‹ Conférences du Couvent de Saint-Thomas-D'Aquin de ParisChapitre 40 sur 42 · DE LA CONTROVERSE RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

DE LA CONTROVERSE RELIGIEUSE

dont ses déclamations fnrienses ont eu plus d'une fois à souSiir, le poursuit jusque dans ses rêves. Il voit Aristote auprès de Satan, il les voit l'un dans l'autre, et l'abominable scolastique, leur fille, se trahie à terre comme un serpent visqueux , toujours prêt à souiller et à brojer dans ses anneaux les discours protubérants du pauvre réformateur. Cette préoccupation et cette panique de Luther ont passé dans Tàme de ceux qui, aujourd'hui, saluent le moine allemand comme le précurseur de la libre pensée. Us n'aiment pas l'âge barbare où l'on s'occupait de la valeur des termes, de la justesse des propositions, des lois du raisonnement et des procédés légitimes de l'argumentation. — La scolastique a abusé, disent-ils ; remercions les hommes de génie qui nous ont affranchis de sa triste méthode. — Quand il serait vrai. Messieurs, que la scolastique a abusé, s'ensuit-il que sa méthode ne vaille rien, et que la controverse du moyen âge n'ait été d'aucun secours pour la foi? « Un fou , dit quelque part le comte de Maistre, peut se servir d'un cabestan pour arracher les choux de son jardin : le cabestan cessera-t-il pour cela d'être une puissante machine? y> La scolastique a abusé ! 11 faut avouer, Messieurs, que nos philosophes modernes n'abusent pas, quand il s'agit des règles de Fargumentation. Leurs phrases se remplissent de mots brillants et sonores, et s'unissent comme elles peuvent, par des conjonctions qui s'étonnent de n'avoir à marier que des pensées diiformes ou stériles. On est bon logi-

67â ' QUABA«TI£Ml!: GONPÉEfilTCB.

cien, si, après avoir habillé des sophismes d*une prose élégante, on parvient à introduire, au bout d'un alinéa, quelque donc ou quelque par conséquent, sans liaison avec le reste. Les innocents qui lisent cela se pâment et s'écrient : Quel homme ! quel penseur !

La scolastique a abusé ! Elle est sèche^ aride, dure, grossière, méticuleuse ; mais ces qualifications e&pliqueut-elles suffisamment la haine dont elle est Tobjet? Non, Messieurs. La haine et la peur sont proches parentes. On n'aime pas la scolastique, parce qu'on redoute sa franchise et ses impitoyables révélations. £lle a conservé et perfectionné Fart héraldique de Tintelligence, qui reproche aux propositions le vice de leur union, aux conclusions l'illégitimité de leur naissance. Elle a conservé et perfectionné le scalpel qui nous fait voir, sous la trompeuse harmonie des périodes, non la forte et pure substance de la vérité ^ mais le vide et la corruption du sophisme. Elle a conservé et perfectionné l'instrument de supplice qui tourmente Terreur et lui arrache de pénibles aveux. Quand vous serez las de penser pour votre propre compte ^ cherchez , afin de vous distraire, dans un de nos livres modernes , quelques pages bien nourries et de riches couleurs; soumettez-les à la torture des règles que nous ont léguées nos pères, et bientôt vous serez éton^ nés de leur profonde inanité.

Il ne faut pas admirer à outrance les âges passés, de quelque gloire qu'ils aient été remplis; mais il est

DB LA GOUMÛVBltSË HiLtGIBVSfi. 673

penms , n'est-ce pas ? de les Yenger de toute injuste détractioQ. G*est ce que je fais aujourd'hui , à Tégard du moyen Age. Il a poussé à leur dernière perfection la fabrication et le maniement des armes dont la science tbéologique doit se servir, pour combattre les ennemis de la Térité. J'ajoute qu'il fut FAge chevaleresque de la raison appelée au service de la foi. 8e trouvait-il quelque part un blasidiémateur ou un corrupteur de la doctrine sacrée, ce n'était pas un traité qu'on lançait d'abord contre lui : mais un moine, muni de ia bénédiction de son prieur, sortait d'un couvent et allait bravement porter son démenti au félon. Le jour était pris. A l'heure dite, le tournoi s'ouvrait, en pré*^ seaee d'une foule immense de spectateurs. Les arguments s'eutre-choquaient : des étincelles d'esprit et de verve jaillissaient des deux parts ; enfin le champion de l'Église, profitant du faux écart d'une proposition, se fondait sur son adversaire^ poussait à fond un syllogisme victorieux, et égorgeait sans pitié l'erreur, sous les yeux des assistants. C'étaient alors des ap^ piaudissements frénétiques. Et toi, tu regardais d'en haut le vainqueur, tu souriais à ses prouesses ^ ta » lui donnais ta main à baiser, tu couronnais sa tète glorieuse , toi , sa belle , chaste et sainte dame , 6 Vérité !

GrAce à Dieu, cette humeur belliqueuse de nos pères ne nous fait pas défaut, et, si nous n'avons plus de tournois intellectuels ^ c'est qu'il nous est permis de

lu — 43

974 QUABAVTlàMB GQ^FfeBECOl.

eomlii^ttf^ 8QUII ki ymx dala fonto^ sans leFtir àt e^ûieta. La eontaronerse religit«3e mvltipliewgeaiiiMi^ à mewi^ QM retour molliidie ses ofmtradkkîoBS. DiWy la uatara, l'iiamma, la sûctéié, la morale prÎTéa et piiUiqua, h Gharifit, sa peligion, smi Église, tout est Ifuill/é, 4éfig«r«» coafoudu par les enears oontempo* rainea. I4as fénnata populaires suoeèdant aux étions 4» Iwe, afo da rapaudre , plus aùrement et plus uni* TaiBaUfiweat, las ténèbreti et la onort. Mais ii*cntaiuiecvous pas ki clîfnaitis dia ims armes ^ et ne toyei-Toiis paa^ k la raga toujaura croissaA^e de Taiiiieni, qu*il a été frappé au défaut de Tarmure luaudito que Satan Mt^t trei»()éa dana le fiel de aou étemelle haiueîMos Uirvas, Qps hrodiiuw, nos leiûUeB puUiques, n'eut paa le! w^rn^ sucoèa que cau^ q«i flatlaot Torguell des f»n aanulys at Tes passiooB du peuple, Dâleu merci; mais law Tietoire est soleanellemaut proclamée , par t9S mîUe variatioua de nos coutradictew» et la recrud^#(H99¥îe d« la4ra agitations. Us e«t dit ; C*est fait! le Qathi9U<ïisiiift tomber! £t voil)^ qu'il leur tant à chaque Wftant 4a law^allea troupes^ de neuvattea anMa, an UPQimift fewmi» poar ooaibattpe. Noui^ non , ea n'est paa fait! Peu{rik^ aospeudes.yos apjJandinfTfiBtnta ! Et toi, haBe et cèère daisN), Vériié de mon INe«, w pleure pas encore la mort de tes cbeyaliera! liaus soawii» dabottt ; la nmrf da la ditiaotiq^ n^ua veste, ioua uni^ ei\valoppa> ilua élégante^ at, mieui que jamaia, noua sommes prêts à continuer l'œuvre des ait-

DB Va GOBTBOVKMB UiUaUlDSB. $7i

oims <»lumipioiift d« l'églin %% do la vérité. L'eircor v«ot la gtt«rx« : ^ biao i eltoraura, loyale, eoiurtwe, nak^koiiitojâble^ juaqiL'à oe ^u^eUa en aoît Imige, ^]t qu« kl Coi plus vigomeiMe se pare doa daniièraa victoires 4a la maon*

La triomphe de la foi , tel est le fésullat si^psiaie 4a la coatrovarse valigieiiiie, Iiea luttea daa dactaws et des tliéolagiaAS ont aaccamvaiiieni prépaie ^ii^ l^nuid» aaaambléefi d*baiiiiiiea gravaa , pianx , iatelligents, dont les discussions pacifiques ont dégagé, ayac une aetteta qui tient du pvadige, la vârité de l'errewTy et oat lagioé à la soienea tb^lagique des wata plua expressifs, de» f^irmalas plus daiiea , daa doguias menikik définis, des iAteirpvétatioas plus fii^a du douWe eosaignameoA de rÉerituve at de la tradition. D^^is le concile de Wicé^ jusqu'au ooucilade Treutai^ i;îeu de nouveau n'est entré dana le corpd de natre docteina; flpkaift de quelles lunûères ont été éclairés ks mystères de la Triiûtét de nnminatiD«« de la BédeiaptiQB» la aposnbstairtialilédiiiYerhavla praaessîoaL de» VS^t- ^nt».b pecsonne^ las natarea, les valon^téa du Cbmt, la qualité de aa Watiaii , l'éteadue de se« i^éritoSy lea yivîAéBosds la* Mère de Bien, la «die daa «i^iite ^ de liMa imag^Syla pouvoir de VÉgHs^^ les saemmttts, la Ubeatéy. le himiy I0 mal, les destinées de Vhaawe, taios las dagmea dims que noue soHimef oUigés de croirai ia pBogrès n'est pas k mm combla* lies aontroversca •de aotre siéele pséparant une aiiiwahlée tmmt^ on

676 QUÀBAnTlEMB OOHFÉRBlfCB.

n^en vit jamais : car bientôt tonte la terre sera •ooii«> verte d'un réseau de Toies rapides, qui amèneront, en quelques jours , les évéques de toutes les contrées au eentre de la catholicité. L'nniyers ému entendra la voix du plus grand des conciles oBcuméniqués , qui reliera le xx* siècle au xvi% et le soleil de la foi, déchirant de nouveau les nuages amoncelés autour de Im par Tuniverselle hérésie , lancera sur tous les points du monde les gerbes d'une lumière plus pure, plus vive et plus féconde.

Ici, Messieurs, se termine le cours d'apologétique générale, qui doit servir d'introduction au Symbole des Apôtres. Pour expliquer le premier mot de ce Symbole, j*ai rapproché la foi de la raison, j'ai réfuté les erreur» qui tendent à les séparer ou à les confondre, j'ai dit les rapports et les offices mutuels des deux sœurs qui habitent notre âme, et lui communiquent la. joie et la paix du vrai. Nous sommes aux portes du temple de la vérité même. Déjà nous avons jeté un coup d'œil dans ses vastes et mystérieuses profondeurs, et nous en ayons admiré les proportions sublimes : il nous reste à examiner les détails , c'est-àdire à exposer le dogme catholique ; travail immense et difficile, devant lequel mes forces et mon intelligence abdiqueraient, si je ne comptais sur la grâce de Dieu, et sur la robuste et infiitigable bienveillance dont vous m'avez donné tant de preuves. Quand , où et comment nous renoontrerons-nous encore, et échangerons^

DE LA COIITBOYBRSE RBL1GIEC8B. 677

nous de nouveau ces paroles et ces regards qui réjouissent les cœurs amis? Nos petites conférences des Cannes sont pour toujours finies; mais Dieu, qui possède la terre, saura bien trouver un lieu hospitalier, où nous nous aimerons mieux que ja mais en parlant de lui , de ses perfections et de ses bienfaits.

Page 1