DES COURS NORMAUX. '2M
d'abord si nécessaires, n'a plus besoin que de prendre, en se baissant, la petite main à laquelle ce soutien passager suffit, de soutenir ce corps encore frêle, mais qui va prendre la vigueur à l'aide de laquelle il pourra voler de ses propres ailes, alors commence pour elle le devoir sérieux de former le cœur, d'éclairer l'esprit. C'est elle qui répond aux premières questions. Nous cherchons quel est le devoir des instituteurs et des institutrices : mais dans chaque maison, dans chaque famille, l'institutrice, c'est la mère! Il faut donc l'instruire ; il faut que son esprit et son cœur soient ouverts à toutes les connaissances qui devront former l'homme ; car, puisqu'elle a la responsabilité de cette œuvre, il faut qu'elle en ait la science.
Il y a longtemps que votre Association l'a compris ; aussi a-t-elle donné un exemple qu'on ne saurait trop louer ni suffisamment encourager. Elle a institué des cours gratuits d'enseignement supérieur auxquels sont appelées de jeunes femmes qui, elles-mêmes devenues des monitrices, transmettront au dehors les semences qu'elles viennent recueillir au milieu de nous.
Lorsque je jette les yeux sur le programme de ces cours, j'y vois une sorte de résumé, je ne dirai pas de l'enseignement universel, mais au moins de ce qui, dans l'enseignement universel, est le plus précieux à recueillir et à conserver : la philosophie dans ses éléments, l'histoire dans ses applications, quelque chose des sciences, au moins des plus usuelles ; le droit, l'hygiène, c'està-dire les manifestations de l'esprit dans ce qu'elles ont de plus général et de plus indispensable.
Qu'il me soit permis de témoigner ici, aunom de la Société, de sa reconnaissance pour les professeurs qui rivalisent de talent et de zèle, et pour les élèves qui rivalisent d'assiduité et de travail , semblables les uns et les autres à ces agriculteurs sages et prévoyants qui réunissent les eaux dans les lieux élevés pour féconder ensuite les vallées et les plaines inférieures et recueillir ainsi une abondante moisson.
J'aurais voulu pouvoir louer individuellement cnacun des professeurs, j'aurais voulu n'omettre aussi dans les éloges que j'ai à accorder aucun des élèves qui fréquentent ces cours, mais outre
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que cela nous conduirait bien loin, cela aurait l'inconvénient grave de blesser les modesties qui veulent se tenir cachées.
Me sera- 1- il du moins permis dans cette solennité de famille de dire un mot de suprême et d'éternel adieu à un des membres de cette Association que j'ai la douleur de ne pas voir dans cette enceinte? Il l'honorait par son caractère, par ses vertus, par son dévouement à la cause de l'instruction publique. M. Lecoq de Boisbaudran n'était pas seulement pour moi un confrère, c'était aussi un ami, dont le commerce ancien m'avait permis d'apprécier les rares et les éminentes qualités. Il était de la race de ces esprits judicieux, austères, fermes, qui n'ont jamais transigé avec le devoir. Son âme croyante et libre cherchait toujours à s'appuyer sur les inspirations de sa conscience qui n'avait jamais failli. Vous savez avec quel zèle et avec quel succès il avait essayé d'associer son action à la vôtre.
Lorsque, l'année dernière, il vint m'annoncer l'honneur inattendu que votre Société m'avait réservé, j'étais bien loin de me douter qu'au
renouvellement de nos travaux je ne l'apercevrais plus au milieu de vous. Hélas ! il est mort victime de son amour passionné pour la nature. C'était chez lui comme une sorte de culte. Aussitôt que l'heure de la liberté avait sonné, il saisissait le bâton du voyageur et il allait chercher avec une intrépidité qui lui a été funeste s jr les sommets les plus inaccessibles ces secrets ineffables qui semblent ne se révéler de Dieu à l'homme que dans les mystères des solitudes. Comment a-t-il péri ? Nul ne le sait encore ► Il est probable qu'il aura été victime d'un de ces grands cataclysmes qui ont ébranlé le gigantesque théâtre où il dirigeait des explorations*. Vous me pardonnerez d'avoir rappelé en quelques mots son nom et sa vie. Il est de ceux qui ne peuvent disparaître d'au milieu de nous ; nous conserverons sa mémoire, le souvenir de ses vertus. Il a passé sans avoir donné au monde tout ce qu'il lui promettait et il s'est pour ainsi dire abîmé
1, Depuis cet hommage si légitime rendu à la mémoire de 31. Lecoq de Boisbaudran, son corps a été retrouvé et les indices recueillis font croire qu'il a succombé à une criminelle agression.