‹ Conférences et discours inéditsChapitre 48 sur 54 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Vers le milieu du dernier siècle, une secte impie et séditieuse éleva la voix avec l'éclat de la trompette, pour crier aux peuples que le christianisme est une superstition, et la rovaulé une tyrannie. Elle mit en œuvre tout ce que le libertinage de l'esprit pouvoit inventer pour justifier la corruption du cœur, pour inspirer !h haine de la religion et le mépris de ses ministres, pour remuer dans l'homme l'amour si vif de l'indépendance-, partout les anciennes croyances sont ébranlées, les liens de la subordination se relâchent, la licence des écrits passe dans les mœurs publiques : on semble vouloir s'affranchir de toute espèce de joug, n'avoii de maître ni au ciel ni sur la terre*, et l'on peut bien dire que le trône et l'autel étoient ren-

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versés dans les opinions avant de Tèlre en réalité.

C'est dans ces sinistres conjonctures que la naissance appelle au trône ce prince de sainte mémoire, dune ame si pure, d'une raison si saine, d'une instruction si solide, d'un amour t^i vrai pour son peuple, et qui devoit être le martyr de sa bonté comme de sa foi. Jamais prince ne fut plus digne d'être heureux, et jamais prince n'a été plongé dans un abime plus profond de maux et de douleurs. Sa politique étoil dans son cœur : faut- il s'étonner qu'elle ait pu être trompée quelquefois par sa tendre humanité? Les bienfaits qu'il répand au commencement de son règne, les réformes désirées qu'il opère, annoncent que les Français ont dans lui un père plutôt qu'un roi. Tout semble lui promettre de brillantes destinées, lorsque quelques embarras dans les affaires publiques font agiter des questions délicates sur l'origine et l'étendue du pouvoir. Les habitudes luttent bien eiicore contre les doctrines nouvelles : mais l'obéissance est trop raisonnée pour être bien profonde-, Tesprit du siècle l'emporte; bientôt un cri se fait entendre, qui devoit être comme le présage de longues

et violentes tempêtes. On demande, on appelle avec de bruyantes clameurs la convocation de nos anciennes assemblées politiques; les sages sont dans la crainte, les novateurs ont tressailli de joie.

Voici donc que le meilleur, le plus confiant de tous les rois s'entoure de ses sujets, comme un père de ses enfans. Mais à peine le grand conseil de la nation est réuni, que la révolution commence. Messieurs, je ne suis point ici pour accuser les hommes ; je laisse à l'histoire le soin de nommer les personnages, de les peindre avec les traits de l'inflexible vérité, de les traduire tous, sans distinction de rang et de naissance, au tribunal de la postérité, pour y être jugés par leurs doctrines et leurs œuvres. Je n'oublierai pas que les lèvres du prêtre doivent être deposituirex de la charité comme de la science (i) : ce n'est pas du haut de la chaire d'un ministère de paix, et devant les restes vénérables d'un prince pacificateur, que je ferai entendre des paroles de haine et de discorde; mais aussi je n'aurai pas JH foiblesse de taire les excès, et d'épargner

(1) Labia saccrdolis cuslodienl scientiam. Malacli. u, 7.

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l'esprit de perversité qui sera la honte éternelle de ces derniers temps.

Comment se fait-il qu'au sein d'une assemblée qui renferme tant de lumières, tant de talens et même tant de vertus, il se forme des orages qui, après avoir grondé long-temps sur le trône et l'autel, finissent par les briser ? C'est que la plupart de ses membres, plus ou moins imbus de fausses maximes, se laissent dominer par une faction irréligieuse et turbulente, qui se joue également de Dieu et des hommes, et veut tenter une expérience sur la société, au risque de la bouleverser tout entière. On ne craint pas de dire hautement qu'il faut tout changer : changer les lois, changer les mœurs, changer les hommes, changer les choses, changer la langue, tout détruire-, oui, tout détruire, parce qu'il falloit, disoit-on, tout recréer. De là cette sauvage Déclaration des droits, (\\x\ n'étoit propre qu'à étouffer le sentiment des devoirs, et qu'à faire de la France un amas de ruines. Laissez-les fermenter dans les esprits ces levains de discorde et de cupidité, et l'on verra que, pour avoir eu l'imprudence de semer de mauvaises doctrines, ou aura le malheur de n'en recueillir

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que des crimes ; et l'on verra se vérifier cette parole du plus grand des orateurs, que là où tout le monde est maître, lout le monde est esclave."

En vain le sage monarque, alarmé des maux dont il voit l'État menacé, cherche à les prévenir par une rovale condescendance (i), qui, s'accordant avec les vœux exprimés dans toutes les provinces, devoit alléger pour le peuple le fardeau des charges publiques, et satisfaire, ce semble, les esprits les plus difficiles : son autorité est méconnue comme sa bonté, et Ton ose ne voir dans les bienfaits du Roi que les présens de la tyrannie. O génération incrédule et perverse! Generatiu peroersa elincredulal tu insultes à la main paternelle qui veut le sauver : hé bien, le bras du Tout-Puissant va s'appesantir sur toi, long-temps tu porteras la peine de ta folle audace 5 tu te rouleras de changement en changement, d'excès en excès, d'abime en abîme, déchirée, ensanglantée par tes propres fureurs, opprimée par tes lois, opprimée par tes gouvcrnemens divers 5 et tu

(I) Déclaration des intentions du Roi, lue dans la séancîdu 23 juin 1789.

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lie trouveras de sécurité qu'à l'ombre d'institutions analogues à celles que tu repousses de la main de ton roi, et que viendra te donner un jour son auguste frère.

Poussée en quelque sorte par le génie de l'impiété et de la destruction, la France ne eait plus où s'arrêter. Tout ce qu'il y a de plus monstrueux, la spoliation, le sacrilège, la corruption publique, le meurtre, sont devenus un système : aussi les calamités et les excès de huit siècles semblent s'accumuler sur notre patrie dans l'espace de huit années. Mais, au milieu de tant de noirs forfaits, il en est un qui se fait remarquer plus que tous les autres ensemble : ma bouche se refuse à le nommer; je ne veux qu'entendre ici la parole inspirée du prêtre du Dieu vivant : Fils de saint Louis, montez au ciel! Oui, c'est dans les cieuxque je le vois, entre son héroïque sœur et le plus saint de ses ancêtres, devenu comme eux l'ange tutélaire de la France, après avoir été victime de son amour pour elle.

On diroit que celle France nouvelle, qui a cherché sa régénération dans le crime, aspire à tire barbare au centre du monde civilisé-, tant t'He s'étudie à n'avoir rien de commun avec le

reste des peuples. Ses manières, ses habitudes, sa laijgue prennent un caraclère hideux ; les dénominations les plus ignobles sont des titres d'honneur; tout est changé, jusqu'au nom des mois et des jours ; tous les signes du culte public ont disparu. Dieu n'a plus de temple, et l'on sait pour la première fois ce que c'est qu'un peuple sans religion.

rson, la France n'est plus dans la France même; il (àut la chercher hors de ses frontières : le crime est au dedans, la gloire est au dehors ; elle s'est réfugiée dans les camps. Mais, 0 lamentable effet de tant de discordes impies ! je vois des Français armés contre des Français, le frère contre le frère, le père contre le fils. Leur patrie est commune, leur valeur est égale; leurs bannières sont différentes. Un jour viendra que le mur de division qui les sépare tombera pour jamais : il n'y aura plus ni vainqueurs ni vaincus, il n'y aura que des Français; leurs épées seront unies comme leurs cœurs; ils reposeront sous la même tente, ils se rallieront au même panache blanc du petit- fils de Henri I\ ; ils combattront, ils triompheront ensemble au même cri d'honneur et de fidélité.

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Mais ce prodige de réconciliation, à qui le devons-nous? A ce roi même que vous m'accusiez peut-être de perdre trop long-temps de vue, et qui a été si grand dans l'adversité. Certes, Messieurs, c'est un beau spectacle que celui d'un prince qui tombe sans se dégrader-, que dis-je? qui trouve dans le malheur une source de gloire. L'histoire dira quelles furent sa conduite et ses vues politiques dans ces premières campagnes dont l'issue devoit être si funeste à sa cause 5 et la postérité saura que si la forlune trahit ses drapeaux, elle ne le fit jamais descendre au-dessous de ses hautes destinées. Si vous le suiviez dans les diverses contrées du midi et du nord, à \ érone, sur les bords du Rhin, à Blankenbourg, Mittau, Varsovie, Harlwell, vous trouveriez que, frère de roi, régent du royaume, roi enfin, il montra partout un caractère plein de force et de magnanimité.

Voulez-vous savoir quelle idée il se faisoil de la royauté? Il va lui-même vous l'apprendre. Après la moî^t de l'enfant-roi, dont les grâces touchantes, la candeur, l'innocence, n'avoient pu attendrir ses bourreaux, il écrivoil à ce prince qu'il se plaisoit à nommer son fils :

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«( Là sanglante couronne qui vient de tomber )) sur ma tète, passera, suivant toutes les apw parences, un jour sur la vôtre. Ainsi, réflé- » chissez plus que jamais à vos destinées fu'- » tures, et dites -vous souvent : Le sort de » vingt-cinq millions d'hommes dépendra un n jour de moi. )> Paroles non moins sublimes que pleines de cette bonté naturelle à une race de princes qui n'ont jamais vu dans la royauté que le devoir de rendre les peuples heureux.

Obligé de quitter l'Italie, où il s'étoit réfu* gié, il va se placer au poste qui étoit le plus digne de lui ; il se rend au milieu de cette armée à laquelle le héros qui la commandoit a donné son nom. Ici encore ses espérances sont trompées ; mais, du moins, il aura plus d'une fois l'occasion de montrer une intrépidité plus rare peut-être que celle qui fait gagner les batailles. Je n'en citerai qu'un seul exemple. Il étoit à Dillingen, près du Danube, lorsqu'il est frappé à la tète d'un coup parti d'une main homicide : le sang coule, ses fidèles serviteurs accourent alarmés. « O mon maître, s'écrie 1) l'un d'eux, si le misérable eût frappé une » demi-ligne plus bas! — Hé bien, mon ami.

n répondit le Roi tranquillement, le roî de. )) France se nommeroit Charles X.

Fugitif, trouvera-t-il quelque part un lieu de repos? Paul I" lui offre un asile dans ses Etats, et Louis se fixe à Mittau. C'est là que le ciel lui envoie une consolation bien douce au milieu de tant de rigueurs. Son cœur s'occupoit avec une sollicitude toute paternelle du sort de l'auguste fille du Roi son frère ; il appeloit de tous ses vœux le moment où il pourroit la voir auprès de lui, et l'unir au jeune prince à qui sa main étoit destinée. Enfin elle arrive. « Elle est à nous! s'écrie le Roi-, » nous ne la quitterons plus ; nous ne sommes )) plus étrangers au bonheur. » A son aspect, que de larmes d'attendrissement et de joie coulent des yeux de ces serviteurs dévoués, de ces gardes fidèles, qui veillent maintenant autour de la personne d'un roi malheureux, après avoir, quelques années auparavant, bravé la mort pour sauver cette reine aussi magnanime qu'infortunée, objet de tant de haine et pourtant digne de tant d'amour! Les deux époux seront unis sous les auspices de cette religion sainte qui seule a des remèdes pour tous les maux et des consolations pour toutes

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les douleurs : un autel modeste, paré de quelques fleurs, reçoit leurs sermens. Ce ne sont pas ici les pompes du palais de leurs aïeux : j'v vois quelque chose de plus grand encore dans sa simplicité 5 c'est la réunion tout à la fois de ce que Tinforlune a de plus sacré, la naissance de plus illustre, la vertu de plus touchant. La fille des rois et un petit-fils de France obligf's de chercher dans ces régions lointaines un asile pour y célébrer leur union -, quel spectacle! Dieu de saint Louis, vous veillerez sur ses enfans, vous les conserverez pour nous, et nous les verrons sur les marches du trône, pour la consolation du Roi leur père et pour le bonheur de notre patrie.

Cependant la France, fatiguée de ses propres excès, soupiroit après un autre ordre de choses, et tout va prendre en effet une face nouvelle. Le jeune capitaine, qui, après avoir conquis l'Italie, étoit allé porter la guerre en Orient, reparoit sur Ig sol français*, tous les regards se tournent vers lui comme vers vin libérateur : une révolution prompte sans être sanglante, le place à la tète des afFaires publiques, sous une dénomination modeste, qui bientôt ne suffit plus à son ambition immense;

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dédaignant la gloire de Monk, il aspire à être un nouveau Charlemagne par sa puissance comme par ses litres. Jamais homme peut-ètie n'avoit autant que lui conçu le projet d'une monarchie universelle. Rien ne résiste à ses indomptables légions 5 11 entre en vainqueur dans la plupart des capitales de l'Europe. Il veut que sa race efiface les plus anciennes dynasties : ses frères seront rois, ses sœurs seront reines^ des princes souverains seront ses vassaux. Son nom seul inspire la terreur; et l'on peut lui appliquer cette parole de l'Ecriture, que la terre est restée, en sa présence, muette, immobile de saisissement et d'épouvante : Siluit terra iit conspectu ejus. Son heure n'est pas encore venue : il s élève malgré tous les obstacles ; il tombera malgré tous ses efforts.

Le voilà bien au fait de la grandeur et de la puissance, et toutefois il est effrayé au seul nom de Louis XVIII, prinpe désarmé, errant de contrée en contrée 5 ses craintes mêmes sont comme un hommage rendu forcément à la légitimité. Il fait faire une proposition qu'un roi, fùt-il réduit au dernier degré de l'infor tune, ne doit jamais entendre. L'Europe con-

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noit celle réponse de Louis, si souvent répétée, et que vous me reprocheriez de ne pas répéter encore en ce jour : « J'ignore les desseins de » Dieu sur moi et sur mon peuple; mais ie » connois les obligations qu'il m'a imposées. » Chrétien, j'en remplirai les devoirsjusqu'au M dernier soupir 5 fils de saint Louis, je me » respecterai jusque dans les fers; successeur » de François P% je veux toujours pouvoir » dire avec lui ; Tout est perdu, /<*»*« Vhon- » tieur. n

Ce sentiment de royale fierté ne l'abandonnera jamais. Et si je n'éîois borné par le temps, combien ne me seroit-il pas facile d'en multiplier les exemples! Je dois maintenant vous le montrer dans sa retraite d'Harlwell, qu'il ne quittera que pour monter sur le trône de ses ancêtres. La royauté y est bien sans éclat, mais elle n'y est pas un instant sans dignité. Louis n'est pas environné de l'appareil de la puissance, mais de toute la considération que donne une haute réputation de sagesse, de lumières et de savoir. Dès son premier âge, ami des lettres et des arts, il les avoil cultivés avec autant de goût que de succès; rien n'échappoit à la sagacité de son esprit, et il n'oublioit rien n. i5

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de ce qu'il avoit une fols confié à sa mémoire. Quelle variété de connoissances ! quelle grâce dans ses discours ! quelle fleur d'urbanité ! que de mots heureux, que de récits pleins de sel et de finesse, sortis de sa bouche ! Tout est simple et calme dans sa royale solitude-, ce qu'il ne commande plus par le pouvoir, il l'obtient par ses qualités personnelles. Et il faut bien le remarquer, Messieurs : qu'un prince tombé du trône fixe encore sur lui les regards et les hommages des peuples en paroissant sur des champs de bataille, en se signalant par des victoires ou par de glorieux revers, voilà ce qu'on a vu plus d'une fois -, mais un prince à qui il n'est pas donné d'illustrer ainsi ses disgrâces, et qui néanmoins sait conserver pendant vingt-cinq ans une dignité toute royale, voilà ce qui est peut-être assez rare dans l'histoire des princes malheureux. Il est vrai, le malheur a par lui-même quelque chose de sacré: mais, s'il étoit seul, croit-on qu'il suffiroit pour attirer constamment le respect? Plus rapproché de la France, Louis est plus à portée de bien la connoitre. Dans ses nobles et studieux loisirs, il médite sur les moyens d'en réparer les maux et de la gouver-

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ner avec sagesse. Sa conduite décèle toujours le roi, et ne fait que le préparer à être plus digne du trône qui l'attend.

Le moment marqué dans les desseins éternels est enfin arrivé ; les enfans de saint Louis sont à la veille de rentrer dans leur héritage. Mais comment va s'opérer cette merveille? C'est ici que la Providence se montre à découvert. Après tant de conquêtes, tant de trônes renversés, tant de nations subjuguées, le dominateur de la France semble dire, comme ce roi superbe d'Assyrie dont parle le Prophète : « C'est moi qui ai exécuté ces grandes choses; )) ma sagesse a été mon conseil. C'est moi qui )> ai déplacé les bornes des nations, enlevé les » trésors des princes, arraché les rois de leui^ » trônes. Lej peuples les plus redoutables de )) la terre ont été pour moi comme un nid de » petits oiseaux sous la main de celui qui le » trouve -, ils m'ont été soumis sans qu'il y eût » personne qui osât ouvrir la bouche pour se » plaindre (i). » Mais voici que Dieu, comme parle le même Prophète, visite la fierté du cœur du conquérant et l'orgueil de ses yeux

(1) Isai. X, 12 et seq.

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ailiers. La victoire l'a conduit sur les confins de l'Empire Moscovite ; fier de ses triomphes, fier surtout de commander à la plus belle armée que la terre eût encore vue, il se livre h tous les prestiges d'une ambition en délire -, par un aveuglement surnaturel, il s'obstine à poursuivre sa marche malgré la saison des frimas, et l'ancienne capitale des Czars voit pour la première fois une armée française dans ses murs. Forcé à la retraite, il laisse passer le moment favorable. Vous savez comment ces formidables légions ont disparu dans ces climats glacés, et chacun de nous se rappelle combien la France entière frissonna d'horreur au récit authentique de ce désastre , le plus grand dont l'histoire ait conservé le souvenir. Dieu lient dans ses mains les destinées des nations. Le généreux Alexandre part des rives de la Néwa, s'avance sur le midi de l'Europe. L'Allemagne s'ébranle-, tout s'agite sur l'Elbe cl le Danube, et les trois puissans alliés marchent ensemble vers le Rhin, entraînant avec eux les princes et les peuples : après bien des batailles gagnées ou perdues, ils franchissent nos frontières, ils envahissent nos provinces, el la capitale tombe en leur pouvoir.

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Mais pourquoi donc tant de désastres et tant de combats ? pourquoi cet ébranlement des peuples et de leurs rois? C'est que Dieu veut rétablir l'auguste maison de France. L'Europe est en travail de cette miraculeuse restauration. Le cri de justice et d'amour qui appelle Louis au trône de ses pères, se fait entendre à lui dans sa retraite : la Grande-Bretagne s'en émeut 5 le prince aimable et loyal qui la gouverne, en laisse éclater une joie qui se communique à ses sujets 5 sa capitale arbore tous les signes, tous les emblèmes de la famille de nos rois, et la population entière est devenue française. Cependant un noble fils de France arrive parmi nousj il s'avance au milieu des lis et des panaches blancs, resplendissant en quelque sorte de la joie qu'il éprouve et de celle qu'il répand sur son passage. Beau jour, qui devoit être suivi d'un jour encore plus beau! Le roi de France paroit enfin. Je ne sais quelle ivresse de bonheur s'empare de l'immense cité qui le revoit dans son sein. Son premier soin est d'aller rendre des actions de grâces à celui par qui régnent les rois, et d'annoncer ainsi à son peuple qu'en montant sur son trône, il va s'y montrer une image

vivante de la Divinité, et faire asseoir h ses côtés la justice et la clémence.

Ici, Messieurs, revenons un instant sur les événemens que je viens de rappeler, et suivons la Providence dans l'accomplissement de ses desseins à l'égard de la monarchie, delà famille royale et de la religion.

Une fausse politique, bien dififérente de celle qui les anime aujourd'hui, avoit égaré les puissances étrangères et leur avoit inspiré d'ambitieuses pensées sur la France : hé bien, le ciel permet que les armées françaises, constamment victorieuses, déconcertent leurs projets; le sol de la patrie ne sera point entamé, et la France de Louis XIV est encore la France de Charles X.

Les ennemis de la religion afifectoient de dire, pour la rendre odieuse et méprisable, qu'elle énervoit le courage, qu'avec leurs croyances et leurs pratiques les chrétiens n'étoient pas faits pour combattre : hé bien, le ciel permet que la chrétienne Vendée devienne la terre de l'héroïsme, et fasse voir l'alliance de ce que la piété a de plus simple et de plus populaire, avec ce que le courage peut avoir de plus entreprenant et de plus audacieux.

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Deux monstres, celui de l'impiété et celui de l'anarchie , sembloient devoir ravager pour toujours l'Eglise et l'Etat : hé bien, le ciel suscite un homme qui les enchaine de sou bras puissant, relève les autels abattus, comprime ces sociétés d'autant plus ennemies des peuples qu'elles se disent plus populaires, et, sans le savoir, prépare ainsi pour les Bourbons une France monarchique et catholique tout à la ibis.

Un philosophisme qui secroyoit la sagesse, disoit que la religion n'avoit plus de racines dans la foi des peuples, et qu'elle lomberoit si elle étoit abandonnée à ses seules forces-, même il avoil espéré de faire trouver fausses les promesses de perpétuité faites à TEgUse chrétienne par son divin fondateur : hé bien, le sanctuaire est dépouillé, ses pontifes sont dans l'indigence, ses prêtres languissent dans l'exil ou meurent sur leséchafauds; les choses saintes sont l'objet de la dérision publique, tous les appuis humains sont brisés, tout l'éclat extérieur a disparu : et toutefois, (juand le moment est arrivé, la religion sort toute vivante du fond des cœurs, ou elle s'étoit réfugiée comme dans un asile inviolable. Ce n'est

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pas tout : le chef de l'Église est captif. Mais qu'on ne s'y trompe pas-, l'univers le contemple: sa prison a plus d'éclat que le Vatican avec toute sa magnificence -, ses chaînes sont plus glorieuses que sa tiare. La renommée de ses vertus se répand au milieu des communions séparées de la sienne, et le monde entier s'étonne de se trouver catholique par un sentiment d'admiration dont il ne peut se défendre. Enfin le Vicaire de Jésus-Christ est i endu au peuple romain à l'époque où les enfans de saint Louis et de Henri IV sont rendus au peuple français. Dieu l'a voulu ainsi pour la consolation de son Eglise et pour l'instruction de la terre; et c'est bien en ce jour qu'il faut plus que jamais répéter les paroles que Bossuel, d'après les livres saints, faisoit entendre sur la tombe d'une reine malheureuse : « Comprenez maintenant, )) ô rois-, instruisez-vous, vous qui êtes appelés » à gouverner les nations : )> Et nuuc, reges^ intelligite; erudimini, qui Juif icatis terram. Je passe à des jours qui sont plus particulièrement des jours de miséricorde. Je vais montrer Lotis sur son trône, qu'il est si digne d'occuper par sa haute sagesse : sujet de la seconde partie.

■ t)Ë LOUIS XVIII» 345

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