‹ Conférences et discoursChapitre 4 sur 30 · ELOGE · texte numérisé non relu

ELOGE

de l’honorable M. P.-J.-O. Chauveau, prononcé en 1890 a l’université laval.

Monseigneur le Recteur,

Excellence,

Mesdames, Messieurs,

Les institutions qui, comme l’Université Laval, sont greffées sur l’Eglise et y puisent la sève qui les nourrit, participent à l’immortalité de cet arbre divin que le Christ est venu implanter parmi les hommes.

Mais si de telles institutions sont immortelles, leurs membres sont soumis au sort commun; et pendant que l’arbre grandît et voit s’accroître sa vitalité, detemps en temps quelques-unes de ses branches s’en détachent, et tombent sur le sol, remplacées par des: rameaux plus jeunes et plus vigoureux.

Il y a dans ce triomphe de la vie sociale sur la mort individuelle un grand sujet de joie; mais il ne faut pas que le spectacle consolant de ce perpétuel renouvellement de vie nous fasse oublier ceux qui meurent. Aux félicitations que nous devons à notre Alma Mater sur sa glorieuse existence, qui va se perpétuant d’âge en âge, il est donc juste de mêler nos profonds regretspour les pertes douloureuses qu’elle fait, et de rappeler le souvenir de ses enfants moissonnés par la mort.

C’est le devoir pieux que je viens rendre à l’illustre compatriote, qui était naguère l’un des plus éminents professeurs de cette Université, l’une de ses voix les plus éloquentes, et, en même temps, une des gloires les plus pures et les plus complètes de notre pays — l’honorable M. Pierre-Joseph- Olivier Chauveau.

Dans son Introduction au bel ouvrage de son fils Pierre, sur Ozanam, notre éminent ami semble avoir tracé lui-même le cadre du travail que nous devons consacrer à sa mémoire.

“ La biographie d’un homme, dit-il, qui n’a pris qu’une petite part au mouvement politique de son temps, qui a été plutôt un homme d’étude qu’un homme d’action, doit consister surtout à raconter ses ouvrages. Ses livres sont en effet presque toute sa vie; ils en sont la meilleure ou la plus mauvaise partie, selon qu’ils ont été faits pour la plus grande gloire de Dieu et pour le plus grand bien de l’humanité, ou bien pour la satisfaction de l’orgueil et de toutes les passions qui fermentent en nous.”

Cette pensée qui est juste s’applique parfaitement au grand citoyen dont j’ai à faire l’éloge.

Il a ete un homme d’etude plutôt qu’un homme d’action, et c’est en parlant de ses ouvrages que nous le ferons mieux connaître.

N attendez donc pas de moi une biographie. Les évènements de sa vie vous sont d’ailleurs connus, et je n’en mentionnerai que certaines particularités remarquables. Il est né en mai, le mois des fleurs et du

renouvellement de la nature; il est mort dans la semaine lugubre et solennelle qui termine le carême, le Vendredi-Saint !

Entre ces deux dates, dont le contraste est assez frappant, il a eu des joies et des douleurs, des succès et des revers, des triomphes et des désastres, des jours de soleil et des crépuscules prolongés. — Vie mêlée de lumière et d’ombre, que ses œuvres reflètent plus ou moins fidèlement, et dont nous retrouvons surtout l’image dans ses poésies, qui commencent par une idylle charmante, “ les joies naïves ” d’un enfant, et qui finissent par des traductions du Miserere et du Dies iras !

Il y a là tout un tableau de la vie commune. Toute existence commence par des idylles et des pastorales, elle se poursuit par des chansons et des cantiques, et elle finit par des élégies et des hymnes funèbres. C’est le sort commun de passer de la joie à la douleur, de changer de maladies sans pouvoir en guérir, et de s’acheminer dans l’ombre et le mystère vers une fin qui n’est qu’un commencement !

Seule la religion répand ses lueurs parmi nos ténèbres, et c’est ce que notre illustre ami avait compris. Aussi, ne s’est-il pas contenté de cette philosophie large et facile qui, appliquée à l’homme sans passions, en fait ce qu’on appelle généralement un honnête homme. Il a voulu être plus qu’un honnête homme.

Il a été un croyant, un chrétien pratiquant, sans forfanterie ni hypocrisie, un de ces chrétiens qui ne reconnaissent pas seulement les devoirs que la

société leur impose à l’égard des autres hommes, mais qui comprennent leurs devoirs envers Dieu, et qui les remplissent.

Je ne vous parlerai pas de sa vie politique. Certes, il y aurait un contraste piquant à établir entre ce qu’était cette carrière autrefois et ce qu’elle est aujourd’hui; mais ce terrain m’est interdit et par ma position et par le lieu où je parle. Je me contenterai de vous dire que, s’il fallait lui assigner une place parmi les hommes politiques de ce temps, je ne le rangerais pas parmi les habiles, et j’entencls que ceci soit un éloge.

Bornons-nous donc à jeter un coup d’œil rapide sur ses œuvres. Mais ici, j’ai un reproche grave à faire à notre ami.

Il a beaucoup travaillé, il a énormément écrit ; mais il s’est trop prodigué en productions éphémères, jetant à tous les échos de la publicité les fruits de ses études et de ses veilles. Il ne s’est pas assez préoccupé de concentrer vers un but unique les forces de son esprit, et de rassembler ses travaux pour en bâtir un monument accessible à la postérité.

Il a répandu partout de précieuses semences dans les vastes champs de 1 histoire, de l’éloquence, de la critique, de la poésie; mais il n’a pas eu le soin de récolter ses moissons et de les mettre en grenier,— si bien qu’il serait presque impossible aujourd’hui de rassembler la somme de ses idées.

fe il vous plaisait de relire ses poésies, il vous faudrait feuilleter le Répertoire National , les Soirées Gana-

diennes, le Foyer Canadien, les publications de la Société Royale , le Canada- Français, quelques brochures, et les feuilles volantes des journaux.

Si vous me demandiez où l’on peut trouver ses œuvres historiques, je serais obligé de vous répondre : ce sont des articles de Revue, des préfaces et des introductions aux ouvrages des autres, des comptes rendus des livres publiés, et je ne sais combien d’autres études sous des formes diverses.

Heureusement de ce riche domaine de notre Histoire, il a tiré un jour une œuvre complète et lui a donné une forme moins éphémère. Je veux parler de son livre intitulé t£ Garneau sa vie et ses œuvres.”-

Il y a deux manières d’écrire l’histoire. La première embrasse l’ensemble des évènements et en étudie les causes et les résultats; elle est politique et philosophique. C’est le genre de M. Guizot, et il a été adopté par notre historien national M. Garneau.

L’autre manière s’attache plus spécialement aux détails, aux traits de mœurs, à la couleur locale qui nuance les hommes et les choses, aux menus faits qui leur donnent du relief : ce fut le genre ordinaire de M. Chauveau.

Mais dans son ouvrage sur Garneau, il a fondu les deux manières et il s’est rapproché d’avantage du genre de M. Guizot. C’est son œuvre historique la plus remarquable, une vue d’ensemble sur les évènements de notre vie nationale, une espèce de philosophie de notre histoire. Il y a là, sur les hommes et les choses

du Canada, des appréciations morales, des observations critiques et des jugements qui resteront.

Quand on l’a lu, on aime mieux son pays, et l’on éprouve le désir de travailler à son bien-être, à sa glorification. On admire sa race et l’on s’écrie involontairement avec le prophète, en constatant l’action de la Providence sur elle : Nonfecit taliter omni nationi .

Parmi les autres travaux historiques que M. Chauveau nous a laissés, son ouvrage sur l’Instruction publique du Canada mérite une mention toute spéciale. Personne ne connaissait mieux ce sujet et ne pouvait mieux raconter les développements et les progrès de l’enseignement public dans notre pays; car il l’avait dirige lui-même pendant plus de vingt ans, et il avait eu sa large part dans les mesures administratives et dans les institutions spéciales que les besoins du temps avaient nécessitées.

Dans son discours, qui termine le volume et qui en est en quelque sorte la conclusion, M. Chauveau se réjouit des progrès réalisés et il les résume en disant : C’est ainsi que nous avons conquis successivement les bureaux d’examinateurs pour l’admission des instituteurs l’inspection des écoles, le conseil de l’instruction publique, la fondation de deux journaux consacrés à l’éducation, les conférences d’instituteurs, les écoles normales, les écoles d’agriculture, les écoles de réforme ■et d industrie, et tout dernièrement les écoles de sciences appliquées aux arts.

C est dans ce même discours que M. Chauveau pre-

nait la défense de renseignement classique, tout en reconnaissant la nécessité de l’enseignement moyen et spécial propre au commerce et à l’industrie; et il citait, comme exemple de la compatibilité des deux enseignements, M. Gladstone qui, pour avoir commenté Homère, n’en est pas moins un des plus grands économistes, un des plus grands financiers de l’Europe.

Avant de s’adonner aux études historiques, tout le monde sait que M. Chauveau avait publié un roman. C’est même par là qu’il avait débuté comme homme de lettres.

Charles Guérin a été vivement critiqué à différentes époques, et par divers écrivains Mais, en dépit des attaques plus ou moins injustes dont il a été l’objet, nous maintenons que ce roman est fort bien fait. Comme tableau de mœurs, il est sans doute un peu chargé, mais il renferme de très belles pages, des créations charmantes et des descriptions vraies. Le style en est élégant, les caractères bien dessinés et l’intérêt soutenu.

M. Chauveau a fait lui- même de la critique, et nous croyons qu’il avait pour ce genre littéraire des aptitudes remarquables. 11 était né malin, spirituel et gai. Il n’avait pas le rire amer et la raillerie cruelle; mais il avait le trait, le bon mot, la repartie fine et l’épigramme.

Si vous ajoutez à ces qualités le goût littéraire, des connaissances variées, une mémoire servie par beaucoup de lecture, vous conviendrez qu’il aurait pu

être un critique et un polémiste remarquable. Il l’a d’ailleurs prouvé en plusieurs occasions. Mais M. Chauveau n’a pas ete seulement historien, romancier, critique, et poète, il a été aussi orateur. Disons de suite que le défaut capital de ses discours est de n avoir pas assez la forme oratoire ] et c’est pourquoi plusieurs manquent du mouvement, de la passion et de 1 inspiration qui caractérisent la véritable éloquence.

Mais hâtons-nous d’ajouter que cette critique ne s’adresse pas à toutes ses œuvres oratoires. Il en est quelques-unes dans lesquelles il s’est élevé à la plus haute éloquence. Dans le discours qu’il a prononcé sur la tombe de Garneau, dans celui du banquet aux fêtes du deuxième centenaire du Séminaire de Québec, et dans son dernier discours à l’inauguration du monument Cartier- Brebeuf, il y a des pages pleines de souffle et d émotion qui ont dû électriser ceux qui les ont entendus.

Notre critique s’adresse moins encore au célèbre discours qu’il prononça le 18 juillet 1855 lors de l’érection du monument à la mémoire des braves tombés sur les Plaines d’Abraham le 28 avril 1760. Celui-là est son chef-d’œuvre et il suffirait à faire la réputation d un oiateui. Le souffle patriotique, l’inspiration, le choc éclatant des contrastes, la couleur locale, la forme imagée, la chaleur communicative, tout concourt à créer l’enthousiasme dans ce beau morceau d’éloquence.

Le meilleur éloge que j’en puisse faire est de vous en citer la péroraison. En terminant, l’orateur évoqué les âmes des héros tombés sur le glorieux champ de bataille qui se déroule sous ses regards, et il s’écrie :

“ Guerriers que nous vénérons, vous avez payé votre dette à la patrie, c’est à nous de payer la nôtre. Votre journée est remplie, votre tâche laborieuse et sanglante est terminée, la nôtre à peine commence. Vous vous êtes couchés dans la gloire, ne vous levez pas ! rour nous, quels que soient nos aspirations, notre dévouement, notre courage, Dieu seul sait où et comment nous nous coucherons. Mais vous, dormez en paix, sous les bases de ce monument, entourés de notre vénération, de notre amour, de notre perpétuel enthousiasme... dormez... jusqu’à ce qu’éclatent dans les airs les sons d’une trompette plus retentissante que celle qui vous sonnait la charge, accompagnée des roulements d’un tonnerre mille fois plus formidable que celui qui célébrait vos glorieuses funérailles, et alors tous, Anglais et Français, grenadiers, montagnards, miliciens et sauvages, vous vous lèverez tous, non pas pour une gloire comme celle que nous, faibles mortels, nous entreprenons de vous donner, non pas pour une gloire d’un siècle ou de plusieurs siècles, mais pour une gloire sans terme et sans limites, et qui commencera avec la grande revue que Dieu lui-même passera quand les temps ne seront plus ! ”

Il me semble que c’est là de la grande éloquence, et presque tout le discours est dans ce ton.

M. Chauveau était un maître en l’art d’écrire en prose.

Le vers se montrait généralement récalcitrant sous sa plume, et la rime était parfois sourde à son appel. Mais la prose lui obéissait avec grâce.

Il avait un talent varié, une imagination brillante, une giande mobilité de pensée, un esprit toujours en éveil et observateur des surfaces.

Il n avait pas l’audace des nouveautés, ni la hardiesse des images, ni les coups d’aile qui étonnent. Mais il avait la délicatesse de forme, l’élégance du style, le goût, la sobriété des ornements et des figures. Il avait 1 esprit souple, le ton coloré, la verve piquante ; et il mêlait agréablement la fantaisie au réel. Sans négliger le fruit pour la fleur, il avait le soin de donner à sa pensée le tour qui plaît, et la forme qui convient.

Dans ses discours, la période est parfois un peu longue et embarrassée. Mais ce défaut— très général parmi nos orateurs— était racheté chez lui par de précieuses qualités.

J ai montre qu’il a su s’élever à une grande hauteur, et parler ce langage hardi, figuré, saisissant, qui convient à l’éloquence. Mais généralement il préférait la régularité au pittoresque, la douceur à l’énergie, 1 égalité a la hardiesse, la locution ingénieuse à l’image éclatante.

Jamais il ne plagie; il n’imite même pas. Son travail d’assimilation ressemble à celui de l’abeille

butineuse. Le miel qu’il fait est bien à lui, et l’on ne saurait dire à quelles fleurs il a puisé le suc dont il le compose.

Mais c’est assez parler de l’écrivain ; disons encore un mot de l’homme avant de finir.

Mon ami et moi, nous nous sommes souvent rencontrés sur les mêmes scènes. Il y avait entre nous plusieurs points de contact ; mais il y avait aussi quelques dissemblances.

Je le trouvais parfois trop conciliant , et il me trouvait trop militant. Mais il y avait entre nous vingt ans de distance. Il est évident que les points de vue doivent différer d’aspect, quand il y a cette différence dans l’espace parcouru de la vie.

En tout cas, je crois que la conciliation et la bienveillance sont des vertus sociales nécessaires, et M. Chauveau les possédait.

Il a été un homme de juste milieu. Je ne blâme pas ceux qui sont autrement, et je crois qu’il faut en ce monde des militants et des conciliants.

L’uniformité n’est pas la loi de l’humanité, et Dieu a voulu que les caractères diffèrent comme les fortunes, comme les rôles et les destinées. La même diversité se retrouve dans la fin de chacun.

Les uns meurent sur le champ de bataille dans l’ivresse du triomphe ; d’autres tombent sur la brèche de leurs murailles démantelées au milieu des humiliations de la défaite ; d’autres enfin rentrent dans le repos de la vie avant de connaître celui de la mort, et

terminent dans la paix une existence plus ou moins agitée.

Les uns et les autres ont leurs panégyristes ; mais il me semble que le sort des derniers est plus heureux, puisque la fin de leur vie est une préparation à celle qui doit suivre.

Ce fut le sort de notre ami. Ses dernières années se sont écoulées dans le calme du foyer domestique et de la tendresse filiale, dans les épanchements intimes de l’amitié, dans les luttes pacifiques de la carrière littéraire.

Sa fin fut si modeste qu’il fut un peu oublié, et sui tout négligé dans la distribution des honneurs. C’est un reproche que je fais à mon pays d’oublier trop ceux qui ne font pas de bruit. Certaines distinctions honorifiques conférées à d'autres auraient dû arriver jusqu’à notre illustre ami.

Malheureusement l’Angleterre, qui glorifie ses écrivains, qui anoblit même les poètes— témoin Lord Tennyson — et qui décore les hommes de lettres anglocanadiens, paraît oublier qu’il y a ici une littérature qui, pour être française, n’en est pas moins loyale et admirable de fidélité pour la couronne britannique.

Malgré son constant labeur, M. Chauveau a laissé son œuvre inachevée. Toujours il y travaillait comptant encore sur plusieurs années de vie, espérant touj ouïs t eal iser certain idéal qu’il entrevoyait dans ses visions d’artiste.

Mais tout à coup le grand appariteur de Dieu s’est

montré au seuil de sa demeure, et lui a dit : Ton dernier jour est venu, dies iræ, dies ilia ! et il a fallu dire adieu à ses chères études et à l’idéal rêvé.

Vous connaissez l’histoire de ce chimiste qui chercha pendant toute sa vie la combinaison qui devait produire le diamant. Il dépensa dans ses recherches sa fortune, celle de sa femme et de ses enfants, ses forces, sa santé, sa vie, et mourut dans la plus extrême indigence. Mais au moment de rendre le dernier soupir, il se dressa tout à coup sur son séant et s’écria: “ Eurêka , j’ai trouvé.” On s’empressa autour de son chevet, et on attendit l’annonce de la grande découverte : - “ Eurêka! j’ai trouvé,”’ répéta le moribond, l’œil illuminé, et il retomba inerte sur son lit. Il était mort.

Messieurs, cette histoire n’est pas seulement celle des savants qui recherchent la pierre philosophale, ou qui s’efforcent d’arracher à la nature le secret de la vie. Elle est surtout l’histoire de tous ceux qui ont le culte de l’Art. Que dis-je? elle est l’histoire de tous les hommes; car tous nous cherchons un idéal quelconque sous les formes multiples que notre imagination lui donne. Mais cet idéal se dérobe toujours à nos efforts et nous n’y atteignons jamais en ce monde.

Dans sa marche à travers les siècles, l’humanité ressemble au peuple hébreux portant l’arche sainte, mais cheminant dans un désert, — avec cette différence quelle marche toujours sans arriver jamais; car la vraie Terre promise qu’elle cherche n’est pas dans ce monde, elle est dans l’autre!

Et voilà pourquoi l’homme ne peut qu’à l’heure de la mort s’écrier avec vérité : Eurêka, j'ai trouvé. C’est alors seulement que par la porte entrouverte de l’éternité, il aperçoit enfin le Bien, le Vrai, le Beau qu’il ■cherchait.

C’est à ce moment suprême sans doute que notre ami a compris que ses œuvres, tout inachevées qu’elles fussent, n’avaient pas été inutiles et lui avaient conquis cet idéal de vérité, de justice et de beauté qu’il avait désiré atteindre.

Je me figure qu’en entrant dans la vraie patrie il a dû trouver sur le seuil les membres aimés de sa famille qui l’y ont précédé— puis les groupes nombreux de ses compatriotes qu’il a célébrés dans ses écrits, et dont il a redit les gloires dans ses discours.

Mais parmi ces illustres morts' il en est un qui a dû devancer les autres et lui faire un accueil vraiment fraternel; c’est Garneau. Quelle a dû être leur joie de se retrouver ! Et quels entretiens ils doivent échanger sur la patrie terrestre!

Et maintenant, illustre ami, adieu, et merci.

Oui, merci, au nom de nos gloires nationales, que vous avez célébrées dans vos œuvres et parmi lesquelles vous brillerez désormais; au nom des lettres, que vous avez honorées et glorifiées par vos paroles, par vos actes et par vos succès; au nom de l’Université Laval, que vous avez défendue dans vos écrits, qui a bénéficié de votre enseignement, et à l’éclat de laquelle vous avez contribué ; au nom de la jeunesse, que vous

avez encouragée dans le culte des lettres et confirmée dans la foi patriotique. Merci de vos nombreux travaux, qui ont enrichi notre trésor littéraire et national. Ils seront une semence que l’avenir fécondera, j’espère, et qui produira des fruits salutaires pour la pos— térité et pour notre pays.

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