DÉCEMBRE
(f Souvenez- vous de ma parole que jo vous ai dite, répétait Jésus : lo serv viteur n'est pas plus grand que son maître. S'ils m'ont persécuté, ils vous persécuteront aussi : s'ils ont gardé ma parole, ils garderont aussi la vôtre.
Mais ils vous feront toutes ces choses à cause de mon nom ; parce qu'ils no connaissent point celui qui m'a envoyé."
St. Jean, XV, 20, 21.
Notre Seigneur nous a avertis que ceux qui croiront en lui et observeront sa religion seront persécutés, calomniés et dénigrés, " I^e serviteur
n'est pas plus grand que son maître," a-t-il dit, et s'ils ont calomnié, dénigré et persécuté le maître, ils traiteront de même le serviteur. Ainsi, c'est le partage de l'Eglise de Dieu, de la véritable l'Eglise, d'être toujours persécutée, toujours calomniée, toujours vilipendée. Il en a été ainsi dans tous les temps. " Vous connaissez les Prophètes," disait le Sauveur. " Est-ce que vos pères ne les ont pas lapidés et mis à mort ? " Et les Apôtres, et les chrétiens des premiers siècles, ont souffert la persécution pendant trois cents ans pour la religion de Jesus-Christ, L'Eglise venait à peine de naître, et une nuée d'ennemis se levaient contre elle, la menaçant dans leur haine et jurant de la détruire. Tout conspirait contre elle : Home et Jérusalem s'unissaient pour arrêter ses progrès. Les Empe* reurs païens et l'Eglise juive ; les magistrats de l'Empire et les prêtres de la Synagogue conspi^ raient ensemble et juraient de tout entreprendre, de tout oser pour étouffer dans son berceau l'Eglise du Très-Haut, sa sainte Eglise catholique et apostolique. Pendant trois cents ans le glaive de la persécution a frappé, le sang des martyrs a coulé. Et dans des villes nombreuses : à Rome, à Jérusalem, à Antioche, à Lyon et ailleurs, les héroïques enfants de l'Eglise, les généreux confesseurs de la foi catholique sont
tombés sous le glaive et la hache des bourreaux. A la fin, les tyrans se sont lassés de frapper une à une leurs victimes ; ils ont porté des arrêts de mort contre des villes entières, et des milliers ont été massacrés à la fois. Pendant trois cents ans donc, la persécution a sévi contre l'Eglise et près de vingt millions de chrétiens catholiques sont morts martyrs de leur foi. Ces courageux enfants de l'Eglise sont aujourd'hui dans le ciel, et ils recueillent dans la gloire la récompense de leur héroïsme et de leur dévouement. Le règne de la persécution sanglante a cessé à la conversion de Constantin-le-G-rand, qui tut le premier empereur catholique. Mais après qu'on eût accordé à l'Eglise la liberté de professer la religion de Jésus-Christ, la liberté de conscience, la prophétie de Jésus-Christ continua à se réaliser: ce fut un autre genre de persécution qui commença. Toujours l'Eglise a rencontré dans le monde de l'opposition ; encore de nos jours, on lui suscite des obstacles de tous côtés, en Autriche, en France, en Russie, en Angleterre, en Irlande, en Ecosse, et par tout le monde.
C'est vrai qu'il y a aujourd'hui peu de pays où les catholiques soient mis à mort à cause de leur croyance, comme en Chine et au Japon. Mais quel est le pays du monde où les catholiques ne sont pas attaqués, calomniés, diffamés
à cause de leur foi ? Je n'en connais pas un seul. Il ne faut pas nous en affliger. Au contraire, il faut nous en montrer heureux et reconnaissants ; parceque c'est
Un 3 preuve que la religion catholique est la vraie religion,
que l'Eglise catholique est l'Eglise de Dieu, puisque, absolument comme l'a prédit le Sauveur, elle est calomniée, outragée et diffamée, tout comme le divin Maître lui-même l'a été. Yous me direz peut-être : " mais les catholiques ne sont pas persécutés dans la Puissance du Canada ; ici, nous sommes libres. " C'est vrai, mes chers amis, je ne connais pas un pays au monde où les catholiques soient plus libres qu'en Canada, et cependant la prophétie du Sauveur s'accomplit ici même, dans cette Puissance. " Ils vous calomnieront, ils vous diffameront, ils proféreront contre vous toutes espèces d'accusations, à cause de mon nom," et ceci se pratique en Canada aussi bien que dans tout autre pays. On porte des accusations fausses contre l'Eglise de Dieu, on lui attribue des doctrines qu'elle abhorre, de sorte que les objections de nos frères séparés contre la religion catholique, viennent toutes de leur ignorance ; et, en réalité, ils diffament la religion parcequ'ils ne la connais-
sent pas. S'ils pouvaient seulement savoir ce que c'est que la religion catholique, ils l'admireraient, ils l'aimeraient et ils deviendraient catholiques, à moins qu'ils ne fussent des lâches, car des lâches il y en a toujours.
Il y a des gens qui sont convaincus que la religion catholique est la religion de Jésus-Christ ; mais ils se demandent : " que vont dire mes amis ? comment me regarderont-ils ? " Un tel, vous vous donnez pour brave ; mais non, vous n'êtes pas brave, vous êtes lâche, vous êtes esclave} vous portez des chaînes aux pieds, vous avez des menottes aux mains, vous n'êtes pas libre* Vous êtes convaincu que la religion catholique est la religion de Jésus-Christ ; mais " ce qu'ils vont dire," " ce qu'ils vont penser,'* le qu'en dira-t-on, vous arrête ; vous n'osez pas embrasser la religion de votre Sauveur parceque vous avez peur de ce qu'ils vont dire — vous êtes un lâche.
Des centaines et
Des milliers se feraient catholiques.
et ils sont retenus pourquoi ? parceque
leurs amis leur tourneraient le dos, leurs affaires en souffriraient — lâches qu'ils sont !
Je dis que même en Canada, il y a une certaine persécution mesquine contre l'Eglise
catholique. Nos frères séparés, avec tous leurs bons sentiments à notre égard, ont cependant des accusations à porter contre nous ; mais ces accusations sont basées sur l'ignorance.
J'ai annoncé que j'allais répondre dans cette conférence aux objections populaires contre l'Eglise catholique, et la première de ces objections est celle-ci : les catholiques n'ont pas la permission de lire la Bible.
C'est une fausseté, un mensonge, une calomnie. Les catholiques, dites-vous, n'ont pas la permission de lire la Bible. Allons donc, mon cher protestant, avez- vous jamais vu une bible catholique ?
— Non jamais.
Si vous aviez vu une bible catholique, vous auriez trouvé sur la première page une lettre du Pape Pie YI qui recommande à tous de lire les saintes Ecritures, de s'instruire, de s'édifier et de se sanctifier, par cette lecture. Le pape adresse cette lettre aux fidèles du monde entier ; il veut par conséquent que la Bible soit ouverte à tous. Ainsi, mon cher protestant, vous avez tort. "Vous avez été mal informé quand on vous a dit que les catholiques n'ont pas la permission de lire la Bible. Et cependant c'est la conviction ce semble, de presque tous les protestants que les catholiques n'ont pas la permission de lire la Bible.
Je suppose que les protestants qui vivent dans le voisinage de la cathédrale se sont dit bien souvent pendant ce saint temps de la mission :
—Quel peuple dévot que ces catholiques, quel peuple fervent ! Vous les voyez sur la rue dès quatre heures et demie du matin, et le soir ils reviennent encore en foule à l'église pour y rester jusqu'à dix et onze heures, quel zèle, quelle dévotion ! Pauvres, pauvres benêts, pauvres ignorants ! Mais pourquoi ne lisentrils pas la Bible ? S'ils lisaient la Bible, ils n'auraient pas tant de sacrifices à faire pour sauver leur âme. Ils pourraient, comme les protestants, ronfler tranquillement dans leur lit jusqu'à sept et huit heures du matin. Pauvre peuple, pauvres ignorants ! quelle pitié qu'on ne leur permette pas de lire la Bible ! S'ils lisaient la Bible, ils deviendraient tous protestants à la fois, et quels bons protestants ne feraient-ils pas ! car, il n'y a pas de peuple au monde prêt à faire des sacrifices pour Dieu et la Religion, comme le peuple catholique. Mais il n'y a pas de danger, car le prêtre ne leur permet pas de lire la Bible ; il veut les tenir dans l'ignorance ! il sait bien que s'ils lisaient la Bible, ils se feraient tous protestants.
— Ah ! les catholiques n'ont pas la permission de lire la Bible ! mais allez donc, mes amis protestants, chez vos voisins catholiques et vous
trouverez cbs Bibles dans presque chaque maison (a). La Bible est ouverte à tous.
— Mais alors, disent les protestants pourquoi les catholiques font-ils tant de tapage lorsque nous voulons introduire la Bible dans les écoles ?
— Les catholiques n'ont pas du tout d'objections contre la Bible, mais ils veulent une Bible de la bonne espèce. Quelle Bible voulez-vous introduire dans les écoles ? la version protestante ; et le catholique ajoute :
— Mais ce n'est pas du tout la Bible ; c'est seulement un morceau de la Bible et un asse? mauvais morceau ne vous en déplaise. Sans compter les falsifications,
Vous n'avez pas les deux livres des Machabées ;
vous n'avez pas le livre d'Esther en entier, ni celui de Tobie en entier, ni l'histoire. de Suzanne, par conséquent vous n'avez pas toute la Bible, déplus, il y a des interversions dans votre Bible, et elle n'est pas toujours sainement interprêtée et traduite : et les catholiques ne peuvent pas se soumettre en conscience, à une telle mutilation et falsification de la parole de Dieu. Le catholique dit :
(a) Mgr Baillargeon, archevêque de Québec, a traduit et annoté le Nouveau Testament pour que toutes les familles canadiennes puissent le lire avep profit,
— Si nous devons avoir la Bible, c'est bien, mais ayons la toute entière et non pas seulement une partie : ayons la Bible véritable, une bonne et fidèle traduction de la parole de Dieu.
— Le catholique ne peut pas consentir, et ne consentira jamais à ce que son enfant soitTforcé de lire une Bible qu'il sait n'être pas la Bible véritable. C'est une des raisons pour lesquelles nous nous opposons à ce que les enfants lisent la Bible dans les écoles publiques ; et nous en avons une autre en sus : Nous, catholiques, nous professons le plus grand respect pour la Bible que nous regardons comme la parole de Dieu — et chaque fois que pour obéir à l'Eglise, le prêtre lit, durant l'office divin, un passage de la Bible, il doit baiser le livre avec respect ; — et chaque fois qu'il lit le saint évangile, toute l'assistance se tient debout par respect pour la parole de Dieu. Tel est notre respect, notre vénération pour les saintes Ecritures— pour la Bible. Or, vos enfants, garçons et filles, respectent-ils bien leurs livres d'école ? Non. Ils les déchirent, ils les jettent çà et là, les foulent aux pieds ; eh bien, nous catholiques, nous ne voulons pas que la Bible soit traitée de cette façon : et voilà pourquoi nous nous opposons à ce qu'elle soit trainée dans les écoles publiques.
— Tout de même, dit notre ami protestant,
vous ne pouvez nier que la religion catholique soit opposée à l'éducation.
— Je le nie, et je le nie hautement ; et j'affirme de plus qu'il n'y a pas de sectes protestantes qui
Aient fait autant pour l'éducation que la religion catholique.
Il y a quelques années, le gouvernement anglais nomma une commission, chargée de visiter le monde entier, de recueillir des statistiques partout, afin de constater quel est le pays du monde où l'on fait le plus de sacrifices pour l'éducation. Ces messieurs qui n'étaient pas catholiques, mais qui étaient, au contraire, tout-à-fait opposés à l'Eglise catholique, revinrent avec leurs statistiques, par lesquelles ils constatèrent que c'était dans les Etats pontificaux que l'on faisait le plus pour l'éducation et les sciences ; que les Etats pontificaux, les Etats du Pape» étaient en avant de tous les autres pays pour l'éducation libre et gratuite, et poulies avantages offerts à ceux qui voulaient se livrer à l'étude des sciences dans toutes les branches. Et parmi les nations les plus éclairées, venait ensuite la France, et puis, enfin, à la queue de tous, bien loin en arrière, l'Angleterre. Et vous osez dire, mon cher protestant que la religion catholique est opposée à l'édu
cation. Allons, mon cher frère séparé, ignorezvous donc que dans l'Eglise catholique, il y a >lus de cent ordres religieux qui s'engagent, >ar vœux solennels faits à Dieu, à dépenser toute leur vie, toute leur énergie, tous leurs talents pour l'éducation de leurs semblables. Tel est, entre autres, l'ordre des Jésuites. Tout Jésuite profès s'engage devant Dieu, par vœu solennel, à dépenser sa vie entière, ses talents, la force et l'énergie de son âme et de son corps pour l'éducation de tous. Et pour instruire ses semblables, il ne doit recevoir rien autre chose que sa nourriture et ses vêtements : pas d'argent pour les menus plaisirs, pas de chaîne d'or, pas de montre d'or, pas de cannes montées en or, pas de beaux tapis dans sa chambre, non, rien qu'un dur matelas et le plancher nu, un pauvre ameublement et la nourriture d'un homme ordinaire de la société ; de plus, il ne peut rien posséder par lui-même et en son nom. Et il en est ainsi pour les chers frères des Ecoles Chrétiennes, et les sœurs de Notre-Dame, les dames du Sacré-Cœur, les Sœurs des écoles, et un grand nombre d'autres. Les membres de toutes ces commuuautés sont tenus, par vœu solennel fait à Dieu, de
Passer toute leur vie à se dévouer
à l'œuvre de l'éducation. Trouvez- vous rien de semblable parmi les protestants ? Où sont, parmi eux, ces hommes, et ces femmes qui consentiraient à dépenser toute leur vie à enseigner, et sans autre rénumération que la nourriture et le vêtement ? Allez leur demander de semblables services, à de pareilles conditions, et ils vous demanderont si vous les prenez pour des fous. Trouvez donc parmi les protestants un monsieur et une dame qui consentent à sacrifier leur vie, et de plus, à ne jamais rien posséder en propre, à ne jamais se marier, et cela, pour l'amour du prochain et l'éducation de leurs semblables. Nulle part, en dehors de l'Eglise catholique, il ne se fait de pareils sacrifices pour l'éducation du pauvre. L'Eglise catholique opposée à l'éducation ! Mes chers amis, voyagez un peu à travers la Puissance, et partout vous trouverez des universités, des collèges, des couvents, des académies, des écoles paroissiales, des maisons d'éducation pour le riche et pour le pauvre. Est-ce une preuve que les catholiques veulent tenir le peuple dans l'ignorance ? Quelle étrange contradiction chez ces bons protestants. Visitez les universités, les collèges, les pensionnats de la Puissance et des Etats-Unis et vous verrez qu'un tiers des pensionnaires de
ces universités, de ces collèges et de ces couvents catholiques sont des enfants protestants, (a)
— Mes chers amis protestants, dites-moi : pourquoi envoyez vos enfants dans nos maisons d'éducation catholique ?
— Je vous dirai, monsieur, que je suis convaincu que l'éducation catholique est plus complète et plus solide.
— De plus, dit un bon père protestant, j'envoie ma fille chez les sœurs, parceque je sais qu'elle y sera en parfaite sûreté, que sa vertu y sera a l'abri du danger. Tandis que si je l'envoyais à une école fashionable protestante, il pourrait bien arriver qu'elle se mariât avant que j'en apprisse un mot. (b)
— Mon fils, dit un autre père protestant, est un espiègle et je voudrais le corriger. Je l'envoie au collège catholique, parceque je sais que l'éducation y est bonne, et que la règle et la discipline y sont strictement gardées.
— Très bien ! Cependant vous n'en dites pas moins que les catholiques veulent tenir le
(a) Cette remarque s'applique surtout aux institutions catholiques au milieu de populations de langue anglaise.
(b) Il y a quelques années à Winnipeg un protestant, bien connu par sa position élevée, avait confié sa fille aux sœurs. Un ministre protestant lui en demandait la raison? — La raison, lui répondit-il, c'est que si le bon Dieu est quelque part à Winnipeg, il est avec les sœurs. Voilà pourquoi je lour confie l'éducation de ma fille.
peuple dans l'ignorance. Mais alors pourquoi envoyez-vous votre fils ou votre fille à des institutions catholiques? C'est parce que d'un œil vous regardez la religion de travers et de l'autre vous lui souriez et vous dites :
Après tout e'-est bien la meilleure religion-
— La religion catholique est opposé aux beaux arts, dites-vous encore. — Au contraire, elle leur a donné un essort nouveau, les a ainsi préservés d'une ruine et d'une décadence certaine.
Quels sont les beaux-arts ? La musique, la sculpture, la peinture, l'architecture et la poésie. Tels sont les beaux-arts.
Du moment que le protestantisme a commencé et partout où il a eu le pouvoir, il a proscrit les statues de la maison du Seigneur ; il a brisé les statues des saints et de la sainte Yierge, il n'a pas même épargné les images de Notre-Seigneur, qu'il a mises en pièces, et il a ôté au sculpteur son pain de chaque jour. La religion catholique a toujours encouragé les sculpteurs, en ornant ses églises de statues. Et il en fut de même de la peinture. Les protestants ont enlevé les peintures qui ornaient les églises qu'ils nous ont volées ; ils ont arraché et détruit les fresques qui en embelissaient les murs, parcequ'ils les
considéraient comme une violation du premier commandement de Dieu.
Et la musique — ce bel art qui ravie l'âme, lui donne des ailes pour l'élever au dessus de la terre,
La musique qui Ta encouragée,
si ce n'est l'Eglise catholique ? Nommez les grands maîtres en musique : Mozart, Beethoven, Mercadante, Rossini et les autres: tous sont catholiques. La plus grande, la plus magistrale, ^a plus ravissante musique a été composée par des catholiques. Le protestantisme existe depuis environ 3o0 ans, et pendant toute cette période, il n'a pas produit un seul musicien digne d'être comparé à Mozart, à Beethoven, à Mercadante. Les protestants des Etats-Unis en sont si bien convaincus, que dans leurs plus riches et leurs plus belles églises de New- York, de Boston et des autres grandes villes, ils introduisent la musique catholique. Ils savent que dans leur propre musique, il n'y a rien — si ce n'est un quelque chose de Yankee Doodfe— rien pour ravir l'âme, l'élever à Dieu, comme dans les compositions des grands maîtres de l'Eglise catholique.
Et il en est de même de l'architecture, mes chers amis. Est-ce que, depuis 350 ans, avec
toutes les richesses qu'ils possèdent en Angleterre et en d'autres pays, les protestants ont pu élever des monuments d'architecture égaux à ceux dont l'Eglise catholique a doté le monde ? Les grands architectes d'Angleterre, du Canada et des Etats-Unis, lorsqu'ils voyagent en Europe, sont ravis d'admiration en présence de ces superbes, grandioses églises et basiliques de Rome et des autres villes catholiques du vieux inonde. Ils restent étonnés, hors d'eux-mêmes pour ainsi dire, en contemplant la grandeur, la beauté, la richesse de ces magnifiques édifices, comme Saint-Pierre de Eome, Saint-Jean de Latran, Sainte-Marie Majeure ; les cathédrales de Cologne, d'Anvers, Notre-Dame de Paris. Toutes ces grandes productions des génies de l'architecture ont été inspirées par la foi catholique, par les idées catholiques ; il n'y a que les architectes remplis de l'esprit catholique qui aient pu concevoir une pareille architecture, élever des édifices qui, non seulement abritent la célébration du culte divin, mais encore sont ]a demeure du Dieu Eucharistique, du Dieu Yivant. Et les catholiques, animés de l'esprit religieux, viennent de l'avant, et ouvrent leurs mains et leurs bourses pour contribuer à la construction de ces immemses cathédrales et de ces
grandes basiliques. Londres, en Angleterre, a voulu jeter dans l'ombre Saint-Pierre de Eome en bâtissant son Saint-Paul. Ah ! Saint-Paul de Londres, comparé à Saint-Pierre de Eome, qu'est-ce que c'est ? Une baraque.
Aux Etats-Unis, nos frères séparés vivent dans l'abondance et les richesses ; eh bien, qu'on nous montre un seul monument élevé par eux à la gloire du. Dieu vivant, et qui soit marqué au coin de la grandeur et de l'élévation. Us n'ont rien. Tout pauvres que sont les catholiques de New- York, ils ont dépensé plusieurs millions de piastres pour la construction de leur cathédrale, laquelle, une fois terminée, sera le plus beau monument de la riche ville de New- York et même de tous les Etats-Unis. Et vous dites que les catholiques sont ennemis des beaux arts. Ignorants ou imbéciles, choisissez. Yous n'avez jamais voyagé, vous n'avez jamais sorti de chez vous. Yous ne connaissez rien, c'est votre excuse. Si vous aviez vu, si vous connaissiez, vous n'oseriez pas dire que la religion catholique est opposée aux beaux-arts, à l'éducation, aux sciences !
Us disent encore que l'Eglise catholique est opposée aux découvertes, aux inventions.
Cependant, mes chers amis, c'est au catholi-
cisme qu'on doit les inventions les plus grandes et les plus utiles qui soient connues.
Qui a inventé l'imprimerie ?
Un catholique romain, cent ans avant qu'il y eût un seul protestant dans le monde. Qui a inventé la poudre à canon ? Un catholique. Qui a inventé les lunettes, un article d'une grande utilité pour ceux qui ont la vue courte ? Ce fut un catholique qui inventa le verre grossissant. Qui encore a inventé la boussole ? N'est-ce pas un catholique ? Et l'on vient nous dire que la religion catholique est opposée aux découvertes et aux inventions. Yous, mes chers Canadiens, comment osez-vous parler ainsi ? Qui vous a donné l'Amérique? Qui vous a donné cette terre de liberté et de prospérité ? Un catholique, Christophe Colomb. C'est lui qui vous a donné cette terre que vous habitez, ce sol que vous cultivez, le pain qui vous nourrit, les habits qui vous couvrent. La religion a partout et toujours encouragé les inventions et les découvertes humanitaires ; elle a toujours favorisé, encouragé les artistes, tandis que le protestantisme, vous devez le reconnaître, a découragé, rebuté les efforts du sculpteur, du peintre et du musicien.
— Je ne puis me résoudre à me faire catholique, dit encore le protestant, parce que les catholiques violent le premier commandement de Dieu, qui dit : " Yous ne vous ferez point d'images de sculpture, ni de ligures de tout ce qui est ou en haut dans le ciel, ou en bas sur la terre, ou qui vit sous la terre dans les eaux. Vous ne les adorerez et ne les servirez point." Or vous, catholiques, vous violez ce commandement, et, en ceci, je ne vous calomnie point : vous n'avez qu'à entrer dans une église catholique pour en trouver la preuve. Qu'est-ce que je vois là sur cet autel ? L'image de Jésus crucifié, une figure de ce qui est en haut dans le ciel.
— Et encore là, qu'est-ce que c'est ? L'image de sainte Anne, la mère de la B. Yierge Marie.
—Et ceci ? C'est saint Jean-Baptiste, et par conséquent la figure de celui qui est en haut dans le ciel. C'est donc vrai que vous, catholiques, vous violez le commandement de Dieu, en faisant ces images et ces statues.
— Bien, mon cher révérend, mon cher prédicant, si vous voulez me le permettre, nous allons entrer chez vous.
— Certainement, je ne puis pas avoir d'objection à laisser un vieux Jésuite, entrer chez moi. J'y vais, il me conduit au salon, et lui mon-
trant un tableau suspendu au mur, je lui demande,
— Quelle est cette peinture ?
— Ceci, c'est le portrait de ma vénérée mère,
— Où est-elle maintenant votre mère ?
- — Avec Dieu, dans le ciel, je l'espère,
—Et cela ?
—C'est le portrait de mon épouse chérie.
—Où est-elle ?
—En haut, avec ses petits enfants
— Et cet autre que je vois au-dessus de la porte ?
— Ah ! c'est une peinture d'un grand maître, ce chef d'œuvre représente un poisson, comme vous voyez.
— Hélas ! monsieur le ministre, quel viola* teur des commandements de Dieu, n'êtes-vous pas?
Voilà la figure de votre mère, qui, dites-vous est là haut dans le ciel ; puis, la figure, de votre épouse qui est ici-bas sur la terre ; et enfin, la figure d'un poisson dans les eaux sous la terre.
— Fou de prêtre, pensez- vous, que je viole les commandements de Dieu, en gardant ces peintures que vous voyez là suspendues ?
— Non, mon ami, je ne le pense, mais vous, vous dites que les catholiques violent les com-> mandements, parcequ'ils ont des tableaux dans leurs églises,
— Il n'y a pas do mal à les garder, mais vous, vous les adorez.
Vous nous dénigrez, simplement ;
car nous n'adorons aucune des images qui sont dans nos églises.
— Mais, alors, pourquoi les gardez- vous ?
— Et, vous-même, pourquoi gardez-vous le portrait de votre mère ?
— Parceque chaque fois que je le regarde, je me rappelle quelle bonne personne était ma mère, et il me semble qu'elle me dit encore : " Sois bon, sois chrétien." Toutes les fois que je regarde cette peinture, je me sens encouragé à pratiquer toutes les vertus dont elle m'a donné l'exemple. Cela me rappelle tous les bons conseils qu'elle me donnait.
— Vraiment, mon ami, vous parlez comme un catholique. C'est là précisément l'usage que les catholiques font des images et des statues que vous avez pu voir dans leurs églises. Ainsi lorsqu'un catholique porte son regard sur l'image de Jésus crucifié, il se dit : " Oh ! combien le Sauveur a souffert pour moi, combien il a été généreux de verser ainsi son sang précieux pour sauver son âme. Je dois donc aimer ce bon Jésus."
Chaque fois qu'un catholique regarde une statue de la bienheureuse Vierge Marie, il se
dit : combien pure, sainte et chaste était Marie, la mère de Jésus, je dois rn'efforcer de l'imiter en servant Dieu fidèlement, et en gardant mon cœur pur.
En regardant une statue de saint Joseph ou de tout autre saint, nous nous disons : " ces saints étaient des hommes comme nous ; ils ont vécu dans le monde, ils ont eu à lutter contre les mêmes passions et les mêmes difficultés que nous, et en dépit de tout, ils sont restés fidèles à Dieu. Je dois faire des efforts pour imiter leurs vertus et marcher sur leurs traces."
— Mais, me dit encore mon ami protestant, vous vous inclinez devant ces images. N'ai-je pas vu les catholiques, durant cette mission, s'incliner devant l'image qui est sur l'autel ?
— Non ! pas devant l'image, mais devant Jésus qu'ils confessent présent dans le tabernacle sur l'autel. Ce n'est pas devant l'image qu'ils s'inclinent, c'est
Devant Jésus qu'ils ploient le genou
en adoration. Est-ce mal, mon cher ami ?
— Non, répond le protestant, car, dit la Bible, au nom de Jésus, tout genou doit fléchir au ciel, sur la terre et même dans les enfers. Mais, ajoute-t-il, vous inclinez la tête aussi devant la statue de la bienheureuse Yierge.
— Non, pas devant la statue, mais devant celle
que représente la statue, la bienheureuse Vierge Marie, mère de Dieu.
— Marie n'est-elle pas une créature ?
— Oui, sans doute, c'est une créature, mais une créature très élevée et très sainte.
— Mais, répond le protestant, il ne vous est pas permis de vous incliner devant une créature.
— Cher monsieur, lorsque j'arrivai à Ottawa, je vous rencontrai sur la rue et vous me fûtes désigné comme étant ministre de telle ou telle église, je vous observai et pendant que vous alliez votre chemin, je vous vis rencontrer une dame de vos amies, et, en un clin d'œil, vous aviez le chapeau à la main et vous vous incliniez devant elle avec beaucoup de politesse.
— C'est vrai, monsieur, mais c'est une personne si digne et si aimable ; elle est si bonne et si pieuse ! et comme nous devons respecter la vertu et la piété, c'est pour cela que j'ai incliné la tête devant cette dame.
— Mais la bienheureuse Vierge Marie n'estelle pas très sainte et très bonne ? et pourquoi ne pas s'incliner devant elle et honorer sa haute dignité de mère de Dieu ?
— Après tout, cela me semble assez raisonnable, mais vous catholiques, vous exagérez tout, vous faites sonner trop haut votre dévotion à la bienheureuse Vierge ; vous ne trouverez pas une seule église catholique, où il y a un
autel à Dieu, qui ne contienne en même temps un autel à la Vierge Marie. Je pense que cela n'est pas bien.
— Supposons pour un moment, mon cher protastant, que la mère de Greorge Washington fût sur le point d'arriver en visite à New -York ; quelle excitation, quel tapage régnerait par toute la ville : fusillades, grondements du canon, les corps de musique parcourant les rues, les illuminations, feux d'artifice ; et les grandes dames, avec leurs riches toilettes, et leurs superbes équipages défilant sur les rues. Et si j'allais dire : — mesdames, que signifient ce tapage et ce déploiement de splendeurs, où allez-vous ? On me répondrait :
— Nous allons, monsieur, présenter nos hommages à la mère de Washington, qui est descendue à l'Hôtel d'Astor.
— Eh bien, mesdames, ajouterais-je, est-ce que la mère de Washington a quelque chose.de plus qu'une autre femme pour que vous l'honoriez tant?
— Oh ! me dirait-on, on voit bien que monsieur est un Dutchl Comment, vous nous dites de ne pas honorer la mère de Washington, qui nous a donné un fils aussi distingué ; un fils qui a fait de nous un peuple libre, indépendant, glorieux et prospère ! Vous nous demandez pourquoi honorer tant la mère de Washington ?
— Très bien, dirais-je à mon tour, très bien, rendez à la mère de Washington les honneurs qui lui sont dûs. J'aime à voir ces témoignages de la gratitude d'un peuple. Mais dites-moi, mesdames,
Est-ce que Marie ne nous a pas donné un fils
plus grand que Washington ? Est-ce que Jésus n'a pas fait pour nous plus que Washington 'f Est-ce qu'il ne nous a pas délivrés de l'esclavage de l'enfer ? Est-ce qu'il ne nous a pas faits les héritiers du ciel ? Est-ce que, nous catholiques, nous ne serions pas des ingrats si nous n'honorions pas une mère qui nous a donné un tel fils?
— Après tout, me dira mon ami protestant, la chose me semble assez raisonnable.
Et il en est ainsi de toutes les doctrines de la religion catholique. C'est une religion raisonnable et fondée sur les saintes Ecritures. C'est encore une religion naturelle ; car si la religion est la religion de Dieu, elle doit être naturelle et fondée sur les saintes Ecritures. Il ne peut pas y avoir de discordance dans les œuvres de Dieu. Dieu est l'auteur de la raison, l'auteur de la Bible, l'auteur de la nature, l'auteur de la vraie religion. Toutes ces choses sont les œuvres de Dieu, et dans les œuvres de Dieu il y a harmonie, concorde, union, et c'est pour cela que
la religion catholique est conforme à la raison, à la Bible et à la nature.
— Qu'importe, me dit un ministre protestant, il y a dans votre Eglise quelque chose que je n'aime pas. Je suis venu à la mission plusieurs soirs, et j'ai entendu le prêtre dire : " Je vous salue Marie " et toute la foule répéter " Sainte Marie."
— Eh bien, monsieur, je n'aime pas ce " Je vous salue, Marie"; "Je vous salue, Marie " ; " Sainte Marie ", " Sainte Marie." Ça m'a l'air absurde et je ne comprends pas cela.
— Allons, mon révérend monsieur, est-ce que vous ne dites pas quelques fois, " Je vous salue, Marie."
— Jamais, monsieur, à Dieu ne plaise !
— Cependant, mon cher révérend ministre, je pense que vous dites " Je vous salue, Marie," parfois.
— Jamais, monsieur, jamais.
-—Je pense que oui. Est-ce que vous ne faites pas la prière en famille tous les soirs ?
—Oui.
~ Voulez-vous me permettre d'assister à votreprière en famille ?
— Oui, et si vous venez, nous allons prier bien fort pour votre conversion.
— C'est bien, mais il vous faudra prier rudement, parceque le Père Damen est dur à convertir.
Je me rends donc à cette prière en famille chez le ministre protestant. C'est d'abord une prière improvisée, puis un chapitre de la Bible. Après que la prière est dite, le ministre ouvre ;sa Bible avec de grands airs de solemnité, et
Au premier chapitre de saint Luc,
il lit les paroles suivantes : L'ange étant entré où Marie était, lui dit : " Je vous salue, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous, vous êtes bénie entre toutes les femmes," et Elizabeth étant inspirée par le Saint-Esprit, élevant la voix, s'écria "et le fruit de vos entrailles est béni."
— Arrêtez, monsieur le ministre, arrêtezf vous êtes à dire " Je vous salue, Marie."
— Non, monsieur, je lis ma Bible.
— Mon brave homme, vous voyez bien que le
** Je vous salue, Marie," se trouve dans la Bible.
— Et c'est pourtant vrai, et je ne le savais pas.
Qu'allons-nous devenir, ma chère Eebecca, -dit-il à sa femme, nous sommes déjà à moitié papistes ; il y a si longtemps que nous répétons *' Je vous salue, Marie," sans le savoir.
N'est-ce pas la vérité ? Liseurs de la Bible, lorsque vous retournerez chez vous ce soir, ouvrez votre bible protestante et au premier chapitre de St Luc, vous trouverez le " Je vous
salue, Marie." Et voyez combien vous étiez aveugles, lorsque, levant les yeux au ciel, vous vous apitoyez sur l'absurdité de ces pauvres catholiques ignorants qui disent le " Je vous salue, Marie." Et tous les textes de la Bible, de ce livre de Dieu, contiennent des doctrines catholiques. Vous lisez et relisez la Bible, mais vous êtes aveugles et vous ne cherchez pas les preuves des doctrines de la religion catholique dans votre Bible. Et pourquoi êtes-vous aveugles ? c'est à cause de vos préjugés. Vous vous êtes formés une religion et des opinions sur la religion, avant d'avoir jamais ouvert la Bible. Vous vous êtes formés des opinions religieuses d'après l'enseignement de vos parents, le prédication dans votre église, l'enseignement de vos maîtres, et non pas d'après la Bible. Vous avez accepté cet enseignement là de préférence à la Bible qui est le livre de Dieu, et vous osez encore dire que la Bible est votre guide. Si la Bible était votre guide, vous seriez chrétiens et catholiques et jamais rien autre chose.
— Cependant, me dit mon ami protestant, je ne serai jamais catholique.
Que sont les catholiques ?
■ Les catholiques sont de pauvres gens.
— Et Notre Seigneur, est-ce qu'il n'était pas pauvre lui-même ?
Et les pauvres, ses meilleurs amis ?
Et il a choisi pour sa mère, une vierge pauvre. Et qui a-t-il désigné pour le gardien de son enfance ? Saint Joseph, un pauvre ouvrier. Et les premiers martyrs, et les Apôtres, qui étaientils ? De pauvres pêcheurs. Et Jésus-Christ luimême n'a-t il pas dit : " Bienheureux les pauvres, parce que le royaume du ciel leur appartient." Il n'a jamais dit : '" Bienheureux les riches," parcequ'il savait que c'est difficile pour un riche d'entrer dans le ciel. Et vous, gens du monde, vous ne voulez pas être comptés parmi les catholiques, parcequ'ils sont pauvres. Si vous aviez vécu du temps des Apôtres, vous auriez jeté un regard de piété, sur leurs pieds nus et vous auriez dit sans doute : " Je ne suis pas pour me soumettre à l'enseignement de ces pêcheurs qui vont nu-pieds par les chemins."
C'est là de l'orgueil, mes chers amis, et Dieu résiste aux orgueilleux et donne sa grâce aux humbles.
Les protestants américains, et les protestants anglais aussi, je suppose, disent encore : " Nous ne pouvons pas songer à devenir catholiques. Presque tous sont des Dutch et des Irlandais. Il y a trop de Paddies et de Biddies parmi les catholiques, pour que nous songions à nous joindre
— Mon cher protestant, vous ne voulez pas fréquenter la société des Paddies et des Biddies, eh bien, si vous avez la chance d'aller au ciel, je vous assure que vous y trouverez quantité de Paddies et de Biddies.
— Il y a dans votre religion des cérémonies inutiles.
J'aime à adorer Dieu en esprit, en vérité, en simplicité et je ne sais que faire de toutes ces cérémonies. Entrez dans une église catholique et vous trouverez une douzaine de chandelles sur l'autel, au milieu du jour. Qu'est-ce que cela veut dire ? A quoi cela sert-il ? Qui est-ce qui vous a donné l'idée de cette pratique ?
— Pourquoi faire des objections contre des choses que vous ne connaissez pas ? L'usage des chandelles sur l'autel a été introduit par les Apôtres. Ils étaient persécutés, recherchés pour être livrés à la mort ; et pour célébrer les saints mystères, la sainte messe, ils étaient obligés de se cacher dans des souterrains, les catacombes de Eome, au milieu des ténèbres de la nuit ; et c'est pour cela qu'ils se servaient de lumières dans leurs réunions. Et lorsque la persécution eut cessé, trois cents ans après rétablissement de l'Eglise, sous l'empereur Constantin-le-G-rand qui accorda la liberté religieuse, les catholiques continuèrent de se servir de lumières sur l'autel, en souvenir de la persécution de leurs pères
dans la foi. Ainsi ce cierge, on cette chandelle sur l'autel, dit à l'enfant de l'Eglise catholique : •' Souvenez- vous de vos aïeux et des Apôtres qui ont souffert pour la foi et la religion. De plus lé cierge qui brûle sur l'autel est un emblème d'amour. Le feu est la figure de l'amour. Jésus nous donne son corps et son sang dans le saint sacrifice de l'autel parce qu'il nous aime, parce qu'il veut rester avec nous tous les jours, jusqu'à la fin du monde.
Et cette petite lampe du sanctuaire,
qui est suspendue en face de l'autel, est un emblème de l'amour de Jésus ; et cette petite lampe qui brûle nuit et jour, sans cesse, indique la présence de Jésus sur l'autel ; et cette lampe du sanctuaire et ces cierges de l'autel disent aux catholiques : aimez Jésus, rendez lui amour pour amour. Il vous a tant aimé qu'il a donné son corps et son sang pour être la nourriture de vos âmes. Aimez-le puisqu'il vous aime tant, et servez-le fidèlement. Voilà ce que disent la lampe et les cierges de nos autels. C'est aussi pour l'honneur et la gloire de Dieu que ces cierges brûlent sur l'autel.
— Vraiment, me dit mon ami protestant, c'est une idée étrange ! Comment un cierge peut-il faire honneur à Dieu et brûler pour sa gloire ?
— Voyons un peu, mon brave protestant. Lors-
que vous avez remporté une grande victoire et que vous célébrez un triomphe, que faites-vous pour honorer le général qui a bien mérité de la patrie : vous avez une grande illumination ; vous allumez quantité de chandelles, de torches, et vous faites évanouir les ténèbres de la nuit briller les splendeurs de la clarté du jour. N'avez- vous pas aussi des feux de joie ? J)e quoi faites- vous ces feux de joie ? Avec toutes sortes de débris, de vieux barils ; et tout cela pour faire honneur au grand général qui vous a fait triompher. Comment un vieux baril peut-il faire honneur à votre grand général, rehausser son triomphe ?
— Bien, dites- vous, c'est un moyen de montrer à ce général que nous sommes fiers de lui et que nous nous réjouissons de son triomphe.
— De la même façon les catholiques font brûler des cierges sur l'autel pour honorer Jésus.
— Pourquoi encore des cierges sur l'autel ? Parce qu'ils sont une figure du Saint-Esprit qui descendit sur les Apôtres au jour de la Pentecôte. Nous lisons dans la Bible que dix jours après l'ascension de Jésus-Christ au ciel, le Saint- Esprit descendit sur les Apôtres, pour les mettre en état de prêcher l'évangile de Jésus-Christ et d'établir son Eglise par toute la terre. Avant la descente du Saint-Esprit, les Apôtres étaient des hommes ignorants, timides, poltrons ; ils n'o-
saient, par crainte, prêcher en public, mais après qu'ils eurent reçu le divin Paraclet, ils furent remplis de l'esprit de Dieu et s'en allèrent courageusement et établirent l'Eglise, par toute la terre. Maintenant, ces cierges qui brûlent sur l'autel nous disent :
Souviens-toi, chrétien, que tu es enfant de l'Eglise
qui a été fondée, non par un homme, par un Martin Luther, par un Henri VIII, un Calvin ou un Wesley, mais par Jésus-Christ et l'Esprit- Saint. Que vos cœurs soient dans la joie et l'allégresse parceque vous êtes enfants de l'Eglise de Dieu, fondée par Dieu et non par l'homme.
— Il y a une autre chose qui me semble étrange, reprend mon ami protestant.
Je vois un chacun qui entre dans l'église s'asperger d'eau.
Ça me parait absurde.
— Vous lisez la Bible ; n'avez- vous pas lu que Dieu ordonna de placer une fontaine à l'entrée du temple, pour qu'un chacun se lavât les mains avant de pénétrer dans la maison du Seigneur, afin que le peuple comprît que c'est avec un cœur pur qu'il faut s'approcher de Dieu et entrer dans son temple. Ainsi, dans l'église il y a un bassin qui contient de l'eau, où chacun plonge la main, et c'est là une cérémonie qui signifie : " enfant chrétien, entrez dans l'église pour adorer
Dieu avec une intention pure ; n'y allez pas pour voir et être vu, ni pour faire étalage de vos beaux habits, mais pour y adorer le Seigneur votre Dieu Ainsi, cette eau bénite que nous prenons à la porte de l'église est pour chacun un avertissement salutaire.
— Encore une chose singulière que j'ai remarquée durant la mission : Vers la fin de l'exercice le prêtre fait monter de la fumée.
— Mais, mon cher ami, c'est de l'encens qu'il offre à Dieu. N'avez- vous jamais lu quelque chose à ce sujet. S'il en est ainsi, c'est que vous ignorez la Bible ; car Dieu commande dans la Bible de brûler de l'encens devant lui, pour reconnaître la subordination de l'homme à son créateur, et le souverain domaine de Dieu sur toutes choses. Cet encens qui s'élève en spirales parfumées devant l'autel est une image de nos prières qui montent vers le trône de Dieu.
— C'est très bien, dit le protestant, vous trouvez cela dans l'Ancien Testament ; mais c'est une cérémonie abolie.
— Ouvrez donc l'Evangile, et vous verrez qu'à la naissance du Sauveur, les mages se rendirent à Bethléem et offrirent au divin Enfant de l'or, de l'encens et de la myrrhe.
Ils lui offrirent de l'encens,
pour reconnaître sa divinité, de même nous brûlons de l'encens autour de nos autels pour adorer
Dieu et lui rendre le culte dû à la divinité seule.
— Comment se fait-il qu'il y ait tant de méchantes gens parmi les catholiques, me demande encore mon ami protestant ?
— Nos frères séparés seraient-ils tous des saints par hasard ? Je n'ai pas encore entendu parler d'un saint protestant. En avez-vous un seul ? Je ne crois pas que les protestants connaissent un seul saint sorti de leurs rangs ; et ils nous reprochent d'avoir de mauvaises gens parmi nous. Les protestants ont leur bonne part de méchantes gens. Mon ami protestant me dira encore :
— Il y a de mauvais prêtres.
— S'il n'y avait jamais eu de mauvais prêtres, il n'y aurait jamais eu de protestants dans le monde. Il y a quelques mauvais prêtres, mais il y en a furieusement peu. Il y a aussi quelques mauvais prédicants. Nous lisons de temps en temps dans les journaux que tel et tel révérend, après être tombé en amour avec la femme de son voisin, s'est sauvé avec elle. Bien sûr, mes bons amis, que ce n'est pas joli que de se sauver avec la femme de son voisin. Avouez aussi que vous avez votre bonne part de mauvaises gens. Il y a des bons et des méchants parmi toutes les confessions. 11 y a de mauvais catholiques et de mauvais protestants, et il en sera ainsi jusqu'à la fin des temps. Aussi longtemps que l'Eglise
sera composée d'hommes, il y aura des bons et des méchants. Est-ce qu'il faut en blâmer l'Eglise ? Est-ce que l'Eglise leur enseigne à être méchants ? L'Eglise fait tout ce qu'elle peut pour rendre ses enfants bons, honnêtes, moraux, purs, chastes et sobres. Elle travaille sans relâche, ses prêtres prêchent, donnent des missions pour réformer les populations. Il ne faut pas blâmer l'Eglise parceque quelques-uns de ses enfants ne l'écoutent pas, n'obéissent pas à ses instructions et à sa direction, L'Eglise ne ménage pas ses peines ; elle fait tout ce qu'elle peut pour rendre bons tous ses enfants, et si elle ne réussit pas à les préserver tous et à les améliorer, à quelle hauteur de vertu et de perfection n'élève-t-elle pas ceux qui correspondent à ses inspirations.
Où trouvez-vous une charité aussi héroïque que celle qui s'exerce dans l'Eglise catholique ? Voyez les sœurs grises, les sœurs de charité, qui s'en vont à la cabane du pauvre pour le servir, le soigner dans sa maladie quelle qu'elle soit : la picotte ou les fièvres, n'importe. Trouverezvous de vos dames protestantes prêtes à en faire autant ? Oh ! non.
Dans la religion catholique, vous trouverez cette charité qui se dévoue sans récompense ! Yous trouverez les sœurs prenant soin des pauvres, veillant sur eux, comme des mères. Et
que sont ces sœurs —ces anges de dévouement ? La pluspart d'entre elles sont de jeunes demoiselles élevées au sein du luxe et du comfort — de jeunes demoiselles de familles opulentes, mais qui ont renoncé au monde et donné leur cœur et leur travail à Jésus-Christ et aux pauvres.