‹ Conférences et discours inéditsChapitre 29 sur 54 · ÉLOGE DE JEA^'KE d'aRC · texte numérisé non relu

ÉLOGE DE JEA^'KE d'aRC

Anglais, que la prise de cette héroïne si redoutée et si falale à leur gloire! La victoire la plus brillante n'avoil jamais excité parmi eux autant de joveax transports. Ennemis de la France, vous triomphez ; vous semblez croire que vous avez, en quelque sorle, enchaîné avec votre captive la fortune de Charles vous serez trompés dans votre attente. Jeanut a prédit que vous seriez chassés de tout le royaume, et vous le serez^ votre conduite inhumaine à son égard ne fera qu'attirer sur vos armes la malédiction du ciel. Dunois reste à la France, et achève d'en être le restaurateur; et c'est de vos désastres, d'une suite non interrompue de victoires remportées sur vous, que Charles prendra et conservera le surnom de Ficturieux.

Prisonnière, Jeanne d'Arc est conduite à Rouen, dont les Anglais sont encore les maîtres 5 c'est là qu'elle est livrée à des juges qui font asseoir avec eux sur leur tribunal la haine et l'injustice. Mais quel sera le prétexte de l'accusation? Le voici : sa vie est si merveilleuse, ses exploits portent un caractère tellement surnaturel, que ses ennemis en abusent pour l'accuser de sortilège et de magie. Ils

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asjjirent en conséquence à la faire condamner au dernier supplice, comme s'ils espéroient laver dans son sang la honte d'avoir élé vaincus par elle. Quel spectacle de douleur que celui de celte vierge héroïque, aussi pure dans ?a conduite que dans sa foi, non moins digne de l'admiration de ses ennemis, que de la reconnoissance de la France entière -, maintenant chargée de chaînes pesantes, livrée à la brutalité de gardiens féroces, accusée, poursuivie, condamnée comme coupable de blasphème , d'apostasie, de dissolution! Je ne veux pas me, livrer ici aux mouvemens d'une indignation d'ailleurs si légitime contre les auteurs de sa mort -, l'inflexible histoire a flétri leur mémoire , et leur nom n'est prononcé qu'avec horreur dans la postérité. Au reste, que peuvent tous les supplices contre l'éclat immortel de la vertu? L'innocence subit le sort du crime, l'opprobre tout entier en est aux juges passionnés qui ferment les yeux pour ne pas voir la vérité, et plus encore, s'il est possible, à des ennemis assez peu g«''néreux pour ne pas avoir pardonné à Jeanne d'Arc ses victoires et sa gloire.

C'en est fait, l'iniquité va être consommée ;

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elle est condamnée à expirer dans les flammes, celle qui n'a mérité que des couronnes et des statues. O profondeur des pensées divines ! ô vanité des jugemens humains ! voilà donc où devoit aboutir tant de courage et tant de vertus ! Baissons la télé sous la main de cette Providence qui semble se plaire dans les épreuves de ses plus fidèles adorateurs, mais qui ne frappe que pour sauver.

Ne craignez pas du moins que notre héroïne vienne à se démentir, et que par un lâche trépas elle déshonore une si belle vie. Dans les mouvemens d'une sensibilité qui lui est naturelle et qui est particulièrement l'apanage de son sexe, elle pourra faire entendre des gémismens douloureux sur les rigueurs de son sort-, mais quand il le faudra, elle saura bien retrouver toute la noblesse de son caractère jusqu'au milieu du lugubre appareil des supplices. Son histoire en présente un trait bien digne d'elle. Dans une harangue publique et solennelle qui lui est adressée au sujet de ses crimes prétendus, elle a pu entendre patiemment les qualifications injurieuses qu'on lui prodigue; mais l'orateur s'étant permis d'invectiver contre le roi de France, elle élève la voix avec force.

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ei. au risque d'irriter de plus en plus ses juges, îlle le venge hautement en protestant que son rui est le plus iiohle chrétien de tous les ■hrétiens. Ainsi elle est fidèle et dévouée jusqu'au dernier soupir. Cependant rien ne désirme l'iniquité ; tant d'héroïsme joint à tant rinnocence ne peut amollir le cœur de ses lUges barbares*, sa dernière heure est venue, a fatale sentence va recevoir son exécution. Montez sur le bûcher, jeune chrétienne, non pas avec cette fierté qui sur le champ de bataille promettoit la victoire, mais avec cette espérance du juste qui est pleine dimmorlaiité; vous mourez victime des calomnies de vos contemporains, vous serez vengée dans la postérité \ la flamme pourra consumer votre dépouille mortelle, mais n'est-ce pas pour vous, pour l'innocence opprimée qu'est ré- ^1 rvée la céleste félicité? Elle n'avoit que vingt iiis quand elle périt dans des supplices qui iK' sont faits que pour les plus grands raal- 1.1 i leurs j mais la Providence ne permettra pas le son innocence soit long-temps méconnue ^ s passions se calmeront, la vérité percera ^ ténèbres, et la mémoire de Jeanne n'aura é couverte de quelques ombres que pour en

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sortir plus brillante. Bientôt en effet un monument expiatoire est élevé en son honneur sur les lieux mêmes qui avoient élé le théâtre de sa mort, et le monde entier se remplit de son nom et de sa gloire.

Sa mémoire éloit parvenue jusqu'au milieu du dernier siècle, chargée des hommages de toutes les générations, lorsque, à cette époque, une voix infâme vint troubler ce concert de louanges. Auroil-on pu soupçonner qu'un poète français emploieroit tout ce qu'il avoit d'esprit à déshonorer cette fille immortelle? Vit-on jamais, dans l'antiquité, les poètes de Rome ou de la Grèce s'acharner sur la mémoire des personnages qui avoient illustré ou sauvé leur pavs.'^ Non, il n'avoit pas le cœur français, celui qui a pu se porter, à l'égard de Jeanne d'Arc, à ce dernier excès d'impudence et d'ingratitude. Ah! qu'il me soit permis de le dire sans détour : si elle n'eût été qu'une impie et qu'une débauchée, elle tût trouvé grâce devant l'impiété et le libertii.age. Mais non, elle est pieus^e, elle est chaste^ dès lors la religion peut s'honorer de ses exploits comme de ses vertus : et voilà ce qui enflamme le courroux du plus grand ennemi

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qu'aient eu jamais le christianisme et les bonnes mœurs. Quel homme que celui qui a pu concevoir, méditer, exécuter froidement le dessein de couvrir d'opprobre et de ridicule la libératrice de sa patrie -, et quel siècle pour la France, que celui qui a vu couronner, sur le premier théâtre de la capitale, le poète coupable d'un tel forfait! Mes Fières, je ne suis point assez barbare, assez étranger aux lettres humaines, pour ne pas savoir tout ce que la nature avoit donné à Voltaire d'esprit et de talent; mais avant tout, je suis chrétien et Français; j'aime, avant tout, ma religion et ma patrie : et quand je pense avec quelle persévérante fureur Voltaire a dénigré le christianisme, avec quelle indignité il a voulu flétrir l'héroïne qui, au quinzième siècle, fut le sauveur de la France, je ne vois plus, dans les honneurs qu'il reçoit au sein de la capitale, le triomphe de l'écrivain, mais le triomphe de l'impie et du mauvais citoyen. Les hommages qui lui sont rendus ne sont plus, à mes yeux, qu'un outrage solennel fait à la vertu ; et loin de grossir par la pensée la foule des adorateurs de l'idole de boue, je m'éloigne en frémissant d'indignation, d'épouvante et d'horreur.

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Mais écartons ces souvenirs pénibles, poar contempler notre héroïne. Que lui importent les outrages des pervers, maintenant qu'elle est hors de l'atteinte de la malice des hommes, et qu'elle vit au sein de la félicité? Qu'elle soit vivante aussi au milieu de nous, par l'imitation des grands exemples qu'elle nous a laissés I Guerriers ici présens, c'est vous surtout que cette journée intéresse plus vivement ; c'est particulièrement aujourd'hui la fête de la vaillance et de la fidélité 5 c'est la vôtre. Celle dont nous célébrons la mémoire s'est immortalisée par son dévouement à son roi et à son pays. Guerriers valeureux, son image s'offre à vos regards sur la place publique de cette cilé. Que chacun de vous s'écrie en la voyant : La voilà celle qui a sauvé la France, il y a quatre cents ans. Comme elle, s'il le faut, marchant sur les traces de mes chefs que je verrai toujours les premiers sur le chemin de l'honneur, je saurai combattre et mourir pour mon prince et ma patrie. Et vous tous, habitans de cette cité, unis à ces magistrats qui ne sont les premiers par la dignité, dans l'ordre civil, que pour être aussi les premiers par leur zèle et leur dévouement, montrez-vous toujours di-

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