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DEUXIÈME PARTIE

Elle est arrivée pour la France cette désolation dont on peut bien dire qu'on n'en avoit pas vu de semblable depuis le commencement du la monarchie, et dont je ne veux rappeler en ce moment que re qui se lie aux destinées du Cardinal de Périgord, et qui a fait ressortir ses généreuses vertus avec tant d'éclat. Aux siècles précédens on vit ce que pouvoit la iiaine du christianisme dans les sectateurs des

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autres religions, ce que pouvoil le faux zèle pour armer quelquefois les hommes contre les hommes au nom du ciel; maintenant on va voir ce que peut, pour le malheur des peuples, le fanatisme de l'impiété. Des sophistes impitoyables, armés tour à tour du glaive de Décius et de la plume de Julien, déclarent la guerre à Dieu et aux hommes; tout ce qui ne plie pas devant leurs systèmes pervers en devient la victime; les noms de tolérance et d'humanité ne sont que le signal de la persécution la plus sanglante ; les chrétiens sont immolés devant les autels de la Raison^ comme ils l'étoient autrefois aux pieds des idoles du paganisme; et le dix-huitième siècle, qui s'est appelé fièrement le siècle des lumières, aura la honte éternelle d'avoir fait une multitude de martyrs. Il sera décidé que les sciences, les lettres, les arts, les connoissances humaines, toutes ces choses si vantées, ne sont rien contre la fureur des passions déchaînées, quand on a brisé tous les freins de la religion et de la morale, et que ce qu'on nomme civilisation n'empêche pas qu'une nation savante et polie ne voie s'accomplir sur elle cette paroh; du Sage : Lorsque les impies régneront, le peuple

gémira: Cwm impii sunipseriulpritwipatun) , geitut populi/s. C'est surtout contre les colonnes de l'Église, contre le corps des premiers pasteurs que les coups sont dirigés : mais le ciel est avec eux pour leur communiquer une force invincible; les jeunes s'unissent aux anciens pour folmer tous ensemble une sainte phalange contre l'ennemi commun. Le moment du combat arrive; et, dès la première attaque, on s'aperçoit (ju'il est plus facite de les dépouiller que de les avilir, de les persécuter que de les vaincre. Recevez ici un hommage particulier, vous qui, interpellé le premier par les ennemis delà religion, donnâtes au clergé français le signal d'une héroïque résistance (ï). Certes, c'est un beau spectacle donné au monde que celui de cent trente é\éques, qui s'élevant par la foi au-dessus de toutes les considérations humaines, immolent leur repos à leur conscience, et préfèrent l'exil, la mort même, s'il le faut, à de commodes mais funestes innovations. Partez, illustres exilés, apparoissezaux nations étrangères avec l'inté-

(1) M. de Bonnac, évêque d'Agen, mort premier aumônier du Rui.

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grité d'une loi que rien n"a clé capable d'entamer; dispersez -vous jusqu'au milieu des communions séparées de la nôtre; dissipez par votre seule présence les préjugés dont elles peuvent être imbues ; et, marchant à la tête de tant de prêtres fidèles qui suivent vos pas^ montrez aux peuples divers cette Eglise Gallicane, plus belle dans ses malheurs que dans ses prospérités, et plus grande encore que sa renommée. Il étoit digne du royaume trèschrétien de donner à l'univers un des plus beaux exemples d'héroïsme religieux que puissent présenter les annales du christianisme; pour trouver quelque chose de semblable, il faudroit remonter jusqu'à l'Eglise d'Afrique, au temps de la dévastation des Vandales.

C'est parmi ces glorieux confesseurs de la foi que nous trouverons l'archevêque de Reims : on peut le suivre en quelque sorte à la trace de ses vertus; calme au milieu des orages, résigné dans le malheur, il a l'ame trop élevée pour ne pas avoir perdu sans amertume ce qu'il possédoit sans cupidité. Si son nom, sa dignité, ses qualités personnelles lui donnent quelque ascendant auprès des hommes riches el puissans des diverses contrées de l'Allemagne,

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c'est pour le faire tourner au soulagement de l'indigence et de l'infortune. A Bruxelles, à Cologne, à Wolfembuttel, partout il se montre comme un ange de paix et d'humanilé ^ par sa patience, il apprend aux autres à souffrir; par sa douceur, il calme les âmes aigries, versant les consolations quand il ne peut répandre les bienfaits : et ici, comme en tout, on pouvoit dire de lui ces paroles, qui lui ont été si heureusement appliquées : Que ses voies étoient belles, que tous ses pas étoient pacifiques; Vice ijiis, riœ pulchrœ^ et omnes setnitœ iliius pacifîcœ.

Est-il appelé auprès de son roi, il ne cessera pas d'être l'homme de Dieu et l'homme des malheureux; et sa sagesse, son courage le rendront digne d'entrer dans les conseils d'un prince qui a su contempler d'un œil ferme les débris de sa grandeur, qui n'a jamais désespéré de lui, de sa famille, de la France, el que le ciel coDservoit en effet pour des temps plus heureux.

Cependant, Messieurs, sans religion et sans roi qu'étoit devenue notre patrie .-^ Dix ans s'étoienl écoulés, qui avoienl accumulé sur elle les impiétés el les abominations de dix siècles,

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lorsque tout y prend une face nouvelle. Un homme est suscité de Dieu, tantôt poui abattre ce qui est debout, comme Attila, tantôt pour relever ce qui est abattu, comme Cyrus-, jusqu'à ce qu'enfin, après avoir été l'instrument de la Providence, il soit brisé lui-même sans letour. Jeune encore, c'est sur le champ de bataille qu'il reçoit d'en haut la pensée de pacifier l'Eglise de France. Dans ce dessein, il se tourne vers celui qui, placé au sommet de la hiérarchie sacrée, étend ses regards sur tout le monde chrétien, observe, corrige, console, fortifie, et s'empresse d'aller au secours des Eglises affligées. Ici que va-l-il arriver? Une lutte s'engage entre le saint-siége et une grande partie des évéques de France. D'un côlé, on croit devoir prendre des mesures extraordinaires pour guérir des maux qui j)aroissenl incurables par les voies communes, et s'élever au-dessus de ce qui est consacré par les usages et les Canons; de l'autre,- on croit devoir faire entendre des réclamations respectueuses en faveur des formes antiques. Laissons à l'histoire le soin de raconter les faits et les controverses, et contentons-nous de rappeler à ce sujet ce que disoit saint Augustin à

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l'occasion des difFérends élevés, au lioisième siècle, entre saint Cyprien et le pape saint Etienne : Que si les esprits éloient divisés, la paix et la charité ré^noient dans les cœurs : f icit pa,T iii cordibus loriiin. Et quel évéque français, même au milieu de tous ces démêlés, ne se fût écrié volontiers avec ce Bossuel, le plus beau génie de la France et l'oracle de notre Eglise : « Sainte Eglise Romaine, )) mère des Eglises, et mère de tous les fidèles, » Eglise choisie de Dieu pour unir ses enfans » dans la même foi et dans la même charité, » nous tiendrons toujours à ton unité par le M fond de nos entrailles. Si je l'oublie, Eglise )) Romaine, puissé-je m'oublier moi-même I » que ma langue se sèche et demeure immo- » bile dans ma bouche, si lu n'es pas toujours » la première dans mon souvenir, si je ne te » mets pas au commencement de tous mes can- » tiques de réjouissance : » Âdhœreut lingua iitea faucihus meis^ si non meniinero tuî, si nvn propvsuero Jérusalem in principio lœtitiie meœ.

Mais pendant que l'Eglise, de France respire, une longue carrière de douleurs s'est ouvei le poui l'Europe entière. Les princes et les peu-

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pies, les capitales des Etats divers comme les cités vulgaires, les aimées les plus nombreuses comme les mieux commandées, tout est vaincu, tout succombe ; et l'Europe, qui s'étoit épouvantée des forfaits de l'impiété, s'épouvanta peut-être davantage encore des triomphes de nos guerriers. La victoire les a conduits dans les contrées du JNord; mais bien souvent la victoire fait payer chèrement les palmes qu'elle donne. La ville de Mittau se remplit de soldats français malades ou blessés •, un mal contagieux les dévore, tout s'empresse de les secourir : la fille des Césars, héroïne de bonté, comme de courage , prépare elle-même de ses royales mains, de quoi panser leurs plaies. Plusieurs de nos prêtres exilés périssent victimes de leur zèle 5 de ce nombre est en particulier ce digne ministre du Très-Haut, étranger par la naissance, mais Français {)ur le cœur, à qui notre patrie doit un monument de reconnoissance-, et que le ciel avoit desiiné à être le consolateur des rois de la terre dans leurs extrêmes infortunes. O vénérable Edgeworlh î je crois m'honorer moi- même, ou plutôt honorer le sacerdoce tout entier, en leiulant ici un hommage solennel à votre sublime dé-

ou CAKfiINAt DE PÉRÎGOTID. 3og

Vouement : la terre n'avoit pas de récompense digne de vous ^ le ciel vous réservoit la plus belle de toutes les couronnes, celle des martyrs de la charité. Ici , Messieurs, je retrouve notre pontife avec tous ses sentimens de commisération pour le malheur -, rien ne l'arrête : il visite lui-même, sur le lit de douleur, ces Français qu'y retiennent leurs blessures ou la maladie. Oh ! combien ses entrailles sont émues sur le sort de ces hommes dont la patrie est aussi la sienne. Il peut bien dire, dans l'ovibli de toutes nos discordes : Quel est le Français qui souffre sans que je souffre avec lui ? Quit infirmalur, et ego non infirmor?

Mais quoi! ne doit-il donc plus la revoir cette France qui lui est si chère? L'auguste famille dont il partage la destinée est-elle donc condamnée à errer éternellement sur les terres étrangères? Non, Messieurs, la Providence va sortir enfin de son secret, et se manifester en sa faveur. Un historien de l'antiquité profane a fait une réflexion bien remarquable sous sa plume (i) : « Lorsque Dieu, dit-il, veut » changer le sort des hommes, il a coutume

(1) Velkius Patertulus.

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•) (le pervertir leurs conseils, en sorte qu'ils ' paroissent avoir mérité leurs infortunes par » leurs fautes, et n'être pas moins imprudens » que malheureux. ■ A ces traits, Messieurs, vous reconnoissez ce dominateur de la France, et même de l'Europe, qui, dans l'enivrement de sa puissance, prépare, poursuit, consomme avec la plus aveugle obstination sa propre ruine. Alors un cri damour s'élève dans le royaume, qui retentit jusqu'à l'asile des enfans de saint Louis; et voilà qu'ils apparoissent comme l'astre du jour après les tempêtes, apportant le bonheur avec la véritable liberté, et la France se reposera enfin sous le sceptre j)alernel de ses rois antiques. Vous venez avec eux, vous, pontife dont nous célébrons la mémoire ; après avoir été fidèle à leur infortune, ne faut- il pas que vous soyez réjoui par leur triomphe?

Ici, Messieurs, je dois oublier les événeraens purement politiques et étrangers à mon ministère, pour ne voir que les intérêts de la religion, qui, au reste, est dans la société ce qu'est la lumière dans la nature, par laquelle tout se vivifie, et sans laquelle tout languit. Il s'agit de donner à cette religion sainte [)ius

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d'éclat et plus d'autoiilé, pour raffermissement même du trône et le bonheur des peuples, de faire cesser toute division, de multiplier les sièges épiscopaux pour rendre les secours spirituels plus faciles et plus abondans, et pour combler, s'il est possible, l'abime que le lemps et la mort ont creusé au milieu du sanctuaire.

C'est pour cela même que des négociations sont entamées avec le saint-siége. Nous n'essaierons pas de soulever le voile dont elles ont été couvertes, ni de discuter les projets divers qui purent être formés^ nous dirons seulement que notre sage pontife étoit incapable de se laisser égarer par des considérations privées, et qu'il aimoit trop sincèrement l'Eglise pour ne pas se prêter, dans des temps difficiles, à toutes les condescendances de la cbarité. Une convention nouvelle avec le souverain Pontife est enfin publiée 5 avec elle naissent de douces espérances dans l'ame des fidèles. Mais voici que des cris d'alarme se font entendre, comme à l'aspect d'un ennemi qui viendroit envahir nos provinces ; et, dès ce moment, les obstacles se multiplient devant l'autorité. Messieurs, je ne suis point ici

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pour accuser les hommes; mais il m'est bien permis de déplorer les malheurs des temp?> qui ont prolongé le veuvage de beaucoup d'Eglises désolées, et privé pendant deux années celte capitale de son premier pasteur.

Enfin, Messieurs, le Cardinal de Périgord monte sur le siège de Paris, ayant à ses côtés le fils adoptif de son cœur paternel, sur le- ' quel devoit reposer son esprit, et qui fait maintenant notre consolation et nos espérances. Qu'on ne pense pas que l'âge et les infirmités aient afFoibli les facultés du vénérable pontife, ou altéré la douceur de son caractère : non, la sagesse est dans ses pensées, comme l'urbanité dans ses discours et ses manières. Il porte un coup d'oeil plein de sagacité sur Télat du peuple que le ciel lui confie, sur les maux et sur les remèdes, et le zèle semble lui donner des forces que la nature lui lefuse.

Ranimer l'esprit sacerdotal parmi les ministres des autels-, et, pour cela, les réunir durant plusieurs jours en un lieu de solitude et de recueillement, où il se trouvoit luimême partageant leurs repas comme leurs pieux exercices, et rappeloit i'apôtre saint Jean

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dans sa vieillesse, au milieu de ses disciples bien-aimés 5 surveiller, avec une attention spéciale, l'enseignement et la piété dans ces écoles où croissent les jeunes élèves du sanctuaire, dernier espoir de la religion ; soutenir de son autorité l'œuvre apostolique des missions, qui a fini par triompher de tous les préjugés ; encourager toutes les saintes entreprises qu'inspire la charité, et pour l'éducation de l'enfance, et pour le soulagement des malheureux, et pour la conversion des âmes égarées : voilà ce qui occupoit son épiscopat. Un désir bien cher à son cœur, qu'il aimoit à manifester, et dont il appeloit avec ardeur l'accomplissement pour le bien des générations présentes, c'éloit le désir et de voir consacré au culte de la patronne de Paris le temple magnifique érigé en son honneur; et de voir se relever cette illustre Sorbonne, d'où, pendant plusieurs siècles, ont découlé, comme d'une source intarissable, des ruisseaux de saine doctrine dans toutes les parties de l'Eglise Gallicane^ et de voir bâtir une demeure plus commode, plus spacieuse, plus saine, pour les jeunes lévites dont la conservation est si précieuse. Il a eu la consolation

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de bénir lui-même la première pierre de col édifice 5 espérons que les circonstances permettront au Roi très-chrétien d'accomplir le reste de ses vœux. Enfin, pour ne pas interrompre le récit des œuvres de son zèle, je dirai que c'est à lui qu'est dû le bienfait de celte visite pastorale, qu'exécute aujourd'hui si heureusement son successeur^ en sorte que, même après sa mort, il continue d'instruire et d'édifier : Defunctus adhuc loquitur.

Déjà depuis une année il se livroit dans cette capitale à tous les soins du ministère pastoral, lorsque le ciel vint réjouir la France par un de ces événemens où la Providence semble se montrer à découvert. O merveille si désirée et si opportune! un rejeton est sorti de la tige des lis, un nouvel Henri nous est né, et l'on peut bien dire que le berceau qui le reçoit renferme la fortune de la France, Quelle mère! quelle naissance! Et qui ne fut pas tenté de s'écrier : Quel pensez-vous que sera nu jour cet enfant? Quis- putot piwr iste erit? Le moment est venu de le porter dans cette basilique même, pour le consacrer à son Dieu; vous savez quelle fut la pompe et la magnificence de ce jour si heureux pour tous, mais eu

ou CA.rxrjlNAL DE PÉRÎGOnD. 3t5

particulier pour le pontife, qui, de ses mains vénérables et pure.?, offrit à celui par qui régnent les rois, l'enfant miraculeux, devenu le signe de la réconciliation du oielavecla France. C'est bien après cette auguste cérémonie qu'il put dire, comme le vieillard de l'Evangile : Maintenant, 6 mon Dieu! laissez aller en paix votre serviteur; mes vœux sont accomplis-, j'ai vu de mes yeux le salut de la France et la paix du monde.

Depuis ce moment, en effet, tout semble annoncer qu'il a rempli sa destinéesur la terre: mais si, d'un côté, son grand âge et ses souffrances habituelles faisoient craindre pour ses jours, de l'autre, il sembloit qu'on ne devoit jamais perdre celui qu'on eût voulu toujours conserver, et sans cessf les désirs se changeoienl en espérances. Que si l'épuisement de ses forces devient sensible de plus en plus, sa patience est inépuisable, et sa douceur n'en est que plus touchante au milieu des maux qui le consument. Avec les périls croissent les alarmes-, tout ce que peut Part des hommes les plus habiles est mis en usa-^e *, mais tout est inutile. Le malade n'a plus rien à attendre des hommes ; toutes ses pensées se tournent vers

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les derniers secours que l'Eglise donne a ses enfans-, il les reçoit avec une douce confiance des mains de celui qui le chérit et le révère comme son père, et qui, faisant effort sur sa douleur, lui adresse les paroles les plus tendres et les plus consolantes. Fortifié par la grâce, il semble ne plus vivre pour la terre. Toutefois ces affections de famille, que la religion consacre et qu'elle épure, sont loin d'être éteintes dans son cœur : plein de tendresse pour les siens, qui, dans ces derniers momens, entourent son lit de mort, il lève sur leurs têtes ses mains défaillantes, et il appelle sur eux toutes les faveurs de la divine miséricorde. Mais voici que deux enfans de saint Louis, ces princes d'un cœur si noble, si français, si chrétien, viennent visiter celui qu'ils appellent îiofre ancien ami. O! qui pourroit dire combien cette parole touchante pénétra un cœur comme le sien, et dut y ranimer son amour pour le sang des Bourbons! Aussi, la nuit même qui devoit se terminer par sa mort, on l'entendit prier encore pour son roi et pour l'enfant de la France. O Dieu ! n'avez-vous pas exaucé de si pieux gémissemens? Enfin, comblé d'années et de biens spirituels, qui sont pour lui le gage

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d'une gloire immortelle, le saint vieillard s'endort dans la paix du Seigneur : Mortuus est in sencctute bofta, plettus dierum^etdivitiis^ et yloriâ.

Messieurs, le Cardinal de Périgord n'est plus, mais ses exemples et ses vertus nous restent. Parcourez sa longue carrière : quelle tache y trouverez-vous qui la dépare? Il s'est éteint comme un astre, qui, dans son cours, n'auroit répandu sur la terre que de bénignes et salutaires clartés. Disons, pour la consolation de l'Eglise de France, qu'il revivra dans les deux prélats héritiers de ses dignités, et dont l'âge, la piété, la sagesse éclairée, permettent de concevoir pour l'avenir de si douces espérances. Elles sont ici présentes, elles sont venues rendre avec nous à sa mémoire un hommage de tendre et respectueuse réconnoissance, les personnes dont les noms sont écrits dans l'acte déposilaire de ses dernières volontés; et pourroit-il ne pas être à jamais gravé dans nos cœurs ce testament, image de sa vie, dans lequel son ame s'est épanchée avec tout ce qu'elle avoit de piété, de noblesse, de bonté, de douceur, et qui renferme en particulier des témoignages si honorables d'estime

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et d'affection pour celui qui lui succède sur ie siège de celte capitale ?

O bienheureux pontife, si, après une longue vie de vertus et de souffrances, il vous eût resté néanmoins en mourant quelque chose à expier aux yeux de celui qmjuyc /es justices mêmes^ sans doute que tant de vœux, de prières, de sacrifices offerts sur nos autels, auront achevé de purifier votre auie ! J'aime à vous contempler sur un trône de gloire, entre vos saints prédécesseurs, saint Rémi et saint Denis. Si l'Eglise de l'Apôtre des Français a joui de vos premières affections, l'Eglise de l'Apôtre de l'ancienne Gaule a eu les affections de vos dernières années^ et Tune et l'autre portent à votre mémoire un égal sentiment de vénération et d'amour. Du haut des cieux, vous veillerez encore sur elles ; surtout vous demanderez, pour vos successeurs et pour les coopérateurs de leur sollicitude, la grâce de mériter, en imitant vos vertus, la couronne immortelle qui en est la récompense.

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