DANS LA BASILIQUE DE NOTRE-DAME DE PAUIS
tE 29 NOVEMBRE 1821.
Mortuus est in senectute bona, pie • nus dierum, et divitiis, et gloriâ; et regnai'il Salomon filius ejus pro eo.
Il mourut dans une heureuse vieillesse, comblé d'années, de biens et de gloire; et Salomon son fils régna en sa place.
I Paral. XXIX, 28.
Monseigneur (i),
Il n'est donc plus ce pontife vénérable, que le ciel, après tant de désastres, n'avoit, ce
(I) Monseigneur l'Archevêque de Paris.
OnAISOR FCiNÈBRE, ETC. •y.^'j
semble, élevé sur le siège éminenl de celle capitale que pour faire paroitre dans un plus grand jour les précieuses qualités dont son ame étoil enrichie; il n'est plus cet ancien de l'épiscopat français ! Morlel, il est tombé sous les coups de la mort, comme le plus humble vulgaire. ]Si la noblesse du sang, ni l'éclat des dignités, ni le charme des vertus les plus pures, ni la tendresse d'une famille éplorée, ni les soins de ses fidèles serviteurs, ni les regrets de tout ce qui approchoit de sa personne, ni la royale sollicitude du monarque et de ses augustes en fans, rien n'a pu le conserver à notre vénération et à notre amour! O religion sainte de nos pères, piété sincère, innocence de mœurs, affabilité touchante, inaltérable douceur, trouvâtes-vous jamais sur la terre un cœur plus digne que le sien de vous servir de sanctuaire?
Oui, nous pouvons dire à sa louange et pour notre consolation, sans craindre de trouver un seul contradicteur, qu'il a vérifié les paroles du texte sacré, qu'en lui une jeunesse honorable a été honorée par une vieillesse plus honorable encore : MortuuH est in senectule houuj qu'il est mort comblé d'années pré-
l88 ORAISON ÏTKÈëRÊ
cieuses pour la religion, de trésors amassés pour le ciel, et de cette gloire véritable que le temps ne sauroit flétrir : plenus dierum, et dîvitiis, et giurtâ; que, s'il a été enseveli dans les regrets et les larmes de tous, il a été particulièrement pleuré de vous, Monseigneur^ qui étiez destiné à lui succéder, comme un fils à son père^ qui, plus d'une fois, avez manifesté devant nous tout ce que vous goûteriez de bonheur, s'il vous étolt donné de racheter ses jours aux dépens des vôtres 5 et qui, eu héritant de sa charge pastorale, avez hérité aussi de sa tendre sollicitude pour le peuple fidèle qui lui étoit confié. Ainsi, en quittant la terre, il aura comparu devant celui que les livres saints appellent /e Prince des Pauteuru^ avec le double mérite d'avoir gouverné saintement le troupeau de Dieu, et de lui avoir légué un autre lui-même. Morluus est in senectute hova., plemis dieritni, et divitiis^ et gloriâ; et regnavit Jîlius ej'us pro eo.
O ! combien le respect et la reconnoissance doivent rendre chère à notre cœur, et pénible en même temps, la tâche de prononcer sou Eloge funèbre, et de rappeler les bonnes, les
Tjl cabdîkal ce pÉraGOî.D ^89
belles actions qui ont rempli sa vie tout entière ! Dans ce souvenir, il est vrai, se trouve la sourcç de nos consolations^ mais là aussi se trouve celle de nos regrets. Essayons toutefois d'oublier pour un moment les tristes pensées, pour ne voir que ce qui console et ce qui édifie, et cherchons dans la vie de celui qui n'est plus, ce qu'elle peut avoir d'instructif pour nous, et de glorieux pour lui. Le ciel Va fait passer par toutes les vicissitudes humaines, et nous l'a montré sous les coups les plus rudes de l'adversité comme au sein des grandeurs. Nous allons donc l'envisager sous ce double point de vue, pour faire voir que> supérieur à la mauvaise comme à la bonne fortune, il a constamment honoré l'Église de de France, et dans ses jours de prospérité par les plus douces vcrlus, et dans ses jours de disgrâce par le plus ferme courage, et dans les jours de sa dernière restauration par un zèle plein de sagesse : telle sera la matière de l'Eloge que nous consacrons à la mémoire dVminentissime et révérendissime Monseigneur le Cardinal DE Talleyrand-Périgord, Arclievcquc de Paris, Grand-Aumônier de France, Commandeur do l'ordre du Saint-Esprit, Pair de
France, et Primicler du chapitre roval de Saint-Denis.