‹ Conférences et discours inéditsChapitre 42 sur 54 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Si l'éclat de la naissance ne s'eÉfaçoit pas devant les ombres de la mort, qui confond toutes les conditions humaines^ si les titres cl les dignités pouvoient être quelque chose sur la tombe qui les engloutit sans retour, j'aimerois à vous entretenir. Messieurs, de celte maison de Périgord, dont l'origine se perd dans les temps obscurs de ia monarchie ; je diiois qu'elle étoit déjà puissante sous les premiers successeurs de Charlemagne ; que, (luraut^plusieurs siècles, elle domina dans une province dont elle porte encore le nom, et que, d'âge en âge, on la vit s'allier de tous côtés iiux races les plus illustres. Je n'oublierai pas ce Cardinal de Péiigord, (jui, sous le roi Jtan, eùl épargné à la France la fatale journée de Poiliers, si l'on eut écouté la sagesse de ses conseils^ et voilà comme du sein des générations passées sortiroit un éclat qui rejailliroit sur celui qui est l'objet de cette pieuse cérémonie.

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Mais comment cserois-je célébrer les grandeurs humaines dans Téloge d'un pontife qui ne les a connues que pour les cacher sous le voile des plus modestes vertus \ et devant ce sanctuaire auguste, autour duquel ?ont représentés deux monarques puissans (i), qui s'humilient devant le Très -Haut, lui font hommage de leur grandeur empruntée, et par leur attitude même semblent nous avertir que Dieu seul est grand? Tu xolus Altissinm,'!'. Et certes, Messieurs, lorsque le bruit de l'Europe ébranlée, et tremblante encore jusque dans ses fondemens, semble relentir à nos oreilles, pourrions-nous être éblouis de la figure d'un monde qui passe;? Et faudroit-il donc dire aux hommes de nos jours, ce que saint lérome, dans son éloge funèbre de Népotien, disoit aux hommes de son temps, témoins de la chute de l'Empire Romain : Le monde social s'est écroulé de toutes parts, et cependant noire orgueil reste debout au milieu de tant de ruines : Rottianic vrhix ruil^ et tanien cerpix twstru erecta non Jlectitnr.

Heureusement le Cardinal de Périgord

(1) Louis XIII et Louis XIV,

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brille d'une gloire sur laquelle le temps et les hommes ne peuvent rien. La religion a sanctifié sa vie tout entière, et a répandu sur elle, depuis le berceau jusqu'à la tombe, son éclat immortel. Privé, dans un âge encore tendre, d'un père qui, digne de ses ancêtres, étott mort au champ d'honneur, il va croître sous les yeux d'une mère incomparable, dont les vertus furent si hautes et si pures, qu'elle commanda à un siècle corrompu le silence du respect et de l'admiration, et pour laquelle Louis XV avoit conçu une si profonde estime, qu'il s'étoit fait une loi d'acquiescer à toutes ses demandes sans examen ; condescendance dont il n'eut jamais lieu de se repentir. Elle vérifia dans le sens le plus chrélien cette devise de sa maison : Rien que J)ieu (i). O mère véritablement chrétienne, vous que, dans son testament, notre pieux archevêque appelle wa sainte ?nère^ soyez bénie à la face des autels d'avoir formé, pour la gloire de la religion, les premières années d'un fils digne de vous et des hautes dignités où le ciel devoil l'appeler un jour !

(1) La devise porte : Rd que Dioii ; mots du dialecte patois du Rouergue comme du Périgord.

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