‹ Conférences et discoursChapitre 17 sur 30 · DIEU DANS L’ENSEIGNEMENT · texte numérisé non relu

DIEU DANS L’ENSEIGNEMENT

DISCOURS PRONONCÉ, AU COLLEGE DE SAINT- BONIFACE, MANITOBA, DANS L’ETE DE 1896.

Mesdames, Messieurs,

Vous connaissez probablement une romance touchante qui a obtenu en France et en Canada un grand succès populaire, dont le refrain répète avec attendrissement:

“ C’est un oiseau qui vient de France”.

Comme poésie, cette romance n’a rien de remarquable ; mais elle exprime d’une façon pathétique le sentiment patriotique d’une famille exilée de France, qui chérit le souvenir de la patrie absente, et qui croit la revoir même dans les hirondelles voyageuses qui viennent du pays natal.

Mesdames et Messieurs, c’est à ce même sentiment que vous avez obéi, je présume, en venant m’entendre ce soir, et vous reconnaissez en moi une voix qui vient de votre pays natal, nommé jadis : la Nouvelle-France.

C’est mon meilleur titre à l’accueil chaleureux que vous venez de me faiie, et votre sentiment a d’ailleurs

en moi son écho. Pendant que vous pensez : c’est un frère que nous allons entendre, je me dis: c’est à des freres éloignés du foyer paternel que je vais parler.

Elle est douce à mon coeur la mutuelle sympathie que ce double sentiment établit entre nous. Et jem’estime heureux d’avoir cette occasion de vous exprimer attachement profond que votre pays d’origine garde pour vous.

Oui, Mesdames et Messieurs, s’il est vrai de dire que vous conservez précieusement au fond de vos cœurs le souvenir de la terre natale, rappelez-vous que la Province de Québec a pour devise “Je me souviens .’’

Et de qui donc se souvient-elle? Sans doute, elle se souvient de la France, sa mère, qui lui a donné lejour à l’époque la plus glorieuse de son histoire. Elle se souvient de l’église catholique qui l’a protégée et défendue dans les jours sombres de l’adversité, et de l’éclipse nationale. Elle se souvient de ses enfants que es revers de fortune et les accidents de la vie ont entraînés dans la Fédération Américaine, et qu’elle voudrait bien repatrier. Mais elle se souvient surtout de vous qui n avez pas voulu sortir de ce beau Canada qui nous est si cher à tous, et qui travaillez généreusement à perpétuer au centre de notre immense territoire la race, la langue et les croyances religieuses de nos ancêtres.

N en doutez pas, Mesdames et Messieurs, la province de Québec vous aime. Elle vous veut grands et prospères, et c’est avec ardeur et dévotement qu’elle prend .sa part de vos joies et de vos douleurs.

Elle est heureuse quand le télégraphe lui annonce que vos récoltes sont abondantes et que les blés encombrent vos greniers. Elle souffre quand vous poussez vers elle des gémissements et des plaintes.

Mesdames et Messieurs, toute vie nationale a ses mauvais jours comme toute vie individuelle. Les races ont leurs temps d’épreuves comme les familles, et comme l’Eglise, dont elles sont pour la plupart les filles. Bien souvent, les commencements de leur existence s’écoulent dans les catacombes, parcequ’on leur refuse leur place au soleil. Elles en souffrent d’autant plus que les races ont besoin de lumière, comme les plantes, pour se développer et grandir. C’est une des lois les plus admirables de la nature que la lumière est la grande génératrice des êtres ; et c’est pourquoi la première parole de Dieu au premier jour de la Création, a été : “ Que la lumière soit ”.

Tons les éléments qui devaient composer l’univers étaient alors créés. Dieu les avait tirés du néant par un simple acte de sa volonté. Mais ils existaient à l’état de chaos, mêlés et confondus dans l’immensité d’une nébuleuse inerte et sans vie. Des milliards de germes y sommeillaient dans l’ombre attendant qu’un rayon divin les fécondât.

Tout à coup, le Créateur fit entendre au milieu des espaces infinis cette mystérieuse parole : “ Que la lu¬

mière soit ”. Et ce fluide merveilleux, dont la nature

est encore un mystère pour la science, s’enflamma soudainement ; et sur la masse illimitée de la matière en travail l’on vit germer la fleur de Vie. La lumière se révéla comme une chaleur et comme une force, et sous son action toute-puissante, s’organisèrent dans l’ordre et l’harmonie, au milieu de l’espace émerveillé, des milliards de mondes qui marchaient et vivaient.

Mais qu’ai-je besoin de vous démontrer la puissance de la lumière à vous, habitants du Manitoba et travailleurs du sol? Vous savez cela mieux que moi, vous qui observez jour par jour le progrès de vos récoltes; vous qui pourriez me dire peut-être combien il entre de rayons de soleil dans la formation d’un grain de blé.

Eh bien, Mesdames et Messieurs, la lumière est encore plus nécessaire à l’homme qu’à la plante ; et comme il est à la fois esprit et matière, il lui faut une double lumière : lumière matérielle pour son corps, et lumière spirituelle pour son esprit. Cette lumière spirituelle, il la trouve dans l’instruction C’est pourquoi vous dites d’un homme très instruit qu’il est très éclairé.

Si donc on veut qu’une race soit éclairée, et grandisse à la lumière, il faut qu’elle ait sa place au soleil de la science ; je dis sa place, c’est-à-dire pas une place quelconque, mais celle qui convient à sa nature, à son caractère, à son langage, à ses croyances.

CONFÉBENCES ET DISCOUBS

Mais la lumière suffit-elle à la croissance des plantes ?— Non, il faut que vous preniez le soin de les arroser, ou que le ciel leur envoie ses pluies bienfaisantes. Eh ! bien, l’homme ne peut vivre non plus sans eau, et son âme a soif de vérité, non seulement de vérité naturelle, mais aussi de vérité surnaturelle. Elle a besoin de s’abreuver aux ondes sacrées de la religion; et c’est pourquoi l’Eglise lui verse au cours de sa vie terrestre les eaux du Baptême et celles de la Pénitence.

L’eau, si nécessaire à l’alimentation du corps, est ainsi le symbole des besoins surnaturels de l’âme et elle représente tout spécialement l’éducation religieuse, complément nécessaire à l’instruction profane.

Quand le peuple d’Israël, en route pour la terre Promise, poursuivait son voyage de quarante années à travers les déserts d’Arabie, c’était un homme de Dieu, Moïse, qui devait lui procurer les eaux vives nécessaires à son alimentation ; et quand les ruisseaux et les lacs faisaient defaut, l’homme de Dieu frappait les rochers et en faisait jaillir des sources d’eau pure. Or, un soir, les Hébreux campèrent aux bords d’un lac dont les eaux transparentes les invitaient à étancher leur soif; mais quand ils en goûtèrent, ils découvrirent qu’elles étaient amères, et ils s’en plaignirent à Moïse.

L’homme de Dieu coupa alors une branche d’un

certain arbre que la Bible ne nomme pas, mais qui était peut-être un rejeton de l’arbre de vie que Dieu avait planté au milieu de l’Eden. Il jeta cette branche dans les eaux du lac, et elles devinrent immédiatement douces et agréables à boire.

Mesdames et Messieurs, nous avons tous à traverser un désert qui nous sépare de la véritable terre Promise, et c’est la mission spéciale des hommes de Dieu de veiller à ce que nos intelligences assoiffées du vrai savoir n’aillent pas se désaltérer à des sources impures.

Naguère encore, catholiques du Manitoba, vous étiez campés auprès d’une fontaine peu abondante mais limpide, où vos enfants pouvaient boire sans danger pour leur foi. Mais des compatriotes mal inspirés ont commis l’erreur de jeter dans cette fontaine des plantes am ères.

Quel Moïse viendra maintenant corriger cette amertume et redonner à votre fontaine ses ondes douces et salutaires ? Je l’ignore, et je suis prêta reconnaître que les Moïse sont rares dans le monde politique ; mais il ne faut pas désespérer. Ayons confiance et attendons le jour où justice sera faite, et où les ondes amères redeviendront douces. (*)

(*) N. B. — Les espérances que j’avais alors n’ont été qu’en partie réalisées, et les catholiques de Winnipeg cherchent encore en vain dans l’arène politique l’homme ou le parti qui pourra leur rendre justice complète.

Elargissons maintenant la question, et demandonsnous s’il est bien nécessaire de faire une place à Pieu dans l’éducation de l’homme.

Vous le savez, Mesdames et Messieurs, il ne manque pas aujourd’hui de savants qui enseignent les doctrines matérialistes, et qui ont réussi à faire beaucoup d’adeptes. Ils ont chassé Dieu de l’enseignement officiel, et ils ont inauguré en France (t l’école sans Dieu. ”

Heureusement pour notre ancienne mère-patrie l’enseignement libre est resté religieux à côté de celui de l’Etat; mais il n’a pu remédier complètement au mal que déplorent aujourd’hui tous les esprits sans préjugés.

L’école sans Dieu a produit une génération de névrosés, d’anarchistes, de dynamitards, et de décadents, qui est loin de faire honneur à la France.

Non seulement les catholiques en sont affligés; mais les indifférents en matière de religion en sont sérieusement alarmés pour peu qu’ils aiment leur pays et la vérité.

C’est à ce point que chaque jour on entend un homme d’Etat, un philosophe, un écrivain s’écrier: Avouons-le, notre science tant vantée est en pleine faillite. Notre Société est bien malade et il va falloir revenir à la religion.

C’est ainsi que parlait tout récemment Monsieur Brunetière, dans la Revue des deux Mondes. C’est ainsi

que Monsieur Jules Simon, qui a été si longtemps un ennemi du christianisme, a fini par confesser qu’il faut en revenir à Dieu.

C’est à ce point enfin qu’il s’est formé en France toute une ecole qu’on appelle les Pessimistes, et qui renferme les plus beaux talents et les plus brillants esprits.

Cette ecole ne croit pas. Elle ne peut plus croire ; mais elle s en afflige et elle en souffre si cruellement qu elle voit tout en noir, qu’elle a perdu l’espérance, et qu’elle demande avec larmes qu’on lui rende les croyances d’autrefois.

Il en resuite une véritable réaction spiritualiste et religieuse qui met en échec les progrès du matérialisme.

D’où viennent ces tendances nouvelles ? Elle viennent, Mesdames et Messieurs, de ces besoins surnaturels de l’âme que je vous signalais il y a un instant, et que les doctrines matérialistes ne peuvent pas satisfaire. Elles viennent de la conscience humaine qui finit toujours par surnager sur l’océan des utopies et des rêves.

Car 1 homme a beau faire, il ne peut réussir à momifier son âme ; et il a beau s’approprier toutes les conquêtes de la science, il finit toujours par crier aux savants avec Alfred de Musset :

Tout est grand, tout est beau, mais on meurt dans votre air.”

C’est une chose remarquable que ni la poésie, n i 1 art, n ont jamais ete matérialistes. Le matérialisme

en effet, coupe les ailes à l’imagination, et supprime violemment l’idéal.

Comment voulez-vous que l’on croie encore à l’idéal quand on est convaincu que l'homme n’est qu’un assemblage d’atomes que le hasard, ou certaine sélection naturelle a groupés et organisés, et qu’un autre hasard désorganisera et jettera dans le néant? Pourquoi voulez-vous que l’homme lève les regards vers les cieux, s’il n’a rien qui le distingue des bêtes courbées vers la terre ?

Non seulement, le matérialisme dessèche le coeur, éteint l’imagination, ruine l’idéal ; mais il anéantit la vertu, et il détruit la morale.

Il fait de l’existence humaine une énigme impossible à résoudre, un rêve douloureux et sombre. Car si Dieu n’existe pas, qui donc vengera la justice si souvent outragée dans cette vie?

Et toute cette Création dont nous ne pouvons trop admirer les merveilles, qui nous donnera la clef de ses mystères si l’on supprime Dieu ?

Ah! si, au-delà de toutes les choses visibles et invisibles, au sommet de toutes les grandeurs mystérieuses que la Création nous révèle, au centre de tous les mondes en mouvement, vous placez la personne auguste d’un Dieu ; si, dans cet amoncellement illimité de matières en travail, vous mettez l’Esprit infini, c’est comme si vous allumiez un soleil au milieu de la nuit.

Mais si vous niez Dieu ou si vous l’ignorez, dans

quel abîme insondable d’ombre vous plongez l’humanité ! Quelle chute sans fin dans une nuit sans astres !

La Création n’est plus alors qu’un infini ténébreux qui n’a pas une lueur : et l’homme n’est qu’un atome obscur emporté vers le néant, dans un noir tourbillon.

Sa vie ne signifie plus rien. Elle n’a plus de raison d’être, et dans la fourmilière des organismes vivants la parole humaine est un cri qui n’a pas plus de sens que celui de l’aigle dans la nue, ou celui du hibou dans la nuit.

Moïse, Homère, Platon, Eschyle, Démosthène, Cicé ron, saint Thomas d’Aquin, Dante, Shakespeare, Pascal, Bossuet ne sont plus que des voix harmonieuses qui ont parlé pour ne rien dire, et dont les accents n’ont pas plus d’importance en vérité que les aboiements de l’animal sans raison.

Car toute parole humaine est alors vide de sens, et tout oeil est aveugle, et toute oreille est fermée. Il n’y a plus de fous ni de sages, plus de bons ni de méchants, plus de vertus ni de vices.

Il n’y a ni bien ni mal. Caïn est aussi innocent qu’Abel.

Néron est égal à saint Pierre.

Judas semblable à Jésus.

Un positiviste, plus sincère et plus logique que les autres, l’a déclaré : “Les vertus et les crimes ne sont plus alors que des produits chimiques. ” Et dans l’innombrable multitude des atomes que le tourbillon

emporte à travers l’infini, l’homme n’est pas même un chiffre, un numéro.

La vie, la mort ; mots vides de sens. Les êtres, des formes sans nom, des apparences. Le droit, la justice, la vérité, la liberté : des mots, rien que des mots.

Le héros et le traître, le martyr et le bourreau, des monades qu’un hasard a fait rencontrer

L’amour, rien. La conscience, une illusion. L’autre vie, un rêve d’enfant.

Mais comment donc pourrait-on expliquer cette vie, s’il n’y en avait pas une autre ?

Victor Hugo, qui fut un trop grand poète pour devenir matérialiste, a dit un jour: “le lieu qu’on a le plus besoin d’aimer sur terre et de sentir vivant, c’est le tombeau.”

Voulez- vous bien comprendre toute la vérité de cette parole ? Ecoutez les accents de ceux qui vont accompagner jusqu’au cimetière un être qui leur est cher : Au revoir ! A bientôt ! Attends-moi, dans peu de jours j’irai te rejoindre.

Voilà les cris que pousse alors l’amour. Est-ce que ces sentiments de la nature sont des mensonges? Estce à la mort, ou à la vie, que l’on parle ainsi ?

L’être aimé qu’on veut rejoindre, est-ce ce corps qui tombe en pourriture et qui ne sera bientôt plus qu’un peu de poussière?

Non, certes, c’est à l’âme que ces salutations pleines d’espoir s’adressent, et bien loin de tomber sans écho

dans la fosse où le mort est descendu, elles s’élèvent vers les demeures inconnues où l’âme s’est envolée.

Osez dire à l’amour en deuil qu’il a tort, et que sa foi n’est qu’une illusion.

Ah ! vous ne le direz pas, vous êtes croyants ; mais ceux qui ne veulent pas de Dieu, sont bien forcés d’en venir aux conséquences extrêmes que j’ai tirées de leur incrédulité; et vous comprenez dès lors combien leurs doctrines sont désastreuses.

Vous comprenez dans quelles ruines et quelles ténèbres l’enseignement sans Dieu plongerait les peuples.

La conclusion qui s’impose c’est que l’enseignement religieux est indispensable dans l’intérêt de l’humanité toute entière.

Allons plus loin — Considérons la question au point de vue individuel, et demandons-nous d’où peut venir à l’individu cet enseignement religieux nécessaire.

Dans le siècle où nous vivons plus qu’à aucune autre époque, l’homme fait de grands efforts pour se débarrasser de ce qu’il appelle “ l’Au-delà. ,’ Mais c’est en vain: il arrive toujours une époque dans son existence où l’étude de ce mystérieux inconnu devient pour lui un tourment.

Plus il en détourne sa pensée plus elle y revient; et ce qu il demande avant tout à la science moderne, c’est de lui démontrer qu’il n’y a pas d’autre vie.

Certes, la science moderne fait de son mieux pour arriver à cette démonstration ; mais pour peu qu’elle

soit de bonne foi, elle est bien forcée d’avouer de temps en temps qu’elle n’en sait rien.

Et le tourment subsiste. Il grandit à mesure que les années s’accumulent et que le terme de la vie approche.

Que ses espérances soient comblées ou qu’elles soient déçues, qu’il se dégoûte de l’existence ou qu’il s’y cramponne, l’homme voit inévitablement approcher le jour fatal du dernier départ pour le dernier voyage.

Tout lui dit que ce monde est un lieu d’exil, et que cette vie n’est qu’un commencement.

Mais où donc est la Patrie, si la terre est un exil ? Et quel est ce voyage qui commence à la tombe, et dont le terme est enveloppé d’insondables mystères?

C'est la grande question, non pas du jour mais de tous les jours et de tous les âges. C’est la question qui absorbe toutes les autres, qui intéresse tous les hommes et qui est pour eux tous le grand mystère) s’ils n’ont pas recours à l’enseignement religieux pour le résoudre.

Car ceux qui sortent de ce monde n’y reviennent jamais pour nous apprendre ce qu’il y a par delà le tombeau; et l’esprit humain a beau se vanter de ses conquêtes; il n’a jamais pu arracher son secret à la mort. Il y a là des ténèbres que ses yeux et ses instruments d’optique sont impuissants à pénétrer.

Quand vous allez à la gare du chemin de fer accompagner un ami qui part pour l’Europe, vous lui dites adieu sans grande émotion, tout en songeant qu’une immense distance vous séparera bientôt.

Car s’il disparaît à vos yeux, il n’en est pas moins vivant, et vous pouvez l’accompagner par la pensée, pendant les jours qui suivent. Vous pouvez même indiquer sur votre carte avec plus ou moins de précision l’endroit où il se trouve.

Mais au jour du grand départ pour “ l’au-delà ”, il n’en est plus de même. Vous ne le reverrez jamais celui auquel vous dites “adieu”. L’océan qu’il va franchir est totalement inconnu aux géographes. Jamais âme qui vive n’a pu en dessiner la carte ; et des millions d’hommes qui l’ont traversé, aucun n’est jamais revenu nous raconter ses aventures.

“ Pourtant, que d’appels fous, longs et désespérés,

Nous poussons jour et nuit vers tous nos enterrés !

Quels flots de questions coulent avec nos larmes !

Mais toujours à travers ses plaintes, ses remords,

Ses prières, ses deuils, ses pleurs, et ses alarmes,

L’homme attend vainement la réponse des morts.”

Interrogez les savants qui prétendent tout savoir, et demandez-leur ce que devient l’homme après sa mort. Tous les vrais savants, ceux qui ont le respect de la vérité et le souci de leur réputation, vous répondront: “Nous n’en savons rien.”

Ils l’ont pourtant bien étudiée cette nature humaine à laquelle ils appartiennent. Ils l’ont bien des fois disséqué, analysé, dissout ce corps matériel qui vivait hier, et qui est mort tout à coup.

Pendant qu’il vivait, ils en ont compté les pulsations et les souffles, les nerfs et les muscles, les cellules et les atomes; et maintenant qu’il est mort, ils en ont

CONFÉBENCES ET DISCOUES

défait pièce à pièce toute l’admirable mécanique, espérant toujours y découvrir le principe qui le faisait vivre, leverbequi le faisait parler, l’esprit qui pensait en lui.

Vains efforts. La matière transformée, volatilisée, débris, atome, gaz, est restée muette. Ni le scalpel, ni la cornue n’ont pu lui arracher son secret, et le livre de vie est resté scellé.

Sans doute, les savants pourront vous décrire le travail de décomposition du corps. Ils vous diront que les éléments qui le composent entrent en fermentation, se dissolvent et se volatilisent selon les lois chimiques. Ils vous diront que les gaz, les acides et les sels qui s’en dégagent rentrent dans le tourbillon vital, et vont former d’autres corps, bruts ou organisés.

Mais l’âme, que devient-elle ? Aucun d’eux ne pourra vous le dire.

Et pourquoi la science est-elle impuissante à résoudre ce grand problème? Parce que la science humaine ne connaît que la nature, et que ce problème est en dehors et au-dessus de la nature.

N’y a-t-il donc absolument personne qui puisse nous apprendre les mystères de “ l’au-delà ” ? N’y a-til vraiment aucun Christophe Colomb qui ait traversé l’immensurable océan, qui sépare la terre du ciel, et qui en soit revenu pour nous apprendre la route ?

Oui, Mesdames et Messieurs, ce Colomb a existé. 11 est un homme qui est descendu du] ciel en terre, qui a vécu parmi les hommes, qui a traversé la nuit du tombeau, qui en est sorti vivant, et qui est remonté

au ciel après nous avoir enseigné par quel chemin nous pouvons le suivre.

Mais cet homme était Dieu, et c’est de lui que nous est venue la science de “ l’au-delà ”, qu’un Dieu seul pouvait enseigner à l’humanité.

Non seulement, il s’est fait personnellement le professeur du genre humain, mais il s’est choisi des successeurs, et il a fondé une chaire qui transmettra ses enseignements à la terre, pendant les siècles des siècles.

C’est là qu’il faut aller chercher cet enseignement religieux sans lequel l’homme ne peut rien connaitre de ses immortelles destinées.

Toutes les autres chaires, si savantes et si brillantes que vous puissiez les supposer, ne peuvent suppléer à celle-là, et ne pourront jamais lui être comparées, ni en gloire, ni en durée.

Il y a, Mesdames et Messieurs, parmi les grands bois de la Chine un arbre gigantesque qu’on appelle “l’arbre de l'Empereur”, et dont le principal caractère est de s’élever toujours au-dessus des hautes futaies qui 1 entourent. Et quand il les domine, son feuillage prend la forme d’une couronne pour affirmer son empire, et pour les abriter en même temps de son ombre.

L’enseignement de Jésus- Christ ressemble à cet arbre impérial. Vainement les autres chaires dressent à ses côtés leurs têtes orgueilleuses et s’efforcent de le jeter dans 1 ombie, il poursuit sans cesse sa croissance merveilleuse et dominatrice; il s’élève, il s’illumine,

il grandit avec les siècles, et toujours sa cime victorieuse transformée en couronne répand autour de lui son influence bienfaisante.

PRONONCE A i/lNAUGURATION DU MONUMENT CHAMPLATN

M. le Président,

Mesdames, Messieurs,

C’est un cri d’admiration qui monte spontanément de mon coeur à mes lèvres, en présence du spectacle qui se déroule sous mes yeux.

Qu’elle est grande et qu’elle est belle cette manifestation patriotique et nationale !

C’est vraiment l’âme de tout un peuple que je sens frémir et vibrer dans cet auditoire exceptionnel qui m’entoure, et le difficile pour moi n’est pas de trouver dans mon cœur des sentiments qui soient en harmonie avec les circonstances, c’est de leur donner une expression qui puisse rendre toute la vivacité et toute la profondeur de l’émotion de tous.

Messieurs, s’il y a dans cette fin de siècle des spectacles affligeants pour les âmes d’élite; si les merveilles du progrès matériel nous dérobent trop souvent les glorieuses perspectives du monde idéal, il est d’autres spectacles qui nous consolent et nous relèvent ; et celui dont nous sommes aujourd’hui les té-

moins est bien de nature à réjouir notre fierté d’homme et notre orgueil patriotique.

Je regarde autour de moi, et mes yeux sont ravis du tableau pittoresque où se fondent dans un harmonieux contraste les hommes et les choses du présent et du passé, les beautés de la terre et les clartés du ciel.

J’écoute, et j’entends un concert de voix éloqu entes parlant des langues différentes, mais partageant les mêmes émotions, exprimant les mêmes sentiments, et célébrant la même gloire.

Angleterre, France, Canada, est-ce bien vous qui venez aujourd’hui acclamer à l'envi la gloire d’un passé qui semblait oublié?

Oui, messieurs, ce ne sont pas seulement des individus mais des nations qui se joignent à nous en ce jour, et qui mêlent leurs voix aux nôtres. L’Angleterre est ici représentée par son vice-roi, et ce sont les hommages d’un grand peuple qu’il est venu déposer aux pieds d’un de nos grands hommes.

La France est ici, tressaillant comme nous au souffle magnétique du patriotisme ; et, non seulement,

son représentant officiel s’est fait l’écho des senti-

ments français dans le langage vivant et charmeur de sa race; non seulement, ses artistes ont exprimé dans le marbre et le bronze l’admiration de leur patrie pour notre héros : mais les pierres elles-mêmes — les pierres de France — se sont mises en mouvement, elles ont traversé les mers, et elles chantent maintenant sur le rocher de Québec la gloire impérissable de Samuel de Champlain.

Ne nous étonnons pas, messieurs, des proportions exceptionnelles de cette manifestation. Elle a un caractère quasi surnaturel que je vais vous montrer, et elle reproduit l’un des phénomènes les plus merveilleux de la vie des peuples.

Sans doute, nous sommes tous de ceux qui croient que l’homme ne meurt pas tout entier, et que la résurrection et l’immortalité sont promises à tous.

Mais il est des hommes d’élite auxquels l’humanité décerne une autre immortalité, même sur cette terre, et qu’elle ressuscite pour les combler d’honneurs.

Voilà l’étrange phénomène de la vie des nations auquel nous assistons, et que j’ai appelé quasi surnaturel.

C’est une résurrection, la résurrection de notre grand ancêtre, père de notre nationalité ! C’est sa victoire définitive sur la mort. C’est la glorification deson œuvre. C est l'apothéose d’un homme personnifiant toute une race, et recevant de la patrie la couronne de l’immortalité !

Messieurs, la vie et la gloire humaines sont deux manifestations de Dieu sur la terre. Elles sont les deux grandes visiteuses qui en font sans cesse le tour, et dont les appels font sortir les uns du néant, et les autres de 1 oubli. Mais les appels de la gloire s’adressent plutôt aux morts qu’aux vivants, et il y a souvent des siècles que ceux-là dorment oubliés au fond de

leurs tombeaux, devenus introuvables, quand la gloire les réveille et leur communique une vie nouvelle qui n’aura plus de fin.

On s’étonne que l’on n’ait pu trouver ni le tombeau ni les cendres de Champlain. C’est que ce tombeau a dû voler en éclats aux appels de la gloire, et que le mort en est sorti glorieux.

Pendant plus de deux siècles, il a dormi dans cette terre qu’il a tant aimée ; mais ce long sommeil n’était pas le travail de la destruction et de l’anéantissement. C’était l’incubation de la gloire. C’était la germination de cette semence d’immortalité qui fait les morts si grands que les tombes ne peuvent plus les contenir, et qui les fait surgir tout rayonnants de l’ombre, dans des attitudes d’apothéose.

Et maintenant c’est lui qui nous apparaît ressuscité sur ce rocher, témoin de ses travaux et de ses épreuves à l’endroit même où il bâtit lepremier fort Saint- Louis' symbole de la puissance française en Amérique, sur cette montagne où il a peiné vingt-cinq ans, où il a souffert, où il est mort, qui a été son Calvaire, et qui devient aujourd’hui son Thabor !

Ne le reconnaissez-vous pas dans l’attitude que l’artiste lui a donnée ? Regardez-le : Ce n’est pas l’homme qui se repose, c’est l’homme qui marche en avant ; il pose solidement son pied droit sur le rocher dont il prend possession et qui sera le siège de sa vice-royauté.

U ne regarde pas en bas, ni auprès de lui; il regarde au loin, la tête perdue dans les étoiles, et comme jadis, il voit l’avenir quand la plupart des hommes qui l’en- -touraient ne voyaient que le présent. D’un geste à la lois large et modeste, il se découvre et salue. Mais à qui donc s’adresse ce salut? Ce n’est pas à la vieille France tant aimée, car il lui a dit un éternel adieu- C est à la terre dont il prend possession et qu’il regarde comme une terre Promise. C’est à la Nouvelle- France dont il aperçoit déjà les grandeurs et les beautés futures dans l’étendue de ses vastes horizons. C est à la postérité, c’est à nous tous, messieurs, que ce noble salut s’adresse. Et si ce bronze prenait la parole en ce moment, il s’écrierait sans doute : O Québec ! ma fille, que je retrouve si grande et si belle, Je te salue et je te remercie ; car c’est toi qui fais ma gloire; c’est l’éclat de la fille qui rejaillit sur le père !

O postérité ! O mon peuple! c’est à toi de méjuger; me voici devant ton tribunal et je me découvre en attendant ton jugement. Dis, si j’ai bien mérité de la patrie et si je suis digne des honneurs qu’on me décerne.

Messieurs, la sentence que Champlain sollicite, elle est prononcée aujourd’hui dans les assises les plus solennelles que puisse tenir un peuple. Vous venez de 1 entendre tomber des lèvres de ses juges les plus auorises, et ce sera le verdict de tous que Champlain a eté vraiment un grand homme.

L’attribut caractéristique de la grandeur est de créer, c’est-à-dire de tirer l’être du néant. Or celui qui fonde est un créateur. Mais sa grandeur dépend de la mission qu’il a remplie et des proportions de sa fondation.

L’oeuvre de Champlain nous reporte à l’une des époques les plus glorieuses de l’histoire des races latines, et surtout de la France.

Le 17ème siècle commençait. Henri IV le Grand régnait, et le Roi-Soleil allait bientôt paraître. Corneille était né, Bossuet, Pascal, Racine, Molière allaient bientôt faire entendre des paroles nue le monde ne se lasserait pas d’applaudir, et qui feraient de la langue française le verbe du monde civilisé !

L’heure était venue pour la France d’obéir à la force d’expansion de son génie, et de porter en Amérique le flambeau de la civilisation, et, c’est Samuel de Champlain qu elle appela définitivement à remplir cette mission.

C’était la plus grande que la Providence des na tions pût confier à un homme. Il allait être l’ambassadeur des nations civilisées auprès de la sauvage- ’ie, et le continuateur en Amérique des gesta Dei per Francos. Que dis-je, il allait être l’ambassadeur du ciel dans une terre payenne, pour lui faire connaître l’Evangile et la convertir au Christianisme. Les écrit*, de Champlain témoignent qu’il comprenait ainsi sa mission.

Mais ce n est pas tout d avoir une haute mission.

L Histoire est remplie de ces grandes vocations incomprises ou trahies.

Champlain ne fut pas de ces élus infidèles; il accepta son rôle, et il en accomplit les obscurs et pénibles travaux. Il comprit que toute grande oeuvre ne réussit que par le sacrifice, et il se sacrifia tout entier.

.Ses légitimes aspirations d’avenir en France, son bonheur domestique, ses biens de famille, les affections, les joies, les douceurs du pays natal, il abandonna tout. Il donna sa vie; il se donna lui-même avec le désintéressement d’un apôtre, avec la générosité et la patience d’un martyr.

Il voua à sa patrie d’adoption un véritable culte. Elle devint en quelque sorte son épouse, remplaçant celle qu’il avait dû quitter en France, et il lui garda jusqu’à la mort un attachement et une fidélité inébranlables.

C’est ainsi qu’il est vraiment devenu notre père, et que nous sommes bien sa postérité.

Champlain n’était pas un soldat de fortune, un aventurier, un rêveur. C’était un homme d’action.

Pas de discours à grand effet, pas de phrases, mais des actes. Pas de ces actions d’éclat qui impriment une secousse à l’opinion publique, qui l’absorbent, et dont l’auteur se fait un piédestal pour briller aux yeux de tous. Non, mais des actes simples, obscurs, sur un théâtre ignoré. Des gestes sans attitude, sans pose,

héroïques au fond, mais sans témoins, qui produiront de grandes choses, sans bruit.

Et quel était le mobile de ses actes ? Etaitce le désir de s’enrichir, et de faire un brillant avenir à sa famille ? Evidemment non, il n’y avait pas de mines d’or au confluent du St- Laurent et de la rivière St- Charles, et le premier sacrifice que sa mission lui imposait était celui de sa fortune et de son bonheur domestique.

Rêvait-il de renouveler ici les exploits et les conquêtes de Fernand Cortez au Mexique, et de Pizarre au Pérou ? Non, il ne nourrissait pas de telles ambitions; il ne recherchait ni la gloire des armes ni les satisfactions du pouvoir. Son rêve était plus modeste. Que dis-je, modeste ? Ah! non, messieurs, il n’était pas modeste, si nous considérons la fin suprême de ses aspirations. Car ce qu’il rêvait de fonder sur les bords du Saint-Laurent, ce n’était rien de moins qu’une France nouvelle.

faire une France, et lui donner les dimensions de 1 Europe entière ! Y songez-vous, messieurs ? Quel rêve de géant ! Quelle entreprise de demi-dieu ! Faire en Amérique un double de cette merveille qui était alors la nation reine de l’Europe ! Reproduire au bord de notre grand fleuve ce chef-d’oeuvre que les races

franque et celtique avaient pris des siècles à édifier !

Donner une fille à cette reine-mère, dans ce 17e siècle qui marquait l’apogée de sa gloire et de sa puissance ! N’était-ce pas une œuvre surhumaine ?

Oui, certes, et cependant si le rêve sublime du giand homme n a pas ete complètement réalisé, ce ne fut pas sa taute, mais celle de la France des deux derniers siècles qui ne comprit pas la grandeur de l’oeuvre, qui ne devina pas l’avenir, et qui négligea de remplir, vis-à-vis de sa fille d’Amérique, les grands devoirs de sa glorieuse maternité. Mais la faute de la mère ne doit rejaillir ni sur le père ni sur la fille. Elle ne doit pas rabaissser l’œuvre de Champlain, ni obscurcir la gloire de sa conception grandiose. Telle qu’elle est d’ailleurs, son humble fille n’est pas, il me semble, sans grandeur ni beauté, et ce n’est pas dans un jour comme celui-ci qu'on osera dire qu’elle n’est pas digne d’admiration.

Sans doute, tout le mérite n'en revient pas à Champlain. Mais il en a jeté les fondations avec la conscience et la détermination de bâtir pour l’avenir.

Un foyer, une église, une forteresse, sont les grains de sénevé qui produisent les patries, et c it lui qu les sema aux bords de notre grand fleuve.

Voilà le fondement de sa grandeur; et elle a reçu son complément obligé dans les épreuves qui ont assailli sa vie — un homme n’étant pas vraiment grand sans avoir souffert.

Champlain a connu, en effet, tous les genres d’épreuves, — les contradictions dans ses projets — le dénûment et les privations — les dénigrements de l’envie,

les amertumes de la défaite et de l’abandon — l’immense douleur de voir sa fondation pendant deux années au pouvoir de l’étranger— et enfin la suprême affliction de mourir sans pouvoir compléter son œuvre et en assurer l’avenir.

Voilà surtout le glaive qui dut percer son cœur à ses derniers moments.

On était arrivé aux derniersjours de décembre 1635, les jours les plus courts del’année. Sur lepromontoû re alors couvert de neige, le soleil se montrait à peine, rasant l’horison et ne jetant qu’une lueur pâle et fugitive aux fenêtres de la pauvre habitation où le fondateur de Québec agonisait. Hélas ! sur l’ombre grandissante des soirs d’hiver, l’ombre éternelle descendait lentemeut.

Cliamplain vit venir la mort, et ce fut le grand déchirement de son cœur de rompre tous les liens qui l’attachaient â la terre, et de dire adieu à la vie et à ceux qui lui étaient chers, à la vieille France qu’il ne reverrait plus, et surtout à sa chère Nouvelle-France dont les futures destinées lui causaient tant d’anxiété.

Mais il était un grand chrétien ; et le joyeux carillon des cloches de Noël annonçant la venue du Messie lui apporta de douces consolations. C’était le jour où le Ciel promet la paix aux hommes de bonne volonté, et toute sa vie n’avait- elle pas prouvé sa bonne volonté ? C’était le jour où son Dieu qu’il avait aimé et servi fidèlement, descendait sur terre : ne venait-il pas recevoir son œuvre comme un patron reçoit l’ouvrage de son ouvrier, et lui payer son salaire ?

Tels furent vraisemblablement les sentiments dans lesquels Champlain quitta la terre, le jour de Noël

Messieurs, parmi les astres qui brillent sur nos têtes, il en est peu qui soient sans taches et les astronomes n’en exemptent pas même le soleil.

Or, il en est de même au firmament de la gloire, et les grands hommes immaculés sont bien rares.

Mais Champlain est un de ces rarissimes diamants dont la pureté est entière. Dans sa vie privée comme dans sa vie publique il brille de toutes les vertus.

Il a écrit qu’il venait au Canada pour y faire fleurir le lis ; or il était lui-même un lis immaculé qu’on a vu fleurir sous tous les climats. C’est cette pureté du fondateur qui a mérité à son œuvre la vitalité au milieu de toutes les tempêtes qui l’ont assaillie, et qui nous la montrent encore pleine de force et de promesses.

O Fondateur de Québec, sois fier de ton oeuvre, et contemple ta ville avec admiration. Elle est la plus belle du continent américain ! Elle est la bien-aimée, la glorieuse, l’inoubliable ! Et lorsque, saluant l’étranger du haut de ton piédestal : tu lui crieras : Vive Québec ! la vieille cité te répondra : Vive Champlain !

Impassible désormais sous le manteau de bronze que l’art français a jeté sur tes épaules, affranchi des morsures du temps et de la mort, tu vivras aussi longtemps que cette terre, contemplant, dans les jours de

soleil et les nuits étoilées, le merveilleux paysage que tu aimais tant jadis, et regardant circuler à tes pieds les nombreuses générations qui t’appelleront leur père.

Ici dans les grands jours de fête nationale, les foules viendront déployer leurs bannières, et pousser vers toi cette universelle acclamation : Gloire à Samuel de Champlain !

Quant a nous, Messieurs, restons fidèles à la mémoire des ancêtres, et attachons-nous toujours davantage à ce sol sacré qui a été le berceau de nos vertus primitives et de nos gloires, quia été arrosé du sang de nos héros et de nos martyrs, et dans les plis duquel dorment tant d’illustres aïeux.

Rappelons-nous l’antique légende d’Antée qui, terrassé par Hercule, recouvrait des forces nouvelles chaque fois qu’il touchait le sol, et qu’Herculene put vaincre qu’en le tenant suspendu dans l’air. Ne nous laissonsjamais détacher du sol de la patrie par le colosse Hercule qui nous avoisine, et nous y puiserons, comme les grands chênes de nos forêts, un élixir de vie et d’immortalité.

Page 1