LES PEEÏÏVES DE LA THÉOSOPHIE
Mesdames, Messieurs,
Quelles sont les preuves de la théosophie ? C’est là une question que l’on pose de tous les côtés; on nous demande toujours : quelles sont les preuves de votre théosophie ? pourquoi faut-il y croire ? comment pouvez-vous me prouver qu’elle est vraie ?
Cette question est très naturelle, on a raison de la faire ; et si la théosophie ne pouvait y répondre, il lui serait difficile de triompher des résistances de l’esprit humain.
Je vais essayer ce soir d’indiquer les grandes lignes des études par lesquelles vous pourrez trouver la vérité dans la théosophie; mais, je vous le dis d’avance, c’est une question d’étude, et non pas d’expérience ; et il faut préciser la situation.
Lorsqu'il s’agit de donner des preuves pour des
faits quelconques, pour des faits isolés, c’est une chose assez facile, si la chose est simple. On peut très bien prouver, par exemple, que l’oxygène et l’hydrogène font de l’eau, si l’on possède l’appareil dont la chimie se sert dans ce but, mais c’est là un fait bien simple, un fait isolé.. Si nous nous trouvons en présence d’un fait beaucoup plus complexe, nous n’en pouvons obtenir de preuve par une expérience simple. Le fait que la terre tourne sur son axe est un fait scientifique, mais la preuve en est assez difficile à comprendre. Il n’y a probablement pas, dans cette salle, vingt personnes capables de prouver que la terre tourne sur son axe, et peut-être n’en est-il pas beaucoup qui soient capables de comprendre même la preuve de ce fait ; c’est-à-dire que, lorsqu’on envisage les faits, on découvre que les preuves varient beaucoup avec la difficulté de ces faits, avec la difficulté des théories, des hypothèses en question, ou des lois de la nature que l’on veut établir; et, quand on commence à parler de la théosophie, cette immense synthèse de la vie, on n’est pas en présence d’un fait simple, que Ton puisse prouver par une simple expérience.
Il faut beaucoup d’études pour comprendre les preuves que la science nous offre. Par exemple, si je désire comprendre l’évolution, ce ne sont pas des expériences qu’il me faudra, mais des
faits, une multitude de faits ; et la preuve de l’évolution dépendra d’une chaîne de raisonnements logiques et non pas d’expériences répétées. C’est, en réalité, sur des faits que l’on base la théorie, mais la preuve, on l’obtient en faisant appel à la raison ; et, à toute personne ignorante ou qui n’a pas étudié, il est impossible de prouver que l’évolution est réelle. Si cette personne n’a pas développé sa raison, sa faculté de logique, la théorie restera pour elle insaisissable. Plus les choses à prouver deviennent difficiles, plus les théories deviennent complexes, plus la preuve dépend de la capacité mentale de l'étudiant; en un mot, on demande toujours plus de l’étudiant et, avant de savoir, il faut que sa raison évolue, il faut qu'il étudie, parfois pendant de longues années. Il ne nous est pas facile de connaître les lois de la nature par nos propres expériences et nos propres études, et il nous faut prolonger ces études pendant des années avant de comprendre les faits ; et encore, il est des questions si difficiles qu’il faut toute une éducation pour en comprendre les preuves.
La semaine dernière, j’assistais à une conférence sur les mathématiques; le conférencier parlait de ces questions obscures et difficiles de la mathématique transcendante : — l’espace, et les idées que les hommes de science ont imaginées
pour expliquer l’espace. On s’est demandé si l’espace est plan,'ou s'il est courbe. Mais songez que, pour la plupart des gens, de pareilles questions n’ont pas d’existence! Oue veut-on dire par un espace plan ou courbe ? Gela ne se comprend pas ; pourtant, en entendant le conférencier, j’ai vu, par les preuves qu’il nous a offertes, que de grandes idées théosophiques très abstraites peuvent être prouvées par des idées mathématiques, c’est-à-dire que, si l’espace est courbe, une foule d’idées théosophiques sur les origines des univers deviennent beaucoup plus compréhensibles, et peuvent se prêter à des preuves mathématiques malgré tout ce qu’elles ont d’abstrait. Mais pour saisir cet ordre de preuves, il faut toute une éducation, et, comme on dit en Angleterre, ce n’est pas « l’homme de la rue » qui peut les comprendre.
Quelquefois, l’on se trouve en présence de faits que l'on ne peut prouver. Si l’on me disait, par exemple, qu’au centre de l’Afrique on trouve une nation de nains, je répondrais que c’est possible. Si c’était une question qui eût une grande importance au point de vue de la conduite, et si je ne pouvais aller en Afrique pour m’en assurer, il faudrait que je m’appuyasse sur le témoignage humain; j’aurais alors à peser la valeur de ce témoignage, et si les témoins étaient des savants
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parlant un langage de vérité et ayant bien observé les faits, il serait possible que je trouvasse suffisantes les preuves basées sur leur témoignage.
Ainsi les preuves varient et, quand on commence à les réclamer, il faut en préciser la nature afin que ceux qui doivent les donner puissent démontrer ce que fan peut prouver immédiatement, et ce que l’on ne peut prouver que par de longues études. Pour les étudiants, il est une espèce de preuve qui, selon moi, possède une grande valeur. Si je marche à tâtons dans une chambre plongée dans une obscurité profonde, je me heurte contre les murs, contre les meubles, contre tout. Si quelqu’un apporte de la lumière, je vois. Estce que je demande alors une preuve de la présence de cette lumière ? Non, parce que je puis voir, grâce à elle.
Il est une preuve de la théosophie qui est tout à fait analogue à la lumière que l'on apporte dans une chambre obscure. Pendant treize années de ma vie, je me suis brisé le cœur contre le problème de la misère humaine, je me suis brisé le cerveau contre l’énigme de la vie. Dans la théosophie, j’ai trouvé une lumière qui m’a donné le pouvoir de résoudre tous ces problèmes, de comprendre les causesde la misère humaine, et d'entrevoir la fin de cette misère; et mon cœur désormais bat paisiblement, mon cerveau est
lucide ; je ne me brise plus le cœur, maintenant, parce que je comprends, je connais les causes, je sais le but de révolution.
Voilà ce que la théosophie peut faire pour le cœur et pour l’intelligence; la vie que Ton ne pouvait comprendre devient intelligible, 1 ignorance qui pesait comme un fardeau sur le cœur disparaît; la lumière se répand; on était aveugle, maintenant Ton voit...
Cette preuve-là se rencontre de temps en temps lorsqu’on est face à face avec les problèmes de la religion. Vous savez que je voyage beaucoup dans les Indes, et les brahmanes ont l’habitude de me poser des questions difficiles tirées de leurs Ecritures sacrées; maintes fois on m'a posé des questions sur des livres que je n’ai pas lus, dont je ne connais absolument rien; mais jamais l’on ne m’en a posé auxquelles je n’ai su répondre au moyen des lumières de la théosophie ; et si, dans les Indes, aujourd’hui, l'on reconnaît que je comprends les choses spirituelles, je dois ce résultat aux lumières de la théosophie, car un enfant qui possède ces lumières peut répondre aux questions des savants : il voit là où les autres sont aveugles.
Cette preuve est donc bien claire, et pour 1 étudiant, et pour ceux qui posent les questions auxquelles ce dernier répond.
Mais ce n’est pas assez. Ce qu’il faut au monde,
ce sont des preuves qui attirent son attention sur notre philosophie, et lui prouvent qu'en elle il y a quelque chose à étudier ; à ces hommes du monde qui demandent si, vraiment, dans la théosophie, il y a quelque chose valant la peine d'être recherché, il faut démontrer l’existence d’une sagesse qui mérite d’être approfondie.
11 existe trois genres de preuves que Ton peut offrir aux gens du monde : il y a des preuves de l'existence d’une Sagesse antique qui est la base d’où toute connaissance humaine a procédé : Q’est la première chose éprouver ; on peut offrir ensuite des preuves touchant à des faits isolés, à des doctrines particulières ; enfin, il y a, de la Réalité spirituelle, une seule preuve, mais c’est une preuve suffisante.
Nous avons ainsi trois groupes de preuves.
Le premier dépend de l’étude ; il faut étudier afin de savoir qu’il y a une Sagesse divine, une sagesse antique, qui est la base commune de toute vraie connaissance.
En étudiant ce sujet assez difficile, — et je ne puis ici qu’en indiquer les grandes lignes, — on commence par les identités qui existent ; identité entre toutes les religions, identité entre toutes les morales, entre toutes les branches de l’éthique humaine, identité des histoires des héros de la religion, identité des symboles de ces religions.
« Voilà quatre identités qui existent dans le
monde : les religions, les morales, les histoires, les symboles.
Tous les hommes instruits reconnaissent, à l'heure actuelle, que les religions ont une base commune ; ils ne sont pas d’accord sur ce qu’est cette base, mais tous reconnaissent que ces religions ont une source commune à laquelle elles ont puisé leurs doctrines. Il est impossible de nier ce fait. Vous pouvez appeler cela mythologie comparée, ou religions comparées : le fait est là ; et la seule différence qui existe entre nous, c’est que, d'un côté, l’on dit que toutes ces religions ont pour source commune l’ignorance des sauvages, et que les idées religieuses des temps modernes ne sont que le raffinement des idées grossières que l’on trouve parmi les peuples primitifs ; cette idée se rencontre partout en Occident. On reconnaît l’identité des religions, mais on déclare qu’elles sont toutes les fruits de l’ignorance humaine.
D’un autre côté, nous théosophes, nous répondons que cette assertion est fausse, et qu’il existe des preuves de sa fausseté.
L’on peut dire qu’il y a sept grandes doctrines religieuses que l’on retrouve partout, et qui s’affirment par les principes suivants : l’existence -est une ; cette existence se montre comme tri-
nité, — trinité d’existence divine; l'on trouve des êtres surhumains et sub-humains ; l'esprit de l’homme sort de l’esprit divin ; l’âme humaine évolue ; cette évolution de l’âme est dirigée par une loi de causalité ; l’homme enfin peut devenir parfait.
Voilà sept déclarations communes à toutes les religions.
Où les rencontre-t-on d’abord? Chez les sauvages, sous des formes grossières, ou dans l'antiquité, sous les formes les plus nobles et les plus sublimes ?
Pour répondre à cette question, il faut étudier les livres les plus anciens, les Écritures sacrées de l’antiquité. Tous ces livres contiennent ces idées sous leur forme la plus noble, la plus admirable, la plus raffinée, tandis que les livres modernes, les livres que l’on écrit'aujourd’hui, n'en font même pas mention.
Dites-moi : pouvez-vous trouver, dans un seul livre contemporain, les idées si hautes concernant l’homme, Dieu et la Nature que l’on peut lire dans les écritures chinoises, égyptiennes et hindoues qui sont parvenues jusqu'à nous? Dans ces grandes littératures du monde antique, on les trouve sous leur forme la plus sublime ; on n’a rien ajouté à ces idées; on n’a rien ajouté à ces connaissances. Le monde moderne est vulgaire
en face du monde antique quand il parle de Dieu, de l'homme, de l’âme et de son évolution.
Mais si nous reconnaissons que ces idées sont plus sublimes dans l’antiquité que de nos jours, que les anciens en parlent avec plus de profondeur et de clarté, comment pouvons-nous affirmer que ces idées, cependant si anciennes, doivent leur origine à la littérature moderne ?
Par l’étude, vous saurez que vous ne pouvez accepter cette prétention de notre époque, que toutes les grandes idées religieuses proviennent de l’ignorance des sauvages. Parmi les sauvages, on trouve, il est vrai, ces idées, mais sous une forme dégénérée, et si l’on demande à ces gens des explications, l'on reconnaît toujours derrière leurs idées les mêmes conceptions grandioses de l'antiquité. Donc, si l’on constate que les idées sur lesquelles toutes les religions sont basées se trouvent exprimées plus clairement, avec plus de beauté, avec plus de simplicité, dans l’antiquité que de nos jours, on peut très bien dire qu’elles sont basées sur une Sagesse antique, et non sur l’ignorance antique.
Tel est donc le premier point à étudier : les religions du monde, — ces grandes religions de l’Orient et de l’antiquité, — et vous y trouverez une première preuve de l’existence d'une vraie théosophie.
Après ridentité des religions, nous trouvons l'identité des morales. Si vous voulez lire la littérature chinoise, vous y trouverez une morale pure qui existait six siècles avant la naissance de Jésus-Christ. A cette époque, encore, dans les Indes, le Bouddha prêcha son évangile dans lequel on retrouve la même éthique, les mêmes devoirs pour l’homme, les mêmes règles de conduite.
On peut remonter plus haut encore dans l’antiquité : 5.ooo ans se sont écoulés depuis que le grand Krishna a prêché sur le sol des Indes, et. dans ses paroles, on retrouve la même morale, la même idée sublime du devoir humain, les mêmes règles d’une conduite parfaite.
On peut remonter jusqu’à Manou, dont l’existence pour le monde moderne se perd dans la nuit des temps. Dans sa doctrine, c’est encore la même morale, les mêmes devoirs, les mêmes règles de conduite.
Partout, donc, nous rencontrons l'identité des morales, et, dans les livres modernes, il est impossible de trouver de nouvelles règles de conduite, de-nouvelles idées éthiques ; on répète toujours la morale de l'antiquité, on ne peut pas en inventer une nouvelle.
Après l’identité des morales, on retrouve partout l'identité des histoires des fondateurs de
religions ; et ces histoires semblables se répètent de temps en temps.
Ici, il faut étudier l’histoire de Jésus, de Bouddha, de Krishna ; ce sont partout les memes idées et les mêmes événements de la vie, parce qu’il y a là ce que Y on appelle la légende, c’est-àdire une vérité spirituelle voilée sous la vie matérielle d’un homme.
En effet, c’est vraiment l’histoire de l’âme humaine que l’on retrouve dans l'histoire de la vie des grands fondateurs de religions ; ils vivent comme des hommes sur la terre, mais comme des hommes surhumains, et, dans leur vie, on trouve les vérités qui concernent révolution de l’âme humaine; dans la vie du Christ, dans celles du Bouddha et de Krishna, on retrouve toujours les mêmes événements; c’est comme un grand drame sur le théâtre du monde : les mêmes faits se renouvellent, l’artiste a toujours le même rôle à jouer.
Enfin, reste l’identité des symboles dans les religions. La croix n'est pas un symbole tout à fait chrétien; on la retrouve partout, en Égypte, en Perse, dans les Indes, en Grèce, à Rome, partout. Et sur les pyramides, dans les grottes de l'Orient, dans les cavernes de l’Amérique, on retrouve le même symbole.
Pourquoi cette identité de symboles ? C’est que toutes les religions proviennent de la même
grande Loge des Maîtres qui est leur source, et leurs fondateurs en ont gravé les symboles d'une manière semblable, afin que toutes reconnussent qu’elles avaient une source unique.
C'est ainsi qu’il faut étudier pour découvrir des preuves.
Quittons maintenant ce sujet et arrivons au deuxième groupe de preuves, les preuves des faits isolés à propos desquels on peut faire des expériences.
La réincarnation, par exemple, est un fait de la nature dont la théosophie parle beaucoup ; elle dit que l'âme s’incarne, qu’elle passe par bien des vies différentes, qu elle habite des corps divers et subit des expériences constamment répétées, de vie en vie.
Mais, dit-on, la réincarnation est-elle bien un fait? Si je suis une âme réincarnée, où est la mémoire de mes incarnations précédentes? où puisje trouver le souvenir de ces faits qui se sont passés dans des vies passées? Vous me dites que j’ai vécu déjà maintes fois sur la terre, pourquoi n’ai-je pas la mémoire de ces existences antérieures?
A toutes ces questions, l’on peut faire une réponse bien nette : c’est qu'il y a, sur terre, actuellement, bien des personnes qui ont la mémoire de ces vies précédentes, qui n’en ont pas perdu la connais-
sance, qui peuvent s’en souvenir. J’en ai rencontré moi-même et je crois que si, de votre côté, vous vouliez faire des recherches parmi les personnes que vous connaissez, vous pourriez en trouver quelques-unes qui ont gardé certaine mémoire du passé.
Dans les Indes, on rencontre beaucoup d’enfants qui se rappellent leurs vies antérieures. Je vais vous citer le cas d’un petit garçon de sept ans, qui dit un jour à son père, dont je tiens le fait : « Je me souviens d’un village où je suis né et qui s’appelle de tel nom. » — « Mais, mon enlant r lui répondit son père, tu n es pas né dans ce village, tu es né ici, dans cette maison. » — « Je ne veux pas dire que je sois né actuellement dans la ville dont je parle, reprit l'enfant, mais j’y suis né dans une vie passée; j’y suis mort à cinq ans, en me noyant dans une petite rivière tout près de la maison de ma mère. » Le père de cet enfant, qui était Hindou, croyait à la réincarnation ; il résolut d'amener l'enfant au village mentionné et de vérifier par soi-même si la mémoire de l'enfant était réelle, ou si ces paroles n’étaient que des imaginations d’enfant. Un beau jour, en compagnie de son fils, il se promena dans la direction de ce village, sans rien dire ; mais quand il s’en approcha, l’enfant lui dit : « Voilà le village où je suis né. » Le père, toujours sans rien dire, continua sa
promenade en voiture, et plus loin l’enfant lui dit : « Voilà la maison où demeure ma mère. » Ils descendirent de voiture, et entrèrent dans la maison où se trouvait en effet une femme. L’entant lui dit : « Ne vous rappelez-vous pas que vous avez eu un petit garçon ? » « Si. lui répondit la femme, mais mon enfant est mort. »
— « Il s’est noyé, n’est-ce pas? dans la petite rivière qui est là ?» — « Bien sûr, dit la femme, mais qui donc es-tu, loi qui me rappelles cela ? »
— « Je suis ton fils, c’est moi qui ai été noyé dans cette rivière ; » et l'enfant raconta son histoire, ce que sa mère lui avait dit en l’envoyant se laver à la rivière, et comment il était tombé et s'était noyé.
Ce n est pas la un cas isole. Je vous raconte celui-ci parce que je l’ai examiné moi-même, et j en puis parler en connaissance de cause; mais en maintes occasions, dans les Indes, on peut trouver des enfants qui se souviennent de leur passé, ce sont d habitude des enfants morts très jeunes, et qui se sont réincarnés immédiatement; dans ces cas, la mémoire a beaucoup plus de force pour faire impression sur le nouveau cerveau, et 1 enfant, dans ces conditions, retrouve facilement des souvenirs de son passé.
Mais il existe aussi des hommes et des femmes qui possèdent cette mémoire et l’idée que l’on ne
péut avoir aucun souvenir des vies précédentes est fausse. Vous pouvez vous demander s'il vous est possible,à vous aussi, de recouvrer cette mémoire ; cela est possible, mais difficile, et pour une raison bien simple.
Si vous voulez rappeler le souvenir du passé, il faut absolument vivre, non dans le corps physique, mais dans l’Ame qui passe de vie en vie. Ce corps, en effet, est un nouveau corps, ce cerveau n’a pas eu de vie précédente ; l’âme, au contraire, passe d’un corps à l’autre, et c’est en elle qu il faut chercher la mémoire du passé. Mais si vous fixez constamment votre attention sur les choses extérieures, si votre vie se passe sans cesse en dehors et non en dedans, si elle s’attache aux sens, et non à l'esprit, comment pourrez-vous retrouver les tableaux du passé ?
Je viens de lire sur cette question une petite brochure très intéressante dans laquelle l’auteur dit une chose bien vraie. Imaginez-vous, dit-il, que vous avez là une lanterne magique, et que des tableaux soient projetés sur un drap blanc ; vous ne pourrez les voir que si la salle est dans l’obscurité. Si vous ouvrez toutes les portes, et que la lumière du soleil pénètre, vous ne verrez plus rien, les tableaux auront disparu, parce que leurs couleurs délicates ne peuvent se montrer quand la lumière du soleil frappe ce drap ; ces
* couleurs disparues sont là pourtant : mais vous ne pouvez les voir.
Les tableaux des vies passées sont en vous, mais vous ne pouvez les apercevoir, parce que les vives sensations de la vie actuelle sont comme une lumière très vive qui vient les atténuer. Si vous voulez les voir, il faut vous retirer dans voire âme, vous absorber dans la méditation ; il faut oublier le présent : alors vous retrouverez le passé.
Si vous voulez le faire avec patience, avec courage, avec la volonté ferme de recouvrer cette mémoire, elle vous reviendra, comme elle est revenue à maintes personnes qui en ont fait l’expérience; mais, si vous voulez faire de semblables expériences, il faut y consacrer beaucoup de temps, des efforts répétés, une concentration totale de votre mental. Quand vous voulez acquérir une science, aujourd’hui, vous donnez des années à son étude; vous ne pouvez apprendre la science de l'âme sans lui consacrer des années également. C’est ainsi seulement que vous pourrez faire des expériences personnelles ; sinon, cela ne vous sera pas possible.
Il y a bien d’autres preuves de la réincarnation, quoiqu’elles ne soient pas aussi satisfaisantes que celle provenant de la mémoire individuelle. La théorie de la réincarnation est la seule qui soit
vraiment satisfaisante, qui jette de la lumière sur la vie, et nous permette de la comprendre. La misère humaine dont j’ai parlé ; ces grandes inégalités que l’on rencontre dans le sort des hommes ; la vertu du saint, le vice du criminel, comment expliquer ces différences si l’âme est nouvellement créée dans chaque personne venant au monde? Est-il possible que Dieu ci'ée une âme criminelle quand il peut créer une âme sainte? Est-il possible qu’il fasse des criminels d’un côté et des saints de l’autre ? Comment donc expliquer la chose ? La loi d’hérédité en donne-t-elle l’explication ? Non. L’on nous dit aujourd'hui que le père ne peut transmettre ses qualités à ses enfants: la théorie de Weissmann, qui a remplacé celle de Darwin, nous apprend que les qualités acquises ne peuvent être transmises aux enfants, et les faits de la vie démontrent la vérité de celle théorie. Le génie ne se transmet pas du père au fils; au contraire, il est stérile ou il a des enfants médiocres. Un saint ne peut pas transmettre sa sainteté à ses enfants; quelquefois, même, ses enfants sont vicieux, ou rien moins que des saints.
Partout, on trouve que les hommes sont des individus, chacun d’entre eux ayant un caractère personnel, un caractère ne se transmettant pas de père à fils, un caractère créé par
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lui-même. L'on commence ainsi la vie avec un caractère bien défini, bien précis; on naît criminel ou saint.
Voilà clés faits que nous devons reconnaître ; si nous voyons, parmi les hommes, des caractères si divers; si nous trouvons dans les âmes humaines tous les signes de révolution, tous les degrés du développement ; si nous rencontrons des hommes très inférieurs, d’autres un peu plus élevés, d’autres meilleurs encore, et ainsi de suite jusqu’à ce que nous atteignions les saints ; si nous trouvons tous les degrés du vice et de la vertu, ne sont-ce point là vraiment les signes d’une croissance de l’âme, et non pas d’une création capricieuse de Dieu?
Quand on voit des différences continuelles, quand on constate que tous les étages sont occupés par des hommes à divers points de l'évolution, comment peut-on nier le développement progressif de l'âme. Lorsque vous voyez, dans une forêt, des arbres différents, les uns petits et les autres grands, dites-vous que Dieu les a créés au degré de développement qu’ils atteignent? Mais non ! Vous savez bien qu’ils n’ont pas été produits brusquement avec ces formes différentes et que leurs inégalités proviennent de leur croissance, et non d'une création spéciale.
Il en est de même pour les âmes si diverses de
l’humanité. Et vous trouverez là vraiment la preuve de la réincarnation, car ces différences, que vous voyez partout, sont les signes de l’évolution.
C’est là une chose sérieuse à étudier. Je ne veux pas que vous me croyiez sur parole; je désire seulement que vous étudiiez, parce que, del’étude r vous arriverez facilement à la croyance.
Mais il y a des faits encore plus isolés que celui dont nous venons de faire mention. Par exemple, la continuité de la conscience au delà de la mort. C'est là encore un fait dans la nature. Peut-on en trouver des preuves ? Peut-on prouver que la mort n’est pas la mort ?
Oui, on le peut, — et de deux façons différentes. La première est celle qu’emploient les spirites, la seconde est celle qu’emploient les occultistes. Ces deux voies sont tout à fait différentes.
Les expériences spirites sont souvent vraies ; je sais bien que quelquefois l’on a fraudé, mais il y a des faits exacts, précis. Au moyen d’un médium ou d’un sensitif on rappelle, à la terre, les âmes qui ont passé au delà de la mort; ces âmes en se servant du corps du médium peuvent parler, écrire, et donner des preuves de leur existence. Mais cette voie est dangereuse, et pour les médiums, et pour les âmes ; elle est contraire à la loi de l’évolution ; elle matérialise les esprits.
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La voie que suivent les occultistes est différente. Il faut purifier le corps et méditer afin de pouvoir quitter le corps ; il faut concentrer le mental et développer rintelligence, pour devenir capable de sortir momentanément du corps pendant la vie, comme les hommes le quittent à jamais par la mort. En sortant du corps, l’on se trouve dans l’au-delà, on peut reconnaître les soi-disant morts, on peut parler avec les âmes qui se trouvent dans ce domaine, on peut connaître leur vie. Le corps reste sur le plan physique, et en le rejetant l'intelligence s’en va dans le monde invisible, et l’on trouve que la mort n’a pas le pouvoir de détruire l’intelligence.
C’est encore là une expérience que l’on peut faire; mais il faut du temps pour purifier le corps ; il faut du temps pour concentrerle mental; il faut des efforts répétés, des efforts considérables pour sortir du corps. C’est une chose difficile, je lésais ; mais elle est possible ,—je le sais aussi. Les témoignages de l'antiquité sont unanimes sur cette question; dans toutes les grandes Écritures du monde, on peut lire que l’expérience a été faite; aujourd’hui, dans nos temps modernes, au milieu de la vie actuelle, il est des hommes qui répètent ces expériences; on peut les faire aussi bien que dans l’antiquité, parce que l'âme de l’homme est la même chez tous, elle a les mêmes pou-
voirs aujourd'hui que dans l’antiquité, et l'expérience peut être renouvelée de nos jours si l’on suit les mêmes méthodes, si l'on fait les mêmes sacrifices.
Voilà les preuves que vous pouvez trouver par vous-mêmes, les preuves que quelques-uns parmi nous ont obtenues directement. Nous avons la connaissancepersonnellede ces mondes invisibles, et, si vous voulez la posséder vous-mêmes, si vous voulez répéter ces expériences, il faut leur donner votre temps, il faut faire des efforts comme en font aujourd'hui les hommes de science ; l'on ne peut acquérir la connaissance directe dans les universités sans des années d’étude; si vous voulez acquérir la science de l’âme, il vous faudra, à vous aussi, des années de travail.
Mais, en commençant, j’ai dit qu’il n’y a qu’une seule preuve complète, parfaite de la réalité spirituelle : c’est vrai. Toutes ces expériences, que prouvent-elles?Prouvent-elles l’âme? pas du tout. Elles prouvent seulement l'existence des mondes -qui sont invisibles aux yeux de chair. Ce n’est pas là l’esprit, l’âme, ce n’est pas la Vie divine. Jamais on ne pourra prouver la réalité spirituelle par la preuve de l’existence de la matière invisible aux yeux physiques; jamais vous ne trouverez la preuve complète de l’esprit en prouvant la multiplicité des états de la matière.
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Vous pouvez voyager de pays en pays, de monde en monde, de planète en planète, de soleil en soleil; vous n'aurez que des phénomènes matériels toujours divers; vous n’aurez pas la Vie divine, l’Esprit divin qui est en l’homme; jamais cette réalité de Dieu ne se fera comprendre par la matière. L’on ne peut reconnaître la vérité que lorsqu'on la possède en soi, que lorsqu’on a la capacité devoir; la lumière n’existe pas pour ceux qui n’ont pas d’yeux; le son n’existe pas pour ceux qui n'ont pas d’oreilles, les odeurs n’existent pas pour ceux qui n’ont pas d’odorat : il faut avoir en soi la capacité de perception pour percevoirles choses du dehors. Cela est vrai dans tous les mondes, dans tous les cas.
Si j’avais ici un sauvage et un grand littérateur français, croyez-vous que le sauvage reconnaîtrait le génie de ce littérateur ? Croyez-vous que ce sauvage pourrait reconnaître la grandeur d’un Victor Hugo, s'il était en face de lui? Non ! pour lui Victor Hugo ne serait qu'un homme ordinaire ; il ne pourrait reconnaître le génie, parce qu il est encore ignorant.
Vous ne pouvez reconnaître, dans le mental, dans la morale, dans l’esprit, que ce dont vous avez la mesure en vous-mêmes. Si vous lisez le récit de quelque fait héroïque et que vous l’aimiez, que vous l’admiriez, qu’est-ce que cela prouve ?
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c’est qu’en vous il y a le germe de l’héroïsme, et que, sans ce germe, vous ne pourriez pas admirer. Vous admirez, vous avez le désir d’imiter cet exploit; or le désir, c’est le commencement de l’action, et, si vous pouvez comprendre l’héroïsme, c’est que vous avez la capacité, en vous, d’être un héros à votre tour.
Il en est de même avec Dieu, avec l’Esprit divin qui est en vous, qui est Dieu. 11 faut développer l’esprit si vous voulez connaître la Divinité ; il faut faire évoluer l’âme, si vous voulez reconnaître l’Ame, l’Ame suprême, l’Ame universelle.
Là seulement est la preuve complète, parfaite, absolue de la réalité des choses spirituelles; de la réalité des choses les plus grandes, des choses vraiment réelles.
Jamais au moyen de phénomènes, jamais au moyen de preuves que l’on peut produire dans une salle, jamais par les choses matérielles que l’on cherche en ce moment, vous ne trouverez la Réalité suprême. C’est dans le cœur de l’homme,dans son esprit, dans son âme, qu’est le vrai Dieu intérieur qui connaît le Dieu extérieur de l’univers ; et, si vous voulez le connaître, si vous voulez savoir que l'Éternel est un fait, que l’âme est une réalité, il faut développer l’âme germinale qui est en vous; alors, avec les yeux de cette âme, vous reconnaîtrez l’Ame suprême. Il n’y a pas d’autre