DEUXIÈME PARTIE
Le temps de justice a fait place au temps de miséricorde -, la famille de nos rois est rendue à notre amour; elle est à nous comme nous sommes à elle : on peut bien l'appeler nationale, tant elle est nécessaire au bonheur, à la durée, à l'existence politique de notre nation. Une ère nouvelle commence, qui portera dans la postérité le nom qu'elle porte aujourd'hui, celui de Restauration.
C'est ici, Messieurs, qu'il importe d'être vrai sans rigueur comme sans foiblesse : s'il ne faut pas que la flatterie vienne ramper sur la tombe des rois, il ne faut pas non plus que la haine et l'envie viennent y faire entendre leurs injurieuses clameurs. Les rois aussi sont hommes comme nous 5 plus leurs devoirs sont étendus et difficiles, moins on doit s'étonner qu'ils participent à la fragilité commune. Soyons équitables, et, pour bien apprécier les choses, plaçous-nous au milieu des cirronstances où se trouve Louis eh arrivant au trône.
Rassasiée de batailles, et d'une renommée
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qui avoit coûté tant de sang et de larmes et porté si souvent dans les familles le trouble et le deuil, lasse du sceptre qui pesoit sur elle depuis long-temps, la France désiroit à la fois et plus de repos et plus de liberté. Elle éloit peuplée de générations anciennes qui donnoient au passé des regrets légitimes, et de générations nouvelles qui ne connoissoient que le présent. Il ne s'agit pas de policer un peuple enfant qui entre dans la vie sociale, ni de ramener au devoir, après quelques écarts passagers, un peuple profondément religieux et docile : il s'agit de gouverner un peuple travaillé depuis un siècle par des doctrines de licence et d'impiété , divisé par les intérêts comme par les opinions; un peuple usé par la civilisation même, devenu étranger, du moins en grande partie, à un ordre de choses suranné pour lui et qu'il ne connoit que par l'histoire-, un peuple qui s'irriteroitde remèdes trop violens, qui tomberoit en langueur par des remèdes trop doux. O! qu'il faut une main habile et sage pour guérir tant de maux! La France se présente à Loiis, non telle qu'il l'a laissée, mais telle que la révolution Ta faite, comme se présenteroit à son ancien maitreune
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maison ruinée par le temps et ravagée par i'incendie.
Certes, Messieurs, je ne suis pas du nombre de ceux qui croient qu'il falioit élever un mur d'airain entre ce qui avoit été et ce qui alloit être, compter pour rien les traditions et l'expérience des siècles, renier en quelque sorte ses ancêtres et répudier leur héritage de gloire et de vertus, se laisser emporter avec insouciance, sans réflexion, sans discernement, au torrent des opinions nouvelles. Le premier devoir des gouvernemens, c'est de lutter contre les passions indociles pour les soumettre au joug des lois, contre la licence pour le maintien de la liberté commune, contre l'esprit d'innovation pour le repos de la société, contre l'impiété pour la défense de la religion, la meilleure sauvegarde des mœurs et des lois; et c'est surtout de l'homme public qu'il est vrai de dire, que sa vie est un combat perpétuel.
Mais je sais aussi qu'on est forcé plus d'unt< fois de respecter les ravages du temps, qu'il n'est pas au pouvoir des vivans de rappeler les morts du fond de leurs tombeaux, que le temps met dans les esprits des dispositions dont les hommes ne sont plus les maîtres, et
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qu'après une longue suite de secousses et de dévastations dans l'ordre religieux et politique, il peut devenir aussi impossible de reconstruire Tédifice social tel qu'il étoit, qu'il seroit insensé de n'en rien conserver. Que fera donc Louis? sera- t-il exclusivement dominé par les doctrines, les habitudes, les usages dans lesquels il a été nourri, élevé dès ses premières années? ou bien va-t-il, en novateur, quitter les routes monarchiques, pour se jeter dans ces vagues théories qui ont toujours promis la paix et la sécurité sans les donner jamais? 11 ne fera ni l'un ni l'autre. Il ne tentera pas de relever l'ancien édifice tout entier; la plupart des pierres qui le composoeint ne sont pas seulement dispersées, elles ne sont plus que de la poussière. Il se gardera bien de dédaigner le passé; ce seroit l'infaillible moyen de ne pas avoir d'avenir. Il s'attachera à rajeunir l'antique monarchie, à renouer plutôt qu'à finir de briser la chaine des générations. Il sait que si la politique, comme la morale, a ses maximes inviolables, leur application n'a rien d'absolu; qu'elle se modifie par l'empire des circonstances, par les mœurs, le génie et les besoins des peuples. Législateur ferme et sage à la fois,
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Hen ne le fera fléchir devant ces doctrines d'anarchie, qui, en déplaçant le pouvoir pour le confier aux caprices de la multitude, mettent dans la société un levain éternel de révolutions; mais en même temps, dans ce qui est commandé par l'intérêt de tous, il comprendra qu'il doit plier devant la force des choses. D'après la maxime d'un ancien, il donnera à la France les institutions qu'il la croit capable de porter, et qui ne seront à ses yeux que le développement, devenu indispensable, de celles qu'il étoit dans la pensée de Louis XVI de lui donner; il laissera au temps ce qui n'appartient qu'au temps, le soin de révéler les avantages comme les imperfections de son ouvrage. Ainsi, sous la main du pilote habile qui le dirige, le vaisseau de l'Etat voguera sur une mer encore agitée sans craindre les écueils. Que si la tempête vient l'assaillir de nouveau, elle n'est que passagère : le calme renaît; le génie du mal s'enfuit et diparoit pour toujours.
Louis sera donc révéré comme le restaurateur de la monarchie française. Mais que de difficultés dès l'entrée même de la carrière ! Comment d'abord le sol de la patrie sera-t-il délivré des armées étrangères qui l'occupent ,
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qui sonteu possession de ses places fortes, et qui peuvent être tentées de dicter des lois ? Messieurs, tout est possible à la sagesse, aux efforts du possesseur véritable du trône de France : la légitimité a un ascendant sur les esprits, qui se fait sentir à tous ; elle exerce un empire d'autant plus assuré qu'il est moins violent j elle porte avec elle un caractère de justice qui est imposant aux yeux mêmes de la force. Tous les souverains ont senti qu'il étoit de l'inlérèt de tous de respecter les droits de chacun, et, heureusement pour le repos de l'Europe, la légitimité est la première des puissances qui la régissent.
La France, il est vrai, se ressentira bien des blessures profondes qu'elle a reçues^ mais le temps en effacera les traces. Et ici. Messieurs, comment ne pas s'honorer d'être Français? Quel pays, que celui qui, après tant de bouleversemens intérieurs , tant de sang répandu , tant de trésors épuisés, tant de dévastations et de ruines, tant d'horribles impiétés, tant de désastres, suite inévitable de dissensions intestines et d'un double envahissement j quel pays, dis-je, que celui qui, après de si longues calamités, voit les arts prendre un
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nouvel essor, l'industrie faire des progrès étonnans, les lois recouvrer leur empire, la forlune publique arriver à un état de prospérité que la France n'avoit jamais connu, les sciences et les lettres compter dans tous les genres tant d'écoles florissantes, la religion retrouver un peuple qui reçoit avec tant de joie les pasteurs qu'on lui donne, le calme el la sécurité régner en tous lieux ! Français , voilà les bienfaits de la Restauration !
Mais, en rendant justice à ce qui est, je ne dois pas me laisser éblouir par tout cet éclat de félicité publique : le caractère sacré dont je suis revêtu, la présence du Dieu de vérité, l'amour de mes concitoyens, tout me presse de signaler, de déplorer, dans celte circonstance solennelle, un mal d'autant plus redoutable qu'on s'en inquiète moins, et qui, en fomentant tous les jours dans le corps social les passions les plus désordonnées, y entretient, y développe le principe le plus actif de dissolution et de mort, mal qui suffiroit seul pour déconcerter, pour ruiner toutes les combinaisons de la politique humaine ^ je veux parler de la circulation de cette multitude de livres funestes qui portent dans les
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familles, avec les mauvaises doctrines, la corruption qu'elles justifient. Dans ce siècle tout est perverti : on dénature notre histoire en ne recueillant que des traits d'ignorance ou de scandale, en présentant les faits sous un faux jour, et la jeunesse n'apprend ainsi qu'à dédaigner nos pères comme des hommes odieux et ridicules; on dénature la religion, en rappelant les maux dont elle a été quelquefois le prétexte, et en jetant un voile sur les biens immenses dont elle est la source. Rien n'est oublié de ce qui peut affoibllr ou même briser les liens qui doivent nous attacher aux maximes monarchiques et chrétiennes des âges passés. Dans toutes ces productions, les notions du bien et du mal sont altérées : la piété est une foiblesse, l'obéissance une servitude, le respect pour le sacerdoce une superstition, le mépris de toute religion une noble indépendance. Et quel est donc le fruit de tous ces enseignemens qu'on a tant de soin de faire descendre jusqu'aux dernières classes du peuple? C'est d'aller dessécher dans les cœurs les germes de la vertu, d'étouffer la conscience, de rendre les hommes méchans par système; c'est de former au milieu de nous des familles sans au-
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cun frein religieux, d'où sortent de jeunes criminels qui connoissent les rafFinemens du vice presque dans l'âge de Tinnocence ; c'est de faire voir sur l'ëchafaud des malfaiteurs qui donnent à la multitude l'effrayant exemple de mourir dans le crime sans crainte et sans remords.
Tel, vous le savez, a paru l'auteur de cet exécrable forfait, qui vint, il y a quelques années, jeter dans la France entière la douleur et la consternation. Mais écartons ces cruels souvenirs, pour rappeler seulement et l'héroïsme chrétien de la royale victime, et l'héroïsme maternel de l'auguste veuve qui portoil dans son sein la fortune de la France, et la naissance merveilleuse de cet autre Henri , qui un jour se montrera digne de son nom.
Salut, enfant de miracle ! oui, vous vivrez, vous croîtrez dans les vertus de vos pères, vous régnerez sur nos neveux. Le Dieu qui vous a fait naître pour notre consolation, saura bien vous conserver pour leur bonheur. Que si mes pressentimens ne me trompent pas, si mes vœux sont accomplis, vous arriverez, assez tard au trône pour que vous puissiez
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être mûri par l'expérience et par les grands exemples que le ciel aura mis sous vos yeux.
Remarquez au reste, Messieurs, comment la Providence, qui ne permet le mal, suivant saint Augustin, que parce qu'elle est assez puissante pour en tirer du bien, a fait servir le crime au triomphe de la cause royale. L'autorité alarmée en devient plus vigilante^ on sent davantage où peuvent conduire l'oubli de la religion et l'amour d'une farouche indépendance -, on se rallie plus que jamais autour du Uône et de l'autel. Quelques factieux pourront bien s'agiter encore •, mais leurs eÊforts seront vains. Rien n'a pu d'abord arrêter une révolution qui écrasoit tout ce qu'elle trouvoit sur son passage •, rien désormais ne résistera à la force de la légitimité.
Le règne de Louis avance vers son terme ; mais ce prince n'a pas encore rempli toute sa destinée. Il disoit lui-même que le ciel l'avoit appelé à fermer l'abime des révolutions, et voilà ce qu'il exécute avec autant de fermeté que de sagesse. L'Espagne est en proie à tous les fléaux d'une anarchie dévorante 5 le peuple y est d'autant plus opprimé qu'on affecte davantage de l'appeler souverain, et son roi d'autant
plus captif qu'on proclame davantage sa liberté. Là sont enseignées toutes les doctrines subversives de l'ordre social : c'est un incendie, qui, gagnant de proche en proche, peut embraser le monde encore une fois. Les rois sages qui le gouvernent ont les yeux ouverts sur le danger, et la France a reçu la noble mission de venger la cause commune. Armez-vous, prince vaillant et sage ; allez où votre roi vous envoie, où la gloire vous appelle. Jeunes et vieux soldats, tout va marcher sur vos pas avec une ardeur égale. Je vous vois traversant la Péninsule en triomphateur pacifique, faisant aimer vos victoires par vos vertus, poursuivant, enchainant enfin le génie sanglant des révolutions, et, sujet fidèle, revenant déposer aux pieds de votre roi l'épée qu'il vous avoit confiée pour l'honneur de son trône et le repos de l'Europe entière.
Tout ce que nous avons raconté. Messieurs, suffiroitbien pour illustrer le règne de Loris. Mais pourrois-je passer sous silence le dernier acte de sa volonté royale, qui met le comble à sa gloire, et qu'on peut nommer le testament de mort du Roi très-chrétien? et nedois-jepas regretter que ma position présente ne me laisse
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pas la liberté de m'étendre sur une détermination si précieuse pour l'Eglise de France, et qui, accueillie avec une pieuse reconnoissance par vingt -neuf millions de catholiques, ne doit faire ombrage à personne? La religion de l'Etat aura donc toute la dignité qui lui convient, mais sans blesser en rien ce qui est consacré par les lois 5 elle régnera sur nos cœurs, non point dans un esprit de domination et de faste, mais dans un esprit de paix et de bienveillance; toujours inflexible contre l'erreur, parce qu'elle est vérité, toujours condescendante envers les personnes, parce qu'elle est charité.
La carrière politique de Louis XVIII est terminée. Depuis quelque temps on remarquoit en lui un affaissement, présage trop certain de sa fin prochaine. Il conserve néanmoins une admirable présence d'esprit : s'il est accablé, il n'est pas vaincu*, il lutte avec effort, voulant porter dignement jusqu'au bout le poids de la rovauté. Il disoit qu'un roi peut mourir, mais qu'il ne doit pas être malade. Il semble que la vigueur de son ame soutienne la défaillance de son corps*, les étrangers comme les Français admis aux pieds de son trône,
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sont étonnés de tout ce qu'il y a encore de vivacité et de sagesse dans ses discours. Ce^ pendant ses forces trahissent son courage-, il ne lui est plus permis de quitter son lit de douleur : dès ce moment, il désire de recevoir les sacremens de l'Eglise ; sa piété console, en l'édifiant, sa famille en pleurs j consolé , fortifié lui-même par les secours divins qui lui ont été administrés, il se recueille pour méditer les années éternelles 5 bientôt après il lève un bras défaillant sur des tètes augustes et chères, et appelle sur elles toute l'abondance des bénédictions célestes. On sait avec quelle sollicitude le peuple entouroit sa royale demeure. Non, ce n'éloit pas une curiosité vaine qui Tanimoit, c'étoit un sentiment de tendre vénération; il gardoit un religieux silence, qu'il interrompoit à peine pour s'informer de l'état de l'auguste malade, comme s'ilavoit craint de troubler son repos. Mais le mal a fait des progrès rapides ; on croit que le moment est venu de réciter les prières touchantes par lesquelles la religion dispose ses enfans à quitter la vie. Il entend avec résignation cette parole dure à notre foiblesse, mais pleine d'immortalité : n Partez, ame chrétienne; partez. » Proficis-
cere^ anima christiana. Pou à peu la nature s'épuise 5 elle succombe : le Pvoi a rendu le dernier soupir. Ici de quelle scène de douleur et de désolation n'avons- nous pas été les témoins ! Nous avons vu les princes et princesses de la royale famille, baignés dans leur< larmes, tomber à genoux et baiser respectueusement cette main qui a porté le sceptre, et maintenant glacée par la mort. La funeste nouvelle se répand dans la capitale -, elle passe dans les provinces 5 partout elle éveille les mêmes sentimens, et Louis XVIII est comme enseveli dans les regrets et les bénédictions de la France entière.
Il vivra dans nos annales, ce règne de dix ans qui vient de finir-, il y occupera une place glorieuse pour le monarque comme pour son peuple. C'est un vaste tableau, qui, plus que tout autre, demande à être considéré dans son véritable point de vue. Les contemporains en sont trop rapprochés; ils sont placés de manière à remarquer ses imperfections plutôt que ses beautés. Les générations suivantes se trouveront à une distance convenable; pour elles les instrumens du bien comme du mal auront disparu; elles verront bien moins les hommes
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que les choses, bien moins les détails que l'ensemble ; les intérêts privés, les rivalités, la diversité des opinions, les illusions de l'amitié ou de la haine ne viendront pas offusquer les esprits. La postérité blâme sans amertume et loue sans flatterie, parce qu'elle juge sans passion. Si elle ne croit pas devoir tout admirer, ne sera-t-elle pas étonnée du moins qu'au milieu de si nombreux et de si grands obstacles, du choc de tant d'opinions désordonnées, Loris ait pu guérir des plaies aussi profondes, préparer le remède à celles qui restent encore, marcher avec succès vers une régénération universelle, disposer et conduire les choses de manière que le passage d'un règne à l'autre, qui pouvoit paroître si périlleux, se soit effectué sans la plus légère secousse, tout aussi paisiblement que dans les plus beaux règnes de la monarchie? Loris a laissé la France tranquille au dedans, puissante au dehors, remontée au rang politique qu'elle est faite pour occuper dans le monde civilisé, et ses regards se sont fermés sur la France restaurée par sa sagesse.
Messieurs, le Dieu qui frappe est aussi le Dieu qui console. Un prince de sage et paci-
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fique mémoire nous a été ravi; un prince de douce et tendre espérance nous est donné. 11 règne ce prince si vrai, si noble, si Français, qu'on ne voit pas sans Taimer, qu'on n'entend pas sans être ému, dont toutes les paroles ont pour le cœur un charme qui entraine, parce qu'elles sortent du cœur qui les inspire : il arrive au trône avec une connoissance approfondie des hommes et des choses. Chrétien, il mettra dans son gouvernement la religion qui est dans son ame. Il sait que le ciel commande aux princes la justice, comme aux peuples l'obéissance, et que, pour régner avec gloire, il doit faire régner Dieu par son autorité comme par ses exemples.
Pour nous, chrétiens, écoutons les leçons que nous donne celte pompe funèbre. Le palais des rois a quelque chose d'éblouissant; la grandeur y jette un éclat qui en cache la fragilité; tout y est illusion, jus(ju'au moment où la mort vient dissiper le prestige, et mettre à découvert le néant de tout ce qui est humain. C'est au même lieu où le monarque, entouré des grands de sa cour, de ses vaillans capitaines, des premiers hommes de l'Etat, recevoit les hommages de ses peuples et ceux des en-
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voyés de l'Europe entière, c'est dans ce même lieu qu'éloient déposés ses restes inanimés : et, chose frappante ! c'est sur son trône même qu'étoit placé son cercueil !
]Maisqu'cst-il besoin d'aller chercher ailleurs que dans cette enceinte des exemples de la caducité des choses humaines? Nous l'avions vue, cette basilique, remplie de tombes royales, de mausolées, de colonnes, d'inscriptions qui éfoient comme la chronologie sensible des races de nos rois et des divers âges de la monarchie. Mais ce que le temps avoit épargné, la fureur des hommes l'a détruit. Ces monumens ont disparu^ les tombeaux ont été violés; les cendres de quarante générations de rois ont été profanées. Tout cela ne vivra plus que dans l'histoire : même il viendra ce jour qui n'aura pas de fin, ou l'histoire ne sera plus, parce qu'il n'y aura plus de temps : jour qui seul est digne, mes Frères, de fixer les désirs de vos âmes immortelles. Puissé-je moi-même, après avoir paru, sans doute pour la dernière fois, dans la chaire chrétienne, en descendre pénétré de cette pensée, qu'il n'est rien de grand que Dieu, rien de stable que l'éternité î
PROONCÉ
PAR M. L'ÉVÈQLE D'HERMOPOLlS ,
POtR SA RÉCEPTION A l'aCADÉMIE FRANÇAISE,