‹ Conférences et discours [microforme] (volume 2)Chapitre 24 sur 49 · MGR. LE RECTEUR, MESDAMES, MESSIEURS · texte numérisé non relu

MGR. LE RECTEUR, MESDAMES, MESSIEURS

C'est un usage touchant dans cette maison, de rappeler, en ce jour de séparation temporaire, le souvenir de ceux pour qui l’heure est venue de l'éternelle séparation. Mais, je me trompe, il n'y a pas de séparation éternelle ; et cet usage est lui-même une protestution contre ce mot cruel. Car il prouve que nous les considérons encore comme nôtres les collègues qui sont entrés dans la vraie terre des vivants, qu’un lien mystérieux mais réel nous unit encore À eux, et que nous gardons leur mémoire et celle de leurs œuvres,

En même temps, rien n'est plus salutaire que de placer à côté de lu grande leçon que donne toujours la mort les enseignements que donne la vie de ceux

qu'elle nous a enlevés. Et certes, elle ne manque pas d’éloquence la vie de ceux qui ont compris le but de l'existence, et qui ont rempli jusqu’au bout le rôle que la Providence leur avait assigné.

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Or tel a été M. Auguste-Eugène Aubry, notre régretté collègue d'autrefois.

Son nom me reporte à une époque que je n'aurais pas crue si éloignée—celle où j'étais son élève—et je me persuade désagréablement qu’il y a de cela 40 ans |!

Hélas ! oui, je me souviens qu'il y a 40 «as, en 1860, sur cette même estrade, je faisais mon premier discours—un éloge de Mgr de Laval—et que j'avais sous les yeux, parmi mes auditeurs, celui dont je fais l'éloge ce soir.

Il était alors notre professeur de droit romain, et rédacteur en chef du Courrier du Canada. Je me souviens qu’il me félicita avec une extrême bienveillance, et qu’il publia mon discours dans son journal, le lendemain. Je me crus devenu un grand homme.

I1 me semble qu’alors tout le monde était vieux, à commencer par M. le Recteur qui était l’éminent et regretté Louis-Jacques Casault.

Que de changements accomplis depuis lors! Et qu'ils se trompent lourdement ceux qui soutiennent que les institutions comme celle-ci ne rajeunissent pas !

Excepté les murs du Petit Séminaire, et moi, tout a rajeuni, à commencer par notre Recteur (*) qui me paraît bivn être en harmonie avec l'aurore du 20ème siècle.

Tout a progressé, excepté ceux des elèves actuels qui ne travaillent pas autant que quelques-uns des anciens, dont je pourrais vanter les succès.

(*) Mgr Mathieu.

Mais je ne veux rappeler ce soir que le souvenir de l’homme savant et modeste, qui a passé plus d’un demi-siècle dans l’enseignement, et dont la vie est pleine de leçons pour nous.

Dès sa plus ter : re enfance, M. Aubry a été un travailleur persévérant et courageux, et nul plus que lui n'a connu le struggle for life.

Il est parti de très bas, son père n’étant qu’un vieux soldat fort pauvre, etila longtemps cherché sa voie sans la trouver sur les confins de la misère.

Il a été tour à tour tisserand, porteur de pain, boulanger, apprenti peintre en bâtiment, commis dans un magasin de lingerie. Il n’a dédaigné aucun des honnêtes labeurs qui donnent aux humbles le pain de chaque jour. Il n'était pas de ces gens, si nombreux aujourd’hui, qui veulent jouir de tous les biens de la vie, et ne rien faire!

Il ne recula devant aucune tâche. Aucun travail ne lui répugna, malgré les dons supérieurs qu’il sentait en lui, et qui l’appelaient à une sphère sociale plus élevée.

Un jour enfin, après des années de lutte obscure, son horizon s'agrandit, et le champ de la science s’ouvrit devant lui. Il s'y élança sicut gigas ad currendam

viam. Il le parcourut à pas de géant, et il devint un savant en continuant d'ignorer qu'il l'était.

Après avoir été précepteur dans une famille, et pro-

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