DU CARDINAL DE PÉRIGORD
clrllcat dans les affaires, de celte raaiurité de raison qui ne précipite rien, de celle patience qui attend le moment favorable, de celle fermeté que la douceur tempère, qui ne repousse pas les condescendances, mais qui ne sait pas fléchir quand il s'agit du devoir; de ce courage qui ne cherche pas les périls, mais qui n'en est pas déconcerté; de cette élévation d'anie qui sait dissimuler des torts, et ne rend jamais le mal pour le mal. Avec de telles qualités que ne peut-il pas entreprendre?
Ses premiers regards se portent sur ceux qui sont appelés à être le sel de la terre par leurs exemples, et la Imnière du monde par leur doctrine. Faut-il entretenir parmi les jeunes ministres des autels cet amour de la science, sans laquelle la piété est insuffisante et le zèle s'égare aisément 5 il assujétit à des examens annuels leurs études ihéologiques. Faut-il nourrir dans leur ame la flamme de la charité, cette piété qui est utile à tout, sans laquelle la science eujle au lieu d'édifier; il les appelle à des retraites ecclésiastiques : et, pour remonter ici à la source même du bien, il travaille avec zèle à régénérer son séminaire; il poursuit celte œuvre capitale avec autant fie
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force que de douceur, et il a la consolation d'y voir enfin réunie toute la pureté de la doctrine à toute l'autorité de l'exemple.
Au-dessus des prestiges qui entourent les dignités et les richesses, il voit dans l'épiscopat, non l'éclat dont il brille, mais le fardeau qu'il impose; dans les fonctions saintes, non les hommages qu'tslles attirent, mais les bénédictions qu'elles répandent; dans les trésors du sanctuaire, non un patrimoine profane, mais celui des pauvres; et, à ce sujet, voyez comme il embrasse tous les besoins même temporels de son peuple. Dans une ville où l'industrie occupe tant de bras, et procure à une multitude d'ouvriers le pain qui les nourrit, il peut arriver que la suspension des travaux journaliers jette beaucoup de familles dans la misère, et que la misère les laisse en proie à des usuriers impitoyables ; et voici que notre prélat, pour les sauver de cette cruelle avarice, fonde en leur faveur un établissement pieux, administré avec autant de désintéressement que de sagesse.
De fréquens incendies portent la consternation dans des villages entiers, dont les maisons, couvertes de chaume, sont plus aisément
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dévorées par les flammes : lié bien, c'est pour en secourir les habilans infortunés que leur père commun établit (qu'on me permette de dire la chose par son nom) la Caisse des ///cencliés; et, par les soins de sa prévoyante sagesse, les maisons rebâties sont couvertes d'une manière plus solide, et qui les expose moins aux ravages du feu.
Que si les inondations, si la disette, si d'autres fléaux destructeurs désolent les cités et les campagnes, son zèle ne connoit plus de bornes, et ses abondantes largesses provoquent celles de toutes les classes riches de la société. C'est ainsi que le Pasteur est toujours vigilant pour son troupeau, et que celui qui est le premier de tous par la dignité devient le serviteur de tous par la charité. Je pourrois en appeler ici à un témoin irrécusable, à ce digne prélat que notre archevêque se réjouissoit d'avoir pour successeur sur le siège de Reims, et qui, investi alors de toute sa confiance, étoit associé aux travaux de son épiscopal (i). Aussi son
(I) Monseigneur de Coucy, autrefois vicaire-général, et aiijourd'hui archevêque de Reims. (Ce prélat est mort eu 1324.)
nom étoit en bénédiction ; le respect, la confiance et l'amour des peuples entouroient sa personne, et, partout où il se monlroit, sa présence seule étoit comme un bienfait public. Et quel empire n'ajoutoienl pas à celui de tant de solides vertus, les qualités aimables qui les embellissoient? La sérénilé de son ame leluisoltsur son front; une douce majesté éloit répandue sur toute sa personne. Simple avec dignité, grand sans faste, il étoit d'une égalité d'ame que rien n'altéroit : on Tabordoit sans crainte, mais avec respet't : il n'avoit i ien de ce qui intimide, mais rien aussi de ce qui provoque la familiarité j ses manières étoient douces, ses paroles plus douces encore : le sentiment qu'il falsoit éprouver étoit celui d'une tendre vénération. On trouvoil toujours en lui et le ponlife et le pasteur, et Tbomme pieux et l'bomme né dans les plus hauts rangs de la société : il avoit ce goût exquis des convenances qui assortit les paroles aux personnes, et fait rendre à chacun ce qui lui est dû. Jamais la grandeur n'avoit été unie à plus de politesse; et, si la dignité de lu chaire comporloit une expression familière qui rendroit bien ma pensée, je me plairois à dire que personne
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n'étoit plus grand seiyneur c^MeXyi'v. Enfin, ne semble-t-il pas que les livres saints aient tracé d'avance son portrait tout entier dans celui du grand-prêtre Onias, dont il est écrit : Que c'étoit un homme véritablement bon, d'un aspect vénérable, d'une douce gravité de mœurs, agréable et réservé dans ses discours, et (jui, dès son enfance, s'éloit exercé dans loutes sortes de vertus : Pirum bonutn, et heniynum, verecundum visu, mod ex tu m morihiis^eteluquîo décorum, et qui à pueritta in virtutihits exercitatux sit (i).
Ne soyons donc pas étonnés que, frappés de tant de qualités réunies, les étrangers conçoivent pour sa personne des senlimens profonds d'estime et de vénération. Le plus grand homme d'Etat que l'Angleterre ait eu de nos jours (2), après avoir séjourné quelque temps à Reims, fut si louché de tout ce qu'il avoit trouvé dans son digne archevêque, de vertueux, de noble, d'aimable, de poli, qu'il en conserva toujours le souvenir; si bien, qu'au commencement de nos dissensions funestes il b'empressa de lui faire offrir tous ses services.
(!) II Machab xv, i2. —(2) PiU.
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Tel éloit, Messieurs, l'archevêque de ReimS< Alors, sans doute, il se prometloit de poursuivre et de terminer en paix sa carrière; du moins, s'il prévoyoit des catastrophes, il ne pouvoit guère penser que bientôt il en seroit lui-même la victime. Cependant à cette époque que de sinistres présages! Des écrivains, follement audacieux, préchoient hautement la licence et l'impiété; l'esprit de blasphème et d'indépendance se répandoit de toutes parts, et se manifestoit jusque parmi ceux qui dévoient être les plus fidèles gardiens des mœurs, des lois et de l'autorité; partout la révolte contre Dieu disposoit à la révolte contre les rois; dans bien des écrits lus avec avidité, et trop souvent accueillis, protégés par ceux qui dévoient les redouter davantage, on ne dissimuloit pas le projet qu'on a tenté pluà tard, et qu'on n'a pas encore entièrement abandonné, celui de précipiter ensemble dans l'abîme tous les trônes comme tous les autels. Au dehors tout éloit brillant; au dedans fermentoient tous les germes de dissolution et de mort; et, travaillée par un levain d'impiété séditieuse, la France ressembloit à ces montagnes célèbres dont la surface se couvre des
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fleurs et des fruits d'une végétation féconde^ et dont le sein est un immense réservoir de matières brûlantes, qui semblent n'attendre que le moment de se répandre au loin en lor-' rens dévastateurs.
O pontife également chéri et révéré, vous ne serez pas étranger aux secousses effroyables dont la France est menacée ! mais la main de Dieu sera toujours avec vous, et l'on verra qu'aux douces et pacifiques vertus, qui, dans les jours de calme, font les bons pasteurs, vous savez joindre ce courage, qui, aux jours de la tempête, fait les confesseurs et les martyrs.