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122 POLR VU MAFiIAGE.
Les lois qu'elle vous impose n'ont rien qui vous soit étranger ni qui doive alarmer voire cœur -, elle vous demande de rester fidèles à Dieu, et de vous dévouer, pour lui plaire, à vous rendre mutuellement heureux. Ah! ce n'est pas vous qui pourriez l'ouhlier jamais ce Dieu que la piété de vos mères, si vertueuses, si chrétiennes, vous apprit à craindre et à aimer dans les premiers jours de votre vie • toujours vous chérirez la religion comme le premier de vos devoirs et le plus doux de vos liens. Nest-ce pas elle qui seule peut vous offrir la garantie de vos principes et de vos sentimens? Elle seule rendra vos affections durables en les rendant saintes et pures-, par elle vous vous unissez aujourd'hui, pour ne cesser jamais de vous aimer, et les nœuds que vous allez former deviennent non-seulement inviolables, mais éternels.
Après le soin de plaire à Dieu, ou plutôt par ce sentiment même de religion que réclament toutes les affections humaines comme leurappui nécessaire, vous placerez au premier rang l'obligation de vivre l'un pour l'autre par un dévouement invariable et sans bornes a voire bonheur mulûel.
POUR tjN mariage. \•i'.^
Vous, Monsieur, vous chérirez dans voire épouse la compagne que Dieu vous a donnée pour embellir voire vie, pour vous aider à en supporter les peines et à en remplir les devoirs. Fidèle à l'esprit de la religion, vous saurez tempérer une prééminence nécessaire, par la tendresse, le respect et l'honneur 5 vous l'aimerez, vous dit l'Apôtre, comme une portion de vous-même : Qui suant diligit uxorom^ seipsum diliyit (i). Ainsi vous comblerez les vœux de ces respectables parens dont le choix remet dans vos mains leur plus précieux trésor. C'est un père vertueux que nous avons vu, fidèle aux plus louchans souvenirs, chercher dans cet unique et tendre gage la seule consolation qu'il ail voulu connoitre. C'est une mère qui depuis tant d'années n'a semblé vivre que pour remplir un triste et pieux engagement dont vous recueillez tout le prix. Ah! lorsqu'ils viennent au pied des autels vous confier les vertus, le bonheur, le salut d'une enfant sur qui reposent tant d'affections et d'espérances, un noble sentiment vous associe à tous leurs vœuxj dès long- temps votre cœur
(1) Ephes. V, 2S.
les avoit prévenus, et il ne se démentira jamais.
Et vous, Mademoiselle, vous vous acquitterez envers votre époux, en réalisant pour son bonheur tout ce que promet votre jeunesse. Qu'il trouve toujours en vous la même modestie, la même douceur, avec cette soumission chrétienne qui envisage dans ce sacremenJ l'union de Jésus-Christ avec son Église, et s'unil saintement à un époux comme à son chef et à son appui. Eh! qui mieux (|ue vous doit connoitre ce que peut la piété pour le bonheur des familles? Les modèles sont sous vos yeux, et ils ne nous laissent rien à vous apprendre. Que vos regards s'arrêtent surtout sur cette seconde mère à qui vous devez tout ce que vous êtes. Aujourd'hui, pour prix de ses soins, elle vient vous demander de lui rendre par vos vertus celle qu'elle vous rendit par sa tendresse : une double dette vous est imposée ^ imitez-la l'un et l'autre, et il ne nous restera rien à vous souhaiter.
C'est maintenant enfin que vous prenez ensemble voire rang dans la société; et quels devoirs elle vous impose! Ici tous les souvenirs se réveiileul -, à la présence des païens se joint
la mémoire des aïeux. Un jour, plaise au ciel que ce soit bien tard ! vous vous trouverez à la léte d'une illustre maison, où l'élévation des sentimens, la bonté, la générosité, ont relevé d'âge en âge l'éclat du sang et de la grandeur; d'une famille toujours plus ambitieuse de mériter les honneurs que de les obtenir, et encore plus distinguée dans nos annales par les services qu'elle a rendus que par les dignités dont elle a joui. Gloire, vertus, religion, piété, vous environnez de toutes parts ces jeunes époux !
Mais qui peut, ô mon Dieu, répondre de leur bonheur si vous ne daignez les bénir? que serviroient les avantages dont le monde peut les flatter, s'ils devenoient jamais infidèles à votre grâce? Oui, mon Dieu, vous les bénirez, vous les sauverez, ces enfans de tant d'amour, de tant de soins, de tant de larmes 5 vous leur donnerez de continuer avec gloire la noble tradition de la religion et de l'honneur dont ils resteront dépositaires. Puissent- ils retracer eux-mêmes et voir revivre autour d'eux les grands exemples qui les entourent, et consommer dans votre amour une vie long-temps heureuse par la concorde mutuelle cl par l'observation de vos lois saintes! Ainsi soit-il.
Avant de recevoir les promesses que vous venez renouveler au pied des autels, el de les consacrer par les bénédictions de mon ministère, je me plais à vous féliciter l'un et l'autre du choix que chacun de vous a fait dans la chose la plus sérieuse de la vie ; et je veux avec vous, avec vos familles, avec tout ce qui fait ici des vœux pour votre bonheur, me réjouir des espérances que ce jour fait naître, et que tout semble garantir.
Je vous dirai à vous, Monsieur, qu'en fixant votre choix sur celle qui va s'unir à votre sort, vous avez fait preuve d'une maturité de raison qui honore votre jeunesse. Dans l'âge même des illusions, vous avez senti que ce qui brille uniquement d'un éclat fragile ne suffit pas au' sage qui regarde dans l'avenir; et vous ne concevriez pas que, dans la femme surtout, l'ama-
bilité pût èlre séparée de la vertu. Vos désirs ajipeloient donc une compagne dans laquelle ces grâces qui cesseroient de l'être si elles n'étoient pas décentes, ces qualités aimables qui embellissent la vie, fussent unies aux qualités solides qui en sont comme le fondement. Hé bien, Monsieur, rendez grâces au ciel qui couronne en ce moment la sagesse de vos pensées, et qui vous offre dans celle {jiii est à v«)s côtés la récompense la plus précieuse, comme la plus douce à votre cœur.
Une éducation distinguée, reçue au sein même de la capitale par les soins d'institutrices vraiment dignes de ce nom 5 une délicatesse, une élévation de sentimens tju'elle a puisées dans le cœur de sa mère, et dans les souvenirs d'un père qui mérita de recevoir au champ d'honneur le signe éclatant du plus noble courage^ une piété sincère sans être tro{) austère, pleine de condescendance sans foiblesse, incapable de plier devant ce qui ne s'allieroit point avec le devoir : tels sont, Monsieur, les gages de bonheur que vous apporte celle qui s'associe à votre destinée; vous serez heureux par elle, mais elle sera hm ctise par vous.
128 POtR UK MAFxIAGE.
Oui, Mademoiselle, je puis vous dire maintenant à vous, que celui qui va vous engager sa foi ne trompera pas vos espérances. Il a été bon fils, il a été bon frère, il sera bon époux. On le verra se montrer digne de recueillir l'héritage d'honneur et de loyauté, de vertus domestiques et chrétiennes des auteurs de ses jours et de ses aïeux. Sa famille ne vous est pas étrangère, c'est la vôtre ^ vous y trouverez une seconde mère que le ciel a douée de tout ce qu'il falloit pour vous servir en tout de guide et de conseil. Celui qu'il vous sera permis d'appeler du nom de père en a déjà pour vous toute la tendresse-, et pour la mériter toujours, vous n'aurez qu'à vous montrer toujours semblable à vous-même. Bientôt, en vous adressant à des êtres chéris, vous direz pour la première fois, Mon frère. Ma sœur; et ces noms sur vos lèvres ne seront que l'expression fidèle d'une affection réciproque qui existe déjà, et qui va devenir plus vive que jamais. Ainsi donc, jeunes époux, de quelque côté que je porte mes regards, je n'aperçois que d'heureux présages pour votre avenir.
Toutefois je vous tromperols, je Irahirois mon ministère si j'osois vous prédire que vous
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ne verrez jamais se lever sur vos têtes que des soleils sans nuages. Non, il n'est pas pour l'homme de félicité pure sur la terre. Combien de fois des accidens imprévus, des pertes douloureuses, quelques-unes de ces tribulations qui sont comme l'apanage de notre humanité, n'ont-elles pas troublé le cours de la plus belle vie? Mais vivez en époux chrétiens, conservez la paix de l'union la plus inaltérable; montrez-vous compatissans envers l'indigence et le malheur, parce qu'il est écrit que les miséricordieux obtiendront miséricorde ; soyez soumis à cette Providence qui bien souvent cache les dons de son inetFable bonté sous les traits mêmes de la justice; et ces pieuses dispositions seront pour vous le baume salutaire qui seul peut guérir les plaies de votre ame, ou du moins les adoucir.
Jeunes époux, je suis averti par le nombre de mes années que je pourrai bien n'être pas long-temps témoin de votre heureuse carrière; mais je puis du moins appeler de tous mes vœux une longue suite de jours prospères pour vous, qui, m'étant déjà chers par les liens de la parenté, le devenez davantage par le ministère que je remplis en ce moment.
PRÊCHÉ A SAlJiT-ROCH, LE 27 AOUT 1819,