‹ Conférences et discours inéditsChapitre 11 sur 54 · MAI · texte numérisé non relu

MAI

JM 'approchez pas de ce lieu sans donner quelque marque de respect et de crainte. Quittez votre chaussure, car la terre où vous êtes est sainte : Lacets in quo stoft, terra sancta egt (i). Ces paroles, que le ciel fit autrefois entendre à Moïse qui s'avançoit vers le buisson ardent où Dieu faisoit éclater sa gloire, ne pourroit-on pas les adresser avec raison à ceux qui s'avanceroient vers cette enceinte? ne pourroit-on pas leur dire : Ne portez ici vos

(1) Exod. m, 6.

BÊKÉDICT. D t"KE PREMIÈBE PlEr.T.E. 111

pas qu'avec le sentiment d'une religieuse frayeur, car elle est sacrée la terre que vous allez fouler aux pieds : terra sancta est? Oui, elle est sacrée, et par les infortunes inouics, et par les vertus héroïques dont elle a été le témoin au lemps de nos discordes impies-, comme elle l'est aussi par la sainteté de ces filles du désert, de ces anges mortels qui l'habitent maintenant. C'est en ces lieux qu'a gémi, qu'a essuyé les traitemens les plus barbares, ce que la terre pouvoit avoir de plus digne de sa vénération et de son amour-, c'est en ces lieux qu'ont été livrées à d'inexprimables angoisses les plus augustes victimes des fureurs populaires. O jours de sang et de larmes ; ô scènes déchirantes et cruelles! forfaits à jamais lamentables, que je n'ose même pas rappeler, que tout cœur français voudroit effacer de son souvenir, comme des pages de notre histoire ! Mais non, nous sommes condamnés à en porter éternellement la honte dans la postérité. Du moins la religion a eu la gloire d'avoir fait tout ce qui éloit en elle pour les expier, pour réconcilier le ciel avec le peuple qui a eu le malheur de se rendre coupable.

Ce monastère, qu'est-il autre chose qu'un

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monument expiatoire de tous les sacrilèges excès qui ont souillé la France, de tous les noirs attentats qui ont été commis contre la majesté de Dieu et de nos rois? C'est ici que nuit et jour gémissent au pied des autels des vierges sacrées, victimes innocentes et volontaires d'iniquités qui ne sont pas les leursj c'est ici que la prière, les jeûnes, les veilles, les austères observances, les soupirs de cœurs contrits et humiliés ne cessent de monter comme un encens d'agréable odeur, vers le trône de la justice, mais aussi de la clémence éternelle, pour en faire descendre sur la famille Royale, sur la France entière, la grâce et la miséricorde; c'est ici que se forme un essaim de jeunes chrétiennes, qui, nourries dans l'amour de leur Dieu et de leur Roi, porteront un jour dans le monde les vertus et les sentimens qu'elles auront puisés dans ce saint asile.

Ainsi la religion se venge de ses ennemis, en expiant le passé, en sanctifiant le présent, en préparant l'avenir.

Voyez comme dans cette cérémonie dont elle est l'ame, tout est noble et touchant ! Au lieu d'un simple oratoire qui lui étoit consacré

d'une première pierre. ii3

dans un espace trop étroit, un temple s'élève plus digne d'elle, sous les auspices de la Reine des cieux, de celle qui est si particulièrement la patronne de la France et de la race de nos rois 5 il doit être érigé sous l'invocation du saint monarque père des Bourbons, qui du haut des cieux veille encore sur ses en fans et sur son peuple. Et à qui cette capitale devrat-elle ce monument de piété chrétienne. f' A la munificence d'une servante de Jésus-Christ, illustre par sa naissance, plus illustre encore par ses vertus, qui cachant le beau nom de Condé sous l'humble dénomination de sœur de la Miséricorde, est venue ensevelir dans la solitude tout l'éclat et toutes les grandeurs du siècle. Au nom de qui est posée la première pierre de ce saint édifice? Au nom de ce que le malheur, le courage, la bonté, ont de plus touchant, comme la France de plus cher; au nom de l'auguste orpheline du Temple. Ah ! sans doute, elle seroit bien capable de fixer d'un œil ferme les ruines du palais de ses pères, et même les lieux qui n'auroient été que le théâtre de ses propres douleurs; mais ne demandons pas à sa piété filiale de revoir les lieux où ses bienheureux parens ont lantsouf-

il4 BÉNÉDICT. d'l^E PEEMIÈRE PIEBRE.

fert. Qu'il nous suffise qu'elle nous console de son absence par une si fidèle et si digne dépositaire de ses sentiraens et de ses pensées. Si le pasteur également chéri et révéré qu'une providence toute miséricordieuse avoit réservé au siège du glorieux saint Denis, n'a pu satisfaire aux désirs de son cœur^ s'il n'est point ici pour lever ses mains vénérables sur cette enceinte et pour la bénir, il est en quelque sorte présent par un aulre lui-même, par ce prélat qui doit un jour hériter de son amour pour nous comme de noire amour pour lui.

Pontife du Seigneur, appelez toutes les bénédictions du ciel sur les fon démens de cet édifice sacré ; que par vos mains la religion lui imprime son caractère de stabilité et de durée, et que ce monument de la piété de Louise de Condé traverse les siècles, comme les monumens que la piété de saint Louis consacroit il y a six cents ans au bien de la religion et de l'humanité.

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