I. M. Carnot
lU DE L'INÉGALITÉ
sance que je dois à l'amitié, en gardant le sentiment de mon insuflisance , et en comprenant fort bien qu'il m'est impossible de répondre à de semblables promesses. Et toutefois, je les écarte, je ne veux songer qu'au devoir que m'impose votre cordiale sympathie.
En venant le remplir, avec la satisfaction que lait éprouver le commerce des hommes libres, je m'abandonnais à un sentiment de fierté civique tout naturel, quand je pensais au droit qui me j)rotége ici et dont vous êtes les représentants. Ce droit, nous l'exercions l'année dernière dans la même enceinte, avec la même fermeté résolue, mais peut-être avec moins de confiance et de sécurité. C'est qu'il apparaissait pour la première fois après de longues années d'un silence forcé et son retour, accueilli avec enthousiasme, n'était pas cependant exempt de préoccupation et d'inquiétude. Vous le savez, un petit groupe d'honnnes lil)éraux estima qu'il était possible de donner à ce droit la forme particulière de conférences libres, pouvant s'ouvrir sans autorisation préalable, et n'existant qu'en vertu d'une déclaration. Leur effort a été couronné de suc-
Di:S CONDITIONS SOGIALI'.S. l'.:.
ces ' ; il a été démontré que les idées les plus diverses pouvaient se manifester sans inconvt''nient, et même, — la leçon n'est pas de trop, — qu'elles gagnaient en autorité tout ce qu'elles pouvaient conquérir de calme, de mesure, d'impartialité dans l'expression.
Aujourd'hui, l'expérience est faite. On peut dire qu'elle se fortifie par la contagion de l'exemple. La province a rivalisé avec Paris ; de toutes parts, les citoyens se sont empressés de se réunir pour jouir du plus ineffable, du plus pur des plaisirs, celui de l'intelligence, pour affirmer en même temps leur liberté par la complicité d'une bonne action ; ils ont tous compris combien était salutaire, sérieux, civique, un acte de cette nature, et combien la société qui en contracte l'habitude se dispose à se gouverner elle-même et à ne prendre pour guide de ses actions que la lumière de sa conscience et la justice traduite par la loi.
Je ne veux rien exagérer, mais cependant je
I. La recette de ces conférences était atttitiuéa à des œuvres de bienfaisance ou d'utilité pul^lique.
UG DE L'INÉGALITÉ
crois que je méconnaîtrais l'évidence, si je ne proclamais pas avec vous que cette ambition généreuse a été pour quelque chose dans le grand et fécond mouvement qui agite la société française, et qui, après avoir fait tomber de ses yeux le bandeau qui depuis si longtemps les voilait, lui a fait apercevoir en même temps et les chaînes qu'elle porte encore, et les armes pacifiques avec lesquelles elle peut définitivement les briser.
Ainsi, rendons un éclatant hommage aux hommes de cœur qui nous ont ouvert cette voie, .qui nous y ont soutenus; c'est pour vous, pour moi, une rare bonne fortune que de pouvoir personnifier cet honneur, en le reportant à l'homme illustre et modeste qui préside cette assemblée, et en lui disant ici publiquement que la retraite à laquelle l'a condamné la souveraineté du suffrage populaire, loin de le diminuer, a honoré et grandi son caractère. jXous savons qu'il s'est toujours préoccupé de l'intérêt public plus que du sien propre, qu'il n'a jamais voulu sacrifier sa dignité personnelle en la soumettant aux caprices d'une éphémère popularité. Aussi, messieurs, il ne souffrirait pas