‹ Conférences et discours [microforme] (volume 3)Chapitre 2 sur 63 · DIENNE-FRANCAISE MESSEIGNEURS, MESDAMES, MESSIEURS · texte numérisé non relu

DIENNE-FRANCAISE MESSEIGNEURS, MESDAMES, MESSIEURS

Pour m'’élever à la hauteur du sujet qui m'est indiqué et pour le traiter d’une manière digne de l’auditoire qui m’écoute, je voudrais avoir l’éloquence d’un homme dont on a peu parlé comme orateur, et qui, cependant, avait reçu de Dieu, plus qu'aucun autre peut-être, le don puissant de l’éloquence.

Je voudrais avoir la parole de cet orateur merveilleux que Jésus-Christ lui-même a proclamé le plus grand des enfants des hommes, et qui a été donné

pour patron au dernier né des peuples.

Saint Jean-Baptiste, en effet, a dû être un très grand

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orateur, puisque sa parole austère et inspirée attirait autour de lui des foules immenses, à

C'était un homme étrange qui sortait du désert, qui vivait comme un sauvage, qui ne cLerchait à plaire à personne, qui ne craignait pas de dénoncer à la réprobation publique le roi Hérode et les puissants de Jérusalem, qui prêchait la pénitence et poursuivait le crime de ses anathèmes.

Et cependant, lorsque cet homme étrange s’arrêtant au bord du Jourdain, à l'ombre d’un palmier ou d’un sycomore, montait sur une pierre pour annoncer au monde la venue du Christ, sa parole avait un tel retentissement que, dans toutes les villes de la Judée, de la Samarie, et du fond même de l'Arabie, les multitudes accouraïent l’entendre !

Grâce à Dieu, je m'adresse à des Canadiens-Français, c’est-à-dire à des catholiques, car il n’y en a pas d’autres—au moins dans cette enceinte—et je n'ai pas besoin d’avoir l’éloquence de leur admirable patron pour les convaincre de cette vérité: que la nationalité canadienne-française et la religion catholique doivent rester inséparablement unies.

Cette affirmation me paraît tellement évidente que je suis tenté de la considérer comme un lieu commun ; et pourtant, c’est une vérité dont on n’est pas encore assez convaincu; et tout en l’admettant comme prémisse, il arrive souvent qu’on en rejette les conséquences logiques.

Il n’est donc pas inutile en cette grande fête de la

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patrie, et dès le début de ce Congrès, d’insister sur ces importantes vérités : la première, que la religion est le fondement de toute patrie; et la seconde, que le catholicisme est spécialement la sauvegarde de la nationalité canadienne-française.

Un peuple ne peut exister sans une constitution qui le régisse. Or l’expérience des siècles démontre que l’homme est absolument impuissant à faire une constitution digne de ce nom s’il ne l’appuie sur Dieu.

Le plus grand génie de l’antiquité, Platon, a écrit à ce sujet ces paroles remarquables :

‘C'est la vérité même que si Dieu n’a 1: présidé à l'établissement d’une cité et qu’elle n’ait eu qu’un comuencement humain, elle ne peut échapper aux plus grands maux. Il faut donc iâcher par tous les moyens imaginables d’imiter le régime primitif, et nous confiant en ce qu’il y a d’immortel dans l’homme, nous devons fonder les maisons ainsi que les Etats, en consacrant comme lois les volontés de l’Tntelligence suprême.”

Cette doctrine toute chrétienne a lieu d’étonner sous la plume d’un païen. Mais ce qui n'est pas moins

remarquable, c’est que toute l’histoire ancienne et la fable elle-même ne racontent pas autrement la fondation des cités et des empires. Les légendes populaires et les épopées qui chantent l’origine d’une nation appuient toujours sur un oracle, sur une révélation

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