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Tout à coup un cri funèbre, parti des rives de la Seine, retentit jusque dans votre retraite, et dans celle d'un fils qui va être encore bien plus à plaindre que vous. Je tremble de réveiller ici d'inconsolables douleurs. D'Enghien n'est plus ! Eh quoi ! tant d'héroïsme et de bonté, tant de jeunesse et d'espérances se sont donc évanouis comme un songe! Il est mort comme meurent les héros chrétiens ; mais enfin il est mort , il est tombé sous la main lâchement meurtrière ! Périsse à jamais la nuit fatale qui couvrit de son ombre ce mystère de férocité ! Périsse le jour qui vint révéler à la capitale le forfait de la nuit ! La France tout entière en frémit d'indignation plus encore que d'épouvante. Ils furent pénétrés d'une horreur profonde, (je le dis à leur gloire) ces mêmes guerriers français dont le jeune prince avoit été l'ennemi, mais toujours l'ennemi généreux, et seulement sur le champ de bataille. La patrie en deuil crut voir précipiter dans la même tombe une race entière de héros. Leur gloire ne périra pas, nous le savons 5 mais ce n'est pas assez pour ncs cœurs ; il ne sera donc pas donné à nos neveux de voir comme nous les dcscendans de ce vainqueur de Rocroi, qui
portait la victoire dans ses yeux! Hélas! tout passe, tout s'éteint sous le soleil, les races (les héros comme les races vulgaires. Chrétiens, que cela, du moins, nous avertisse de porter plus haut nos pensées, de rechercher ces hieus que les hommes ne peuvent ravir, et de travailler à faire graver nos noms bien moins dans les annales du temps que dans celles de l'éternité.
\oilà bien aussi quels sont de plus en plus les sentimens et les pensées du Prince de Condé. Sa grande ame se détache tous le? jours davantage de celte terre de larmes et de douleurs. O ! que l'on se tromperoit bien si Ton pensoit qu'elle fût dévorée de ressentiment et de haine! Tout ce qui est vulgaire est indigne de lui. Jl existe ce testament fait il y a douze années, monument éternel de ses hautes et pieuses pensées. Là, il proteste de sayerme croyance des veriie's de la suinte et pure religion calholiijueÇ\e répète ses expressions); là il dépose, avec une noble candeur, le repenlir comme l'aveu des fautes qu'il a pu commettre 5 là, on lit ces paroles ou son ame resj>ire tout entière : Je remercie Dieu de it'acoir Jamais laissé pénétrer dans niu/i ame la plui
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petite idée de veiiyeatice contre ceux qui nous ont J^nit tant de mal, et J'espère que sa tniséricurde et ia clémence du Roi les ramèneront tôt ou tard à ces principes sacréx qui peuvent seuls rendre à la France son bonheur et sa tranquillité.
Oui, Messieurs, le ciel devoit se laisser fléchir, exaucer les vœux tle ce Prince vraiment français, el consoler ses cheveux blancs par le triomphe de la cause à laquelle il s'éloit dévoué. Mais les pensées de Dieu ne sont pas les nôtres, il ne se hâte pas dans ses desseins ; comment doivent-ils s'accomplir? c'est un secret que long-temps il s'est réservé pour lui seul.
Que d'obstacles ici en apparence insurmontables ! Un homme obscur s'étoit élevé au milieu de nous au faite de la puissance, portant dans son ame une inflexibilité de pensées que rien ne fait mollir, une j)assion de dominer que rien ne rassasie, une audace pour le mal qui ne recule devant aucune borne; et voilà qu'il lui est donné de se signaler par vingt années de victoires incroyables, de fouler à son gré les peuples el les rois, et d'être ainsi dans les mains de la Providence un des plus terribles
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inslrumens dont jamais elle se soit servie poUf châtier les nations. Comment tombera le colosse de puissance qui écrase l'univers? quelle main lui portera les premiers coups? Ce sera une main foible en apparence. Au midi de l'Europe il est un peuple que les beaux esprits du dernier siècle nous avoient appris à dédaigner, mais qui, depuis les Romains jusqu'à nous, a su être magnanime toutes les fois qu'il l'a fallu. La fière Espagne s'indigne qu'où veuille l'asservir; elle ne veut pas être subjuguée : elle ne le sera pas. A ce noble signal, l'Europe entière se réveille ; elle soupçonne que celui qui avoit été jusqu'alors invincible pouvoit être vaincu, et dès ce moment sa ruine commence. Bientôt il tombe; et, s'il se relève, c'est pour retomber d'une chute plus éclatante encore. Il est donc brisé à son tour le marteau qui avoit brisé le monde; et le digne héritier de tant de rois sera pour toujours affermi sur son trône, et la France s'applaudira du triomphe d'une cause tellement liée à son bonheur, à ses intérêts, à sa véritable liberté, qu'elle n'est pas moms la sienne que celle de nos princes légitimes. Divine Providence, je vous adore 5 ici tout porte l'em-
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preinte visible de votre main puissante. C'est vous qui avez (/ueri comme vous div'xQiJ'rappé, qui axez ressuscité comme vous aviez conduit aux portes du tombeau. Poursuivez l'œuvre de votre miséricorde, et consommez, pour le bonheur de la France, ce que vous avez si miraculeusement commencé.
Quel spectacle pour le Prince de Gondé que celui de son Roi rétabli sur le trône de ses pères ! A la vue d'un événement si long- temps attendu, quel désir peut-il former encore? Son cœur est satisfait; mais, s'il est l'heureux témoin, il est aussi en partie l'objet de l'allégresse publique. La France se réjouit de le revoir dans son sein ; elle le retrouve toujours digne de lui-même. Ce désintéressement, cette bonté, celte simplicité qui sied aux grands hommes, l'accompagnent partout. S'il trouve la belle demeure de ses pères ravagée par les malheurs des temps, il en contemple les ruines d'un œil calme et serein. On pourra bien remarquer que sa mémoire, alFoiblie par l'âge, ne lui est pas toujours fidèle; mais son ame n'a pas vieilli, le feu sacré y brûle encore, il ne doit s'éteindre qu'avec sa vie. Cependant le Ciel ne nouslavoit rendu que pour un peu
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de temps j il est chargé d'années comme de gloire, et bientôt il faudra donner des regrets à celui dont la présence causoit tant de joie. Ses forces déclinoient de jour en jour, et depuis quelques mois on avoit conçu de vives inquiétudes, lorsqu'il fut atteint de la maladie qui devolt le conduite rapidement au tombeau. Celui qui si long-temps et si souvent avoit affronté la mort dans les combats , désire de n'en pas être surpris, afin de la recevoir avec des dispositions plus chrétiennes : Je ne crains pas la fnorf, disoit-il un jour; maisj'e serais fâché de ne pas la iwir venir. Il la voit arriver, en effet, sans en être troublé; consolé par cette religion qui fait ses espérances, après avoir plus particulièrement sanctifié ses dernières années, il calme lui-même les alarmes qu'il remarque autour de lui. Qu'on n'use pas de ménagemens pour lui parler des derniers secours que l'Eglise administre à ses enfans ; il les désire avec ardeur, et il les reçoit avec une confiance vive comme sa foi, en présence de ses serviteurs fidèles, attendris tout à la fois, et du souvenir de ses bienfaits, et de sa tendre et courageuse piété. Si le ministre de la religion, dépositaire des secrets de
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sa conscience, l'exhorte à pardonner à ses ennemis, à l'exemple de Jésus Christ sur la «roix. ^h! répond le Prince, du ton le plus animé, si Dieu tne pardonne comme je leur pardonne^ je suis bien sûr d^ être avec lui : paroles qui nous ont été transmises par celui-là même qui les avoit recueillies de sa bouche. Son heure dernière est donc arrivée 5 la mort a marqué sa victime, cl couvre de ses ombres ce front qui rayonna si souvent de l'éclat de la victoire. Mais si elle peut tout sur son corps, elle ne peut rien sur son ame ; libre jusque dans les bras de la mort, il s'entretient avec son Dieu. Tantôt il lui dit, avec le Roi pénitent : ^yi' pitié de moi gelon votre grajide miséricorde, secundùni maynatn wisericordîam fuain; et l'on remarque qu'il appuie avec plus de force sur le mot maguam : tantôt il lui adresse ces paroles consolantes : Seigneur, j'ai mif: m 071 espérance in vous, et je ne serni pasconfondu. Chrétiens, qui de nous o?eroit dédaigner ces détails, après que le grand Bossuet en a recueilli de tout semblables du grand Condé? Enfin il touchoil à son dernier soupir, lorsqu'on l'entend prononcer ces premières paroles du symbole des chrétiens : Credo in
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Deum Patrem. A ce dernier mot sa voix s'éteint 5 bientôt après il expire, et ce que son ame ne faisoit que croire ici-bas, elle va le contempler à découvert dans le sein de cette lumière immortelle que le symbole même promet à nos désirs, quand il nous fait dire : Je crois la vie éternelle. Credo vitani œlernuin. Le Prince de Condé n'est plus-, mais il laisse un fils héritier de son ame comme de son nom-, mais elle vit au milieu de nous cette vierge héroïque issue de son sang, qui, dans !a solitude, se dévoue comme une victime pour le salut de la patrie ; mais du moins sa dépouille mortelle ne reposera pas sur une terre étrangère. Lorsqu'il l'habitoit encore, incertain de sa destinée, il avoit exprimé, dans son testament, le désir d'être inhumé simplement au milieu des Français que leur attachement à la même cause avoit jetés dans les mêmes infortunes. Noble et touchante pensée ! Mais la plus honorable des sépultures lui étoit réservée, celle même de nos rois. Enfin il nous rfste de lui quelque chose de plus précieux encore que sa cendre, je veux dire ses exemples et ses leçons. Il faut bien qu'en terminant son éloge je rappelle dans toute leur simplicité ces pa-