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soudainement renversé par un boulet. Le projectile, en ricochant, lui avait fracassé l'os de la jambe droite, et un éclat de pierre l’avait blessé À la jambe gauche.
Il semble que ce divin procédé était assez éloquent pour convaincre l'ambitieux officier que c'était dans une autre milice que Dieu le voulait, puisqu'il le rendait impropre au métier des armes! Maisil ne comprit pas, et il se livra aux médecins, convaincu que leur science — aussi infaillible alors qu'aujourd’hui— allait guérir ses jambes et le rendre propre à la carrière militaire.
Chose qui vous étonnera peut-être, la science médicale échoun complètement. Elle ne put ni le guérir, ui le tuer. Elle le conduisit jusqu’à la porte du tom-
beau; mais fort heureusement, cette fois, elle fut incapable de l'ouvrir, cette porte.
Convaineu dorénavant de l'impuissance de la science, Ignace eut recours à l'intercession de saint Pierre, et il fut miraculeusement guéri par le prince des apôtres.
Maïs pour qu’il ne fût pas tenté de reprendre la earrière des armes, saint Pierre lui avait laissé une infirmité. Un os de la jambe droite s'était mis en travers de son ambition. Il en résultait une difformité, qui l’'empéchait de chausser la botte militaire et qui, suivant un vieil historien de son temps, lui serait trop incommode à la guerre et trop messéant devant les dames.
Eh! bien, l’opiniâtre futur Jésuite ne comprit pas encore ; et il demanda.que les chirurgiens le remissent
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sur leurs chevalets de torture pour corriger cette difformité.
Ils n'y réussirent pas. Mais ces nouvelles opérations et les soins qu’elles exigèrent le conduisirent à une longue réclusion dans le château de sa famille; et Pour passer le temps, il voulut lire des livres de chevalerie.
Heureusement, on n’en trouva pas, et on lui donna Ja Vie des Saints.
Au fond, les Saints sont aussi des chevaliers, et des meilleurs. Il ne fut pas longtemps sans y réfléchir, et il comprit enfin qu'il trouverait dans la sainteté la vraie chevalerie-et la vraie grandeur.
Ce fut la fin de ses rêves de gloire militaire et de ses ambitions mondaines, Il ne rêva plus que guerre sainte, et ce fut une milice sacrée qu’il organisa.
Ignace de Loyoln et ses fils ne seront pas guerriers de l’épée, mais de la parole, et ce sont les combats de la vérité et de ia charité qu'ile soutiendront.
Il y a de par le monde des millions d’âmes qui n’ont jamais connu le vrai Dieu, et d'autres qui s’en éloignent après lavoir connu. I] Y a sur toutes les plages des multitudes d'enfants qui croupissent dans l'ignorance.
A tous ces déshérités du ciel, les fils de Loyola iront purter la science et le salut.
L'école, la chaire et le confessionnal seront leurs Champs de batailles,
Ils donneront aux peuples de grands écrivains, de
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merveilleux orateurs, des professeurs éminents, des philosophes et des théologiens illustres ; et vers les contrées lointaines où règne l’idolAtrie, ils enverront des apôtres.
Ils se nommeront Suarez, Canisius, François de Borgia, Bourdaloue, Bellarmin, François Xavier, Stapislas de Kostka, Louis de Gonzague, Jean de Britto, Laynez, etc.
Ah! mesdames et messieurs, il faudrait avoir, non les ailes de l'aigle, mais celles des anges, pour les suivre dans leurs courses apostoliques, au sein des grandes villes et des solitudes, par delà les déserts et les mers, aux bords du Gange et de l'Indus, chez les Noirs de l'Afrique et parmi les Peaux-Rouges du nouveau monde!
Arrétons-nous aux bords du Saint-Laurent, et réjouissons-nous de ‘“ moissonner aujourd’hui dans l'atlégresse ce qu'ils ont semé pour nous dans les pleurs”.
Car, ici comme ailleurs, vous le savez, la persécution les atteignit un jour ; et il n’y a guère plus d’un siècle, les hommes à courte vue disaient : ‘‘ C’est bien fini, cette fois ; les Jésuites sont morts y”
Chassés, dépouillés, supprimés, ils ressemblaient, én effet, à des ombres errantes venues du pays des morts ; si bien qu’un impie célèbre, parlant de leur général, s'exprimait ainsi: “C'est un despote assis sur des cadavres | ”
Singuliers cadavres, en vérité, que ceux qu'on ne
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peut pas achever de tuer, et qui une fois morts ressuscitent!
Car enfin, ils sont bien vivants, puisqu'on leur reproche précisément de l’être trop!
Quel est donc le secret de leur vitalité?
C'est qu'ils sont toujours en communion d'idées et de sentiments avec cette institution immortelle qu'on appelle l'Eglise, C'est qu’ils entretiennent fidèlement en eux le feu sacré de la charité, qui est l'élément vital par excellence des institutions catholiques.
On lit au livre des Machabées une histoire merveilleuse et bien étrange.
Après les grands événements du Sinaï, les Hébreux avaient reçu l’ordre d'entretenir toujours le feu sacré devant la face de Jéhovah.
Maïs, un jour, vaincus et réduits en esclavage, ils durent s’acheminer vers l'exil.
Avant de partir, ils enfonirent le feu sacré dans une vallée, au fond d’un puits profond et desséché.
La captivité de Babylone dura longtemps, et deux générations y moururent.
Or, quand les petits-fils des exilés, libres enfin, revinrent dans leur bien-aimée Terre Promise, ils ne retrouvèrent plus au fond de leur citerne qu’une eau boueuse qui avait étouffé le feu sacré.
On vit alors un grand et merveilleux spectacle. Le Grand Prêtre prit cette bone, où le feu sacré avait
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été noyé, etil l’éleva vers le ciel, pendant que le peuple agenouillé priait.
Tout à coup, sous un rayon de soleil qui déchira la nue, la boue s'enflamma, et le feu sacré brilla de
nouveau.
Depuis dix-neuf siècles, ce n’est plus le peuple d'Israël, mais l'Eglise, qui a la mission d'entretenir le feu sacré devant la face de Jéhovah, et bien des fois le prodige raconté au livre des Machadées, s'est renouvelé.
Bien des fois, les successeurs du Christ et des apôtres, évêques, prêtr”s, religieux, ont été proscrits du coin de terre qu'ils avaient comblé de leurs bienfaits et agrandi de leurs œuvres.
Bien des fois, leur exil sur la terre étrangère a duré Jongtemps, et quand ils revenaient au pays de leurs pères, ils y trouvaient le feu sacré à demi éteint sous 1n boue de l’impiété et de l’immoralité.
Mais la flamme de la charité embrasait toujours leurs âmes, et le rayonnement de cette flamme, se communiquant à la boue, y ranimait peu à peu i2 feu sacré.
C'est que les âmes vraiment apostoliques ressemblent à ces lentilles de verre qui font converger les rayons du soleil vers ui centre avec une intensité telle qu’elle arrache, pour ainsi dire, au grand astre une étincelle du feu qui le consume, et brûlent les matières inflammables qui sont leur objectif.
De même, en traversant ces âmes, l'amour de Dieu
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CONFÉRENZES ET DISCOURS 161 EP se concentre, et devient un feu si ardent qu’il embrase celles qui les entourent, et fait tomber en poussière la fange qui les enveloppait.
Messieurs, quand notre pays rouvrit ses portes aux fils de Loyola, ils n'y trouvèrent pas le feu éteint: car notre clergé national l'y avait soigneusement entretenu, Mais des œuvres particulières qu'ils avaient fondées, il ne restait plus que des ruines.
L'arbre planté par eux au centre de la vieille cité de Champlain, à l'ombre de la vénérable cathédrale des évêques de Québec, avait été renversé par la tempête, Que dis-je? Le tronc en avait été coupé, et la souche même en avait été arrachée.
Mais quelque racine vivace était sans doute restée dans le sous-sol. Elle avait échappé à la hache des démoïisseurs, et elle se mit à croître lentement sous terre, traversant la ville, franchissant les remparts, cherchant la terre sacrée du champ de bataille que les héros français avaient arrosée de leur sang.
Et quand, après des années, le sang des martyrs eut rejoint le sang des héros, une sève nouvelle pénétra les fibres toujours vivaces de la vieille racine, et sous l'impulsion de cette force elle sortit de terre, et forma ce bel arbre à l'ombre duquel iront se reposer les âmes fatiguées, et qu'en souvenir de leur fondateur, les fils de Loyola ont appelé Manrèse.
Saluons ici, mesdames et messieurs, le jardinier modeste qui a si bien soigné cette belle plante nou-
velle, et dont le nom seul, Désy, est tout un éloge.
Saluons également ce laïque généreux qui est resté célibataire parce qu'il devait épouser la charité, et qui sait ouvrir à la fois ses oreilles et sa bourse à l'appel des bonnes œuvres. (1)
Messieurs, je ne sais si je me fais illusion; mais il me semble que depuis quelques: années, nous nous ressouvenons mieux de nos pères, et que nous sommes résolus à perpétuer ce souvenir dans le bronze et dans la pierre.
C'est un mouvement patriotique qui ne fera que grandir, je l'espère.
Champlain aura bientôt son monument qui promet d'être digne de l’œuvre qu'il a fondée, (*)
Jacques Cartier a son mémorial en fer et en pierre. Frontenac a sa statue de bronze et son château.
Laval a son temple, la nouvelle chapelle du Séminaire, que je voudrais voir finir par quelque riche citoyen de Québec, et dans laquelle je voudrais voir ériger, en l’honneur du grand évêque, un tombeau de marbre et d'or.
Or, il est juste que les fils de Loyola aient aussi leur monument dans ce berceau de la colonie qu'ils ont fécondée de leurs sueurs et de leur sang.
(1) M. le chevalier G. Baillargé, maintenant décédé, (*) Ce monument a été érigé depuis.
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Nsguère encore, les étrangers qui visitaient notre ville, nous demandaient souvent: Que sont donc
Dorénavant nous pourrons leur montrer Manrèse. et nous considérerons Comme un devoir de reconnaissance et de patriotisme d’embellir ce temple, et d'y faire revivre le souvenir de nos premiers Martyrs, les Jogues, les de Brebeuf et les Lallemant.
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