire des expériences semblables, examiner les témoins des faits allégués, rechercher s’ils disent la vérité. Quand on leur présente des faits, ils ne doivent pas se contenter de dire: C’est impossible; il faut qu’ils cherchent à reconnaître si ces faits sont vrais, et les contrôler eux-mêmes avant de les rejeter,.
La science n’a pas progressé aussi vite qu’elle
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aurait dû le faire, parce qu’elle a été trop incrédule; elle ne doit plus désormais dire: C’est impossible; elle doit regarder et examiner.
Lorsque le D r Galvani commença ses expériences avec les grenouilles, on dit de lui qu’il était le maître à danser des grenouilles. Toussavent maintenant que ses expériences, peut-être un peu bizarres au début, ont été l’origine du galvanisme moderne.
M. Flammarion, dont je citais le nom tout à l’heure, raconte que, lorsqu’on apporta, à l’Académie des sciences de Paris, le téléphone, un savant déclara que c’était impossible; « c’est du ventriloquisme, » disait-il. Tout le monde sait maintenant que ce n'était pas du ventriloquisme, et que l’on peut transmettre la parole au moyen de vibrations électriques.
Cette incrédulité de la science est aussi néfaste que la crédulité religieuse. Voilà les deux ennemis de la vérité, les ennemis les plus acharnés et les plus dangereux; l’incrédulité qui nie les faits parce qu’ils sont nouveaux, la crédulité qui accepte toutes les superstitions parce qu’elles sont anciennes. Ce sont deux épées dangereuses, car elles tuent la vraie science et la vraie religion.
Pour nous, la religion et la science viennent du même Dieu ; la science, c’est l’observation par l’intelligence sur tous les plans visibles ou invi-
sibles; la religion, c’est l’aspiration du cœur humain vers Dieu, c’est l’union de l’esprit humain avec l’Esprit divin qui est sa source. On ne peut opposer la religion à la science ; ce ne sont pas des ennemies : ce sont des sœurs; elles s’aiment l’une l'autre ; et celui-là seul est dans le vrai qui dit : « Je crois, non parce qu’il y a une autorité qui me le commande ; je crois parce que je sais . » La science et la croyance sont une seule et même chose (1).
' (j) Conférence donnée par 3 / me Annie Besanl le 25 juin
1900, à l'Hôtel des Sociétés savantes , rue Serpente.