‹ Conférences et discours inéditsChapitre 34 sur 54 · II. Il · texte numérisé non relu

II. Il

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Ici, Messieurs, défendu par rhomieur, que peut avoir à craindre le Prince de Condé au tribunal de la postérité? Plus équitable, parce qu'elle sera plus que nous sans passion et sans intérêt, elle pèsera dans la balance les hommes et les événemens. En déplorant les dissensions, les erreurs et les crimes, l'histoire dira la vérité pour tous", et que de choses ne pourra-t-elle pas raconter à la gloire du Prince de ('onde î Dans lui quel ensemble de qualités guerrières! J'en appelle en ce moment à ses braves compagnons d'armes, et même avec confiance à ceux qu'il eut à combattre. Passionné en quelque sorte pour les hasards et les périls, lorsqu'on le vovoit sur le front de bataille, ralentir sa marche ou s'arrêter, on pouvoit être sur que c'étoit là que le danger augmentoii. que c'étoit là qu'il étoit le plus grand ; et peutêtre porta-t-il jusqu'à l'excès cette froide lénjérité : voilà pour la valeur. Les rudes fali- {^;;ues, les privations pénibles, les occupations multipliées, les veilles de la nuit, rien n'altéroil son humeur; il étoit toujours doux, facile, accessible : voilà pour l'égalité d'ame. Quels soins tendres et délicats pour les prisonniers français ! Comme il aimoit à faire panser leurs

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blessures, à adoucir les rigueurs de leur sort, à les sauver du pillage des étrangers ! Non, même à cette époque, aucun Français ii'étoit indiÉférent à son cœur. Pourquoi, disoit-il quelquefois au milieu de ces guerres déplorables, faut-il que des Français, faits pour s'aimer, soient dans l'affreuse nécessité de se combattre? Voilà pour Thumanité. Quel contraste entre une telle conduite, et cette législation qui vouoit à la mort des Français vaiilans et malheureux que le sort des armes rendoit prisonniers ! Heureusement elle eut un terme, cette barbarie, et sous de grands capitaines, renommés pour leurs senlimens généreux comme pour leurs rares lalens, on vit les Français des armées rivales se traiter avec des sentimens de confiance mutuelle. Je n'ai pu à cette occasion résister au désir de rapporter, en le conservant dans toute sa simplicité, un entretien qui m'a paru digne d'un prince et de «oldats français. Dans les intervalles de trêves passagères, le Prince de Condé aimoit à se rendre aux avant-gardes ennemies, et à se mêler avec les soldats. « Monseigneur, lui dit un M jour un officier d'un rang inférieur, nous » avons grand plaisir à vous voir, et nous

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» sommes bien sensibles à la confiance que vou^ » nous témoignez. — Et moi aussi, mesamis^ » dit le prince, j'ai grand plaisir à vous voir, » et je me trouve parmi vous aussi tranquille » que si j'étois au milieu de mon armée. Vous » êtes Français, et c'est tout dire. - — Vous )) avez raison. Monseigneur, réplique l'officier, i) vous nous rendez justice -, nous vous aimons )j et respectons. »

Messieurs, voilà bien le Français quand il est dans son vrai caractère.

Qui pourroit dire tout ce que le Prince^ pendant dix années, eut à essuyer d'obstacles, de contradictions, de dégoûts, d'événemens cruels pour son cœur? N'importe, rien ne pouvoit l'ébranler, et jamais il ne désespéra de sa cause tant qu'il lui fut permis de la défendre l'épéeà la main -, voilà pour la plus rare, peutêtre, de toutes les qualités, la constance dans les desseins généreux. Enfin, on sait avec «juelle tendre sollicitude il s'occupoit de son armée, et quel dévouement à sa personne il avoit su lui inspirer : toute son ambition éloit d'en toujours partager la destinée 5 il lui sacrifia tout, même des espérances de gloire. En vain une grande puissance lui offre de

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