DEUXIÈME PARTIE
La religion, avec ses promesses immortelles, a de quoi plaire aux âmes élevées, qui repoussent comme une bassesse l'idée du néant, et sa grandeur même les dispose à croire à sa vérité. Déjà elle exerce tout son empire sur le Prince de Coudé, et c'est ici qu'il vient s'offrir à nos regards sous un aspect tout nouveau. Retiré de la dissipation et du tumulte des camps, il descend au fond de son cœur ^ il médite en silence les jours anciens et les années éternelles, comme parlent nos livres saints-, son ame s'ouvre aisément aux impressions de celte religion sainte dont le besoin se fait sentir après les
grandes agilalions à ceux-là même qui la repoussoient davantage, et qui seule, par l'immensité de ses espérances-, peut remplir le vide immense de nos cœurs. On aime à voir ces guerriers terribles comme des lions dans les combats, se montrer doux et simples comme des agneaux au pied des autels. Oui, la piété des héros a quelque chose de j)lus auguste et de plus touchant, qui pénètre et ravit ceux qui en sont les témoins : celle de notre Prince sera sincère 5 mais elle sera sans faste comme son courage.
O Prince ! vous vivez en paix, occupé de cette religion qui vous attire par l'élévation même de sa doctrine -, vous goùlez, après tant de fatigues et de traverses, un repos honorable, au milieu des témoignages de cette tendre vénération qu'inspire toujours le héros malheureux. Mais que vous êtes loin de pressentir le coup qui vous menace, et qui doit porter dans votre ame une désolation sans bornes ! Que bientôt vous aurez besoin, plus que jamais, de toutes les consolations que la religion seule peut donner! Quelle épreuve cruelle vous étoit réservée! quel malheur iu>prévu ! quel tragique événement 1 quelle catastrophe inouie!