‹ Conférences et discours [microforme] (volume 2)Chapitre 9 sur 49 · DR PR PE · texte numérisé non relu

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que des frères aînés, par l'âge, le plus souvent, par la sagesse, toujours.

Quand je regarde autour des tables de ce banque, il me semble que nous avons droit d'être fiers de notre famille; et tout mon regret, c'est que nous ne puissions pas fraterniser ainsi plus souvent.

Si Sa gracieuse Majesté voulait ‘n'en croire, elle ferait tous les six mois un nouveau chevalier qui serait choisi quelquefois parmi les juges, le plus souvent parmi les avocats, de manière à nous fournir l'occasion de banquets sémestriels,

Avouez d’ailleurs que le menu d’un dîner est une agréable diversion au rôle des enquêtes et mérite; et quoique nous dînions moins souvent que les hommes politiques, nous ne sommes pas plus incompétents qu'eux en pareille matière.

Pour ma partje trouve que le bref de sommation () qui vient de nous être signifié contient,malgré sa forme poétique, un compte de particularités tout à fait suffisant, et je ne vois pas comment le plus normand, je veux dire le plus gourmand d’entre vous, pourrait y faire une exception à la forme.

Mais laissons de côté ces badinages, et n'oublions Pas que nous sommes une réunion d'hommes sérieux.

La profession à laquelle vous appartenez est, à mon avis, la plus belle, 1a plus noble, ln plus élevée

(*)-Te menu de ce diner était sous forme de bref de sommation, spiritnellement composé,

dans l'échelle sociale. Car vous exercez par état le: ministère de la parole, qui est le plus grand de tous.

La parole est une création de Dieu si grande qu’une des personnes divines elle-même a vuulu s'appeler de ce nom : le Verbe, Et quand le Verbe a voulu faire l’homme À son image, il lui a donné la parole.

Or ce ministère de la parole, il est surtout grand et beau quand il est mis au service du Droit et de la Justice, —et c'est là votre rôle.—Ce puissant attribut vous le faites servir à toutes les nobles causes. Vous lemployez à défendre l'honneur, la fortune et quelquefois même la vie des citoyens. Vous en faites un rempart pour les faibles, une arme pour les opprimés, un frein contre les puissants, un guide pour les aveugles, une lumière pour les magistrats, un secours et une gloire pour la patrie !

Quel noble et glorieux labeur ! Et que vous avez raison d'en être fiers !

Sans doute, comme toute autre carrière, la vôtre a ses rudes travaux, ses déboires, ses amertumes, ses échecs, ses défaillances. Mais, en revanche, vous avez vos jours de triomphe; et c'est alors qu’il est beau d'entendre s'échapper de vos lèvres les généreux enthousiasmes, les brûlantes invectives, les cris de l'innocence opprimée !

Vous l’avouerai-je ? Il est des jours où j’envie votre sort et voudrais être À votre place. Car, sous bien des rapports, votre état est préférable au nôtre.

Sans doute, notre position est des plus honorables.

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é I PR et 100 CONFÉRENCES ET DISCOURS

Mais que de travaux obscurs, ignorés et de pur dévouement elle nous impose ! Quelles graves responsnbilités elle place sur nos épaules ! Quelles entraves elle apporte à notre liberté d'action! Quelle sourdine à notre voix, et même quel bâillon à notre bouche dans certaines occasions où nous voudrions parler !

Je le répèt vous avez vos jours de triomphe au Palais, et les xpplaudissements de la foule au dehors. Mais le magistrat n'a, pour le reposer de ses veilles laborieuses, que le témoignage de sa conscience et les <almes satisfactions du devoir accompli.

Protecteur des droits, des biens et des personnes, des petits et des grands, des faibles et des puissants, des pauvres comme des riches, ennemi de la fraude, des abus et des crimes, il poursuit son œuvre bienfaisante sans bruit, sans faste, sans éclat. Courageux labeur, mal rétribué, mais grande et noble mission, qui lorsqu'elle est dignement remplie, fait du magistrat l’auxiliaire de Dieu même, le grand Justicier de ce monde,

Telle est, Messieurs, la haute idée que nous devons tous avoir de la magistrature et du barreau. Notre mission est commune, C'est vous qui faites les lois, puisque vous siégez en grand nombre dans les chambres et les ministères, et c'est nous qui les interprétons avec votre aide.

Et voilà pourquoi nos rapports devraient toujours être marqués au coin du respect mutuel et de l'harmonie.

mme en CONFÉRENCES ET DISCOURS 101 D

Vous avez droit d'attendre de nous la justice. Nous vous la devons. Mais nous avons aussi droit à la vôtre, et c'est en rendant justice à nos efforts que vous augmenterez notre courage et notre zèle,

Vous avez droit À notre travail ; inais nous avons droit À votre aide, et vous nous aiderez puissamment en préparant bien vos causes, non pas seulement en dernier ressort, mais en première instance, et de manière à ne pas nous laisser ignorer le véritable nœud du litige.

Vous citez quelquefois avec complaisance le vieux brocard qui vous donne 24 heures pour maudire vos juges, mais il faudrait s'entendre là-dessus; ce droit n'existe que dans le for intérieur, et il ne vous est pas permis d'en sortir. Je trouve surtout repréhensible l'avocat qui communique ses malédictions intérieures aux journaux, quoique l’on puisse parfaitement y faire la critique juridique de nos arrêts.

Par bonheur, il y a pour tous des compensations en ce monde et nous recueillons quelquefois des éloges qui nous font oublier les injures. Ainsi, avant hier,

un avocat qui n'est pas le ÿremier venu, qui occupe

une très belle position au barreau, est venu me dire que j'avais rendu un jugement de Salomon. Naturellement, j'avais jugé en sa faveur.

C'est une de nos consolations de nous voir ainsi proclamés des Salomons par les avocats qui gagnent leurs causes.

Il est certain que nous faisons de notre mieux pour

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