DU PRIKCE DE CONDÉ
le placer sur un théâtre plus digne de lui, à la tête d'une armée en Italie-, il ne peut consentir à se séparer de ces Français dont il est le père encore plus que le chef, ne désirant que de combattre, de vaincre ou de mourir avec eux.
D'après tout cela, Messieurs, faut -il s'étonner qu'il eût conquis l'estime universelle, que les premiers capitaines et les princes des nations diverses lui en aient donné, par leurs lettres, les plus glorieux témoignages? Et l'Europeentièrenesemble-t-ellepas, en ce moment, rendre un hommage à sa mémoire par la présence de ces ambassadeurs et de ces ministres étrangers que nous pouvons regarder comme les in terprètes des sentimens de leurs augustes souverains?
C'est à l'histoire à raconter en détail les combats où se signala l'héroisrae du Prince de Condé, et celui des braves qu'il commandoit; de ces Français portant hors de leur pairie des espérances qui dévoient se réaliser un jour, parmi lesquels le courage et le malheur égaloien l tous les rangs, confondoient l'ancien guerrier avec le magistrat, le noble avec le plébéien, et où le Prince n'étoil que le premier soldat j mais
certes ils ne furent pas sans gloire tant de combats fameux, tels que celui de Berstheim, où, suivant l'expression de l'un de nos poètes, on vit trois générations de héros marcher ensemble à la victoire.
L'histoire, il est vrai, ne dira pas que le Prince de Condé fit triompher la cause qu'il défendoit : mais aussi a-t-il jamais commandé de grandes armées? a-t-il pu former de vastes entreprises? a-t-il été le maître de ses desseins et de leur exécution? Du moins l'histoire pourra dire qu'avec de foibles ressources, il fil de grandes choses, et que, s'il a succombé, il n'a succombé qu'avec l'Europe presque entière. La justice divine l'a voulu ainsi pour l'instruclion des peuples et des rois.
Disons donc qu'il y a dans le Prince de Condé un caractère de force, de bonté, de loyauté, de désintéressement, d'héroïsme antique, qui lui mérite une place singulièrement honorable dans les fastes militaires. Le moment le plus pénible pour son grand courage est arrivé 5 les événemens le forcent de licencier son armée j la Providence a d'autres desseins. Le héros pose les armes, et va chercher un asile dans cette ile hospitalière,