‹ Conférences et discours inéditsChapitre 9 sur 54 · DES RELIGIEUSES DU CALVAIRE · texte numérisé non relu

DES RELIGIEUSES DU CALVAIRE

Au milieu de tant d'événemens funestes et de secousses politiques qui menacent à la fois le Irône et l'autel, si tout Français se demande ce que deviendra la France, tout chrétien se demande avec non moins d'inquiétude ce que deviendra la religion. Cette monarchie de quatorze siècles, et cette foi de nos pères, plus ancienne encore dans nos contrées, doivent elles périr ensemble dans de nouvelles tempêtes, ou en sortir plus belles et plus affermies que jamais? Ce peuple de saint Louis, si long-temps le peuple chéri de Dieu, a-t-il été mis dans la balance et trouvé trop léger, comme l'impie Ballhasar? ou va-t-il être encore l'objet de nouvelles miséricordes? Question que chacun

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se fait au dedans de lui-même, que chacun résout aussi, bien souvent, selon ses opinions et ses désirs, ses craintes et ses espérances, mais dont la solution n'appartient qu'à Dieu seul, maître souverain des destinées des peuples et des rois. Ses pensées ne sont pas nos pensées ; toutefois, sans vouloir soulever d'une main téméraire le voile qui couvre le secret de la Providence, il nous est permis d'étudierses voies, et d'en tirer des instructions pour l'avenir.

Que de prodiges n'a-t-elle pas opérés pour relever nos autels abattus, pour rendre à nos églises désolées de légitimes pasteurs, ranimer la vocation au sacerdoce, créer des écoles pour les élèves du sanctuaire, et tirer l'Eglise de France du milieu des ruines sous lesquelles elle sembloit ensevelie pour toujours! Sans doute, en comparant ce qui a été avec ce qui est, la magnificence des anciens jours avec la simplicité des temps présens, nous sommes comme les vieillards d'Israël, qui, après la captivité de lîabylone, de retour dans leur patrie, gémissoient en se rappelant la beauté de l'ancien temple; mais aussi, pour nous comme pour eux, les regrets sont tempérés par des conso-

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lations, et nous serions ingrats envers le Seigneur, si la rigueur de ses chàlimens trop mérités nous faisoil oublier l'étendue de ses miséricordes.

Or, je l'avoue, parmi nos sujets d'espérance, je mets au premier rang ces asiles de la piété, consacrés à la pratique des conseils évangéliques, qui avoient disparu du milieu de nous, et que nous avons vus renaître de toutes parts. Le ciel ne les auroit-il rappelés à la vie que pour les précipiter une seconde fois dans le tombeau?

Long-temps dispersées par les orages, une foule de vierges chrétiennes, jusque-là cachées devant la face du Seigneur, s'étoient répandues au milieu du monde. Presque toutes l'avoienl étonné par leurs vertus, et plusieurs, comme autrefois les Agathe et les Cécile, confessant la foi jusque sur l'échafaud, avoient recueilli la double palme de la virginité et du martyre. Voyez combien leur piété étoit sincère, combien leur fidélité à leur vocation sainte a été inébranlable. A jieine des jours plus sereins ont-ils lui sur la France, à peine leur a-til été permis de concevoir le dessein de rentrer dans l'obscurité des cloîtres, qu'elles se sont

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empressées de s'y réfugier de nouveau, de reprendre le joug de !a vie religieuse, et de perpétuer leur saint institut. Ainsi, par une seconde immolation, plus difi&cile, peut-être plus méritoire que la première, on les a vues tout quitter pour ne chercher que Dieu seul, et par le sacrifice de leur corps et de leur esprit, s'offrir en perpétuel holocauste à Jésus- (]hrist.

Déjà, dans cette capitale, comme dans les provinces, les filles de sainte Thérèse, celles de saint François de Sales, et bien d'autres encore avoient élevé de nouvelles barrières entre elles et le monde. Les religieuses Bénédictines du Calvaire, quoique animées du même esprit , n'avoient encore pu réaliser rien de semblable. Plusieurs années se sont écoulées pour elles dans une pénible incertitude qui n'excluoit pas toutefois la résignation. Enfin, le ciel a exaucé leurs pieux désirs ; leur jour est arrivé; et après trente ans, ces filles du Calvaire, qui habitoient autrefois une maison que Marie de Médicis leur avoit bâtie à côté de son palais, ont pu se réunir dans ce modeste asile, et y reprendre, avec l'habit de leur profession, la sainte rigueur de leurs anciennes observances.

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Heureusement ce qu'il y a de plus pauvre aux yeux des hommes qui jugent par les apparences, est bien souvent ce qu'il y a de plus riche devant Dieu, qui juge d'après la réalité-, et le grain de sénevé, qni est la plus petite de toutes les plantes, fécondé par l'esprit de vie, peut devenir un grand arbre, qui se chargera de fleurs et de fruits abondans. Nous vous dirons, mes chères Sœurs : Ne craignez pas, petit troupeau : Noiite timere, pusilluft (jrex (i). Le souverain pasteur des âmes vous gardera -, et comme il a su vous réunir sous sa houlette malgré tant d'obstacles, il iaura bien, s'il lui plait, vous multiplier pour la gloire de son nom et la sanctification de sois Eglise.

La génération impie et perverse au milieu de laquelle nous vivons ne cesse d'outrager le ciel par des blasphèmes, et de provoquer son courroux par l'éclat de son impiété; et que deviendrions-nous s'il n'étoit apaisé par la piété des justes? Oui, il nous faut des victimes de douleur et de pénitence pour expier tant de scandales et de crimes. Hébien! c'est iciqu'elles

(1) Luc. XII, 32.

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se trouveront. Les gémissemens de rinnocence au pied des autels, des jeûnes presque continuels, l'abstinence de tous les jours, la privation de toules les douceurs de la vie, les veilles et les prières de la nuit, voilà le partage des Filles du Calvaire 5 voilà les œuvres expiatoires qui s'interposent entre le ciel et la terre, pour que la terre ne soit pas frappée d'un irrévocable anathème.

Dans un siècle de mollesse qui repousse avec horreur le joug des devoirs, qui trouve déjà si durs les simples préceptes, et qui prend sa foiblesse pour de lindépendance, il faut de grands exemples. Alors on a le droit de dire aux pusillanimes : Regardez, et du moins marchez de loin sur les traces que vous voyez devant vous. Or, quoi de plus capable de confondre notre lâcheté, que l'exemple de ce sexe timide et délicat qui porte avec tant de courage le joug même de la perfection chrétienne? Oui, la bonne odeur des vertus pratiqui'es dans cet asile se répandra dans le voisinage 5 l'aspect de ses murs, la croix placée sur la porte de celte maison, le bruit seul de l'instrument sonore qui règle ici tous les exercices de la journée, suffiront pour éveiller de saintes pensées.

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Plus les Filles du Calvaire seront cachées, plus elles seront édifiantes ^ semblables à ces fleurs modestes que leur parfum trahit. Auprès de ces humbles filles, qu'ils sont petits tous les politiques, tous les savans, tous les beaux esprits! et qu'ils devroient bien s'écrier, comme autrefois saint Augustin ; Ces filles dans leur simplicité ravissent le ciel 5 et nous, avec toute notre science, nous sommes si aveugles, si insensés, que nous restons toujours ensevelis dans la chair et le sang.

Qu'elles sont donc précieuses aux. yeux de la foi ces retraites habitées par l'innocence ou le repentir, et qui, placées au milieu de nos cités les plus dépravées, opposent ce que la vertu a de plus héroïque à ce que le vice a de plus extrême! puissent-elles s'étetidre et se fortifier au milieu de nous! Oui, nous osons l'espérer deceluiqui nelaisse passes ouvrages imparfaits, elle prospérera, elle croîtra cette maison sainte où nous sommes réunis, formée par les prières, plus encore par les soins d'une supérieure vénérable qui avoit tant soupiré après le jour qu'elle voit enfin, et qui volontiers diroit comme le saint vieillard de l'Evangile : Maintenant laissez aller mon ame en paix, mes vœux

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