DE LA
SOCIÉTÉ THÉOSOPIIIQUE
4 Mes Frères, mes Sœurs,
Qu’est-ce que la Société théosophique ? quelle est sa place dans l’évolution? quels services prétend-elle rendre à l’humanité? quels avantages offre-t-elle à ses membres? Voilà des questions qui se posent de tous les côtés et auxquelles nous essayerons de trouver réponse aujourd’hui.
11 est important de comprendre en quoi consiste cette Société et quel honneur cela est d’en faire partie. C’est comme un gage accordé par le Karma pour des aspirations nobles que l’on aurait eues dans des vies précédentes, pour des services que l’on aurait rendus à l’humanité.
Pour moi, cela a été le plus grand honneur et la plus grande joie de ma vie que d’entrer dans
la Société théosophique, et je n’ai jamais regretté d’en faire partie pendant ces onze dernières années; ce que je regrette seulement, c’est de ne pas y être entrée plus tôt, de n’avoir pas la joie d’en être un membre plus ancien.
Si vous étudiez l’histoire avec attention, vous découvrirez qu'il s’y trouve une loi d’évolution, et, par l'étude de cette loi, vous trouverez que, lorsque l’humanité est sur le point de faire un pas en avant et qu’une nouvelle civilisation commence à poindre, cette marche en avant de l’humanité est toujours précédée d’une impulsion spirituelle; la marche de la spiritualité précède toujours celle de la civilisation.
Cette impulsion du règne spirituel provient de la grande Loge de ces Maîtres dont on entend parler de temps en temps et qui se manifestent par intervalles. Cette Loge, — formée d'hommes devenus parfaits, d'hommes divins, ayant accompli leur évolution et nommés dans l’Inde les Jivanmoukta, ou hommes qui ont atteint la libération, — cette Loge est le gardien spirituel de l'humanité; l’évolution de la race est entre ses mains ; elle dirige le courant des affaires humaines ; elle préside à l’évolution des âmes ; elle fonde les religions ; elle donne au monde toutes les grandes philosophies, toutes les sciences quand elles sont véritables comme philosophies ou comme sciences :
c’est de cette Loge des grands Maîtres de l’humanité que proviennent toutes ces vérités.
Comme préparation à une nouvelle civilisation, ou quand une nouvelle race ou une nouvelle sousrace va naître, cette Loge provoque toujours un mouvement spirituel qui doit précéder ce mouvement national, cette nouvelle race ou sousrace.
Je viens de dire que, si vous voulez étudier l’histoire, vous y trouverez cette grande loi. Rappelons-nous pour un instant les grandes civilisations du monde ancien, et même cette race dont nous sommes l'une des branches? Quand cette cinquième race, ainsi que nous l’appelons, est venue au monde, quand sa première famille dans les Indes est venue nous apporter une nouvelle civilisation, elle y est arrivée avec une religion; mouvement spirituel qui s’est incarné dans la religion dite brahmanique hindoue. Cette religion a façonné la civilisation hindoue ; elle lui a donné toutes ces institutions qui ont fait la grandeur de l'Inde, de l’ancien monde ; elle a fondé son système politique et son système social. Le Manou qui l’a instituée a été le roi et le législateur de ce peuple ; et les grands Richis de l’antiquité ont également dirigé la natio^i sociale et politique. Ainsi, dans l’Inde, on ne peut mettre en doute ce fait que la religion a dominé la civilisation.
Le même phénomène se rencontre encore chez les autres nations de l’antiquité, en Chaldée, en Perse. Là encore, une nouvelle religion a précédé la nation à venir ; la grande religion de Zoroastre a façonné la civilisation persane. Si vous étudiez l’histoire de la Grèce et de Rome, vous y rencontrez le même phénomène ; là encore un grand mouvement religieux dont Orphée fut le prophète, Orphée que l’on dit aujourd'hui être un mythe, mais qui, au contraire, a été un des Maîtres de l’humanité, et a donné sa religion à la Grèce, pui& à Rome.
Si l’on regarde la civilisation plus moderne dè l’Europe, de notre Occident, 1 on constate que la religion chrétienne est venue au monde avant que cette civilisation fût fondée, et, il faut bien le dire, dans le but de prédire cette civilisation. La civilisation romaine touchait à sa fin ; une nouvelle civilisation allait naître : une nouvelle religion est venue l'annoncer au monde.
Nous voyons donc que partout la naissance d'une nouvelle civilisation, d'une nouvelle race ou sous-race est précédée par unmouvementspirituel.
En ce moment, nous nous trouvons au milieu d’un grand mouvement spirituel, dont la Société théosophique est le symbole. Je ne dis pas que. tout le mouvement est compris dans cette Société,
€ela ne serait pas exact, mais qu’elle est le symbole, le cœur de ce mouvement.
Quand la Société théosophique a pris naissance, le matérialisme régnait en maître; dans tous les pays de l'Occident, les savants, les hommes cultivés étaient matérialistes ; non pas qu’ils se déclarassent tels, mais l’idée matérialiste était triomphante partout, même jusque dans la religion. Les symboles religieux existaient bien encore, mais ils n’avaient pas de vie; les cérémonies avaient encore lieu, mais elles étaient sans âme ; ces cérémonies se répétaient tous les jours, ces symboles étaient gravés sur les murs, sur les vitraux des églises, mais le peuple était plutôt religieux des lèvres que du cœur ; sa religion n’était qu’une formule vide.
La première œuvre de la Société théosophique, à sa naissance, a été de porter aide aux religions de la terre ; non pas à telle ou telle religion, mais à toutes les religions, car, dans l’Orient, comme dansl’Occident, la religion était endormie, elle était presque morte. L’hindouisme, le bouddhisme, le zoroastrianisme étaient devenus inintelligibles pour leurs enfants, et se faisaient matérialistes. A la suite de l'éducation occidentale, les Orientaux eux-mêmes perdaient leur foi.
Vingt-cinq ans se sont écoulés depuis que cette Société a été fondée en Amérique ; mais dans ce
court espace de temps, que de changements dans les idées et dans les pensées des hommes ! Aujourd’hui, partout le mysticisme commence à revivre dans le cœur humain ; partout des idées plus spiritualistes se répandent parmi les nations; partout on trouve des gens cultivés qui ont rejeté le matérialisme,parce que cette philosophie matérialiste ne peut répondre aux questions que soulève le problème de la vie, parce qu’elle ne peut expliquer le mental de l’homme, son intelligence, ses idées, en un mot, sa vie. Pendant ces vingtquatre ans, on a beaucoup travaillé pour les grandes idées religieuses, et l’on voit partout le fruit de ces travaux.
Que signifient donc ce travail, ce succès de notre Société? Cela signifie que l’humanité va faire encore un pas en avant; cela veut dire qu’une nouvelle civilisation va venir sur la terre, et si, dans l’antiquité, nous trouvons toujours qu’un mouvement spirituel précède une nouvelle civilisation, appliquons cette leçon de l’histoire au temps présent. Nous trouvons ûn mouvement spirituel, cherchons le nouveau pas en avant que va faire l’humanité dans l’avenir.
Voici donc la première chose à comprendre :
nous sommes en face d’une nouvelle civilisation qui ne se montre pas encore tout à fait aujourd'hui, mais, dont nous pouvons prédire la nais-
sa ri ce, parce que le mouvement spirituel a lieu en ce moment même.
Pouvons-nous prédire le caractère de cette nouvelle civilisation ? Oui, certainement. Les religions qui ont été fondées dans le passé, les religions qui ont façonné les civilisations nous serviront encore, si nous les étudions, à prédire le type de cette civilisation à venir. Je viens de dire que, dans les Indes, la religion brahmanique a façonné la civilisation hindoue ; qu’en Perse la religion qui a façonné la civilisation de ce peuple courageux et intelligent était une religion faite de courage el d'idées concrètes plutôt que de mysticisme ; dans la religion de la Grèce, par contre, on trouve le sentiment delà beauté, de l'harmonie, de la relation des hommes avec Dieu ; dans la religion chrétienne, enfin, on trouve une morale pratique, une loi facile à comprendre et bien adaptée à la civilisation qui devait naître en Europe : le type de toutes ces religions était aussi le type de la civilisation destinée à les suivre.
Or, toutes ces religions étaient isolées les unes des autres ; on peut même dire que chacune de ces religions séparait ses croyants d’entre les croyants des autres religions ; le phénomène est bien naturel quand on sait que toutes ces religions appartiennent à la cinquième race de rhumanité, race dans laquelle l'intelligence hu-
maine, l'intelligence concrète, est appelée à se développer.
Car, dans la cinquième race, ce que nous nommons le cinquième principe de l’homme a naturellement sa place ; c’est le principe de l’intelligence humaine, celui qui sépare les choses les unes des autres, qui les analyse; c’est le principe de l'individualité parmi les hommes, l’Ego, le Moi. Quand je pense, je me sépare des autres, mes pensées sont à moi et, si je puis m’enfermer en moi-même, je pense beaucoup mieux que si je regarde les choses du dehors. Si mes émotions vont au dehors, ma pensée a moins, de force ; il me faut m'isoler afin de réfléchir, fermer toutes les portes de l’esprit afin de penser à mon aise. Plus on est isolé, mieux on arrive à penser.
C'est ce principe individuel de l’homme, cette intelligence analysant les choses et les séparant , qui constitue le cinquième principe de l’homme; et c’est ce principe qui est appelé à se développer dans la cinquième race.
Quant aux religions données à notre cinquième race, elles ont été des religions séparées les unes des autres ; pourtant on n’avait pas eu l’idée d'en faire des rivales, on ne voulait pas en faire des ennemies en lutte, créant des guerres de religion ; on voulait simplement les séparer parce qu'il fallait absolument développer l'intelligence dans
l’homme, et que cette intelligence a pour caractéristique la séparativité, et grandit par la séparativité. La séparation des religions était donc une nécessité de l'évolution ; il fallait séparer les hommes entre eux, même dans la religion.
Et, quand nous en arrivons à la religion chrétienne
donnée également à notre cinquième race, c’està-dire à des hommes qui avaient aussi pour devoir évolutif de développer celte intelligence si séparative, si individuelle, nous trouvons encore en elle une religion où l’individualité joue un rôle important, où l’homme est pour ainsi dire isolé des autres, au point de vue religieux ; toujours dans le but de développer cette intelligence qui doit, en toute nécessité, devenir pure, lucide, clairvoyante afin que l’évolution humaine s effectue.
L’humanité marche toujours en avant ; la cinquième sous-race approche de sa fin, et il est absolument nécessaire de développer la sixième ; au milieu de cette civilisation compétitive et individuelle, il faut développer le grain d’une nouvelle civilisation, le germe de la pensée nouvelle : l’union et non plus la séparation.
Le sixième principe de l’homme n'est pas 1 intelligence, c’est ce que l’on appelle Bouddhi : c’est-à-dire l'amour et la sagesse qui unissent. Ce principe, c’est donc l’amour, et dans l’amour on
trouve non pas la séparation, mais l’union ; n.on pas l'intelligence qui sépare, mais l'émotion qui unit ; et, dans cette sous-race, il faut développer l'idée de l'unité humaine, delà fraternité, delà solidarité humaines ; il faut développer cette idée que les races sont une , quelles ne sont pas diverses ; que l’esprit est un quoique ses formes soient différentes ; que l'homme diffère de l'homme par la forme qui est le véhicule de l’esprit, mais que la vie est une parmi toutes les races, parmi toutes les nations, parmi tous les individus.
C’est ainsi que, dans l’évolution, toute chose est bien à sa place ; c’est ainsi que cette civilisation si guerrière, si combattive est aussi bien à sa place. Tous ces combats, toutes ces guerres sont nécessaires pour l’évolution de l'humanité ; les formes seules périssent ; la vie marche toujours en avant ; les cadavres jonchent la terre, mais l'idée triomphe toujours; si les formes sont détruites,les idées s’élèvent sans cesse versl'avenir.
Par conséquent, toutes les guerres qui ont lieu, toutes les difficultés qui assaillent les cœurs des hommes, toutes ces douleurs, toutes ces souffrances de l'humanité ont aussi leur place dans l'évolution, car elles travaillent pour l'avenir. Pendant ce temps,au milieu de cette civilisation combattive, on sème les germes de la civilisation de l’avenir, et ces germes ont pour sol ce mouvement spiri-
tuel dont j’ai parlé, cette impulsion qui a donné naissance à la Société théosophique, dont le premier objet est la fraternité humaine... cette fraternité qui ne reconnaît pas de différences de race, de couleur, de sexe, de religion, mais qui proclame l’unité ; cette fraternité humaine formant le seul lien par lequel nous sommes unis les uns aux autres. Voilà l’objet principal de la Société théosophique; elle estl’avant-courrière de l'humanité en affirmant cette idée de solidarité qui sera la base de la civilisation de l’avenir.
La Société théosophique proclame donc. au monde qu’une nouvelle civilisation va prendre naissance ; elle proclame qu’une nouvelle sousrace va naître sur la terre, et que, même, en ce moment, cette race a pris naissance parmi nous, ou, plutôt, cette sous-race qui précède la race-mère dans l'humanité. Cette grande race-inère, ou race-racine comme l’enseigne la théosophie, commence en ce moment même à poindre à l'horizon humain, et la Société théosophique est son avantcourrière.
Voilà pourquoi c’est un si grand honneur d’être membre de cette Société ; être un des pionniers de l’avenir, travailler pour l’humanité future, poser les bases, jeter les fondements de cette humanité : c’est ainsi que l'on travaille pour l’avenir et non pour le présent.
Il faut bien comprendre cette idée. Si nousagissions en vue du temps actuel, nous demanderions un succès immédiat ; mais nous ne sommes pas des ouvriers pour le présent, nouspouvons très bien attendre le succès : c’est assez pour nous si le monde à venir remporte le succès en vue duquel nous travaillons aujourd’hui ; nous ne cherchons pas ce succès pour nous-mêmes, mais pour ceux qui prendront notre place dans l’avenir... pour nous encore, cependant, si vous le voulez, parce que nous reviendrons plus tard cueillir les fleurs dont nous semons aujourd’hui les graines. Mais ce n’est pas un succès immédiat qu’il nous faut ; et c’est là un enseignement très important, parce qu’il nous enseigne la patience ; parce qu’au lieu de cueillir les fruits avant leur maturité, nous attendrons patiemment la moisson. Nous pouvons très bien attendre que cette heure dont je parle sonne à l’horloge de l’avenir, nous ne sommes pas pressés, sachant parfaitement que l’homme vrai, l’homme réel est dans l'éternel, etnon dans le présent, dans le passé ou dans l’avenir. Il existe toujours : il est ici. Pour cet homme qui vit dans l’éternel, l'avenir et le présent sont une et même chose ; l’avenir existe dans le présent, comme le passé existe dans le présent ; le présent n’est pas autre chose qu’une ligne séparant l’avenir et le passé, ligne qui disparaît au moment même où
nous parlons de lui.... ligne déjà bien loin de nous.
Pourquoi donc alors chercherions-nous un succès momentané ? Ce que nous voulons, c’est un succès du Tout et pour tous. Ainsi nous pourrons travailler paisiblement. Si nous trouvons do temps en temps que la Société subit des revers, qu'est-ce que cela prouve?... C’est dans les épreuves que les forces de l’humanité deviennent plus énergiques, et, sans ces épreuves, nous serions toujoursdès enfants et non des hommes. Toutes les forcesqui luttent contre l’humanité ne font que développer son énergie. Sans ces dangers, sans ces difficultés, sans ces obstacles à surmonter, nous serions toujours faibles. Croyez-vous que les forcesqui luttent contre nous luttent aussi contre Dieu ? Non ! il n’y a pas de force dans l’univers qui ne soit la force de Dieu. Dieu est la seule vie, la seule force, la seule énergie dans son univers, et ces forces que l’on appelle le mal sont aussi ses forces à lui, forces qui luttent en apparence contre l’humanité, mais seulement pour provoquer dans cette humanité la réponse d'énergie: la lutte... afin qu’elle grandisse par l'énergie et par la lutte.
Voilà vraiment comment envisager ce que l'on appelle le mal ; il n’y a pas de mal ; le mal n’existe qu’en apparence, mais non en réalité. Il faut des luttes afin que l’humanité devienne forte ; sans les luttes, pas de force, et les maux contre lesquels
nous combattons sont nos amis sauveurs : autrement dit tout ce qui a l’apparence du mal n'est que le bien caché sous un voile. C’est Dieu qui se cache pour un moment afin de faire croître la force dans son enfant, l’humanité.
Quelquefois, dans les histoires anciennes de l’humanité, nous lisons ce que l’on appelle des mythes, des légendes, dans lesquels les dieux sont venus sur la terre pour lutter contre ceux qu’ils aimaient le plus ; les dieux entraient en lutte contre leurs enfants bien-aimés, mais c’était uniquement pour exercer les forces de ces enfants, et faire d’eux des hommes. Ce sont des mythes, dit-on... Les mythes sont les vérités de l’évolution, les plus grandes vérités de l'humanité, et, toujours où vous trouvez le mythe, cherchez la vérité qui s’y cache. Les mythes sont beaucoup plus réels que l'histoire.
Lorsque, par conséquent, la Société théosophique est obligée de lutter, c’est uniquement afin que ses forces se développent ; il ne faut pas qu’elle grandisse trop vite, sans quoi ses forces diminueraient. Un enfant qui grandit trop vite devient faible par suite de cette rapidité de croissance ; ce n’est pas ainsi que la Société doit grandir. J'aime les secousses violentes auxquelles elle peut être en butte, car ces secousses rejettent de son sein ceux qui n’ont pas une force d'âme assez développée pour y rester alors que des dangers la
menacent. Il est excellent pour la Société de subir ces secousses, de rejeter pour le moment les âmes faibles incapables d’y rester parce que leur force n’est pas suffisamment évoluée ; ces âmes lui reviendront dans l’avenir: pour le moment, elles ne sont pas assez fortes ; mieux vaut qu’elles s’en retournent pour revenir plus tard.
Mais alors, quelle sera, pour cette Société, la base de la civilisation future, la marque caractéristique dont j'ai parlé : l’unité ?
Pour la première fois dans l’évolution humaine la grande Loge en donnant une impulsion spirituelle n’a pas donné de religion.Nos cœurs doivent s’arrêter sur cette pensée. Pourquoi n'avons-nous pas une nouvelle religion accompagnant ce mouvement profondément spirituel? C’est parce qu'on ne veut plus séparer les hommes, on veut les unir. Si les Maîtres donnaient encore une religion, ce serait un nouveau mur de séparation entre les hommes, mettant les croyants d’un côté, et les incroyants de l’autre. Il n’y a pas d’incroyants, pas d’hérétiques pour nous. Qu’est-ce que l’hérésie ? une nouvelle méthode de voir la vérité, voilà tout, et, pour nous théosophes, pour qui toutes les religions sont vraies, pour qui toutes possèdent la même vérité fondamentale, il n’y a pas d'hérésie. Pour nous, il y a la Religion,etnonpasune religion; par conséquent,nous ne disons jamais aux hommes:
« Quittez votre religion, entrez dans cette autre religion ; vous êtes chrétiens, devenez bouddhistes ou hindous ; vous êtes bouddhistes, devenez chrétiens ; vous êtes hindous, il faut devenir bouddhistes ; » jamais, nous ne tenons un pareil langage. « Êtes-vous chrétiens, disons-nous, restez chrétiens, mais chrétiens spiritualistes et mystiques. » Séparez-vous, ajoutons-nous, des superstitions qui sont les résultats de Tignorance, et non pas de la religion même , séparez-vous des abus qui ont pris naissance avec le temps, séparez-vous des dogmes trop rigides pour donner la vérité qui est spiritualiste ; mais restez chrétiens. Votre Karma vous a fait naître dans le christianisme, ne devenez pas hindous ou bouddhistes, n’embrassez aucune autre religion ; vous êtes chrétiens, restez chrétiens, mais faites des recherches profondes dans votre religion, et trouvez-en la base, troüvez-en les fondements ; ne vous contentez pas de rester à la surface.
Voilà ce que dit la théosophie; elle répète les mêmes paroles aux autres nations, aux autres religions de la terre; parmi les Hindous, nous travaillons pour la religion hindoue; parmi les bouddhistes, nous travaillons pour le bouddhisme ; parmi les chrétiens, nous travaillons pour le christianisme.
Pour nous toutes les religions sont bonnes, di-
vines; nous ne voulons pas les exciter les unes contre les autres, mais seulement les rendre plus grandes, plus larges, plus spiritualistes, plus véritablement religieuses, en un mot, afin qu elles reconnaissent la base d’une seule religion comme une base commune à toutes : 1 amour de Dieu et l’amour de l’humanité.
C/est donc là un fait unique dans l'histoire du monde : un mouvement qui n’est pas sectaire, mais profondément religieux, qui ne fait pas de prosélytisme, mais qui dit à tous : « Restez là où vous êtes, mais devenez meilleurs » ; et, quand un membre de la Société théosophique trouve dans la Théosophie une lumière éclatante qui illumine toutes les questions religieuses, qu’il soit chrétien, hindou ou bouddhiste, cela ne fait rien à la chose, il lui faut aller seulement vers les personnes appartenant à son culte, afin de les aider à devenir plus spiritualistes.
Nous qui sommes avant tout des théosophes, et qui, peut-être, ensuite, appartenons à une religion ou à une autre, il nous est quelquefois bien difficile de faire entendre notre parole dans les églises des diverses religions. Les orthodoxes ne veulent pas venir nous entendre, parce que, pour eux, nous sommes des hérétiques. C est aux orthodoxes assez libéraux pour être théosophes qu’il appartient d aller dans les églises pour aider
leurs coreligionnaires à discerner la vérité, d’une façon théosophique ; c’est à eux qu'incombe le soin de semer partout le germe de vérité, sans toujours la nommer, car la vérité est une, et les noms sont divers.
Ce qui est important pour le monde, c’est la diffusion des idées théosophiques ; leurs termes importent peu. Oue l’on parle de l’Atma Bouddhi ou de l’Esprit, de Sthoula Sharira ou du corps physique, peu importe. Cela nous est bien indifférent que b on ne nous comprenne pas quand nous nous servons des termes hindous, si nous sommes compris quand nous empruntons le langage ordinaire. Les idées seules ont une importance extrême, les noms sont bien peu de chose, et, si vous avez des amis chrétiens très orthodoxes, ne citez pas les noms, attachez-vous aux idées. Si vous, membres de la Société, connaissez ces vérités universelles et trouvez un ami orthodoxe ayant horreur de ces noms hindous, bouddhistes, ou brahmaniques, servez-vous des noms chrétiens qui ont exactement la même signification, vous pourrez alors illuminer le mental de votre frère et l’aider.
Dans les Eglises, ces idées commencent à fleurir; je connais des prêtres de l’Église anglicane qui prêchent sur les idées théosophiques, et j’en suis heureuse. Peu m’importe qu’ils rejettent la Théosophie s'ils proclament ses idées; et quand un
de ces prêtres prêche sur la réincarnation, je suis satisfaite même s’il rejette la Théosophie, parce que ces idées proclamées dans une Église anglicane constituent un véritable pas en avant, fait par la religion. Nous nous contentons, quant à nous, de semer les idées dans le mental humain, les autres peuvent rechercher la gloire de les moissonner.
J'ai ainsi expliqué ce mouvement spiritualiste, son devoir envers le monde, sa place dans l’évolution ; mais pour vous qui êtes membres de la Société théosophique, j’ai encore un mot à ajouter. Après avoir décrit les devoirs de notre Société dans le monde, il me reste à expliquer ce quelle doit à ses membres et le voici : elle leur ouvre cet antique Sentier de l’Initiation qui a été fermé pendant des générations entières. Regardez, en ce moment, ou les Indes, ou les pays bouddhistes, ou les pays chrétiens, vous y trouverez partout des saints, des mystiques ; mais vous n’y trouvez pas les mystères de l'antiquité, les écoles d’occultisme ; ces saints sont isolés, ces mystiques sont isolés, ils ne font pas partie du monde de l'occultisme, ni de ceux qui peuvent guider l’humanité pour la faire évoluer plus rapidement.
Voilà encore un enseignement de la Société théosophique : elle dit à ses membres, par les paroles d’un Maître : « Quand vous êtes devenu
membres de la Société, un lien s’est établi entre vous et la grande Loge des Maîtres, un lien magnétique, mais réel, que vous pouvez rendre plus fort ou plus faible : c’est à vous à le rendre utile à l’Evolution. Si vous travaillez pour les hommes, si vous avez des pensées pures et nobles, si vous essayez de développer en vous toutes les vertus humaines, toutes les vertus sociales aussi, qui sont nécessaires à l’évolution de l’homme ; si vous êtes purs et bons, si vous montrez de l’amour et du dévouement ; si vous n’êtes pas égoïstes, et ne recherchez pas les enseignements pour votre propre satisfaction, mais seulement afin de les répandre parmi les autres, alors, vous pourrez resserrer ce lien qui s’est établi à votre entrée dans la Société; et ce lien deviendra une corde et vous élèvera, de point en point, afin de vous guider jusqu’aux pieds de ces grands Maîtres de la sagesse qui ont accompli l’évolution humaine. » En résumé, pour la première fois, grâce à la Société, le Sentier s’ouvre, qui nous conduit aux Maîtres.
Telle est donc la valeur de la Société théosophique, quant à ses membres. Elle ne leur dit pas : « Il faut marcher sur ce chemin ; il faut hâter votre évolution ; il faut aller de l’avant, mais : << Vous pouvez faire exactement ce que vous voulez; vous êtes libres de faire comme bon vous semble ; mais
la porte est ouverte ; celui qui frappe peut entrer. »
Ces anciennes paroles d’un Maître, paroles disant que la porte s’ouvrira devant ceux qui frappent, sont vraies encore aujourd'hui. Elles ont été vraies quand II les a prononcées, elles ont été vraies pour un individu, de temps en temps, durant les siècles qui se sont écoulés, depuis que les Mystères de Jésus dans l’Occident ont disparu de la terre chrétienne. Aujourd’hui, la Société proclame que les Mystères existent comme ils ont existé dans l’antiquité, et que le commencement du Sentier se trouve dans son sein. Elle dit que 1 on peut marcher sur ce Sentier si Ton est prêt à faire tous les sacrifices exigés de ceux qui veulent le suivre. Les anciens vœux existent encore ; les anciennes épreuves existent encore ; mais le sentier est fermé à ceux qui sont paresseux ou faibles; il est ouvert uniquement à ceux qui sont forts, à ceux qui ont du courage, de la patience, de la résignation, à ceux qui veulent tqjit donner, qui consentent même au sacrifice de leur vie pour obtenir la vie éternelle.
Aujourd’hui comme dans le passé, les conditions restent les mêmes. Si l’on veut trouver la vie véritable, il faut donner la vie temporaire ; on ne peut les posséder toutes les deux "à la fois; on ne peut vivre dans les deux mondes :
i faut sacrifier l’un pour hériter de l'autre.
Le Sentier est ouvert dès maintenant à tous ceux dont les mains sont chargées des offrandes que I on exige à l’entrée. La voie leur est ouverte, la voie conduisant aux Maîtres. Qu'ils s’avancent... ceux qui désirent la suivre ( 1 ) !
(1) Conférence donnée par A/ mc Annie Besant, le 27 juin 1900, à la Société Théosophique , 52 , avenue Bosquet .