‹ Conférences et discoursChapitre 18 sur 30 · MESSIEURS LES ELEVES · texte numérisé non relu

MESSIEURS LES ELEVES

Vous voulez absolument que je vous adresse la parole. Or, j’ai passé la journée entière sur le banc de la Cour de Circuit, et ce travail abrutissant ne met pas en veine d’éloquence.

Mais vous confondez peut-être ce banc-là avec un banc d’huîtres, et vous y avez vu sans doute un amoncellement d’écailles vides que les avocats y distribuaient entre leurs clients.

Si vous en concluez que ce rapprochement va me donner de la verve vous vous trompez. Mais il me suggère une idée, c’est de faire parler une huître à ma place.

Ne m’objectez pas que l'huître est muette : car je vous répondrai que les muets parlent par signes, et qu’en réalité tout parle dans la nature. Tous les êtres ont une voix, un langage; et si nous ne les entendons pas, c’est que nous ne les écoutons pas.

Je vous prie donc de bien écouter le petit discours que va vous adresser la superbe Bouctouche que

Mgr. le Recteur vient d’ouvrir. C’est sa spécialité d’ouvrir les molusques avec la même habileté qu’il ouvre les intelligences.

“ Messieurs les élèves, ” dit l’huitre.

“ Avant de venir sur votre table pour satisfaire votre faim , en remplissant la mienne, ( la fin d’une huitre), j’ai passé plusieurs années au fond delà mer, dans la solitude et l’obscurité. C’est là que je me suis ornée et développée.

“ Au-dessus de moi, il y avait souvent des orages et des tempêtes, mais je n’en étais pas troublée et je poursuivais dans le calme mon travail de formation.

“ Eh bien ! messieurs, faites comme moi : Sortez le moins possible de votre paisible retraite. Ne vous laissez pas troubler par les bruits du dehors, ni par les orages intérieurs. C’est dans le calme de l’étude et dans la paix de la conscience, au sein de la solitude où le monde vous ignore, que vous vous formerez selon les dessins de Dieu sur vous.

Vous remarquerez sans doute que ma formation et mon perfectionement ont été surtout intérieurs.

“J’ai gardé l’écorce très rude: et pour de bonnes rai- '’ons, mais ceux d’entre vous qui sont des gourmets vous diront que je suis devenue un mets très délicat, agréable au goût et substantiel. Vous pouvez constater que j’ai confectionné moi-même une jolie coupe en nacre polie, dans laquelle je me sers moi-même et me sacrifie pour votre plaisir.

Eh bien ! soignez comme moi la formation intérieure avant tout. C’est la plus importante.

“Mais remarquez que votre écorce ne doit pas être rude, épaisse, comme la mienne, parce que vous vivrez dans un milieu tout différent.

“Quand l’océan au fond duquel j’ai vécu était profondément troublé, j avais à me protéger contre les chocs rudes au milieu des cailloux et des mollusques, et j’étais forcée de garder mon écorce épaisse et dure .

“ Mais vous qui vivez au milieu d’hommes civilisés vous devez polir même votre extérieur. Vous devez acquérir non seulement les connaissances que donne l’instruction, et les vertus qu’enseigne la religion, mais aussi les perfectionnements extérieurs que donnent la bonne éducation et le savoir-vivre.

“ Voyez, par exemple, ce que je fais moi-même quelque fois.

“ Non seulement, je travaille à me rendre utile et agréable à l'homme : mais je lui fabrique des joyaux qu'il ne pourrait pas confectionner lui-même, des per les précieuses. Je cultive ainsi le beau, à ma façon.

“ Imitez-moi. N’étudiez pas seulement les sciences, ou les professions auxquelles vous vous destinez, cultivez aussi les beaux-arts.

“ Vous avez pour cela des avantages que je ne possède pas.

“ Ainsi, par exemple, j’appartiens à cette espèce d’êtres vivants que les savants appellent acéphales , c’est à dire sans têtes. Je sais qu’il y a des hommes, même* des savants, qui me ressemblent sous ce rapport, mais ous n’êtes pas de ceux-là; vous avez chacun une tête

Eh bien ! cette tête il faut la meubler, l’orner ; car si vous la laissez vide, elle ne vous fera pas honneur.

Vous avez aussi une langue que je n’ai pas. Apprenez à vous en servir. C’est un grand art que celui de la parole, et il me semble que vous ne le cultivez pas assez.

Si vous allez jamais en Italie, on jugera de votre intelligence par votre parole. Al parlai- il cervello, disent les Romains. Et l’on juge ainsi dans tous les pays civilisés.

“ Enfin, je vis peu d’années; mais au bout de quatre ans, ma croissance est complète. J’ai acquis alors la perfection ... de l’huitre, et je me sacrifie pour le plaisir de votre palais, et la satisfaction de votre appétit.

‘k Vous vivrez bien plus longtemps que moi, mais si vous considérez tout ce qu’il vous faut acquérir de connaissances vous comprendrez que vous n’avez pas de temps à perdre, et quand vous aurez passé quatre années dans cette université, faites en sorte qu’on dise de vous ; ce sont de vraies perles. Pour cela, travaillez ardûment. Ne vous amusez pas trop, et soyez sobres. Moi, je ne bois jamais que de l’eau salée. C’est hygiénique, et ça coûte moins cher que le cognac.

“Votre vie, plus longue que la mienne, sera cependant bien courte: et, si vous voulez en faire un bon emploi, ayez constament devant les yeux cet axiome des Latins; Ars longa , vit a brevis.

Au BANQUET DONNÉ A SlR JAMES LeMoINE

Messieurs,

Le nouveau chevalier que nous fêtons ce soir n’est pas ce qu'un vain peuple pense, et ce que j’ai pensé moi-même, avant de le bien connaître.

Au premier abord, je me suis dit: c’est un homme excellent, érudit, un causeur intéressant ; mais il est flegmatique et froid.

Quand je l’ai mieux connu, j’ai dû confesser que jem’étais trompé.

Sir James LeMoine est un cœur chaud, un passionné. C’est le feu sous la cendre .

Vous riez ; et vous ne croirez pas la confidence que je vais vous faire, quoique rien ne soit plus vrai : Sir James LeMoine a une maîtresse, mais une maîtresse légitiment dont lady LeMoine n’est pas du tout jalouse.

C’est la vieille cité de Champlain qu’il adore, et il a passé sa vie à parler d’elle, à vanter ses beautés, à raconter ses histoires héroïques et romanesques, et à célébrer sa gloire.

Sir James n’est pas seulement Québecophile, il est

Québecomane. C’est une manie douce et charmante que les anciens désigneraient probablement sous le nom de patriotisme.

Cet amour de notre ami compte un demi-siècle de fidélité et d’attentions. Il en est aujourd’hui récompensé ; car c’est le lustre de celle qu’il aime qui rejaillit sur lui et qui fait briller son mérite.

On peut dire que s’il n’a pas fait connaître au monde entier les charmes de sa vieille et toujours jeune idole, ce n’est pas sa faute.

Pendant des années et des années, il s’est identifié avec notre glorieuse ville : et, plein d’amour pour elle seule, il s’est imposé un travail de moine qu’il est, déchiffrant les vieux manuscrits, feuilletant les archives poudreuses et les vieilles gazettes, interrogeant les historiens et les annalistes, compilant et collectionnant avec passion, pour remettre sous les yeux de ses contemporains le merveilleux passé de cette cité, tant chérie par nos pères.

I ous ses volumes, qui sont nombreux, tendent vers ce but noble, généreux et patriotique.

Oh ! Sans doute il ne faut pas chercher la perfection littéraire dans les ouvrages de notre ami ; et si je disais que son style a la correction des classiques, le mouvement et le coloris des romantiques, il serait le premier à douter de ma sincérité.

Sans doute, il n’écrit pas l’histoire dans le style élégant et fleuri de notre abbé Casgrain.

II ne possède pas l’art de pincer les cordes de la lyre comme Fréchette et Lemay.

Il n’a pas comme notre journaliste anglais, Geo. Stewart, la verve endiablée des meilleurs humouristes, et l’esprit pétillant et mousseux d’un vin de Champagne.

Mais il a l'incontestable mérite d’avoir aimé passionément sa patrie, d’avoir travaillé toute sa vie à la glorifier, aux yeux de ses compatriotes et des étrangers, d’avoir su écrire et parler le double verbe qui distingue notre pays des autres, et d’avoir été dans notre société une personnification vivante de l’union des deux races.

Du reste, pour constater son mérite littéraire, il me suffira de signaler le fait qu’il a des envieux, des jaloux qui le critiquent à outrance. Il n’y a pas de meilleure sanction à la gloire de l’écrivain que la persécution des zoïles grincheux.

En décorant Sir James LeMoine, notre gracieuse Souveraine a donc honoré un digne représentant de notre double littérature, anglaise et française ; et c’est pourquoi il convient après avoir bu à la santé de notre hôte — de vous proposer la santé de la littérature canadienne.

Certes, je ne vous raconterai pas son histoire. Si courte qu’elle soit, elle serait trop longue à cette heure et en ce lieu. Les œuvres qui la composent ne sont pas nombreuses d’ailleurs, et leur éclat est modeste.

C’est une petite personne qui ne manque cependant ni d’attraits, ni de physionomie, qui est jeune encore, et qui grandira, “ quoiqu’elle ne soit pas espagnole.”

Ses promesses d’avenir sont à la fois dans ce qu’elle a déjà produit, et dans sa noble origine ; car elle a pour mères les deux littératures de France et d’Angleterre.

Pourquoi ses progrès ne sont-ils pas plus rapides ? •Je pourrais facilement vous en assignerles causes multiples. Mais je me contenterai de vous signaler franchement la principale.

C’est la politique qui la tue. Nos journaux littéraires et nos revues meurent tous, les uns après les autres, faute d abonnes, tandis que lea journaux politiques arrivent a une circulation de quinze, vingt, et trente mille lecteurs.

Disous de plus que les charmes de la carrière littéraire ne sont pas des plus séduisants. Ils ne valent pas même ceux de la vie politique, ce qui n’est pas peu dire.

Vous vous imaginez, sans doute, qu’on y vit en paix, qu’on s’y repose tranquillement sur ses lauriers comme les libéraux se reposent aujourd’hui sur le leur I (sir Wilfrid).

Vous croyez que dans ce qu’on appelle la république des lettres, les querelles, les jalousies, les critiques haineuses sont inconnues ; qu’il y a parmi nous une noble émulation à vanter nos confrères, ou plutôt nos frères?

Erreur profonde, Messieurs; nous sommes des frères comme Caïn et Abel, comme Romulus et Rémus, comme Etéocle et Polynice, comme., les rouges et les. bleus !

Mais au moins, me direz-vous, c’est une carrière lucrative?

Oh! pour ça, oui, c'est même ce qui nuit à notre •avancement. Une fois millionnaires, nous cessons de travailler!.

Jusqu’ici, il n’y avait que les honneurs qui nous manquaient ; mais les voilà qui arrivent. Ils viennent lentement, mais ils viennent !

\ oyez Sir James. Il n’a travaillé que cinquante ans pour les obtenir !

Ce qui me fait particulièrement plaisir, c’est qu’enfin le nouveau décoré porte un nom français. Jusqu’à présent, il n'y avait dans le domaine littéraire et scientifique que des Canadiens-Anglais auxquels on •conférait des distinctions honorifiques.

Sir James servira de transition d’une race à l’autre. C’est par lui qu’on aura appris en Angleterre qu’il y a ici une littérature française, et dans un autre demi siècle, quelqu’un de nos descendants recevra le même honneur ! Messieurs, je vous propose de boire à la littérature canadienne.

Prononcé au Jubilé professionnel de Sir L. N. Casault, de l’hon. juge Plamondon et de M. Jacques Malouin.

Messieurs,

Dans le discours qu’il vient de prononcer, l 'honorable juge-en-chef a appelé “ noces d'or ”, le jubilé professionnel que nous célébrons dans ce banquet.

Je né sais pas si cette expression est absolument correcte ; mais elle me parait excellente et bien trouvée. Car embrasser une profession, c’est l’épouser.

On peut bien embrasser une femme sans l’épouser, mais non une profession.

Naturellement, il en est de ces noces comme des autres : les modèles à imiter sont les époux fidèles, ceux qui gardent la fidélité, jusqu’à la fin, dans la bonne comme dans la mauvaise fortune ; et la chose n’est pas sans mérite.

Car dans ce mariage-là, comme dans l’autre, il y a des désillusions, et, quand ces désillusions arrivent, on voit des conjoints qui faiblissent, et qui cherchent ailleurs des consolations.

Les uns se placent dans ce casier d’automates qu’on

^appelle le service civil, pour le distinguer du service domestique.

D’autres s’engagent, ou, pour parler comme eux, sc lancent dans ce qu’ils appellent les affaires , c-à-d Varient des autres. Ils réussissent quelquefois, quand ils peuvent inventer un bon spécifique, comme le quick- •cure, par exemple, ou découvrir quelques terrains miniers, dans des régions inaccessibles, dont eux seuls connaissent l’inappréciable valeur. Lorsqu’ils sont •habiles à trouver des actionnaires, et à se faire des créanciers, on les appelle des brasseurs d’affaires.

N allez pas croire au moins que je veuille attaquer ici la brasserie de B eauport, dont je vois plusieurs actionaires à cette table. Car ce n’est pas une mine'; •quoi qu’en disent ceux qui ont des actions à vendre.

Tout au plus, pourrais-je dire, à titre de réclame, que c’est un spécifique contre l’anémie, un tonique.

D autres avocats, enfin, deviennent des bigames: c’est-a-dire que sans divorcer avec la profession ils épousent la politique.

Il va sans dire que l’épouse No 1 est plus ou moins négligée et souffre. Mais la politique est la plus inconstante de toutes les femmes, et tantôt ils s’en dégoûtent, tantôt elle les abandonne, et les renvoie à leurs premières amours.

C est piecisement 1 un ou l’autre sort qui est arrivé aux tiois illustres avocats que nous fêtons ce soir.

Tous tiois ont jadis fait 1 essai de ce double ménage, mais ils sont heureusement revenus à la monogamie.

Ont-ils volontairement renoncé à la politique? Ou les a-t-elle abandonnés ? Je l’ignore, mais vous savez que les deux aventures arrivent.

Quelquefois même, la politique repousse tout-à-fait ceux qui lui font la cour. Ainsi, vous savez tous quemoi aussi j’ai flirté jadis avec elle, et que je m’imaginais avoir un certain succès.

Mais quand vint le moment où la JUrtation doit changer de nom, le moment du oui final, ou fatal, la politique m’a répondu : Non, tu as déjà deux femmes, Thémis et la Muse, c’est assez! C’était même trop.

Mes trois confrères ont été plus heureux, ou moins heureux que moi, et ils ont été agréés par dame Politique, au moins pendant quelque temps.

Mais l’erreur n’a pas été longue, et ils sont bientôt revenus à leur première épouse, la belle et noble profession qui est la nôtre.

Depuis cette époque, déjà lointaine, ils ne l’ont plus quittée, et leur fidélité a reçu sa récompense. Car ils ont obtenu de grands succès et fourni une belle carrière.

Tous trois étaient remarquablement doués, et ils le sont encore, mais il est curieux devoir combien leurs dons étaient différents.

L’un avait une haute intelligence de juriste, servie par un travail opiniâtre, une âme ardente, une ambition généreuse, une conscience inflexible, et une énergie indomptable. Sa devise paraissait être : quand on veut on peut ; or il se disait : ‘je veux arriver au sommet ’, et il y est arrivé.

L’autre avait un esprit brillant, vif et enjoué, une parole facile, une plume alerte, et une verve éblouissante. On cite souvent ses bons mots, ses fines réparties; et l’on garde le souvenir des succès éclatants qu’il a obtenus devant la cour du Banc de la Reine (juridiction criminelle).

Le troisième avait un jugement calme et droit, un grand sens juridique, une aversion prononcée pour la chicane, et un grand air de gentilhomme d’autrefois. Plutôt timide que téméraire, plus modeste que de raison, consciencieux jusqu’au scrupule, il a exercé sa profession honorablement, sans rechercher le bruit, et il est arrivé au premier rang parmi les plus di. gnes disciples de Thémis, pendant que ses deux confrères étaient appelés aux honneurs de la magistrature.

Voilà, messieurs, les trois hommes que nous honorons ce soir à juste titre, parce qu’ils ont compris et rempli jusqu’au bout la noble et glorieuse mission sociale de l’avocat.

Messieurs, le barreau n’est pas une corporation comme une autre. C’est un ordre, comme les ordres de chevalerie; et comme les anciens chevaliers, les avocats doivent être les soldats delà justice.

Le pontifical romain donnait au chevalier ce beau titre: justitiæ cultor egregius , admirateur et serviteur dévoué de la justice. Savez-vous dans quels termes l’officiant lui traçait sa mission de justicier? Ecoutez bien :

“ Ce qui est par terre, relève- le. Ce que tu auras rele-

vé, conserve-le. Ce qui est injuste ici-bas, abats-le. Ce qui est suivant l’ordre, fortifie-le.”

Toute la mission de l’avocat est parfaitement résumée dans ces quelques mots. Et si nous pouvions- relater les causes célèbres dans les quelles nos trois hôtes se sont distingués, nous verrions que c’est bien le rôle ■qu’ils ont rem pli pendant leur carrière professionnelle.

Un jour, ils ont rencontré sur leur chemin une victime malheureuse que l’injustice avait terrassée, et ils l’ont relevée.

Un autre jour, ils se sont dressés en face de l’homme injuste et puissant, et ils ont abattu sa puissance.

Plus tard, ils ont soutenu ceux qu’il avaient relevés; ils ont fortifié les œuvres, les institutions et les ■autorités dont l’ordre social a besoin.

Pendant cinquante ans ils ont fait l’honneur du barreau, remplissant leurs devoirs d’état envers leurs clients, envers leurs confrères, envers la magistrature, conservant les vieilles traditions d’intégrité et d’honneur, aimant la justice avec le zèle et le dévoûment des convictions sincères.

Us n’ont pas fait fortune ; mais ils ont élevé dans une aisance modeste chacun une nombreuse famille, et ils laisseront à leurs enfants des noms honorés et respectés.

Leur souvenir vivra dans la mémoire de cette illustre famille qui s’appelle le Barreau de Québec, et de cette autre grande et immortelle famille à laquelle tous trois appartiennent, la race canadienne-française.

Messieurs, je n’ai plus qu’un mot à dire, et j’entends qu’il soit le plus bel éloge de nos hôtes,

Il est un esprit créateur qui flotte sur les races en formation, comme l’Esprit de Dieu flottait sur le chaosprimitif. Eh ! bien, Messieurs, c’est la qualité dominante de nos hôtes : Ils sont animés de cet esprit qui fait les nations fortes. Ils aiment et servent leur pays, avec zèle, dans la mesure de leurs forces et de leurs talents, dans la sphère d’action où la Providence les a placés.

LE FEMINISME VRAI

Discours prononcé au Conseil général des femmes

a Ottawa.

Excellence,

Mesdames, Messieurs,

C’est un devoir difficile que Votre Excellence m’a imposé en m’invitant ce soir à joindre une parole française aux voix anglaises si éloquentes que nous venons d’entendre (*).

Mais je compte jjour le remplir, et pour suppléer à mon insuffisante préparation, sur les sympathies que j’éprouve et que mon auditoire partage pour l’œuvre que Votre Excellence vient de fonder, et que votre éminent époux approuve et favorise.

Profondément convaincu du grand intérêt et du sincère attachement qui animent vos cœurs si bons et vos deux âmes si éclairées à l’égard du peuple canadien, il m’est impossible de ne pas y voir une généreuse tentative de promouvoir dans notre société toutes les œuvres qui tendent à améliorer le sort commun de toutes les classes.

(*) C’étaient Sir John Thompson, alors premier ministre du Canada, et M. le Principal Grant, de l’Université de Kingston.

Il suffit d’avoir à cœur le bien-être social et la prospérité future de notre pays pour approuver au moins en principe cette grande organisation des femmes du Canada.

Je dis grande organisation, et, permettez-moi de vous le dire, c’est peut-être son défaut d’être trop grande, ou trop large, et de vouloir embrasser un champ d’action trop vaste. Les œuvres durables ont généralement des débuts plus humbles, moins ambitieux.

Mais, enfin, il est toujours plus facile de rétrécir son domaine en ce monde que de l’agrandir. Il est plus aisé d’émonder un arbre trop touffu que d'v ajouter une branche, ou même une feuille.

N’oublions pas d’ailleurs que cette œuvre en est à ses débuts. Ce n’est encore qu’une ébauche. C’est un bloc dans lequel la statue commence seulement à se dessiner, et que le ciseau du sculpteur, avec sa délicatesse toute féminine, saura retoucher à son heure.

Ces détails d’organisation et de programme seront sans doute discutés plus tard dans vos réunions, et cen est pas du tout ce qui me préoccupe en ce moment.

C’est le fond même de la question féminine que je veux traiter, et c’est aux adversaires absolus du* mouvement féministe que je veux répondre.

Mais est-il bien nécessaire de répondre, et ce mouvement court-il le risque d’être enrayé ?

Non, et je pourrais me contenter de dire à ceux.

qui croient pouvoir l’endiguer qu’ils se font illusion. Ni leurs épigrammes, ni leurs satires ne l’arrêteront. C’est plus qu’un mouvement populaire • c’est une évolution de celle que Dieu a créée pour être la compagne de l’homme, et qui revendique comme telle une part plus grande d'influence dans la société civile, une plus large place dans le domaine du savoir humain, et la liberté nécessaire au développement deses facultés et à l’accomplissement de tous ses devoirs. Mais si ce mouvement, qui s’est produit en France, en Angleterre, aux Etats-Unis, en Allemagne, je pourrais dire dans tout le monde civilisé, est irrésistible, il peut être dirigé ; et c’est à cela que devrait tendre l’effort de ceux qui le combattent.

Qu’ils dénoncent et ridiculisent les utopies, les extravagances, les revendications absurdes des féministes exaltés, très bien ! Qu’ils coupent un peu les ailes à l’imagination échauffée et aux aspirations démesurées de certains bas-bleus, je les applaudirai. .Mais je leur demande de ne pas condamner ce mouvement en principe, et de le considérer plutôt comme une force qui pourrait être utilisée dans l’intérêt social et national.

C’est un fait historique incontesté que tous les progrès réalisés dans le monde ont toujours été obstrués par des esprits chagrins et bornés qui ont dit : A quoi bon, cette nouveauté ? Le monde a bien marché jusqu’à ce jour sans cela.

COHFÉBENCES ET DISCOTJBS

Cette objection, vieille comme les hommes, semble toujours nouvelle, et elle a été reprise contre le mouvement féministe. Mais c’est elle précisément qui n’a jamais empêché l’humanité de marcher ; et l’axiome •du poète latin tempora mutantur et nos mutamur in illis , est une réponse suffisante.

Molière a encore des partisans ; mais ils se font rares ceux qui croient avec lui: “Qu’une femme en sait toujours assez.” Ils ne sont pas de leur temps ceux qui croient encore aujourd’hui que toute la sagesse et la vérité sont contenues dans la spirituelle comédie des “Femmes savantes.”

La vérité, c’est que la femme a soif de science comme l’homme, qu’elle est même plus curieuse de savoir, et qu’elle a reçu en partage de Dieu des dons admirables et de brillantes facultés.

Si vous cultivez ces attributs spéciaux, et si vous les dirigez bien, vous lui ferez accomplir des œuvres, et fournir des carrières plus utiles au bien général, qu’un grand nombre des fondations de l’Etat.

• Mais .si vous les négligez, nous trouverons chez les femmes soit des têtes vides et conséquemment légères, soit des femmes savantes, qui, privées de direction, auront perdu la foi au contact de l’enseignement incrédule.

Ou bien encore vous aurez des mères de famille très chrétiennes et même dévotes, mais fort ignorantes. Et savez-vous ce que deviendront leurs fils, si les pères ne sont pas eux-mêmes des croyants ? Je

vais vous le dire : en grandissant ils se feront ce raisonnement que leurs mères croient parce qu’elles sont ignorantes et que leurs pères ne croient pas parce qu’ils sont savants; et ils perdront bientôt la foi de leur enfance.

C’est le grand mal en France. Et c’est pourquoi on y voit tant d’hommes haut placés qui ont cru dans leur enfance sous la direction d’une mère chrétienne, mais qui n’ont pas trouvé auprès d’elle les connaissances nécessaires pour défendre leur foi quand le monde l’a attaquée et tournée en ridicule, et qui ont alors cessé de croire.

Les anti-féministes les plus ardents veulent que la femme se consacre uniquement à son intérieur domestique ; et ils considèrent comme une déclassée celle qui prétend faire autre chose que conduire sa maison, servir son mari, et élever ses enfants. Or pour remplir ce rôle pot-au-feu, la science et les livres ne sont guère nécessaires, disent-ils.

Evidemment ces écrivains ne voient dans la femme que la mère de famille. Mais toutes les femmes ne sont pas mères de famille. Il y a des filles qui ne se marient pas. Il y a des veuves qui n’ont pas d’enfants, et des femmes mariées qui n’en ont pas non plus.

Imposer le soin du pot-au-feu comme unique mission à ces femmes, c’est en faire des être.s inutiles dans le monde. C’est leur refuser l’usage et le développement de leurs facultés, et des dons qu’elles tiennent de la Providence. 10

Si donc elles ont le goût de la culture intellectuelle, si elles veulent entrer dans une carrière qui convienne à leur nature, et dans laqnelle elles pourront être utiles à leurs semblables, à la société, ou à l’Etat, non seulement il ne faut pas les en empêcher, mais il faut les encourager et les aider.

C’est un mal assez grand qu’il y ait dans notre sexe un trop grand nombre de célibataires égoïstes, qui ne vivent que pour eux-mêmes, et qui s’accordent tous les plaisirs de la vie sans en accepter les charges et les devoirs.

Qu’on permette au moins aux femmes, que des circonstances indépendantes de leur volonté ont condamnées au célibat, ou qui ont renoncé au mariage pour des raisons qui n’ont rien de commun avec l’égoïsme masculin, qu’on permette au moins à ces femmes, ainsi qu’à celles que le mariage a laissées sans enfants, de consacrer leurs talents, leur travail, leur expérience, leurs connaissances et leurs études à des œuvres philantropiques ou autres, dont les déshérités puissent bénéficier.

Mais la femme mariée, qui n’a pas d’enfants, se doit toute à son mari, dira-t-on.

Oui, je connais cette thèse ; c’est celle de Jean Jacques Rousseau, qui ne voit dans le régime conjugal que le mari, et qui ordonne tout en vue de son bienêtre.

Et ce mari, que fait-il, lui ? S’occupe-t-il de sa femme au moins ? Hélas ! vous savez bien que dans neuf cas sur dix, c’est le contraire qui arrive.

Mais supposons que le mari soit un modèle, qu’il ne connaisse ni le club, ni le restaurant, et qu’il consacre à son intérieur domestique tout le temps qui n’est pas absorbé par les affaires de sa boutique ou de son bureau, il n’en est pas moins vrai qu’il y aura quatre ou six heures par jour peut-être pendant lesquelles la femme n’aura pas à s’occuper de son mari.

Quel emploi voulez-vous qu’elle fasse de ces heures? Voulez- vous qu’elle lise des romans ? Préférez-vous qu’elle coure les jive o'clock teas, ou qu’elle visite les> amie3 qui pourront lui donner le plus de nouvelles, ou les plus amusants potins ?

Eh bien ! moi, j’aimerais mieux la voir se livrer à des études sérieuses, de littérature, d’histoire, de linguistique. Je voudrais qu’elle sût causer dans un langage correct, élégant, des questions du jour, des événements intéressants consignés dans les journaux et les revues ; et surtout qu’elle fût très éclairée sur la religion, qu’elle eût fait des études d’apologétique suffisantes pour en apprendre à son mari (qui n’a pas le loisir d’étudier) et pour répondre aux attaques des sceptiques qui sont en général aussi ignorants que pédants.

IIÎ

Et le3 célibataires ? Celles dont on se moque en disant qu’elles ont coiffé sainte Catherine, et sur lesquelles on croit avoir tout dit quand on a répété ce

mot si sjrirituel et si neuf ! Que voulez-vous qu’elles fassent celles-là ?

Laquelle des saintes Catherines leur donnez-vous pour patronne ?

Est-ce celle d’Alexandrie que les artistes nous représentent portant au doigt un anneau nuptial qu’elle avait reçu de Jésus lui-même dans une vision ?

Mais n’oubliez pas que c’était une femme savante, tellement versée dans la philosophie et la théologie qu’elle combattait victorieusement les sophistes les plus habiles de son temps.

Est-ce celle de Sienne ? mais non, car les parents de celle-là n’ont pas pu, malgré leurs efforts, en faire une cuisinière ; et elle a préféré faire de la politique internationale, et se mêler du gouvernement de l’Eglise. Envoyée en ambassade auprès du pape Grégoire XI par le peuple de Florence, elle lui conseillait de faire la paix. Elle lui écrivait des lettres très remarquables et demandait une réforme universelle ■dans l’Eglise. Elle lui donnait aussi des avis sur le choix des cardinaux.

Elle se permettait même d’écrire à Charles-Quint, et ses lettres forment plusieurs volumes que les hommes d’Etat ne liraient peut-être pas sans profit.

Oh ! non, des Catherines comme celle-là il n’en faut plus. Elles seraient trop gênantes. Elles formeraient des ligues de femmes qui embarrasseraient la politique.

Alors, les occupations que vous recommandez aux

vieilles filles, c’est la couture, le tricot, la broderie, la cuisine, et un peu de piano, si elles ont du temps de reste.

Certes, le programme est excellent, et je ne le repousse pas pour un bon nombre d’entre elles — qui ne pourraient guère faire autre chose.

Mais il en est parmi elles qui ont des goûts et des aptitudes plus relevés. Pourquoi ne voulez-vous pas qu’elles cultivent et développent les dons qu’elles ont reçus ? Si elles savent écrire et parler pourquoi voulez-vous les en empêcher ? — Leur vraie patronne, sainte Catherine d’Alexandrie, était précisément une conférencière des plus éloquentes.

Les anti-féministes les plus ardents sont en général des admirateurs du moyen-âge-, et ils s’imaginent que le mouvement actuel est une des nombreuses erreurs modernes.

Or, il est historiquement vrai qu’au moyen-âge les femmes étaient plutôt d’une virilité remarquable, qu’elles faisaient généralement de fortes études et s’occupaient beaucoup des affaires publiques.

Un certain nombre obtenaient le degré de doctoresses et enseignaient. Elles siégeaient même dans ces assemblées délibérantes qu’on appelait les “Etats.”

Et dans les premiers temps du christianisme, l’action et l’influence féminines étaient beaucoup plus étendues qu’aujourd’hui. C’est aux femme3 que revient une large part des merveilleux progrès de la civilisation chrétienne.

Les hommes les plus célèbres, et les grands saints ont eu bien souvent des auxiliaires puissants parmi les femmes.

Je n’en nommerai que deux des plus illustres, saint Jérôme et saint Jean Chrysostôme.

Le premier n’aurait jamais pu terminer ses immenses travaux bibliques s’il n’avait pas été assisté par ces femmes savantes qui s’appelaient Paula, Eustochium et Marcella.

C’est cette dernière qui devint à Rome la grande autorité dans la connaissance des Ecritures quand Jerôrne eut quitté la Ville-Eternelle pour aller vivre dans sa solitude de Bethléem.

Mais il faut voir comme on le dénigrait, le cher grand savant, parce qu’il s’entourait ainsi de femmes, et qu’il osait leur dédier ses grandes études bibliques! L’histoire de saint Jean Chrysostôme est aussi inséparable de celle de plusieurs femmes illustres qui l’ont assisté dans ses immenses labeurs, plus efficacement que plusieurs de ses collègues dans l’épiscopat.

Aussi cet homme de génie, ce merveilleux orateur, disait-il : “ Les femmes peuvent prendre part aussi bien que les hommes aux combats pour la cause de Dieu et de l’Eglise.” Il jugeait par expérience de la capacité des femmes.

Elle est longue la liste de celles qui ont été à la fois des femmes célèbres et des bienfaitrices de l’humanité. L’histoire de l’Eglise en est remplie.

Ce qu’elles ont fait autrefois, elles le feraient encore si on les formait comme jadis.

Ne croit-on pas, par exemple, que la France serait mieux gouvernée aujourd’hui si les femmes y pouvaient exercer dans le gouvernement une action plus étendue ? — Mais combien d’hommes en France, et ailleurs, ne voient dans la femme qu’un instrument de plaisir ! C’est la seule fonction publique qu’on ne lui conteste pas.

Revenons maintenant à la femme, mère de famille. C’est son rôle propre, la vraie mission du grand nombre, et c’est à remplir cette mission qu’elle doit être préparée par le genre d’éducation qu’elle reçoit.

Or c’est à celle-là surtout qu’on prétend interdire l’étude et le champ des connaissances humaines. On croit que pour remplir ses devoirs d’épouse et de mère elle en saura toujours assez, pourvu qu’elle soit vertueuse. Il y a même des gens d’esprit qui soutiennent qu’elle gardera mieux sa vertu dans l’ignorance, comme les plants de céleri sont plus blancs quand on les enterre.

Si cette boutade vise la fausse science, c’est-à-dire cette science du jour qui ne laisse aucune place à Dieu, elle ne manque pas de fondement. Mais elle répugne à la raison si l’on prétend exclure la femme mariée de la vraie science.

Car la vraie science se tient en harmonie avec la foi, et bien loin d’ébranler la vertu elle la fortifie et l’éclaire.

Or il est évident que la vertu éclairée aura toujoursplus d’influence dans la famille que la vertu ignorante. Elle saura se rendre aimable à l’époux et aux enfants ; elle saura leur faire apprécier les beautés de la religion et les douceurs de la piété.

La fréquentation des livres sérieux prendra la placedes futilités mondaines, la science du beau langage remplacera les banalités des conversations vulgaires,, les amusements intelligents rallieront les désœuvrés et les détourneront peut-être des frivolités de la galanterie.

Et tout cela n’empêchera pas la femme instruite et studieuse de s’occuper des plus humbles travaux que la tenue d’une maison impose. C’est ce qu’ont toujours fait les vraies grandes dames.

Quelle conclusion devons-nous tirer maintenant de tout ce que je viens de vous dire?

Devons-nous prendre à la lettre la parole que la Bible met dans la bouche de Dieu quand il voulut donner une compagne à Adam : “ Faisons-lui une aide semblable à lui ” ?

Non. La femme n’est pas semblable à l’homme dans toute l’acception du mot — de même qu’elle n’est pas non plus en tous points son égale.

Elle est composée comme lui d’un corps et d’une âme ; mais sa nature est cependant différente, et cette différence de nature entraine nécessairement des diffé-

rences de facultés, de dons, de pouvoirs et même de mission.

De même, en dépit de leur égalité devant la loi, leurs droits à tous deux ne sont pas tous les mêmes.

Mais il est un droit qu’on ne saurait lui nier, et que néanmoins les lois faites par l’homme, et les usages par lui établis, restreignent et gênent dans une mesure qui varie avec la législatien et les mœurs de chaque peuple — c’est le droit à l’existence.

De ce droit primordial découle celui de s’assurer des moyens de vivre par elle-même — en tenant compte de sa nature, de ses facultés, et des exigences de la vie réelle.

L’exercice de ce droit est souvent une nécessité jusque dans l’état du mariage ; et il arrive même, on le sait, que c’est la femme et non le mari qui gagne le pain quotidien de la famille.

Donc, toutes les carrières, dont les fonctions ne répugnent pas à sa nature et à ses aptitudes, doivent lui être ouvertes, et conséquemment il faut lui permettre les études requises pour y réussir.

Mais en tout et partout je veux que la femme reste femme et ne singe pas l’homme.

M. Jules Lemaître qui est loin d’être un féministe a •écrit cependant : ‘‘Lajustice voudrait évidemment que l’accession des femmes à toutes les professions libérales, jusqu’ici réservées aux hommes, fut décrétée par l’Etat.”

Je n’irais pas si loin, et je n’aimerais pas du tout la

femme-avocat, ni la femme-député. Mais il me plairait assez de voir des femmes-médecins pour soigner les femmes seulement. Je n’aurais pas d’objections non plus aux femmes-notaires.

C’est, du reste, aux femmes elles-mêmes de réclamer sans bruit, sans phrases, sans abuser de ces grands mots (qui ne sont pas faits pour leurs jolies bouches) de “ droits égaux, de liberté, d’affranchissement et d’indépendance ” — et d’indiquer les carrières qui conviendraient à leur sexe et à leurs dons naturels.

Encore un mot, mesdames, et j’ai fini.

Si je ne me trompe, en établissant votre Conseil Général, votre but est surtout de fonder une œuvre d’union, union sociale et union nationale, union dans les œuvres du Bien, et dans l’organisation des associations charitables — surtout de celles qui auraient pour objet le relèvement moral et le bien-être matériel des déshérités des deux sexes.

Si c’est là votre but, il est noble et élevé, et je fais des vœux pour votre succès.

C’est la femme qui a perdu le premier homme en lui présentant un fruit de mort, et il y a encore des filles d’Eve qui suivent le mauvais exemple de leur mère.

A vous, mesdames, de faire oublier ces fautes en offrant maintenant aux hommes des fruits de vie.

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