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Conferences du Rev. pere Damen, s.j

Celui qui croira et sera baptisé, sera sauvé ; celui qui ne croira pas, sera condamné.

St Marc, xvi, 16.

Lorsque Notre-Seigneur envoya ses Apôtres et ses disciples par toute la terre, pour y établir la religion qu'il était venu donner au monde, il posa en ces termes les conditions nécessaires au salut : Celui, dit-il, qui croira et qui sera baptisé sera sauvé

N. S. Jésus-Christ pose ainsi deux conditions nécessaires au salut : la Foi et le Baptême. Celui qui croit et qui est baptisé sera sauvé, mais celui qui n'a pas la foi sera condammé, ou plu-

tôt est déjà réprouvé. Ainsi, et je le répète pour qu'on ne l'oublie pas, la foi et le baptême sont deux conditions indispensables au salut, c'est-à-dire, sans lesquelles il est impossible d'être sauvé.

Dans cette conférence, nous allons nous entretenir de la première de ces conditions, de la Foi.

Pour opérer son salut, il faut avoir la foi, c'est-à-dire la foi divine et non pas une foi humaine ; car la foi humaine ne peut sauver personne, et c'est la foi divine seulement qui nous sauve. Or,

Qu'est-ce que la foi divine ?

Elle consiste à croire, en s'appuyant sur l'autorité de Dieu, les vérités que Dieu a révélées. N'oublions pas que la foi divine consiste à croire tout ce que Dieu nous a enseigné, et à le croire en nous appuyant sur l'autorité de Dieu ; à le croire sans aucun doute et sans aucune hésitation ; car, du moment que vous commencez à douter et à hésiter, de suite, vous commencez à vous méfier de l'autorité de Dieu, et, par là même, à insulter Dieu par cette défiance de sa parole. Donc, je le répète, la foi divine consiste à croire sans doute et sans hésitation, tout ce que Dieu nous a enseigné.

La foi humaine consiste à croire une chose en s'appuyant sur l'autorité des hommes. Ainsi la foi humaine est une croyance basée sur l'autorité humaine ; la foi divine, au contraire, consiste à croire sans hésiter tout ce que Dieu a révélé, et à le croire sur son autorité et sur sa parole.

Nous devons être prêts à donner notre vie plutôt que de douter du plus petit article de foi, parceque Dieu, l'auteur de la foi, ne peut nous tromper.

Yous entendez dire souvent dans ce dix-neuvième siècle de peu de foi, vous entendez dire de tous côtés qu'il importe peu qu'un homme professe telle ou telle religion pourvu qu'il soit honnête homme. C'est une erreur, et je vais vous le prouver.

Pourquoi Dieu nous a-t-il fait une révélation ?

Si l'homme était libre de professer telle ou telle croyance, pourvu qu'il soit honnête homme, il était inutile que Dieu nous fît une révélation.

Que sert à Jésus-Christ d'envoyer ses Apôtres et ses disciples pour enseigner toutes les nations, si les nations sont libres de rejeter l'enseignement donné par les Apôtres ou les disciples ?

Une pareille supposition serait une insulte faite à Dieu.

Si Dieu nous révèle et nous enseigne quelque chose, il veut que nous le croyions. Oui, il veut

être cru chaque fois qu'il enseigne et révèle quelque chose.

Nous sommes obligés de croire ce que Dieu a révélé ; car nous sommes obligés de rendre à Dieu un culte, tant par notre raison et notre intelligence, que par notre cœur et notre volonté. Dieu est le maître de l'homme tout entier. Il lui demande sa volonté, son cœur, sa raison et son intelligence. Quel est l'homme raisonnable, qu'elle que soit d'ailleurs la religion ou l'église à laquelle il appartienne, qui ose nier que nous ne soyons obligés de croire^tout ce que Dieu nous a enseigné ? Tout homme qui se donne comme chrétien avouera que nous sommes tenus de croire tout ce que Dieu nous a révélé, et que, par conséquent, ce n'est pas une chose indifférente pour un homme de professer telle ou telle religion, mais qu'il doit professer la vraie religion, celle que Dieu a révélée, s'il veut être sauvé.

En quoi consiste donc

La vraie religion ?

Elle consiste à croire tout ce que Dieu nous a enseigné. Les protestants eux-mêmes seront obligés d'admettre cette vérité, et s'ils ne l'admettaient pas, il faudrait leur dire qu'ils ne sont plus chrétiens,

Maintenant, quelle est la vraie foi ?

— La vraie foi, diront les honnêtes protestants, consiste à croire en Jésus-Christ.

D'accord ; les catholiques croient également en Notre-Seigneur Jésus-Christ.

— Dites-moi ce que vous entendez par croire en Jésus-Christ ?

— Eh bien, diront les protestants, vous devez croire qu'il est le Fils du Dieu vivant.

Encore d'accord ; grâce à Dieu, nous pouvons nous accorder sur quelque chose ! Nous croyons, nous aussi, que Jésus-Christ est le Fils du Dieu vivant, c'est-à-dire qu'il est Dieu. En cela nous sommes tous d'accord, excepté les Unitaires et les Sociniens ; mais ceux-là, nous les laisserons de côté pour le moment. Si le Christ est Dieu, nous devons croire ce qu'il enseigne, N'est-ce pas vrai ? N'est-ce pas la vraie foi ?

— Oui, avoueront les protestants, je pense que la vrai Foi consiste à croire que Jésus-Christ est le Fils du Dieu vivant, et à croire tout ce qu'il a enseigné.

Les catholiques croient la même chose, nous sommes d'accord jusqu'ici.

Poursuivons plus loin nos recherches, et voyons les conséquences de ces vérités fondamentales que les protestants seront bien obligés d'admettre.

Nous devons croire en Jésus-Christ,

nous devons croire tout ce qu'il a enseigné, et ce que Dieu a révélé, et c'est en cela que consiste la vraie foi. Sans cette foi, il n'y a pas de salut ; sans cette foi, aucune espérance du ciel ; sans cette foi, c'est la damnation pour l'éternité.

Si Notre-Seigneur nous commande, sous peine de damnation éternelle, de croire ce qu'il nous a enseigné, il doit nous avoir donné le moyen de le connaître. Ce moyen doit avoir été, dans tous les temps, à la portée de tout le monde ; car tout homme a droit de sauver son âme ; il a, par la même, le droit de posséder les moyens d'apprendre ce que Dieu a enseigné et de le croire, afin de se sauver.

En second lieu, le moyen que Dieu nous donne pour connaître ce qu'il nous a enseigné doit être un moyen adapté à la capacité de toutes les intelligences, même les plus bornées ; car ceux qui sont les plus bornés dans leur intelligence ont droit au salut, comme les autres, et par conséquent ont droit de posséder le moyen qui leur fera connaître les vérités que Dieu a enseignées, afin de pouvoir les croire et se sauver.

En outre, le moyen que Dieu nous donne pour connaître ce qu'il a enseigné doit être infaillible ; car si c'est un moyen qui peut nous

conduire à l'erreur, ce n'est pas un moyen du tout. Le moyen que Dieu nous donne doit être infaillible, de manière que tout homme qui l'emploiera sera infailliblement, sans crainte de se tromper et d'errer, amené à la connaissance de toutes les vérités que Dieu a révélées.

Le raisonnement qui me reste à faire va reposer sur les vérités que je viens d'établir ; il est important qu'on comprenne bien ces vérités ; c'est sur elles que repose toute la force de mon argumentation.

Je le répéterai brièvement :

Si Dieu me commande, sous peine de damnation, de croire toutes les vérités qu'il a ensei- I gnées, il est tenu de me donner le moyen de connaître ce qu'il a enseigné.

Et le moyen qu'il me donne pour connaître ce qu'il a enseigné doit être un moyen qui a été, dans tous les temps, à la portée de toutes les intelligences ; un moyen sûr et infaillible, de manière que quiconque l'emploiera parviendra sûrement à la connaissance de toutes les véritées que Dieu a enseignées.

Dieu nous a-t-il donné un moyen de connaître 1 les vérités révélées ?

— Oui, disent les protestants, il nous l'a donné.

Les catholiques l'affirment également. Maintenant,

Quel est le moyen que Dieu nous a donné

pour connaître les vérités qu'il a révélées ?

— La Bible, disent les protestants, la Bible, toute la Bible et rien que la Bible.

Et nous, catholiques, nous disons : — Non, pas la Bible et son interprétation individuelle, mais l'Eglise de Dieu.

Je vais expliquer cette vérité si clairement que tout le monde comprendra qu'il en est ainsi ; et je défie qui que ce soit de pouvoir réfuter ce que je vais dire.

Je dis donc que ce n'est pas la Bible, interprétée suivant l'esprit d'un chacun, mais l'Eglise du Dieu vivant qui a été chargée d'instruire les hommes des vérités révélées ; car, si Dieu avait voulu que les hommes fussent enseignés par un livre, la Bible, il aurait certainement donné ce livre aux hommes ; Jésus-Christ nous l'aurait certainement donné. L'a-t-il fait? Non, il ne l'a pas fait.

Notre-Seigneur a envoyé ses Apôtres par tout l'univers et leur a dit : Allez, enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit ; leur enseignant à observer toutes les choses que je vous ai commandées.

Jésus-Christ n'a pas dit : Asseyez- vous, écrivez des bibles, colportez-les dans tout le monde,

et laissez chacun lire sa bible et l'interpréter à sa façon. Si Jésus-Christ eût dit cela, il n'y aurait jamais eu sur la terre d'Eglise chrétienne, de société une dans sa foi et son gouvernement, mais il n'y aurait eu qu'une Babel et une confusion de voix discordantes. Notre-Seigneur n'a donc pas dit à ses Apôtres : " Allez, écrivez des bibles, distribuez-les, et laissez chacun l'interpréter à sa manière. " Ce commandement était réservé pour le XVlème siècle, et nous en avons vu les résultats.

Depuis le xvième siècle, on a vu surgir religions sur religions, églises sur églises, combattant, disputant les unes contres les autres ; et cela, à cause de l'interprétation de la Bible.

Jésus-Christ envoya ses Apôtres

avec autorité pour enseigner toutes les nations ; mais il ne leur commanda jamais d'écrire la Bible. Et les Apôtres se dispersèrent, prêchèrent partout, établirent l'Eglise de Dieu sur toute la terre, mais ils ne songèrent pas à écrire la Bible. Saint Mathieu a écrit le premier mot du Nouveau-Testament, et il l'a écrit pour l'utilité privée de quelques individus. Il écrivit son Evangile environ sept ans après l'ascension de Notre- Seigneur au ciel, de sorte que l'Eglise établie par Jésus-Christ existait déjà depuis sept ans lorsque la première ligne du Nouveau-Testament

fut écrite. Saint Marc écrivait environ dix ans après l'ascension "de Notre-Seigneur ; saint Luc, environ vingt-cinq ans, et saint Jean, environ soixante et trois ans après que l'Eglise de Dieu eut été établie sur la terre. Saint Jean écrivait la dernière partie dë*la Bible, l'Apocalypse, ou livre des révélations, environ soixante et cinq ans après l'ascension de Jésus-Christ et l'établissement de l'Eglise de Dieu sur la terre. Ainsi la religion catholique a existé environ soixantecinq ans avant que la Bible fût complètement écrite.

Je le demande aux protestants, ces chrétiens qui ont vécu avant que la Bible fût achevée étaient-ils réellement chrétiens, et de bons chrétiens, des chrétiens éclairés ? Connaissaientils la religion de Jésus-Christ ? Qui osera avancer que tous ceux qui ont vécu depuis le temps de l'ascension de N.-S. Jésus-Christ au ciel, jusqu'au jour où la Bible a été terminée, n'étaient pas chrétiens ? C'est admis par tous, qu'ils étaient de beaucoup les meilleurs chrétiens, les plus parfaits chrétiens, les prémices du sang de Jésus-Christ. Mais comment ont-ils connu ce qu'ils avaient à faire pour se sauver ? Est-ce la Bible qui le leur a appris ? Non, puisque la Bible n'étaient pas encore écrite.

Et si la Bible est le seul maître qui doive enseigner aux hommes les vérités nécessaires au

salut, notre divin Sauveur a donc laissé son Eglise pendant soixante et cinq ans sans maître pour lui enseigner ces vérités... ! Assurément que Notre-Seigneur ne l'a pas fait.

Les Apôtres étaient-ils de véritables chrétiens ? je le demande aux protestants. — Oui, saris doute, répondez- vous, puisqu'ils furent les véritables fondateurs du christianisme ?

Eh bien, sachez que

Pas un des Apôtres n'a lu la Bible,

pas un seul d'entre eux, excepté peut-être saint Jean ; tous sont morts martyrs pour la foi de Jésus-Christ, et ils n'ont jamais vu le couvert d'une Bible, puisque tous ont été martyrisés avant que la Bible eût été achevée. Comment donc ces chrétiens qui vivaient durant les soixante-cinq premières années après l'ascension de Jésus-Christ, comment ont-ils appris ce qu'ils avaient à faire pour sauver leurs âmes ? Ils l'ont appris exactement de la même manière que nous, catholiques, l'apprenons encore aujourd'hui. Nous sommes enseignés par l'Eglise de Dieu ; les premiers chrétiens l'étaient aussi comme nous, et Notre-Seigneur laissa son Eglise sans Bible non-seulement pendant soixante-cinq ans, mais même pendant plus de trois cents ans. Car à peine l'Eglise de Dieu eût-elle été établie qu'elle se répandit aussitôt sur toute

la face de la terre, et alors, pendant trois cents ans, le peuple chrétien ne sut pas ce que c'était qu'une Bible.

Plusieurs faux évangiles furent écrits du temps même des Apôtres ; ainsi il y avait l'Evangile de Simon, ceux de Nicodème, de Marie, de Barnabas, de l'enfance de Jésus ; tous ces évangiles étaient répandus parmi le peuple, et le peuple ignorait quel était le véritable Evangile ; il ne savait pas comment distinguer l'Evangile inspiré de l'Evangile faux et empoisonné par l'erreur. Les savants eux-mêmes étaient à se disputer pour savoir s'il fallait donner la préférence à l'Evangile de Simon ou à celui de Mathieu ; à l'Evangile de Nicodème ou à celui de Marc ; à l'Evangile de Marie ou à celui de Luc ; à l'Evangile de l'enfance de Jésus ou à celui de saint Jean. .

Il en était de même des épîtres ; car plusieurs étaient fausses et empoissonnées par l'erreur, et pendant plus de trois cents ans le peuple chrétien n'eut aucun rnoyen de discerner le véritable Evangile d'avec le faux, et par conséquent, le peuple chrétien ne pouvait prendre la Bible pour guide, puisqu'il ne savait pas ce qui constituait les livres de la Bible.

Au quatrième siècle, le pape de Eome, le chef de toute l'Eglise, le successeur de saint Pierre,

assembla tous les évêques du monde dans un concile, et alors, dans ce concile,

ïl fut décrété que la Bible

telle que nous, catholiques, l'avons maintenant, est la parole de Dieu ; tandis que les évangiles de Simon, de Nicodème, de Marie et de l'enfance de Jésus, ainsi que certaines épitres, étaient faux, ou pour le moins non-authentiques ; qu'il n'y avait aucune preuve de leur inspiration, et qu'au contraire, les Evangiles de saint Luc, de saint Mathieu, de saint Marc, de saint Jean, ainsi que l'Apocalypse,' étaient inspirés par Dieu et par le sonne de l'Esprit-Saint. Jusqu'à ce temps-là, c'est-à-dire pendant l'espace de plus de trois cents ans, le monde entier ne sut pas ce qui constituait la Bible. Par conséquent, on ne pouvait pas prendre la Bible pour guide puisqu'on ne savait pas qu'est-ce qui la constituait. Si notre divin Sauveur eût voulu que les hommes apprissent leur religion uniquement par la lecture d'un livre aurait-il laisse le monde chrétien pendant trois cents ans sans ce livre ? Non, bien certainement.

Non-seulement le monde chrétien est resté trois cents ans sans avoir de Bible, mais il a même été quatorze cents ans sans avoir ce livre sacré.

Car, avant l'invention de l'imprimerie, les Bibles étaient des choses rares et qui coûtaient cher. Ceux qui connaissent tant soit peu l'histoire savent que l'imprimerie n'a été découverte que depuis quatre cents ans ou un peu plus, c'est-à-dire vers le milieu du xvème siècle, environ cent ans avant qu'il existât des protestants sur la terre. Comme je l'ai dit, avant la découverte de l'imprimerie, les livres étaient rares et coûtaient cher. Les histoires nous disent que durant le xième siècle, c'est-à-dire huit cents ans avant aujourd'hui, les Bibles étaient si rares et si coûteuses, que pour s'en procurer une seule copie il faillait dépenser une fortune, et même une fortune considérable ; il faillait la moitié de la vie d'un homme pour- faire une seule copie de la Bible. Avant la découverte de l'imprimerie, il fallait tout écrire avec une plume, sur du parchemin, ou peau~de mouton ; c'était un travail très dispendieux.

Pour avoir une idée du prix probable d'une Bible en ce temps-là, supposons qu'un homme dût travailler dix ans pour faire une copie de la Bible, à raison d'une piastre par jour ; à ce compte, cette Bible aurait valu 3,650 piastres. Supposons maintenant qu'un homme dût travailler vingt ans pour copier la Bible ; car les historiens disent qu'il lui aurait fallu ce temps, vu qu'un copiste n'avait pas alors, pour l'aider

dans son travail, les facilités que nous avons aujourd'hui ; payant le copiste une piastre car jour, pendant vingt ans, le prix d'une Bible serait monté à près de huit mille piastres.

Supposons qu'on vienne vous dire maintenant : Mes bons amis, il faut sauver votre âme ; car si vous la perdez, tout est perdu.

— Certainement, il n'y a pas à en douter ; mais que devons-nous faire pour sauver notre âme ?

Le ministre protestant prenant la parole :

— Il faut vous procurer une Bible ; vous en trouverez une, à tel magasin sur la rue Notre- Dame, à tel autre sur la rue Saint-Paul.

— Combien pourra me coûter une Bible ?

— Huit mille piastres !

Yous vous écrirez alors tout bonnement : — Dieu soit béni ! mais ne pourrions-nous pas aller au ciel sans ce livre-là ? -

— Oh ! dirait le ministre, votre âme ne vautelle pas plus que huit mille piastres ?

Oui, sans doute, mais vous diriez que vous n'avez pas d'argent ; et si vous ne pouvez pas vous procurer une Bible, comme votre salut en dépend, d'après les protestants, vous seriez condamné à demeurer à la porte du royaume des cieux ; ce serait, en vérité, une condition bien désespérante.

Or, pendant 1,400 ans,

Le monde a été laissé sans Bible ;

pas une personne sur dix mille, pas une même sur vingt mille n'avait une Bible avant la découverte de l'imprimerie. Notre-Seigneur aurait-il laissé le monde sans ce livre, s'il eût été nécessaire pour le salut ? Non, bien certainement.

Supposons, pour un moment, que tout le monde eût une Bible ; qu'on eût écrit des Bibles dès le commencement du christianisme ; que chacun, homme, femme, enfant, eût une copie

de la Bible en sa possession , quel avantage

aurait procuré ce livre à ceux qui ne savaient pas lire ? Il serait resté à l'état de mystère pour ces personnes. Même de nos jours, la bonne moitié du genre humain ne sait pas lire.

Allons plus loin ; comme la Bible était écrite en grec et en hébreux, la connaissance de ces langues était nécessaire pour pouvoir la lire.

Mais maintenant, dira-t-on, nous l'avons traduite en français, en anglais et dans toutes les langues modernes.

Oui, c'est vrai ; mais le protestant est-il certain qu'il a une traduction fidèle de la Bible ? S'il n'est pas sûr que sa traduction est fidèle, il n'est pas sûr d'avoir la parole de Dieu. S'il a

une traduction de la Bible fausse, erronée, il possède l'ouvrage d'un homme, rien de plus.

Sur quoi peut se baser votre certitude ? Comment reconnaître que vous avez une traduction fidèle du grec et de l'hébreux ? — Je ne sais ni le grec ni l'hébreux, me dit le protestant. Je m'en rapporte à l'opinion des savants pour la traduction de la Bible que j'ai ; je me base sur leur décision.

Supposez que ces savants soient divisés dans leurs opinions ; que les uns disent que cette traduction est bonne, que les autres disent qu'elle est fausse ; alors, c'en est fait de votre foi ; vous commencerez à douter, à hésiter, puisque vous ignorez si la traduction que vous possédez est vraie ou fausse.

Quant à ce qui regarde la traduction protestante de la Bible, il faut bien savoir que les .protestants les plus érudits disent que la traduction dont ils se servent, celle du roi Jacques, est très fausse et remplie d'erreurs. Et les ministres, les prédicants et les évèques protestants ont écrit des volumes entiers pour signaler toutes les erreurs qui se trouvent dans cette traduction du roi Jacques ; et les protestants de toutes les sectes sont d'accord là-dessus.

Il y a quelques années, il y eut à Saint-Louis, aux Etats-Unis, une réunion de ministres pro-

testants ; toutes les sectes protestantes avaient été invitées à cette convention, dont le but était de pourvoir à une nouvelle traduction de la Bible. Les délibérations de cette assemblée furent publiées dans le journal appelé Missouri Republican. On y voit qu'un ministre presbytérien, se levant, fit valoir la nécessité de publier une nouvelle traduction de la Bible, et il déclara qu'il ne se trouve

Pas moins de trente mille erreurs

dans la traduction protestante de la Bible

Et après cela, les protestants nous disent que la Bible est leur seul guide, leur seul maître ! Quel maître qui se présente à vous avec trente mille erreurs ! Dieu nous garde d'un tel maître pour nous instruire ! Une erreur, c'est déjà trop ; mais trente mille, oh ! c'est un peu fort !

Un autre prédicant, un baptiste, je pense, se leva dans cette assemblée, et argumentant en faveur d'une nouvelle traduction de la Bible, il dit:

— Depuis longtemps le monde est privé de la parole de Dieu ; car la Bible que nous possédons n'est pas du tout la parole de Dieu. . Yoilà où en sont les ministres protestants.

Ceux qui lisent les journaux savent qu'il y a quelques années, on présenta une requête au parlement anglais, lui demandant une allocation

de quelques mille louis pour aider à la publication d'une nouvelle traduction de la Bible protestante ; les évêques protestants eux-mêmes, ainsi que les ministres, étaient à la tête du mouvement. Je suppose que cette nouvelle traduction sera encore un peu plus mauvaise que l'ancienne.

Avec tout cela, comment les protestants peuvent-ils être sûrs de leur foi ? Ils nous disent que la Bible est leur guide, et ils ne savent pas même s'ils ont la Bible.

Supposons même, pour un moment, que tous

aient la Bible peuvent-ils tous la lire ? en

ont-ils une fidèle traduction ? en outre, sont-ils certains de la bien comprendre, delà bien interprêter ? car l'interprétation individuelle de la Bible (l'interprétation d'un chacun à sa façon) n'est pas infaillible, mais, au contraire, très faillible : elle est la source de toutes sortes d'erreurs, d'hérésies et de doctrines blasphématoires.

On compte maintenant 350

Sectes ou églises protestantes diverses ;

je me trompe, je devrais dire plutôt 352 ; car, il y a trois ou quatre ans, il s'est formé deux nouvelles sectes protestantes à Chicago ; et aujourd'hui, il y a à New- York une femme qui est à en tricotter une nouvelle encore. Elle prêche la doctrine

du libre amour. Elle s'efforce de prouver que, d'après la Bible, chaque femme a le droit de congédier son mari sans retour, et de s'unir à un autre homme qu'elle aime, et que de même chaque homme peut renvoyer sa femme, si cela lui plaît, et en prendre une autre ; et le lendemain encore, si ses inclinations sont changées,rejeter sa seconde femme et faire un nouveau choix, et ainsi de suite. De sorte que, d'après ce nouveau docteur en tablier, la Bible permettrait à un homme de changer de femme chaque jour de l'année.

Je dis donc maintenant qu'il y a 352 sectes ou églises protestantes diverses ; et chacune d'elles affirme qu'elle suit les enseignements de la Bible. Je suppose qu'elles soient toutes sincères : sont-elles toutes des religions vraies ? Non, c'est impossible. La vérité est une comme Dieu est un ; il ne peut y avoir de contradictions dans la vérité pas plus qu'en Dieu. Tout homme jouissant de son bon sens voit bien que toutes ces sectes ne peuvent être dans la vérité, puisqu'elles sont toutes différentes et se contredisent entre elles.

Les protestants disent que celui-là a la vérité qui lit sa Bible avec droiture et piété ; mais ils disent tous qu'ils la lisent ainsi.

Voici un ministre épiscopalien :

il est sincère, droit et pieux : il lit sa Bible avec

droiture et piété, et diaprés les paroles de la Bible, il dit :

— Il est clair et évident qu'il nous faut des évoques ; car pas d'évêques, point de prêtres ; pas de prêtres, point de sacrements, et pas de sacrements, pas d'église.

Le presbytérien est un homme sincère et droit : il lit sa Bible également avec droiture et en conclut qu'il ne doit pas y avoir d'évêques, mais seulement des prêtres.

— J'ai la Bible pour moi, de l'épiscopalien.

— J'ai la Bible pour moi qui vous convainc de mensonge, dit à son tour le presbytérien.

Cependant tous deux sont pieux et agissent avec des intentions droites.

Le baptiste se présente aussi : c'est encore un homme droit, honnête et pieux.

— Eh bien, dit ce baptiste, avez-vous jamais été baptisé ?

— Je l'ai été, dit l'épiscopalien, lorsque j'étais encore petit enfant.

— Je l'ai été aussi, dit le presbytérien, lorsque j'étais petit enfant. ,

— Mais, dit le baptiste, vous avez été baptisé par aspersion, vous n'êtes pas du tout baptisé ; si vous ne descendez dans la rivière, comme le Christ, vous n'êtes pas baptisé du tout.

Et le baptiste apporte les paroles de la Bible pour le prouver.

— Si vous ne vous faites pas baptiser de nouveau, continue-t-il, vous allez tous en enfer aussi vrai que je vis.

Ensuite entre un unitaire, homme droit, honnête et sincère.

— Permettez-moi de dire, commence l'unitaire que vous êtes de malheureux idolâtres ; vous adorez un homme comme Dieu, et il n'est pas Dieu du tout.

Et il apporte plusieurs textes de la Bible pour le prouver, tandis que les autres se bouchent les oreilles pour ne pas entendre les blasphèmes de l'unitaire.

Tous ces messieurs prétendent qu'ils ont pour eux le vrai sens de la Bible.

Cinquième entrée : c'est un méthodiste :

— Mes amis, dit-il, avez-vous quelque religion ?

— Sans doute, répondent les autres, nous avons une religion.

— Avez-vous jamais senti cette religion, continue le méthodiste, c'est-à-dire l'esprit agissant au dedans de vous ?

— Absurdité ! disent les autres protestants ; nous sommes guidés par la raison et le jugement.

—Bien, ajoute le méthodiste, si vous n'avez jamais senti la religion en vous, vous n'en avez

jamais eue, et vous irez dans l'enfer pour toute l'éternité.

Après cela arrive Yuniversaliste qui, entendant ces gens discuter et se menacer du feu éternel, leur dit :

— Vous êtes de drôles de gens ; vous ne comprenez pas la parole de Dieu ! Il n'y a pas d'enfer ; c'est là une de ces idées bonnes pour effrayer les vieilles femmes et les petits enfants ; et il prouve cela, lui aussi, par la Bible.

Après

Vient le Quaker

qui recommande à tous de ne pas se quereller pour rien, et il les étonne en leur disant qu'ils n'ont pas à s'inquiéter du baptême, que c'est inutile. Il est le plus sincère des hommes, et il apporte la Bible pour prouver son assertion.

Un autre et présente et dit :

— Baptisez les hommes, mais laissez les femmes de côté ; car la Bible dit : " Si Y homme ne renaît dans l'eau et le Saint-Esprit, il ne peut entrer dans le royaume des cieux." Ainsi, continue-t-il, les femmes ont tout ce qu'il leur faut : baptisez seulement les hommes.

Paraît un trembleur (shaker), qui dit :

— Vous êtes bien présomptueux, oui, vous êtes des présomptueux ! Ne savez-vous pas que la Bible vous avertit d'opérer votre salut

avec crainte et tremblement, et cependant vous ne tremblez pas du tout. Mes frères, si vous voulez aller au ciel, tremblez, mes frères trrrremblez.

Je viens de nommer sept ou huit sectes diférentes les unes des autres, interprétant la Bible chacune à sa manière ; et nous voyons quels sont les fruits de l'interprétation individuelle. Que serait-ce donc si nous repassions les 352 sectes diverses, ayant toute la Bible pour guide et cependant

Différant toutes les unes des autres !

Sont-elles toutes vraies ces 352 sectes ? L'une dit qu'il y a un enfer, l'autre dit qu'il n'y en a pas : toutes deux ont-elles raison ? L'une dit que Jésus-Christ est Dieu, l'autre dit qu'il n'est pas Dieu ; l'une dit qu'il faut qu'il y ait des évoques, l'autre dit qu'il n'en faut pas ; l'une dit que le baptême est nécessaire, l'autre dit qu'il ne l'est pas. Sont-elles toutes dans le vrai ? C'est impossible.

Qui donc a raison ?

— Ceux-là, dira-t-on, qui ont le vrai sens de la Bible. Mais la Bible ne dit pas quels sont ceux-là : la Bible ne tranche pas la difficulté La Bible n'explique rien là-dessus. La Bible est un bon livre. Les catholiques savent que la Bible est la parole de Dieu, c'est le langage

de l'inspiration ; mais l'explication que vous donnez de la Bible n'est pas le langage de l'inspiration ; votre manière de comprendre la Bible, n'est pas inspirée, car assurément vous ne prétendez pas être inspiré ? Maintenant donc, quel est l'enseignement de l'Eglise sur ce sujet ?

L'Eglise catholique enseigne que la Bible

est le Livre de Dieu, et que Dieu a établi une autorité chargée d'en donner la véritable explication, Il en est de la Bible comme d'un code de lois, comme de la constitution d'un pays. Chacun n'est pas laissé libre de l'entendre à sa manière, mais il y a des tribunaux qui sont établis pour l'expliquer. Voyons ce qui en est pour la constitution des Etats-Unis. Lorsque George Washington et ses compagnons ont écrit la constitution et la loi suprême des Etats-Unis, ils n'ont pas dit au peuple : que chacun explique la constitution et la loi suprême. 11 a établi un tribunal suprême, un juge suprême ayant mission de donner la véritable explication de la constitution à tous les habitants des Etats-Unis, à tous sans exception, depuis le Président jusqu'aumendiant. Tout le monde est obligé de passer par les décisions de ce tribunal suprême, et c'est cela, cela seul, qui entretient l'union parmi le peuple et qui conserve l'unité des Etats-Unis. Dès le moment que le peuple serait libre d'interpréter

la constitution chacun à sa manière, dès ce moment l'unité cesserait. Il en est ainsi pour tout gouvernement. En Canada, en Angleterre et partout ailleurs, il y a une constitution, un tribunal suprême, un juge suprême de cette constitution ; et ce tribunal suprême est chargé de donner la vraie explication de la constitution et de la loi. En tout pays bien organisé, il doit en être ainsi ; il doit se trouver un tribunal suprême, un juge suprême, et tout le peuple est tenu de passer par ses décisions ; sans cela aucun gouvernement ne pourrait se soutenir.

Il en est ainsi même parmi les tribus sauvages. Comment sont-elles unies ensemble ? C'est parce qu'elles ont un chef qui est leur dictateur.

Or, notre divin Sauveur a aussi établi

Un tribunal suprême, un Juge suprême

pour nous donner la véritable explication des Saintes Ecritures, pour nous faire connaître la véritable révélation et nous enseigner la véritable doctrine de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Le Fils du Dieu vivant nous a assuré, il nous a donné sa parole que ce tribunal suprême est infaillible, lorsqu'il a dit qu'il serait avec l'Eglise tous les jours jusqu'à la fin du monde (a) ; que l'Esprit de vérité demeurerait avec elle éternel-

(a) Saint Matthieu, xxviii, 20.

lement (b) ; qu'elle ne serait jamais vaincue par l'enfer (c). Et, par conséquent, le vrai catholique ne doute jamais.

— Je crois, dit le catholique, d'après l'enseignement de l'Eglise, parce que Dieu me Ta ordonné en disant : écoutez l'Eglise ; et si quelqu'un n'écoute pas l'Eglise, qu'il soit regardé comme un païen et un publicain (cl). Celui qui vous écoute m'écoute, a dit Jésus-Christ à ses Apôtres, et celui qui vous méprise me méprise (e). Ainsi donc, le catholique croit parce que Dieu a parlé ; et il croit sur l'autorité de Dieu.

Les protestants diront :

— Nous croyons à la Bible.

— Très bien ; mais comment comprenez-vous la Bible ?

— Au meilleur de mon opinion et de mon jugement ; je pense, dira le protestant, que le sens du texte doit être entendu de telle ou telle façon.

Ainsi le protestant n'est pas sûr, mais il juge au meilleur de son opinion. Sa foi, par conséquent, n'est pas divine : elle repose sur le témoignage de l'homme.

Et pourtant, c'est yjar la foi divine seule que

(b) Saint Jean, xiv, 16, 17.

(c) Saint Matthieu, xvi, 18.

(d) Saint Matthieu, xvm, 17.

(e) Saint Luc, x, 16.

nous rendons gloire à Dieu ; c'est par elle seule que nous adorons sa sagesse infini, sa véracité infinie, et cette adoration et ce culte sont nécessaires au salut.

J'ai donc prouvé que la Bible interprétée, jugée par la raison individuelle ne peut pas être la règle de foi, et qu'au lieu de régler la foi des protestants, elle les a divisés en des centaines de sectes.

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