‹ Conférences et discours inéditsChapitre 47 sur 54 · ROI DE FRANCE ET DE NAVARRE · texte numérisé non relu

ROI DE FRANCE ET DE NAVARRE

PROKOCÉE

DANS l'église royale DE SAINT-DENIS,

LE 25 OCTOBRE l824.

Ego occidam, et ego vivere faciam , ego percutiam, et ego sanabo; et non est qui de manu tnea possit eruere.

C'est moi qui fais mourir, et c'est moi qui fais vivre; c'est moi qui blesse, et c'est moi qui guéris; et nul ne peut se soustraire à ma souveraine puissance 2'' Cant. de Moïse.

Decter. XXXII, 39.

MoNSEiGWErn (i),

OANS doute que l'histoire des siècles passés nous offre des époques étonnantes qui doivent

(1) Monseigneur le Dauphin.

ÙRlISOÎH FUKÈBRE DE LOUIS XVIII. 321

laisser après elles de longues et profondes traces dans l'avenir : mais je ne sais si les annales du monde présentent rien de comparable à ce que l'Europe a vu depuis trente-cinq années, et s'il existe une autre époque d'une égale durée, qui soit aussi frappante par la multitude, par la rapidité, par la nature même des événemeus. Ou trouver ailleuis, dans un si court espace de temps, de si grandes calamités pour les peuples, de si grandes cataslro|)hes pour les rois, et tout à la fois pour les uns et les autres de si merveilleuses restaurations après tant d'effroyables bouleversemens? Et comme ici le cœur du cbrétien se tourne sans effort vers celui dont la pensée se joue dans cet univers, qui préside aux destinées des nations comme aux mouvemens des astres, et seul a le droit de dire : u C'est moi qui fais mourii , » et c'est moi qui fais vivre; ceslm&i qui blesse, î) et c'est moi qui guéris; et nul ne peut se sou- )» straire à ma souveraine puiss^ance î » Eyo occidam^ et ego viverej^aciam^ ego percufiam, et eyu sanabo^ et non est gui de manu mea jiossit eruere.

Voyez d'abord noire France, déchirant ses

entrailles de ses propres mains; passant de ce

333 ORAISON FL'KÈBRE

qu'il y a de plus extrême dans la licence à ce qu'il y a de plus extrême dans la tyrannie 5 faisant revivre tout le courage des anciens martyrs en déployant toute la férooité des anciens persécuteurs-, épouvantant l'univers par ses forfaits comme par ses victoires; brisant, après l'avoir adorée, l'idole sanglante de la liberté, pour courber sa tête sous le joug d'un maître; et, ce qui n'est pas moins prodigieux, finissant par recevoir au milieu d'elle avec transport ce roi, qui, après vingt-cinq ans d'exil, vient s'asseoir sur son trône, aussi naturellement que le père de famille, après une longue absence, se retrouve au milieu de ses enfans.

Au dehors, qu'a-t-on vu? Le trône pontifical est trois fois abattu et trois fois rétabli. D'antiques dynasties tombent pour se relever, et des rois nouveaux ne paroissent un instant sur le théâtre du monde, que pour en disparoitre à jamais. Des guerres nationales semblent pousser des populations entières sur les champs de bataille, et menacer de convertir en désert ie sol qu'elles habitent. Partout la civilisation, comme le christianisme, pa roi t être sur le penchant de sa ruine : l'Europe est ébranlée, bouleversée, et comme démolie ; et tout à coup

elle est reconstruite sur ses anciens fonderaens. Enfin, après avoir passé par tous les genres d'épreuves et de traverses, la religion triomphe avec son auguste chef, ventre avec lui dans la capitale du monde chrétien, et peut encore faire entendre sa voix du sein de celle Rome, qui depuis dix-huit siècles est toujours combattue et toujours victorieuse; qui, destinée à régner par l'Evangile, quand elle ne peut plus régner par les armes, est véritablement la ville éternelle.

Que le matérialiste ne voie dans cet ensemble d'événemens que les jeux de je ne ?ais quel aveugle hasard, c'est le délire de la raison humaine. Que le politique se borne à étudier les ressorts secrets et l'enchaînement des causes secondes qui ont dû concourir à produire ces étranges phénomènes : sans dédaigner ces recherches utiles, le philosophe chrétien porte plus haut ses pensées ', il s'élève jusqu'au trône de celui qui tient dans ses mains puissantes les rênes du monde, et sait, quand il lui plaif, frapper les rois par les peuples, et les peuples par les rois. Oui, sachons reconnoilre en tout cette Providence qui règle le sort des empires comme celui des particuliers, qui dompte par

324 OKiîSON FUNEBRE

l'expérience les nations indociles à la raison, les ramène, comme malgré elles, à l'autorité par la licence, aux lois par l'anarchie, à la religion par les excès monstrueux de l'impiété, guérit dans sa miséricorde, après avoir blessé dans sa justice ; et redisons encore avec Moïse les paroles qu'il met dans la bouche de Dieu même : « C'est moi qui donne la vie et la mort, » et personne ne peut échapper à ma toutew puissance. » Ego occidam, etc.

Le ciel. Messieurs, a voulu que le monarque qui est plus particulièrement aujourd'hui l'objet de nos pieux regrets, loin d'être étranger à ces événemens extraordinaires, y fût mêlé sans cesse-, qu'il en ait été le témoin, la victime ou l'instrument; qu'il y ait occupé une place dont l'histoire conservera l'immortel souvenir. Le malheur l'a préparé à régner avec gloire. Voyons-le dans la disgrâce comme dans la prospérité, tantôt enveloppé dans les desseins d'une Providence sévère qui punit, tantôt servant aux desseins d'une Providence miséricordieuse qui pardonne. Français de toutes les conditions, de tous les âges, ne craignez pas de fixer les yeux sur lui dans toutes les conjonctures de sa vie : vous le trouverez tou-

t)E Lotis xviii. BaS

jours digne d'admiraiion et d'amour, toujours se conduisant en roi, dans l'infortune par su maf;nanimité, sur le trône par sa sagesse. Tel est l'éloge que nous consacrons à la mémoire

de TRÈS-HàtT, TRÈS-PUISSâNT ET TKÈS-EXCEL- LE?iT Pr1>CE Loris X\IIP DU NOM, Roi DE

Fra>ce et de Navarre.

Page 1