DE LA COMTROVERSB RELIGIEUSE
Église (i). » Les Juifs n*ont pas été oubliés dans la mêlée, et Gelse, Porphyre, Julien, précurseurs des incrédules, ont été frappés au défaut de tous leurs sophismes et de tous leurs sarcasmes.
Cependant y instruite par tant de longs et effroyables combats , la théologie songea à perfectionner sa stratégie, et à se préparer des armes de précision dont les coups fussent irrémédiables. Jean Damascène en Orient, Anselme en Occident, ouvrirent cet âge d Inflexible logique, si redoutable aux ennemis de la vérité. Saint Bernard se servit victorieusement de la nouvelle méthode , contre les subtiles erreurs d'Abailard , et , depuis, la scolastique ne marcha plus qu'armée du syllogisme, défiant, avec cette épée aristotélicienne, tout mécréant, quelle que fût son audace et sa force. Mais en ces temps , les plus grandes gloires de la controverse religieuse, aussi bien que les plus grandes gloires de la science théologique, devaient s*amasser sur la tète de l'homme unique dont nous avons salué dernièrement le triomphe : Thomas d'Aquin est le Vauban de la théologie , et le plas grand capitaine qui ait jamais défendu , à Taide de la raison , les principes révélés. Ses thèses , bien que construites sur des modèles anciens, révèlent son génie militaire , aussi bien que Tadmirable puissance de contemplation dont il était doué. Ouvrez la Somme au hasard, et regardez
(1) Cimtra hœres*
670 QUARAIITIÈME GOIHFÉRENGB.
bien. D'abord, c'est Tarmée ennemie des objections, qa'il faut traverser si l'on veut arriver à la place. Ses bataillons sont quelquefois si forts , les engins de destruction si violents , qu'on a peur pour la proposition assiégée. Mais autour d'elle, quelles tranchées profondes! quels bastions! quelles murailles! dans son sein , quelle armée d'arguments ! et quand on a tout vu , quelle grêle de flèches ! quels vaillants coups d'épée! quelle déroute T quelle fuite de Temiemi! Les opinions, Thomas d'Aquin ne les traite qu'avec respect ; mais les erreurs n'obtiennent jamais de quartier. Quand les évèques grecs, assemblés au concile de FIo* rence, s'entendirent réfuter, ils detnandèrent avec admiration de quel arsenal étaient smtis les traits si puissants dont se servaient les Pères latins; et ayant entendu prononcer le nom de Thomas d'Aquin, ils voulurent avoir en leur langue sa Somme thiologique. Plus tard, un misérable, un apostat, hélas! de la famille dominicaine, le protestant Bucer, tremblant comme un enfant au seul souvenir des thèses qu'il avait étudiées en sa jeunesse, s'écriait : « Enlevez Thomas, et je dissiperai TÉglise : Toile Thùmam, et disHpabo Eccletiam. »
Luther n'était pas plus rassuré. Yivement pressé par les réfutations des théologiens et les bulles du pape Léon X , qui sont d'admirables modèles de controverse , il s'irrite contre la scolastique , il Tinjurie, il la maudit. L'image affreuse du syllogisme,